Robert Castel (acteur)
| Nom de naissance | Robert Adolphe Moyal |
|---|---|
| Naissance |
Bab El-Oued, Alger (Algérie française) |
| Nationalité | Française |
| Décès |
(à 87 ans) Paris (13e) (France) |
| Profession | Acteur, humoriste, musicien |
| Films notables |
L'Insoumis Le Grand Blond avec une chaussure noire Dupont Lajoie |
| Séries notables |
Les Saintes Chéries Plus belle la vie |
Robert Adolphe Moyal, dit Robert Castel, est un acteur, humoriste et musicien français, né le à Bab El-Oued, à Alger, alors en Algérie française, et mort le à Paris.
Fils du musicien Lili Labassi, il se forme d'abord à la musique avant de se faire connaître au théâtre dans La Famille Hernandez, à partir de 1957. Après son installation en France en 1962, il forme avec son épouse Lucette Sahuquet un duo de music-hall étroitement associé à l'humour pied-noir. Sa carrière se partage ensuite entre la scène, la radio, la télévision et de nombreux seconds rôles au cinéma, principalement dans des comédies, mais aussi dans des films dramatiques ou politiques tels que L'Insoumis et Dupont Lajoie. Resté attaché au chaâbi de ses débuts, il revient à la musique dans les années 2000 avec le projet El Gusto[1],[2].
Biographie
Jeunesse, musique et théâtre
Robert Adolphe Moyal naît à Bab El-Oued le 21 mai 1933[1]. Son père, Élie Moyal, connu sous le nom de scène de Lili Labassi, est l'une des figures du chaâbi algérois. Robert Castel apprend le tar, puis la guitare, accompagne son père en concert et compose lui-même des chansons[3],[2]. Après des études de lettres, il exerce brièvement comme instituteur puis comme critique musical[3].
En 1957, il rejoint le Centre régional d'art dramatique d'Alger, où il côtoie notamment Lucette Sahuquet et Marthe Villalonga[3]. Il participe à La Famille Hernandez, spectacle écrit et mis en scène par Geneviève Baïlac à partir de scènes de la vie quotidienne algéroise. La pièce est créée à Alger le 20 avril 1957, puis présentée à Paris à partir du 17 septembre de la même année, d'abord au théâtre Charles-de-Rochefort avant de poursuivre sa carrière dans plusieurs salles parisiennes[4]. Castel y interprète Robert, dit « le bègue ». Le spectacle, initialement prévu pour quinze représentations à Paris, rencontre un succès durable ; selon l'Agence France-Presse, il reprend ce personnage plus de 1 700 fois[3].
Parallèlement, il obtient de petits rôles au cinéma. Il apparaît notamment comme danseur dans Port du désir d'Edmond T. Gréville en 1955, puis dans Les Amants de demain de Marcel Blistène et Un témoin dans la ville d'Édouard Molinaro.
Installation à Paris et duo avec Lucette Sahuquet
Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, Robert Castel s'installe définitivement à Paris avec Lucette Sahuquet, qu'il épouse[3]. Tous deux développent un répertoire de sketches nourri par les accents, les tournures de langue et les situations de la vie des Français d'Algérie. Ils se produisent dans les music-halls, notamment à l'Olympia, où ils assurent des premières parties de spectacles de Frank Sinatra, Marlene Dietrich et Philippe Clay[3].
Ce registre devient l'un des principaux marqueurs de la carrière de Castel. À la télévision, le couple reprend ses personnages et ses dialogues, comme dans le sketch Le Chômeur, diffusé en 1974[5]. Castel récuse cependant une réduction de cet humour à la seule caricature : dans un entretien accordé en 2000, il explique qu'avec Sahuquet il cherchait à éviter ce qu'il appelait le « folklore de pacotille » et ses clichés[6].
Lucette Sahuquet meurt à Paris le 6 juillet 1987. Avec Castel, elle avait également participé à La Famille Hernandez et à Purée d'nous z'ôtres, avant que leur duo ne s'impose au music-hall et à la télévision[7].
Cinéma, télévision et radio
À partir des années 1960, Robert Castel multiplie les rôles de composition et les emplois comiques. On le voit notamment dans Un idiot à Paris de Serge Korber, Il était une fois un flic de Georges Lautner, Le Grand Blond avec une chaussure noire d'Yves Robert, Elle court, elle court la banlieue de Gérard Pirès, Le Permis de conduire de Jean Girault ou encore Je suis timide mais je me soigne de Pierre Richard. Son accent et son identité scénique de pied-noir lui valent souvent des seconds rôles construits autour de ce registre, sans résumer pour autant sa filmographie[2].
Il tourne aussi dans des œuvres plus sombres. Dans L'Insoumis d'Alain Cavalier (1964), il apparaît dans un récit lié à la guerre d'Algérie. Il joue ensuite dans Le Complot de René Gainville et Deux hommes dans la ville de José Giovanni. Dans Dupont Lajoie d'Yves Boisset (1975), qui traite du racisme anti-arabe, il incarne Loulou, gérant du camping qui tente d'empêcher le lynchage d'un ouvrier algérien accusé à tort. Ce rôle, plus grave que ses emplois habituels, est relevé par Le Monde comme l'un de ceux qui renversent l'image à laquelle il était souvent cantonné[2].
En 1980, il interprète Gabriel Crémieux dans Mais qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour avoir une femme qui boit dans les cafés avec les hommes ?, dont il cosigne le scénario avec le réalisateur Jan Saint-Hamont[2].
À la télévision, il tient notamment le rôle récurrent d'Olivarès dans Les Saintes Chéries en 1970 et 1971. Il apparaît ensuite dans de nombreux téléfilms et séries, parmi lesquels Plus belle la vie, où il joue Henri Laroque, et Les Prédateurs de Lucas Belvaux, consacré à l'affaire Elf, où il incarne André Guelfi. Il participe également pendant plusieurs années aux Jeux de 20 heures sur FR3 et fait partie des sociétaires des Grosses Têtes de Philippe Bouvard sur RTL[2].
À partir de la fin des années 1980, ses apparitions à l'écran deviennent plus espacées. Il revient au cinéma dans Les Marchands de sable de Pierre Salvadori en 2000, puis tourne notamment dans Trois Zéros, Iznogoud et Du jour au lendemain.
Retour à la musique et dernières années
Dans les années 2000, Robert Castel renoue publiquement avec le chaâbi. Il participe au projet El Gusto, qui réunit d'anciens musiciens algériens, juifs et musulmans, séparés par l'histoire de l'Algérie. Lors des concerts de 2007, il se joint à l'ensemble en hommage à son père Lili Labassi, figure du genre[8]. L'aventure donne lieu au documentaire El Gusto de Safinez Bousbia, sorti en France en 2012.
En 2008, il publie son autobiographie, Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout : soixante-quinze ans de souvenirs, chez Ramsay[9]. Il revient une dernière fois au seul-en-scène en 2013 avec Nostalgérie[10]. Son dernier rôle au cinéma est celui de M. Bensoussan dans Ils sont partout d'Yvan Attal, sorti en 2016.
Il figure également dans le documentaire Les Magnifiques de Mathieu Alterman et Yves Azéroual, diffusé sur Paris Première en décembre 2018, qui retrace les parcours de cinq personnalités du spectacle français venues d'Afrique du Nord : Robert Castel, Enrico Macias, Philippe Clair, Norbert Saada et Régis Talar[11].
Robert Castel meurt le 5 décembre 2020, à l'âge de 87 ans, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, des suites d'une longue maladie[10],[2].
Filmographie
Cinéma
- 1955 : Port du désir d'Edmond T. Gréville : un danseur
- 1957 : Les Amants de demain de Marcel Blistène : un homme ivre
- 1959 : Un témoin dans la ville d'Édouard Molinaro : Bob
- 1964 : L'Insoumis d'Alain Cavalier : Amerio
- 1967 : Un idiot à Paris de Serge Korber
- 1969 : Les Gros Malins de Raymond Leboursier : un agent au commissariat
- 1969 : Trois Hommes sur un cheval de Marcel Moussy : Norber
- 1969 : La honte de la famille de Richard Balducci : Gomez
- 1970 : L'Homme orchestre de Serge Korber
- 1972 : Il était une fois un flic de Georges Lautner : Rodriguez
- 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire d'Yves Robert : Georghiu
- 1973 : Elle court, elle court la banlieue de Gérard Pirès : Marcel
- 1973 : Le Complot de René Gainville : Sapporo
- 1973 : Deux hommes dans la ville de José Giovanni : André Vaultier
- 1973 : Le Permis de conduire de Jean Girault
- 1973 : Par le sang des autres de Marc Simenon : Paul
- 1974 : Le Plumard en folie de Jacques Lemoine : M. Albert
- 1974 : Vos gueules, les mouettes ! de Robert Dhéry : Antoine
- 1974 : Par ici la monnaie de Richard Balducci : Roméo
- 1975 : C'est dur pour tout le monde de Christian Gion : M. Gilles
- 1975 : Dupont Lajoie d'Yves Boisset : Loulou
- 1976 : Les Grands Moyens de Hubert Cornfield : Hubert Lacagne
- 1976 : La Ville bidon de Jacques Baratier : le pied-noir. Le film reprend et remanie La Décharge, tourné pour la télévision en 1970 mais non diffusé[12]
- 1976 : Attention les yeux ! de Gérard Pirès : Chouchou
- 1977 : Arrête ton char... bidasse ! de Michel Gérard : Rodriguez
- 1978 : Vas-y maman de Nicole de Buron : le plombier
- 1978 : Je suis timide mais je me soigne de Pierre Richard : Trinita
- 1980 : Les Borsalini de Michel Nerval : Mohamed Rico
- 1980 : Mais qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour avoir une femme qui boit dans les cafés avec les hommes ? de Jan Saint-Hamont : Gabriel Crémieux
- 1980 : Sacrés gendarmes de Bernard Launois : Moreno
- 1981 : Le bahut va craquer de Michel Nerval : le professeur d'anglais
- 1982 : Hassan Taxi de Mohamed Slim Riad
- 1982 : Les P'tites Têtes de Bernard Ménez : M. Roger
- 1982 : Le Braconnier de Dieu de Jean-Pierre Darras : le patron du bistrot
- 1983 : Sandy de Michel Nerval : Bob
- 1983 : C'est facile et ça peut rapporter... 20 ans de Jean Luret : Alfredo Moreno
- 2000 : Les Marchands de sable de Pierre Salvadori : Damien
- 2002 : Trois Zéros de Fabien Onteniente : l'entraîneur de l'Olympique de Paris
- 2005 : Iznogoud de Patrick Braoudé : Indjapahn
- 2006 : Du jour au lendemain de Philippe Le Guay : M. Plisson
- 2009 : Un matin d'espérance de Paul de Métairy : Pierre
- 2011 : Teenagers de Paul de Métairy : Pierre
- 2012 : El Gusto de Safinez Bousbia : lui-même
- 2016 : Ils sont partout d'Yvan Attal : M. Bensoussan
Télévision
- 1965 : 22, avenue de la Victoire (mini-série)
- 1966 : Le train bleu s'arrête 13 fois de Michel Drach : Bob
- 1968 : Les Compagnons de Baal de Pierre Prévert
- 1969 : Agence Intérim de Marcel Moussy et Pierre Neurrisse : M. Fred
- 1970-1971 : Les Saintes Chéries : Olivarès
- 1972 : Les Six Hommes en question d'Abder Isker : Gérôme Marinelli
- 1977 : Un comique né de Michel Polac : Albert, l'impresario
- 1980 : Changements de décors : Marcel Pirrès
- 1984 : Cinéma 16 : Babalotu
- 1987 : Qui c'est ce garçon ? : le traiteur
- 1996 : Les Surprises du chef : Loiseau / Fechnec
- 1997 : L'Histoire du samedi : M. Azoulay
- 2000 : Le Détour : Damien
- 2000 : Les Déracinés de Jacques Renard : Albert
- 2005-2006 : Plus belle la vie : Henri Laroque
- 2006 : Sous le soleil : le docteur Leduc
- 2007 : Les Prédateurs de Lucas Belvaux : André Guelfi
Théâtre
- 1957 : La Famille Hernandez de Geneviève Baïlac, mise en scène de l'autrice, créée à Alger puis jouée à Paris au théâtre Charles-de-Rochefort, au Théâtre Antoine et au théâtre du Gymnase[4]
- 1963 : Purée d'nous z'ôtres, comédie musicale de Jacques Bedos, Robert Castel et Lucette Sahuquet, mise en scène de Jacques Bedos, théâtre des Trois Baudets[9]
- 1969 : Trois Hommes sur un cheval de Marcel Moussy, d'après John Cecil Holm et George Abbott, mise en scène de Pierre Mondy, Théâtre Antoine[13]
- 1971 : Vos gueules, les mouettes !, Théâtre des Variétés[13]
- 1973 : Chante, Papa, chante de Marcel Moussy, mise en scène de René Dupuy, Théâtre des Nouveautés[13]
- 1996 : La Pêche à la ligne de Jean Barbier, mise en scène de François Guérin, Théâtre des Nouveautés
Publications
- Inoubliable Algérie, Éditions Pierre Horay, 1965[14].
- Robert Castel raconte : Kaouito, Pastafagoul, Abbaz et les autres : les meilleures histoires de l'humour pied-noir, Éditions Mengès, 1978[9].
- Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout : soixante-quinze ans de souvenirs, Ramsay, 2008[9].
Distinctions
- Chevalier de la Légion d'honneur (2011)[15].
- Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres (2015)[16].
Notes et références
- ↑ 1,0 et 1,1 « Notice de personne « Castel, Robert (1933-2020) » », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (consulté le )
- ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 et 2,6 Jean-François Rauger, « Robert Castel, figure emblématique de « l’humour pied-noir » », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 et 3,5 Agence France-Presse, « Avec Robert Castel, la métropole a découvert l'humour « pied-noir » », sur La Dépêche du Midi, (consulté le )
- ↑ 4,0 et 4,1 « La Famille Hernandez », sur Les Archives du spectacle (consulté le )
- ↑ « 1974, Robert Castel et Lucette Sahuquet : « Le chômeur » », sur Institut national de l'audiovisuel, (consulté le )
- ↑ « Robert Castel », sur Allociné, (consulté le )
- ↑ « Mort de la comédienne Lucette Sahuquet », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ Frédéric Goetz et Patrick Labesse, « Le chaâbi algérois, roi du ramadan », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ 9,0 9,1 9,2 et 9,3 « Documents de Robert Castel (1933-2020) », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (consulté le )
- ↑ 10,0 et 10,1 « Mort du comédien Robert Castel, père de l’humour « pied-noir » », sur Le Parisien, (consulté le )
- ↑ « « Les Magnifiques » ou le destin de 5 Nord-Africains qui ont touché les étoiles », sur The Times of Israel, (consulté le )
- ↑ Jean de Baroncelli, « « La Ville bidon » de Jacques Baratier », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ 13,0 13,1 et 13,2 « Robert Castel », sur Les Archives du spectacle (consulté le )
- ↑ « Inoubliable Algérie », sur Lavoisier (consulté le )
- ↑ « Décret du 13 juillet 2011 portant promotion et nomination », sur Légifrance, (consulté le )
- ↑ « Arrêté du 13 février 2015 portant nomination et promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres » [PDF], sur Ministère de la Culture et de la Communication, (consulté le )
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