Notes intimes

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Notes intimes
Auteur Marie Noël
Pays France
Genre Écrits spirituels et personnels
Version originale
Langue français
Version française
Éditeur Stock
Lieu de parution Paris
Date de parution 1959
Nombre de pages 357

Notes intimes est un recueil de notes, méditations et réflexions de la poétesse française Marie Noël, publié à Paris par Stock en 1959. La première édition paraît sous le titre Notes intimes, suivies de Souvenirs sur l'abbé Bremond et compte 357 pages[1]. La Bibliothèque nationale de France range l'ouvrage parmi les « récits personnels » et le rattache à la spiritualité chrétienne[2].

Issu de cahiers tenus pendant près de quarante ans, le livre ne forme pas un journal quotidien continu. Il rassemble une prose fragmentaire où l'expérience personnelle devient matière à une interrogation religieuse et morale. La foi chrétienne, le doute, le problème du mal, la mort, la solitude, l'amour, la prière et la place de l'Église catholique y sont examinés sans chercher à effacer leurs contradictions. L'ouvrage occupe ainsi une place singulière dans l'œuvre de Marie Noël : il donne à lire, sous une forme plus directement réflexive que sa poésie, une foi éprouvée par l'inquiétude et soumise à l'examen de la raison. Le Dictionnaire mondial des littératures de Larousse résume cette tension en présentant l'autrice comme une âme passionnée qui fait du doute un stimulant de la foi[3].

Genèse et publication

Les Notes naissent d'abord d'un usage privé. Jeanne-Marie Baude, qui leur a consacré une étude en 2012, indique qu'elles ont été écrites « dans le secret » pendant près de quarante ans[4]. Les archives de Marie Noël montrent toutefois une histoire textuelle plus complexe qu'une simple rédaction suivie à partir de 1920 : elles conservent des cahiers couvrant notamment les périodes 1921-1932, 1932-1934, 1935-1939, 1937-1947, 1948-1956 et 1954-1958, ainsi qu'un fascicule préparatoire contenant des notes antérieures à 1920[5]. La datation courante des Notes autour de 1920-1958 rend donc compte de leur période principale de composition sans épuiser l'ensemble des matériaux conservés.

D'après le critique André Blanchet, Marie Noël écrit d'abord pour mettre au clair ses états intérieurs et envisage de lire ses notes à son conseiller spirituel, l'abbé Mugnier, dans un cadre strictement privé. Celui-ci l'encourage à poursuivre, estimant qu'une telle parole pourrait aider aussi bien des incroyants que des croyants en difficulté[6]. Marie Noël reste longtemps réticente à toute publication. Cette réserve explique en partie la liberté du matériau : les fragments n'ont pas été conçus, à l'origine, comme les chapitres d'un essai destiné au public.

Le passage des cahiers au livre fait néanmoins l'objet d'un véritable travail éditorial. Les archives conservent une première organisation en quinze ensembles thématiques proposée par Raymond Escholier, autour de sujets comme Dieu, le mal, l'âme, le cœur, la solitude, l'Église, la cité humaine et la poésie. Marie Noël se montre réticente à ce classement et annonce son intention de reprendre les textes dans un ordre chronologique[5]. Les dossiers préparatoires témoignent également de retraits effectués par Escholier et par l'autrice, puis d'un texte établi pour l'édition de 1959. Les secondes épreuves, imprimées entre le 29 septembre et le 12 octobre 1959, portent des corrections manuscrites de Marie Noël et de Raymond Escholier[5]. L'ouvrage publié est donc le résultat d'une sélection et d'une mise en forme, non la reproduction brute de carnets privés.

Le volume est complété par Souvenirs sur l'abbé Bremond, consacré à Henri Bremond, figure importante de l'histoire du sentiment religieux et interlocuteur de Marie Noël[5]. Cette association place d'emblée les Notes dans un double horizon, personnel et littéraire : celui de l'examen de soi et celui d'une réflexion plus large sur l'expérience spirituelle.

Forme et écriture

Notes intimes relève d'une écriture discontinue. La succession des fragments autorise des changements rapides de registre et de sujet : méditation religieuse, examen de conscience, souvenir, observation quotidienne, prière, réflexion sur la création littéraire ou notation sur les rapports humains. Cette mobilité explique que l'ouvrage soit souvent rapproché du journal intime ou du journal spirituel, tout en s'en distinguant par l'importance de la sélection éditoriale et par l'absence d'une narration journalière régulière.

La prose constitue un élément essentiel de la singularité du livre. Jeanne-Marie Baude insiste sur une langue affranchie des conventions, capable de passer de la vivacité familière et de l'humour noir à la gravité et à la ferveur[7]. La forme brève permet à Marie Noël de juxtaposer l'élan de la prière et la contestation, l'ironie et l'angoisse, sans les résoudre artificiellement dans un système. André Blanchet, dès 1960, opposait ainsi moins la prose à la poésie qu'il ne voyait dans les Notes le versant réflexif d'une même œuvre : l'expérience que les poèmes chantent y est soumise à la pensée et à la discussion[6].

Cette écriture fragmentaire ne correspond pas à un traité de théologie. Les problèmes religieux y sont saisis depuis l'expérience vécue, dans les limites et les hésitations d'une conscience individuelle. Baude souligne précisément la capacité de Marie Noël à élaborer une langue qui accueille la complexité de la vie spirituelle, y compris lorsque le doute devient une composante de la foi plutôt que son simple contraire[4].

Foi, doute et problème du mal

Le noyau du livre est la tension entre l'adhésion chrétienne et ce qui, dans l'expérience du monde, la met à l'épreuve. Le doute n'est pas seulement intellectuel : il naît de la souffrance, de la solitude, de la mort et surtout du scandale du mal. Le philosophe Henri Gouhier, dans Le Combat de Marie Noël (1971), rapproche à ce titre l'écrivaine de la figure biblique de Job : la foi prend chez elle la forme d'une interpellation adressée à Dieu sur le mal et sur la mort, tandis que l'exigence de cohérence empêche de se satisfaire de réponses pieuses ou purement consolatrices[8].

Cette interrogation n'aboutit pas à un rejet simple du christianisme. La critique littéraire a plutôt relevé la coexistence d'une fidélité religieuse et d'une liberté de questionnement inhabituelle dans l'image longtemps attachée à la poétesse. Baude décrit une foi exposée aux objections de la raison et une lente émancipation à l'égard de certaines peurs religieuses, sans rupture avec l'attachement au Christ[4]. De son côté, Larousse souligne que le doute nourrit le mouvement même de la foi chez Marie Noël[3].

Les Notes contestent aussi certaines formes de conformisme religieux. Marie Noël se méfie d'une piété réduite à l'édification sentimentale et refuse que la souffrance ou l'obscurité intérieure soient recouvertes par un langage convenu[4]. Cette distance ne la place pas hors de l'univers catholique : Gouhier rappelle au contraire combien son expérience demeure liée à la théologie, à la mystique et à la liturgie de l'Église[8]. L'intérêt du livre tient en grande partie à cette position instable, où la contestation s'exerce de l'intérieur d'une fidélité.

Autour de ce centre religieux gravitent plusieurs motifs durables de l'œuvre de Marie Noël. La solitude, que Larousse présente comme une constante profonde de sa création[3], nourrit l'examen de soi autant que la relation à Dieu. L'amour humain, la vulnérabilité, la vieillesse et la mort donnent aux questions métaphysiques un ancrage concret. La pensée spirituelle n'est donc pas isolée de la vie affective : elle se forme dans les conflits entre désir, perte, espérance et impossibilité de tout comprendre.

Place dans l'œuvre de Marie Noël

La publication de 1959 intervient tard dans la carrière de Marie Noël, huit ans avant sa mort. Connue surtout comme poétesse, elle avait alors déjà réuni une large part de sa production en vers. Les Notes modifient la perception que peut donner une lecture uniquement lyrique ou dévote de son œuvre : elles font apparaître une prose intellectuellement combative, volontiers ironique, et un rapport à la foi qui intègre le conflit au lieu de le dissimuler.

Cette dimension a été réévaluée progressivement. La sociologue de la littérature Cécile Vanderpelen-Diagre rappelle que Marie Noël a longtemps occupé une place identifiable dans les anthologies et les manuels et que la réception de son œuvre a été fortement relayée par des réseaux catholiques, qui y voyaient notamment une ressource pour l'exploration de la foi[9]. Cette réception religieuse n'épuise toutefois pas le livre. L'étude de Jeanne-Marie Baude, publiée au Cerf en 2012, est présentée par l'éditeur comme le premier ouvrage français entièrement consacré aux Notes intimes et insiste sur leur valeur littéraire propre, leur audace et leur variété de tons[7].

Le recueil permet ainsi de comprendre l'unité de l'œuvre de Marie Noël sans réduire sa poésie à une expression de piété ni ses Notes à un document confessionnel. Dans les deux cas, la création est liée à une expérience de la solitude, de l'amour et de la foi ; la prose des Notes rend toutefois plus explicites les contradictions, les raisonnements et les résistances que la forme poétique peut transformer en chant.

Réception et postérité

À sa parution, le livre suscite rapidement l'attention de la presse littéraire. Les archives Marie Noël conservent notamment la trace d'un article de François Mauriac dans Le Figaro littéraire du 2 janvier 1960 et d'une note de Dominique Aury dans La Nouvelle Revue française de février 1960[10]. Le sommaire du numéro 86 de La Nouvelle Revue française, daté du 2 février 1960, confirme la recension de Dominique Aury consacrée aux Notes intimes[11]. Le fonds conserve également des comptes rendus français et étrangers ainsi qu'une correspondance reçue après la publication, qui documentent la réception du livre dès 1959-1960[10].

En 1971, Henri Gouhier consacre Le Combat de Marie Noël à l'expérience religieuse de l'écrivaine et donne une place centrale à l'analyse des Notes intimes[8]. Au début du XXIe siècle, les travaux de Jeanne-Marie Baude contribuent à détacher davantage le recueil d'une lecture simplement documentaire ou subordonnée à la poésie. Son étude de 2012 met en avant une pensée spirituelle où la fidélité et le doute ne s'excluent pas, ainsi qu'une prose dont les changements de ton participent pleinement à la portée du livre[7].

Éditions et traductions

La première édition est publiée par Stock en 1959 sous le titre Notes intimes, suivies de Souvenirs sur l'abbé Bremond[1]. Stock en donne notamment une nouvelle édition en 1978 ; la notice de la BnF indique 357 pages et un index[2].

Une traduction allemande, Erfahrungen mit Gott, est préparée dès 1961 chez Matthias-Grünewald-Verlag ; le fonds Marie Noël conserve la correspondance de la traductrice Agnès Heitzer avec l'autrice et des corrections relatives à cette édition[5]. Une traduction anglaise par Howard Sutton paraît en 1968 chez Cornell University Press sous le titre Notes for Myself: (Notes Intimes). Elle compte 272 pages[12] ; une recension publiée dans The Dalhousie Review précise que cette version est légèrement abrégée et précédée d'un texte de François Mauriac[13].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 et 1,1 « Notes intimes », sur Bibliothèque municipale Jacques-Lacarrière d'Auxerre (consulté le ).
  2. ↑ 2,0 et 2,1 « Notice bibliographique : Notes intimes ; suivies de Souvenirs sur l'abbé Bremond », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (consulté le ).
  3. ↑ 3,0 3,1 et 3,2 « Marie Rouget, dite Marie Noël », sur Larousse, Dictionnaire mondial des littératures (consulté le ).
  4. ↑ 4,0 4,1 4,2 et 4,3 Jeanne-Marie Baude, « Jeanne-Marie Baude : lecture des Notes intimes », sur Écritures & Spiritualités, (consulté le ).
  5. ↑ 5,0 5,1 5,2 5,3 et 5,4 « Récolement du fonds Marie Noël » [PDF], sur Site officiel de Marie Noël, Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne (consulté le ).
  6. ↑ 6,0 et 6,1 André Blanchet, « Marie Noël », sur Biblisem, (consulté le ).
  7. ↑ 7,0 7,1 et 7,2 « Marie Noël : « Notes intimes » », sur Éditions du Cerf, (consulté le ).
  8. ↑ 8,0 8,1 et 8,2 Henri Gouhier, « Le Combat de Marie Noël », sur Lavoisier, (consulté le ).
  9. ↑ Cécile Vanderpelen-Diagre, « « J’ai toujours été une petite fille sage ». Sens du placement et réception de Marie Noël (1883-1967) », COnTEXTES, no 23,‎ (DOI 10.4000/contextes.7591, lire en ligne, consulté le ).
  10. ↑ 10,0 et 10,1 « Récolement du fonds Marie Noël, dossiers de presse de 1960 » [PDF], sur Site officiel de Marie Noël, Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne (consulté le ).
  11. ↑ « La Nouvelle Revue française 1958-1962 », sur Jean-Paulhan.fr (consulté le ).
  12. ↑ « Notes for Myself: (Notes Intimes) », sur Google Books, Cornell University Press, (consulté le ).
  13. ↑ F. Hilton Page, « Review of Notes for Myself by Marie Noël », The Dalhousie Review, vol. 49,‎ , p. 116-118.

Bibliographie

  • Notes intimes, suivies de Souvenirs sur l'abbé Bremond, Paris, Stock, , 357 p. .
  • Le Combat de Marie Noël, Paris, Stock,  .
  • Marie Noël : « Notes intimes », Paris, Éditions du Cerf, coll. « L'Abeille », (ISBN 978-2-204-09428-3) .
  • Jeanne-Marie Baude, « Actualité de Marie Noël », Études, no 4202,‎ , p. 77-86 (DOI 10.3917/etu.4202.0077).
  • Cécile Vanderpelen-Diagre, « « J’ai toujours été une petite fille sage ». Sens du placement et réception de Marie Noël (1883-1967) », COnTEXTES, no 23,‎ (DOI 10.4000/contextes.7591).

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