Alexandre Vilgrain

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Alexandre Vilgrain
Naissance (70 ans)
Nationalité Française
Profession
Dirigeant d'entreprise
Autres activités
Ancien président du Conseil français des investisseurs en Afrique (2009-2022)
Formation
Université Paris-II Panthéon-Assas
Ascendants
Jean-Louis Vilgrain (père)

Alexandre Vilgrain, né le 10 avril 1956, est un dirigeant d'entreprise français, principalement actif dans l'industrie agroalimentaire en Afrique. Issu d'une famille de minotiers, il dirige de 1995 à 2022 le groupe Somdiaa, présent notamment dans la production de sucre, de farine et d'aliments pour animaux. Il préside également le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) de 2009 à 2022. Son départ de Somdiaa intervient dans un contexte de reprise en main du groupe par son actionnaire Castel et de controverses concernant certaines de ses filiales.

Biographie

Origines et premières activités en Asie

Alexandre Vilgrain est le fils de Jean-Louis Vilgrain, ancien dirigeant des Grands Moulins de Paris puis de Somdiaa, et le petit-fils de Jean Vilgrain, à l'origine du groupe agro-industriel familial. Cette famille de minotiers, implantée à Nancy, a notamment compté parmi ses membres Ernest Vilgrain, fondateur des Grands Moulins de Paris. Alexandre Vilgrain étudie le droit à l'université Paris-II Panthéon-Assas[1],[2].

Il entre en 1979 dans les entreprises de sa famille, où il exerce des responsabilités en France, en Afrique et dans l'océan Indien. Il participe ensuite à leur développement asiatique : en 1985, il prend la présidence de Délifrance Asia, un réseau de cafés-boulangeries lancé à Singapour, puis implanté dans plusieurs pays de la région. La société est introduite à la Bourse de Singapour en 1996. Parallèlement, il supervise la participation du groupe à la reprise de minoteries en Chine, notamment à Pékin[3],[4].

Direction du groupe Somdiaa

En 1995, Alexandre Vilgrain succède à son père à la présidence-direction générale de Somdiaa. Le groupe trouve son origine dans les investissements de la famille Vilgrain dans la vallée du Niari, au Congo, à partir de 1947, avant sa constitution sous le nom de Somdiaa en 1970. Il exploite des sucreries, des minoteries et des activités agricoles principalement en Afrique centrale et de l'Ouest. Sous sa direction, les filiales de Sosucam au Cameroun, de Saris au Congo et des sociétés implantées au Tchad, au Gabon ou en Côte d'Ivoire occupent une place importante dans les activités du groupe[5],[1].

Sa stratégie repose à la fois sur la production locale de denrées alimentaires et sur le développement de marques et de capacités industrielles. Somdiaa lance en 2008 Princesse Tatie, une marque de sucre commercialisée dans plusieurs pays africains. En 2017, le groupe engage notamment un investissement dans un complexe industriel au port de Pointe-Noire, consacré à la transformation de céréales. Son chiffre d'affaires atteint près de 447 millions d'euros en 2012[6],[7],[1].

Le groupe connaît un changement majeur d'actionnariat en 2011, lors de son rapprochement avec le Groupe Castel, qui en devient l'actionnaire majoritaire. Somdiaa poursuit ses activités sous la direction d'Alexandre Vilgrain, mais au sein d'un ensemble contrôlé par Castel. En 2019, il prend également la direction de Sosucam, principal producteur de sucre du Cameroun, alors confronté à une baisse de ses résultats. L'entreprise engage un programme d'investissements et relève les salaires de ses employés[5],[8].

Représentation des entreprises françaises en Afrique

Élu en mars 2009 président du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), Alexandre Vilgrain succède à Gérard Pélisson. Cette organisation patronale représente les entreprises françaises implantées sur le continent et intervient dans les débats sur les investissements, les échanges commerciaux et les relations économiques franco-africaines. Il en quitte la présidence en avril 2022, remplacé par Étienne Giros, tout en demeurant administrateur de l'association[9],[10].

Dans ses prises de position, il défend l'investissement productif en Afrique et appelle à dépasser les rapports politiques hérités de la période coloniale. Il déplore notamment que les activités des entreprises françaises sur ce continent soient, à ses yeux, davantage suspectées que celles conduites dans d'autres régions du monde. Ces positions sont reprises en 2013 dans un rapport du Sénat consacré aux relations entre la France et l'Afrique[11].

Il exerce parallèlement divers mandats d'administrateur. Il siège notamment pendant près de dix ans comme censeur au conseil d'administration de Proparco, institution financière de développement du groupe AFD, et participe aux instances de gouvernance de la société pétrolière Maurel & Prom au cours des années 2000 et 2010[12],[13].

Départ de Somdiaa et autres mandats

Au printemps 2022, Alexandre Vilgrain est écarté de la direction de Somdiaa, sur fond de tensions avec le groupe Castel et de controverses concernant la filiale centrafricaine Sucaf RCA. La presse économique décrit alors la volonté de Castel de reprendre directement le contrôle d'une société dont la gestion était restée largement associée à la famille Vilgrain. Olivier Parent lui succède à la tête du groupe au cours de l'année 2022, tandis que Castel en devient l'unique actionnaire[14],[15].

Après ce départ, il conserve des activités à travers Alexandre Vilgrain Holding, société qu'il dirige, et des mandats dans la boulangerie industrielle, notamment au sein de la société française Les Fromentiers de France[16],[17].

Contestations relatives aux activités de Somdiaa

Questions foncières et sociales au Cameroun

Durant sa présidence, Somdiaa fait l'objet de critiques sur les conditions d'exploitation des plantations de canne à sucre de Sosucam, au Cameroun. En 2006, cette filiale obtient de l'État camerounais un bail portant sur 12 000 hectares supplémentaires. Le projet d'extension suscite des protestations de populations riveraines qui dénoncent l'absence de consultation préalable et le risque de voir diminuer les terres disponibles pour les cultures vivrières. En 2010, des organisations de défense des droits fonciers relaient ces revendications et attribuent au groupe un « prix Pinocchio » destiné à dénoncer ses pratiques[18].

Une étude universitaire publiée en 2024, fondée notamment sur des entretiens menés au Cameroun, souligne toutefois que Sosucam met en place, à partir de 2011, des mécanismes de dialogue avec les communautés et finance des projets locaux, ce qui contribue à apaiser les tensions pendant une partie des années 2010. Les contestations reprennent à partir de 2020, en particulier autour des conditions de travail, des engagements sociaux et de l'interruption de certains dispositifs de concertation. Le groupe se retire en 2021 d'une procédure de dialogue engagée devant le Point de contact national français de l'OCDE[18].

Enquête sur la filiale centrafricaine

En août 2021, l'organisation non gouvernementale The Sentry publie un rapport accusant Sucaf RCA, filiale sucrière de Somdiaa en République centrafricaine, d'avoir apporté un soutien financier ou logistique à des groupes armés, notamment à l'Unité pour la paix en Centrafrique, en échange de la sécurisation de ses installations. Les faits allégués portent sur une période durant laquelle Alexandre Vilgrain dirige Somdiaa. L'entreprise et ses représentants contestent les conclusions du rapport, faisant notamment valoir que les personnels et les installations se trouvaient exposés à la contrainte de groupes armés dans une zone de conflit[19].

En juin 2022, après le départ d'Alexandre Vilgrain, le Parquet national antiterroriste ouvre une enquête préliminaire sur des soupçons de complicité de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre liés aux activités de cette filiale. L'enquête est classée sans suite en février 2026, le parquet jugeant les infractions insuffisamment caractérisées. Ses conclusions sont rendues publiques en avril de la même année. Les avocats de Somdiaa et de son ancien dirigeant accueillent favorablement la décision, tandis que The Sentry maintient ses accusations et déplore les limites de l'enquête.[19],[20].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 et 1,2 « Alexandre Vilgrain : président-directeur général de Somdiaa », sur LSA, (consulté le )
  2. ↑ « De la farine dans un bas de soie », sur Le Monde, (consulté le )
  3. ↑ « Conseil français des investisseurs en Afrique : assemblée générale du 11 mars 2009, nomination d'Alexandre Vilgrain », sur African Press Organization, (consulté le )
  4. ↑ Frédéric Lemaître, « Le succès des croissants Délifrance de Singapour », sur Le Monde, (consulté le )
  5. ↑ 5,0 et 5,1 « Notre histoire », sur Groupe Somdia (consulté le )
  6. ↑ « Distribution et marketing », sur Groupe Somdia (consulté le )
  7. ↑ « Congo : le groupe Somdiaa investit dans un complexe industriel au port de Pointe-Noire », sur Financial Afrik, (consulté le )
  8. ↑ « Alexandre Vilgrain, le mastodonte du sucre », sur Investir au Cameroun, (consulté le )
  9. ↑ « Alexandre Vilgrain », sur Agra, (consulté le )
  10. ↑ « CIAN : Étienne Giros remplace Alexandre Vilgrain à la présidence et Jérôme Fabre est nommé vice-président », sur Conseil français des investisseurs en Afrique, (consulté le )
  11. ↑ « L'Afrique est notre avenir », sur Sénat français, (consulté le )
  12. ↑ « Alexandre Vilgrain », sur Proparco (consulté le )
  13. ↑ (en) « Update to the 2014 annual report of MPI », sur U.S. Securities and Exchange Commission, (consulté le )
  14. ↑ « Après l'éviction d'Alexandre Vilgrain, comment Castel reprend la main sur Somdiaa », sur Africa Intelligence, (consulté le )
  15. ↑ « Olivier Parent et sa vision du groupe Somdia », sur Groupe Somdia (consulté le )
  16. ↑ « Alexandre Vilgrain Holding », sur Pappers (consulté le )
  17. ↑ « Les Fromentiers de France », sur Pappers (consulté le )
  18. ↑ 18,0 et 18,1 (en) Jan Sändig, « Land grabbing, CSR, and the (de)mobilization of resistance », Zeitschrift für Friedens- und Konfliktforschung, vol. 13, no 1,‎ , p. 167-191 (DOI 10.1007/s42597-024-00115-4, lire en ligne)
  19. ↑ 19,0 et 19,1 Cyril Bensimon, « Centrafrique : le groupe Castel sous le coup d'une enquête pour complicité de crimes contre l'humanité », sur Le Monde, (consulté le )
  20. ↑ Agence France-Presse, « La justice française classe son enquête sur une filiale de Castel », sur Blick, (consulté le )

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