André-Jacques Holbecq

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André-Jacques Holbecq
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Naissance
Décès
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Pilote de ligne, essayiste

André-Jacques Holbecq, né le 13 août 1942 et mort en 2026[1],[2], est un essayiste français et ancien pilote de ligne d'Air France. Après une carrière aéronautique qui le conduit à voler sur Concorde, il se consacre à partir des années 2000 à la vulgarisation économique et à des propositions portant sur la création monétaire, la dette publique, les monnaies complémentaires et la transition écologique[3].

Il développe notamment un modèle qu'il nomme « écosociétalisme », conçu comme une alternative sociale, économique et monétaire intégrant des objectifs écologiques. Avec Philippe Derudder, il défend par ailleurs une réforme de la création monétaire et le recours à des monnaies complémentaires. Certaines de ses analyses ont circulé dans les réseaux altermondialistes et d'« expertise citoyenne » sur l'économie[4]. Son interprétation initiale de la loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France, qu'il présente d'abord comme une étape décisive dans la dépendance de l'État aux marchés financiers, est en revanche contestée par plusieurs économistes et historiens ; il en nuance ensuite lui-même la portée juridique.

Parcours

André-Jacques Holbecq commence des études d'économie et d'expertise comptable à la faculté de droit de Lille. Pendant son service militaire, il se forme au pilotage dans l'Aviation légère de l'Armée de terre (ALAT), puis rejoint Air France en 1968. Il y achève sa carrière en 1993, après avoir volé sur Concorde[1]. L'Association des professionnels de Concorde et du supersonique (APCOS) le recense parmi les officiers pilotes de ligne d'Air France ayant servi sur le supersonique[5].

Après sa carrière de pilote, il reprend l'étude de l'économie en dehors du cadre universitaire. Jean Gadrey le qualifie en 2010 d'« économiste citoyen » et souligne que ses principaux sujets de travail sont la monnaie, la dette publique et l'écosociétalisme[4]. Son premier essai, Un regard citoyen sur l'économie : sortir de la pensée unique, paraît en 2002 aux éditions Yves Michel[6]. Cette activité éditoriale se poursuit ensuite, souvent en collaboration avec Philippe Derudder.

Propositions économiques

Écosociétalisme

Holbecq formalise son projet d'« écosociétalisme » dans Une alternative de société : l'écosociétalisme, publié en 2005 avec le Groupe de recherches économiques pour un système sociétal (GRESSO) et préfacé par Patrick Viveret[7]. La Bibliothèque nationale de France classe l'ouvrage dans les domaines de l'économie sociale et solidaire et de l'économie monétaire[7].

Le modèle proposé cherche à articuler initiative individuelle, organisation collective et contraintes environnementales. Il remet notamment en discussion la définition du capital, les modes de production et de consommation, la monnaie et l'appropriation privée de certains biens communs ; sa présentation documentaire le décrit comme un « système économique alternatif » fondé sur des droits et des devoirs sociaux ainsi que sur le respect de l'environnement[8]. Holbecq emploie également le terme de « sociétalisme » pour désigner un projet politique plus général, dont l'écosociétalisme constitue le volet économique et monétaire[9].

Monnaie et dette publique

La création monétaire devient le second axe majeur de ses publications. Dans La dette publique, une affaire rentable, écrit avec Philippe Derudder et publié en 2008, les auteurs présentent leur lecture des mécanismes de création monétaire et de dette publique, critiquent la politique d'emprunt public et mettent en cause la place des banques privées dans la création monétaire[10],[11]. Leur démarche est prolongée dans Argent, dettes et banques, ouvrage de vulgarisation consacré au fonctionnement bancaire et à la création de monnaie[12].

En 2011, Holbecq et Derudder publient Une monnaie nationale complémentaire, préfacé par Pierre Rabhi. Ils y proposent une monnaie parallèle à l'euro destinée à financer un « espace économique complémentaire » orienté vers des activités évaluées selon leur utilité sociale et écologique plutôt que selon le seul rendement financier[13],[14].

Ses propositions dépassent le seul cadre de ses livres. En 2010, Jean Gadrey lui ouvre son blog d'Alternatives Économiques pour exposer son analyse de la dette publique[4]. L'année suivante, Holbecq figure parmi les contributeurs de la note de la Fondation Nicolas-Hulot Financer l'avenir sans creuser la dette, rédigée par Marion Cohen et Alain Grandjean et consacrée au financement de la transition économique, écologique et sociale[15]. Dans la revue Projet, il défend en 2012 la transformation de l'euro en « monnaie commune » extérieure, accompagnée de monnaies nationales permettant selon lui des politiques monétaires différenciées entre pays[16].

Controverse sur la loi de 1973

Dans ses travaux sur la dette, Holbecq accorde initialement une place importante à la loi du 3 janvier 1973 réformant les statuts de la Banque de France. Cette lecture circule dans les débats militants sur la dette publique. Alain Beitone conteste dès 2011 l'idée selon laquelle cette loi aurait, à elle seule, interdit à l'État de se financer auprès de la Banque de France[17].

En 2012, l'historien de l'économie Pierre-Cyrille Hautcœur et Miklos Vari rappellent que l'article 19 du texte prévoyait toujours que l'État puisse obtenir de la Banque de France des avances et des prêts par conventions approuvées par le Parlement. Ils citent l'ouvrage de Holbecq parmi les vecteurs de la lecture polémique de la loi, notent qu'une convention de décembre 1973 maintenait un plafond d'avances au Trésor, dont une partie sans intérêts, et indiquent qu'Holbecq avait alors publiquement reconnu s'être trompé sur ce point[18]. En 2018, Les Décodeurs du Monde reprennent cette mise au point et rejettent l'affirmation selon laquelle la loi de 1973 aurait « créé » la dette française ou imposé soudainement le recours aux banques privées[19].

Holbecq nuance en effet son argumentation. Dans un billet de juin 2012, il admet que l'article 25 n'a pas, à lui seul, supprimé les autres formes de concours de la Banque de France prévues par l'article 19[20]. En décembre 2018, il reprend cette distinction en reconnaissant qu'il n'y a pas eu, « techniquement », de verrouillage par la seule loi de 1973. Il continue toutefois d'y voir une étape d'un processus plus long de recours croissant aux marchés, dont l'interdiction européenne du financement monétaire direct issue du traité de Maastricht constituerait, selon lui, l'aboutissement[21]. La controverse porte ainsi à la fois sur la portée juridique du texte de 1973 et sur la place que Holbecq lui attribue dans l'évolution plus générale des modes de financement de l'État.

Diffusion et engagements

Les travaux de Holbecq circulent principalement dans des réseaux associatifs, militants et de vulgarisation économique. Il intervient notamment sur la radio associative Ici et Maintenant !, dont une étude de Sébastien Poulain cite l'écosociétalisme, avec Holbecq, parmi les courants économiques alternatifs présents à l'antenne[22]. Il tient également plusieurs blogs consacrés à la monnaie, à la dette et aux modèles économiques alternatifs.

Sur le plan politique, Alain Beitone le mentionne en 2016 comme adhérent de Debout la République, devenu Debout la France[23]. Ses analyses monétaires sont par ailleurs discutées ou relayées dans des espaces associés à l'économie sociale et solidaire et à la critique de la mondialisation libérale[4].

Résilience locale

À la fin des années 2010, Holbecq élargit ses travaux aux risques systémiques et à la résilience territoriale. Il participe au collectif SOS Maires, qui cherche à sensibiliser les élus locaux à la continuité des besoins essentiels en situation de crise[24]. Avec Alexandre Boisson, il publie en 2019 Face à l'effondrement, si j'étais maire ? : comment citoyens et élus peuvent préparer la résilience. L'ouvrage part de l'hypothèse d'un risque d'effondrement systémique et propose de renforcer l'autonomie locale en matière d'eau, d'alimentation, d'énergie, de santé et de réseaux de distribution[25].

Une analyse publiée par le service de prospective de la Métropole de Lyon situe ce livre dans le débat sur la collapsologie et souligne que ses auteurs misent sur la commune comme échelon d'anticipation et d'organisation de la résilience. Elle relève aussi leur volonté affichée de ne pas réduire cette préparation à une logique de survie individuelle, mais de l'inscrire dans des politiques de transition et d'autonomisation territoriale[26].

Intérêt pour l'affaire Ummo

Parallèlement à ses écrits économiques, Holbecq s'intéresse de longue date à l'affaire Ummo, ensemble de lettres et de récits ufologiques présentés comme émanant de supposés extraterrestres. Au début des années 2000, il participe à la création d'Ummo-Sciences, site consacré à la collecte, au classement et à l'étude de ces documents[27],[28].

Il préface également l'ouvrage de Christel Seval Ummo, un Dieu venu d'ailleurs ?, consacré à l'interprétation des textes ummites[29].

Publications

Ouvrages

  • Un regard citoyen sur l'économie : sortir de la pensée unique, éditions Yves Michel, 2002[6].
  • Une alternative de société : l'écosociétalisme. Où l'intérêt particulier rejoint l'intérêt collectif, avec le GRESSO, préface de Patrick Viveret, éditions Yves Michel, 2005[7].
  • Les 10 plus gros mensonges sur l'économie, avec Philippe Derudder, éditions Dangles, 2007 ; éditions révisées en 2010 et 2012[30].
  • La dette publique, une affaire rentable : à qui profite le système ?, avec Philippe Derudder et le GRESSO, préface d'Étienne Chouard, éditions Yves Michel, 2008 ; troisième édition mise à jour en 2014[31].
  • Argent, dettes et banques, avec le Cercle des économistes citoyens, éditions Yves Michel, 2010 ; deuxième édition réactualisée sous le titre Argent, dettes et banques : comment sortir de la crise ?, 2012[32].
  • Une monnaie nationale complémentaire, avec Philippe Derudder et le Cercle des économistes citoyens, préface de Pierre Rabhi, éditions Yves Michel, 2011[13].
  • Manifeste pour que l'argent serve au lieu d'asservir, avec Philippe Derudder, éditions Dangles, 2013[30].
  • La dette publique : état des lieux, avec Philippe Derudder, éditions Yves Michel, édition numérique, 2014[30].
  • Face à l'effondrement, si j'étais maire ? : comment citoyens et élus peuvent préparer la résilience, avec Alexandre Boisson, éditions Yves Michel, 2019[25].

Article

  • « La monnaie commune, contre l'éclatement de la zone euro », Projet, no 328, 2012[16].

Liens externes

Notes et références

  1. ↑ 1,0 et 1,1 Carlos Loures, « Um Argonauta por semana – André-Jacques Holbecq », A Viagem dos Argonautas, 6 juillet 2013.
  2. ↑ Frédéric Bosqué, publication annonçant la disparition d'André-Jacques Holbecq, LinkedIn, 2026, consultée le 1er octobre 2026.
  3. ↑ « André-Jacques Holbecq », éditions Yves Michel, consulté le 27 août 2026.
  4. ↑ 4,0 4,1 4,2 et 4,3 Jean Gadrey, « Un billet important d'André-Jacques Holbecq sur la dette publique », Alternatives Économiques, 21 décembre 2010, repris par Ritimo.
  5. ↑ « Acteurs de Concorde », APCOS, Concorde Reference, consulté le 27 août 2026.
  6. ↑ 6,0 et 6,1 Notice de Un regard citoyen sur l'économie : sortir de la pensée unique, Ritimo, consultée le 1er octobre 2026.
  7. ↑ 7,0 7,1 et 7,2 Notice bibliographique de Une alternative de société, l'écosociétalisme, Bibliothèque nationale de France, consultée le 27 août 2026.
  8. ↑ « Une alternative de société : l'écosociétalisme », catalogue de Ritimo, consulté le 27 août 2026.
  9. ↑ André-Jacques Holbecq, « Sociétalisme et écosociétalisme », blog de l'auteur, 10 octobre 2011.
  10. ↑ Notice bibliographique de La dette publique, une affaire rentable, Bibliothèque nationale de France, consultée le 27 août 2026.
  11. ↑ « La dette publique, une affaire rentable : à qui profite le système ? », librairie Mollat, résumé Electre, consulté le 27 août 2026.
  12. ↑ « Argent, dettes et banques », Politis, 15 avril 2010.
  13. ↑ 13,0 et 13,1 Notice bibliographique de Une monnaie nationale complémentaire, Bibliothèque nationale de France, consultée le 27 août 2026.
  14. ↑ André-Jacques Holbecq, « Monnaie nationale complémentaire », blog de l'auteur, 9 novembre 2014.
  15. ↑ Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l'homme, Financer l'avenir sans creuser la dette, mai 2011, p. 2.
  16. ↑ 16,0 et 16,1 André-Jacques Holbecq, « La monnaie commune, contre l'éclatement de la zone euro », Projet, no 328, 15 mai 2012.
  17. ↑ Alain Beitone, « La loi Pompidou-Giscard-Rothschild votée en 1973 empêcherait l'État de battre monnaie », Le Monde, 29 décembre 2011.
  18. ↑ Pierre-Cyrille Hautcœur et Miklos Vari, « La loi de 1973 et la légende urbaine », Le Monde, 18 avril 2012.
  19. ↑ Anne-Aël Durand, « Non, la loi “Pompidou-Giscard-Rothschild” de 1973 n'a pas créé la dette française », Le Monde, 13 décembre 2018.
  20. ↑ André-Jacques Holbecq, « 251 – A-J Holbecq : commentaires sur la loi de 1973 », blog de l'auteur, 21 juin 2012.
  21. ↑ André-Jacques Holbecq, « 371 – Gilets jaunes et loi de 1973 », blog de l'auteur, 14 décembre 2018.
  22. ↑ Sébastien Poulain, « Une Église radiophonique, Ici et maintenant », Revue française des sciences de l'information et de la communication, no 13, 2018, DOI 10.4000/rfsic.3743.
  23. ↑ Alain Beitone, « Loi de 1973 : le retour », Conspiracy Watch, 2016.
  24. ↑ « Qui sommes-nous ? », SOS Maires, consulté le 27 août 2026.
  25. ↑ 25,0 et 25,1 Face à l'effondrement, si j'étais maire ?, éditions Yves Michel, 10 septembre 2019.
  26. ↑ « La commune, dernière utopie avant l'effondrement ? », Millénaire 3, Métropole de Lyon, 30 novembre 2020.
  27. ↑ André-Jacques Holbecq, « Irez-vous lire ? », blog de l'auteur, 5 mai 2024.
  28. ↑ « Historique », Ummo-Sciences, consulté le 1er octobre 2026.
  29. ↑ Ummo, un Dieu venu d'ailleurs ?, notice bibliographique Decitre, consultée le 27 août 2026.
  30. ↑ 30,0 30,1 et 30,2 André-Jacques Holbecq, « Mes livres », blog de l'auteur, consulté le 27 août 2026.
  31. ↑ Notice bibliographique de la troisième édition de La dette publique, une affaire rentable, Bibliothèque nationale de France, consultée le 27 août 2026.
  32. ↑ Notice bibliographique de Argent, dettes et banques, Bibliothèque nationale de France, consultée le 1er octobre 2026.

Article publié sur Wikimonde Plus

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