Bernard Hayot

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Bernard Hayot
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Bernard Marie-Joseph Hayot, dit Bernard Hayot, né le 28 octobre 1934 au François (Martinique)[1], est un entrepreneur et mécène français. Il fonde en 1960 un élevage avicole qui est à l'origine du Groupe Bernard Hayot (GBH), groupe familial diversifié principalement dans la grande distribution, l'automobile et plusieurs activités industrielles. Il demeure président de GBH ; la direction générale est également assurée par ses fils Stéphane et Rodolphe Hayot et par son gendre Nicolas de Pompignan[2]. En 2024, le groupe dépasse cinq milliards d'euros de chiffre d'affaires et emploie environ 18 000 personnes ; GBH indique compter 19 300 salariés à la fin de 2025[3],[4].

Issu d'une famille békée de planteurs établie de longue date en Martinique, Bernard Hayot est devenu l'une des figures les plus visibles du monde économique antillais. Son activité de chef d'entreprise se double, depuis les années 1980, d'un engagement de collectionneur et de mécène consacré notamment au patrimoine martiniquais et à l'art caribéen, autour de l'Habitation Clément et de la Fondation Clément. La taille prise par GBH et sa place dans la distribution ultramarine ont parallèlement placé le groupe au cœur des débats récurrents sur la concentration économique et la vie chère dans les outre-mer. Depuis 2025, une information judiciaire vise GBH pour des soupçons d'« entente », d'« abus de position dominante » et d'« escroquerie en bande organisée », allégations que le groupe conteste[3].

Biographie

Origines et débuts professionnels

Bernard Hayot naît au François dans une fratrie de six enfants. Son père dirige une usine sucrière de la commune, qui ferme dans les années 1960[5]. Il appartient à une lignée de planteurs martiniquais que Le Monde décrit en 2026 comme la neuvième génération des Hayot au François[6]. La même enquête, s'appuyant sur la base de données Repairs consacrée aux réparations et indemnités liées à l'esclavage colonial, recense quatorze personnes portant le nom Hayot parmi les bénéficiaires d'indemnités versées aux anciens propriétaires d'esclaves après l'abolition de 1848. L'historien Frédéric Régent, cité par le journal, précise toutefois que les Hayot ne figuraient pas parmi les bénéficiaires les mieux indemnisés[6]. Après avoir commencé des études de médecine, Bernard Hayot ne poursuit pas cette voie. En 1960, à 26 ans, il crée au François un élevage de poulets de chair sous la marque Bamy, qui emploie quelques salariés. Cette entreprise constitue le point de départ de GBH[7],[8].

Construction et diversification de GBH

Le développement de l'entreprise repose rapidement sur la diversification. Après un séjour à Trinidad, Bernard Hayot crée en 1965 la Somarec, spécialisée dans le rechapage de pneumatiques. Il constitue l'année suivante Sodicar, qui fait entrer l'entreprise dans le commerce de gros, puis investit en 1967 dans les matériaux de construction avec la reprise de Techno Ponce. À la fin des années 1960, le groupe commence à s'implanter en Guadeloupe[7]. Ces activités industrielles et commerciales précèdent l'entrée dans les deux secteurs qui deviennent ensuite ses principaux métiers : la grande distribution, avec un magasin Monoprix en Martinique en 1981, puis la distribution automobile, avec la reprise de la concession Renault Martinique en 1988[7].

À partir de ce socle antillais, GBH se déploie dans les autres territoires ultramarins puis à l'international. Son modèle associe des franchises et concessions de groupes internationaux à des activités propres dans l'agroalimentaire, les spiritueux et les matériaux de construction. Les comptes publiés pour 2023 répartissent son chiffre d'affaires entre la grande distribution (52 %), l'automobile (37 %) et les activités diversifiées (11 %)[9]. En 2026, Le Monde le présente comme le premier employeur privé des outre-mer et évalue à environ 300 le nombre de sociétés du groupe[10]. La même année, le groupe est présent dans 19 pays ; Le Monde indique qu'environ 15 % de son chiffre d'affaires est réalisé en Martinique et 35 % à l'international[6].

Bernard Hayot reste président de GBH, mais la conduite opérationnelle s'est progressivement déplacée vers la génération suivante : Stéphane Hayot dirige principalement les activités de distribution, Rodolphe Hayot celles liées notamment à l'automobile et aux spiritueux, tandis que Nicolas de Pompignan participe à la direction générale[2]. Le groupe reste familial. En 2026, Challenges, cité par Le Monde, estime la fortune de la famille Hayot à 325 millions d'euros et la situe au 410e rang de son classement des fortunes françaises ; cette estimation patrimoniale est distincte du chiffre d'affaires de GBH[6].

Mécénat, patrimoine et formation

Habitation et Fondation Clément

En 1986, GBH acquiert au François le domaine de l'Acajou, siège historique des rhums Clément. Bernard Hayot engage la restauration de l'Habitation Clément, dont la maison principale et plusieurs dépendances sont classées au titre des monuments historiques en 1996[11]. Une importante campagne de restauration est menée à partir de 2003. Le domaine conserve une activité liée au rhum tout en devenant un site patrimonial, botanique et culturel ouvert au public[12].

Amateur d'abord de cartes anciennes puis d'art figuratif et contemporain, Bernard Hayot développe parallèlement une collection centrée sur la Caraïbe[5]. Il crée en 2005 la Fondation Clément, fondation d'entreprise de GBH qu'il préside. Celle-ci organise des expositions, constitue une collection d'art contemporain caribéen, rassemble des archives et une bibliothèque consacrées à l'histoire de la région, et participe à la restauration du patrimoine créole[13]. En 2016, de nouvelles salles d'exposition dessinées par l'agence Reichen et Robert & Associés ouvrent à l'Habitation Clément ; Le Monde souligne alors le rôle joué par le lieu dans une île où les structures consacrées aux arts visuels contemporains sont peu nombreuses[14]. En 2025, la fondation dispose, selon Le Monde, d'un budget de 2,5 millions d'euros et l'Habitation Clément accueille environ 270 000 visiteurs[6].

Le site sert aussi de cadre à des initiatives mémorielles. Le 17 décembre 2001, Aimé Césaire, invité par Bernard Hayot, y plante un courbaril présenté comme un « arbre de la fraternité »[15]. GBH est par ailleurs mécène de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage depuis sa création en 2019 ; Bernard Hayot signe en 2023 avec Jean-Marc Ayrault le renouvellement de cette convention pour la période 2023-2026[16]. Fin 2024, il participe au conseil des mécènes de cette fondation à des travaux consacrés à la question des réparations liées à l'esclavage[6].

Université et insertion professionnelle

À la fin des années 2000, Bernard Hayot participe au rapprochement entre GBH et l'Université des Antilles et de la Guyane. Un projet de fondation partenariale est annoncé en 2009, puis officiellement autorisé par arrêté du 1er décembre 2011 sous le nom « Agir ensemble pour la formation et l'emploi »[17],[18]. Devenue Fondation Université des Antilles-GBH après la réorganisation de l'université, elle poursuit des actions de professionnalisation et de rapprochement entre étudiants et entreprises. Sa gouvernance associe l'université et GBH, avec une majorité de sièges revenant à l'établissement universitaire[19].

Place dans les débats économiques ultramarins

Crise sociale de 2009

La croissance de GBH fait de Bernard Hayot une figure récurrente des débats sur le poids des grands groupes familiaux dans les économies antillaises. Lors des grèves générales de 2009 en Guadeloupe et en Martinique contre la « pwofitasyon » et la vie chère, le groupe, déjà très présent dans la grande distribution et l'automobile, devient l'un des symboles visés par les manifestants. Le Monde indique alors que GBH réalise environ 1,8 milliard d'euros de chiffre d'affaires et emploie 6 000 personnes dans la région caribéenne et en France hexagonale[20]. Bernard Hayot s'exprime peu pendant le conflit. Après la diffusion du documentaire Les Derniers Maîtres de la Martinique, il condamne toutefois publiquement les propos racistes tenus par l'industriel Alain Huygues-Despointes et appelle au rapprochement entre les composantes de la société martiniquaise[21].

Mobilisations contre la vie chère et publication des comptes

Le sujet prend une nouvelle ampleur à l'automne 2024, lors des mobilisations en Martinique contre le niveau des prix alimentaires. GBH, devenu l'un des principaux groupes privés ultramarins, est particulièrement mis en cause dans le débat public, sans être le seul acteur de la distribution concerné. Les données de l'Insee reprises par l'Autorité de la concurrence situent en 2022 les prix à la consommation en Martinique à 13,8 % au-dessus de ceux de la France hexagonale, et l'écart à environ 40 % pour les produits alimentaires[22].

Dans ce contexte, quatre particuliers assignent GBH afin d'obtenir la publication de ses comptes consolidés. Le groupe dépose puis rend publics en février 2025 ses comptes pour les exercices 2019 à 2023. Ceux de 2023 font apparaître 4,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 227,7 millions d'euros de résultat net[9]. La publication nourrit des lectures opposées : les requérants y voient la preuve de marges élevées, tandis que GBH répond que la marge consolidée agrège des métiers aux structures économiques différentes et que sa rentabilité nette doit être comparée à celle d'entreprises de taille similaire[9].

Le protocole de lutte contre la vie chère signé en octobre 2024 par l'État, la Collectivité territoriale de Martinique et plusieurs acteurs économiques, dont les grands distributeurs, prévoit des mesures portant sur plus de 6 000 références. Dans son cinquième bilan, publié en juillet 2026, la préfecture indique que la baisse moyenne des prix des produits suivis se maintient et qu'environ 75 % des références étudiées présentent une marge de distribution stable ou en baisse ; ce suivi agrège les données des quatre principaux groupes alimentaires de l'île, parmi lesquels GBH[23].

Analyse de l'Autorité de la concurrence et enquête judiciaire

Saisie par le gouvernement en janvier 2025, l'Autorité de la concurrence publie en février 2026 une étude détaillée de la chaîne d'approvisionnement alimentaire martiniquaise. Elle souligne le poids des contraintes structurelles — insularité, dépendance aux importations, multiplicité des intermédiaires et coûts logistiques — ainsi que le déficit de transparence de certaines structures de distribution[22]. Son analyse ne met pas en évidence une surmarge uniforme de l'ensemble de la grande distribution : les hypermarchés martiniquais affichent en moyenne une marge nette positive de 1,2 %, tandis que celle des supermarchés est négative à −1,4 % ; leurs marges commerciales sont respectivement supérieures de 1,7 point et inférieures de 3 points aux niveaux de comparaison hexagonaux. En amont, les grossistes-importateurs et centrales d'achats des groupes intégrés dégagent en moyenne une marge nette de 1,6 %, et les centrales de référencement 28,8 %. L'Autorité précise cependant que les grossistes-importateurs non intégrés ont des marges nettes environ deux fois supérieures à celles de leurs concurrents intégrés et que les facturations intragroupes compliquent l'analyse de la rentabilité de chaque maillon[22]. Elle formule neuf recommandations destinées à renforcer la transparence, le suivi des marges et la concurrence. L'avis distingue ainsi les différents niveaux de la chaîne plutôt que d'attribuer l'écart de prix aux seules marges des magasins.

Sur un autre plan, une information judiciaire est ouverte le 29 août 2025 à la demande du Parquet national financier, après une plainte de la CGT de Guadeloupe et du Mouvement international pour les réparations. Elle porte sur des soupçons d'« entente », d'« abus de position dominante » et d'« escroquerie en bande organisée » visant GBH. Deux juges d'instruction sont saisis du dossier[3]. Le groupe qualifie ces accusations d'« infondées » sur les plans factuel et juridique et indique coopérer avec la justice. Les sources publiées en 2026 présentent toujours l'enquête comme en cours[10]. Elles ne font pas état d'une mise en examen personnelle de Bernard Hayot.

Distinctions

Bernard Hayot est commandeur de l'ordre national de la Légion d'honneur à partir du 16 novembre 2011. Par décret du 3 juillet 2024, il est élevé à la dignité de grand officier ; le décret précise que cette élévation prend rang à compter de sa réception dans la dignité[24]. Il reçoit les insignes de grand officier des mains du président de la République Emmanuel Macron lors d'une cérémonie à l'Élysée le 15 mai 2025[25],[26].

Références

  1. ↑ Association Tous Créoles !, « Statuts de l'association », liste des membres fondateurs (consulté le 21 septembre 2026).
  2. ↑ 2,0 et 2,1 GBH, « Mentions légales » et « Intégrer un Groupe engagé » (consultés le 21 septembre 2026).
  3. ↑ 3,0 3,1 et 3,2 Laura Motet, « « Vie chère » : pourquoi des juges d'instruction enquêtent sur le Groupe Bernard Hayot, leader de la grande distribution en outre-mer », Le Monde, 24 décembre 2025 (consulté le 21 septembre 2026).
  4. ↑ GBH, « Nos engagements », données à fin 2025 (consulté le 21 septembre 2026).
  5. ↑ 5,0 et 5,1 Laurent Carpentier, « Promenade avec l'homme qui collectionne les Caraïbes », Le Monde, 14 janvier 2016 (consulté le 21 septembre 2026).
  6. ↑ 6,0 6,1 6,2 6,3 6,4 et 6,5 Nathalie Guibert et Jean-Michel Hauteville, « Les Hayot, symbole de l'histoire tourmentée de la Martinique avec les békés », Le Monde, 11 février 2026 (consulté le 21 septembre 2026).
  7. ↑ 7,0 7,1 et 7,2 GBH, « Notre histoire » (consulté le 21 septembre 2026).
  8. ↑ Assemblée nationale, Commission d'enquête sur le coût de la vie dans les collectivités territoriales régies par les articles 73 et 74 de la Constitution, « Compte rendu no 18 : audition du Groupe Bernard Hayot », 17 mai 2023 (consulté le 21 septembre 2026).
  9. ↑ 9,0 9,1 et 9,2 Nathalie Guibert et Jean-Michel Hauteville, « Vie chère aux Antilles : Manuel Valls promet de s'attaquer aux marges excessives, le groupe Hayot publie ses comptes », Le Monde, 6 février 2025 (consulté le 21 septembre 2026).
  10. ↑ 10,0 et 10,1 Nathalie Guibert, Jérôme Talpin et Jean-Michel Hauteville, « Hayot, leader martiniquais de la grande distribution devenu le nom de la vie chère en outre-mer », Le Monde, 10 février 2026, modifié le 12 février 2026 (consulté le 21 septembre 2026).
  11. ↑ Ministère de la Culture, Plateforme ouverte du patrimoine, « Habitation Clément ou Domaine de l'Acajou », notice PA00105971, mise à jour le 4 mars 2026 (consultée le 21 septembre 2026).
  12. ↑ Fondation Clément, « L'Habitation Clément » (consulté le 21 septembre 2026).
  13. ↑ Fondation Clément, « La Fondation » (consulté le 21 septembre 2026).
  14. ↑ Laurent Carpentier, « La Fondation Clément, ou la complexité d'une île », Le Monde, 14 janvier 2016 (consulté le 21 septembre 2026).
  15. ↑ « 17 décembre 2001, Aimé Césaire et “l'arbre de la Fraternité” », France-Antilles Martinique, 17 décembre 2021 (consulté le 21 septembre 2026).
  16. ↑ « La convention de mécénat entre GBH et la Fondation pour la mémoire de l'esclavage est renouvelée », France-Antilles Martinique, 27 mai 2023 (consulté le 21 septembre 2026).
  17. ↑ J.-M. A., « “Il faut développer l'esprit d'entreprise” », France-Antilles Martinique, 8 décembre 2009 (consulté le 21 septembre 2026).
  18. ↑ Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, « Autorisation de création de la fondation partenariale dénommée “Agir ensemble pour la formation et l'emploi” », arrêté du 1er décembre 2011, Bulletin officiel de l'enseignement supérieur et de la recherche, no 11, 15 mars 2012 (consulté le 21 septembre 2026).
  19. ↑ Université des Antilles, « Fondation UA-GBH : Agir ensemble pour la formation et l'emploi » (consulté le 21 septembre 2026).
  20. ↑ « Békés : une affaire d'héritage », Le Monde, 28 février 2009 (consulté le 21 septembre 2026).
  21. ↑ Bernard Hayot, « Redoublons d'efforts », tribune publiée dans France-Antilles Martinique, 16 février 2009 (consultée le 21 septembre 2026).
  22. ↑ 22,0 22,1 et 22,2 Autorité de la concurrence, « Avis 26-A-01 du 10 février 2026 relatif aux marges des grossistes-importateurs et des distributeurs de produits alimentaires de première nécessité en Martinique » (consulté le 21 septembre 2026).
  23. ↑ Préfecture de la Martinique, « 5e bilan du protocole d'objectifs et de moyens pour lutter contre la cherté de la vie en Martinique », mis à jour le 24 juillet 2026 (consulté le 21 septembre 2026).
  24. ↑ « Décret du 3 juillet 2024 portant élévation aux dignités de grand'croix et de grand officier de l'ordre national de la Légion d'honneur », Journal officiel de la République française, no 162 du 9 juillet 2024 (consulté le 21 septembre 2026).
  25. ↑ Présidence de la République, « Mai 2025 – déplacements et rendez-vous », mention de la cérémonie collective de décorations (consulté le 21 septembre 2026).
  26. ↑ Assemblée nationale, « Élévation de Bernard Hayot à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur », séance du 20 mai 2025 (consulté le 21 septembre 2026).

Voir aussi

Articles connexes

  • Groupe Bernard Hayot
  • Habitation Clément
  • Béké

Liens externes

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