Contretemps (revue)

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Contretemps

Pays France
Langue Français
Périodicité Trimestrielle[1]
Genre Revue politique et de critique sociale
Fondateur Daniel Bensaïd, Philippe Corcuff
Date de fondation Mai 2001
Éditeur Éditions Textuel (2001–2008), puis Éditions Syllepse (depuis 2009)
ISSN 1633-597X
ISSN (version électronique) 2496-5146
Site web contretemps.eu

Contretemps est une revue française de critique sociale et politique fondée en mai 2001 à l’initiative du philosophe Daniel Bensaïd, avec notamment le sociologue Philippe Corcuff[2]. Inscrite dans les débats de la gauche radicale et les pensées d’inspiration marxiste, elle cherche à rapprocher recherches universitaires et pratiques militantes[3].

Publiée par les éditions Textuel de 2001 à 2008, elle est relancée aux éditions Syllepse en 2009. Une revue numérique, créée en 2008 sous le même nom et portant le sous-titre « Revue de critique communiste », poursuit ensuite une activité éditoriale distincte de celle du périodique imprimé[4],[5].

Histoire

Fondation et première série

Daniel Bensaïd lors d’une conférence à Barcelone en avril 2008.

Le projet naît d’une réunion collective au printemps 2000. La plupart de ses initiateurs appartiennent à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), mais souhaitent constituer un collectif pluraliste, ouvert à différentes traditions critiques et à des travaux étrangers encore peu connus en France[6]. Cette initiative s’inscrit dans le rapprochement entre chercheurs et acteurs du mouvement social engagé notamment autour des grèves de 1995 et des interventions de Pierre Bourdieu[7].

Le premier numéro, Le retour de la critique sociale. Marx et les nouvelles sociologies, paraît en mai 2001. La série publiée par Textuel compte vingt-deux numéros jusqu’en mai 2008. Organisés principalement autour de dossiers thématiques, ils traitent aussi bien des transformations du capitalisme et des mouvements sociaux que de l’écologie, des rapports de domination ou des stratégies d’émancipation[8].

Dans le bilan qui accompagne l’arrêt de cette première formule, Daniel Bensaïd souligne les difficultés financières provoquées par la réduction puis la suppression d’une subvention du Centre national du livre, la faiblesse des abonnements et les variations des ventes selon les dossiers. Il relève aussi des limites éditoriales : une juxtaposition de points de vue qui ne débouche pas toujours sur une véritable controverse, ainsi qu’une difficulté à réunir les lectorats universitaire et militant. Ces constats conduisent à repenser la revue plutôt qu’à abandonner sa publication[6].

Relance et nouvelle série imprimée

À l’automne 2008, Contretemps se réorganise autour de deux supports, une publication imprimée et un site internet. Cette relance s’accompagne d’une fusion avec Critique communiste, jusque-là revue théorique de la LCR[4]. Elle intervient dans le contexte de la préparation du Nouveau Parti anticapitaliste[9].

La nouvelle série imprimée, initialement dirigée par Daniel Bensaïd, Stathis Kouvélakis et Francis Sitel, reprend la numérotation à un. Son premier numéro, La nouvelle gauche anticapitaliste, paraît chez Syllepse en janvier 2009[10],[11].

En 2015, les équipes de Contretemps, des Cahiers de l’OMOS et des Cahiers de l’émancipation annoncent une mise en commun de leur travail éditorial. Tout en conservant leurs spécificités, les deux autres publications doivent prendre en charge, en alternance, un dossier intégré à la revue trimestrielle[12].

La publication imprimée se poursuit dans les années 2020. Le numéro 70, paru en octobre 2026, aborde notamment les questions scolaires et les débats politiques précédant l’élection présidentielle de 2027[13].

Projet intellectuel et ligne éditoriale

Le projet initial met en discussion les marxismes avec d’autres approches critiques, notamment la sociologie, les courants libertaires, l’écologie politique, les études de genre et les analyses postcoloniales. Philippe Corcuff souligne rétrospectivement le rôle de Daniel Bensaïd dans ce dialogue entre production intellectuelle et engagement politique[2]. La question de la stratégie révolutionnaire donne par exemple lieu, dans le numéro 6 de 2003, à une confrontation entre les thèses de John Holloway sur l’« anti-pouvoir » et la critique qu’en propose Daniel Bensaïd[14].

La revue numérique revendique un ancrage marxiste, communiste, antistalinien et internationaliste. Elle se présente comme engagée mais non partisane, et souhaite nourrir les débats théoriques et stratégiques de la gauche radicale. Ses publications associent analyse de la conjoncture et réflexion sur les rapports de classe, le féminisme, l’antiracisme et l’écosocialisme. Les traductions et les échanges avec des revues étrangères participent à cette volonté de faire circuler les débats au-delà du cadre français[3].

L’articulation entre recherche et militantisme reste toutefois un sujet de discussion. Dans un bilan personnel publié sur son blog en septembre 2013, Philippe Corcuff juge que les liens avec les pratiques militantes se sont progressivement distendus, particulièrement après la mort de Daniel Bensaïd en janvier 2010. Il estime que la revue s’est rapprochée d’un fonctionnement para-universitaire et présente cette évolution comme l’une des raisons de son départ en octobre 2012[2].

Revue numérique

Lancé en 2008, le site contretemps.eu est rénové en 2016. La rédaction fait état d’une nouvelle refonte dans un appel à dons publié en avril 2026[5],[15]. Initialement associés, les supports imprimé et numérique acquièrent progressivement leur autonomie, puis poursuivent des activités séparées[3].

Le site est édité par l’association Les Amis de Contretemps. En 2026, sa direction de publication est assurée par Fanny Gallot et Ugo Palheta[16]. Gratuit et sans publicité, il repose sur les dons de ses lecteurs ; son équipe indique ne recevoir aucune subvention publique[15].

La revue en ligne publie des analyses, des entretiens, des recensions et des extraits d’ouvrages, regroupés notamment en dossiers thématiques. Elle organise aussi des rencontres publiques et anime sur la plateforme Spectre les podcasts C’est quoi le plan ?, consacré aux questions stratégiques, et Contresons, consacré aux pensées critiques[5].

Numéros imprimés

Première série : éditions Textuel (2001–2008)

Les vingt-deux numéros de cette série sont disponibles gratuitement en PDF sur le site de la revue. Leurs principaux titres et dossiers sont les suivants[8],[17] :

Numéro Titre ou dossier principal Date
1 Le retour de la critique sociale. Marx et les nouvelles sociologies Mai 2001
2 Seattle, Porto Alegre, Gênes. Mondialisation capitaliste et dominations impériales Septembre 2001
3 Logiques de guerre. Émancipation sociale et démocratie[18] Février 2002
4 Critique de l’écologie politique Mai 2002
5 Propriétés et pouvoirs Septembre 2002
6 Changer le monde sans prendre le pouvoir ? Nouveaux libertaires, nouveaux communistes Février 2003
7 Genre, classes, ethnies : identités, différences, égalités Mai 2003
8 Nouveaux monstres et vieux démons : déconstruire l’extrême droite Septembre 2003
9 L’autre Europe : pour une refondation sociale et démocratique Février 2004
10 L’Amérique latine rebelle. Contre l’ordre impérial Mai 2004
11 Penser radicalement à gauche Septembre 2004
12 À quels saints se vouer ? Espaces publics et religions Février 2005
13 Cité(s) en crise. Ségrégations et résistances dans les quartiers populaires Mai 2005
14 Sciences, recherche, démocratie Septembre 2005
15 Clercs et chiens de garde. L’engagement des intellectuels Février 2006
16 Postcolonialisme et immigration Mai 2006
17 Lumières : actualités d’un esprit Septembre 2006
18 Société de l’information. Faut-il avoir peur des médias ? Février 2007
19 L’engagement en questions. Regards sur les pratiques militantes Mai 2007
20 Marx hors limites : une pensée devenue monde Septembre 2007
21 Capitalisme, crises et développement Février 2008
22 1968 : un monde en révoltes Mai 2008

Nouvelle série : éditions Syllepse (depuis 2009)

La nouvelle série associe dossiers, interventions sur l’actualité, entretiens et comptes rendus. Parmi les thèmes abordés figurent le renouvellement de l’anticapitalisme, l’histoire des pensées révolutionnaires et les rapports entre transformation sociale et écologie[11],[12]. La sélection suivante présente quelques-uns de ses dossiers :

Numéro Dossier ou thème Année
1 La nouvelle gauche anticapitaliste[11] 2009
5 Salariat et syndicalisme[19] 2010
8 Rosa Luxemburg[20] 2011
10 Frantz Fanon, cinquante ans après[21] 2011
12 Écologie et capitalisme[22] 2012
15 « Invasion marxienne ? », autour de travaux contemporains sur Marx[23] 2012
17 Penser l’émancipation scolaire[24] 2013
26 Notre écologie politique[12] 2015
64 Syrie et Rojava ; justice pénale et violences sexuelles[25] 2025
70 Éducation et débats politiques à l’approche de l’élection présidentielle de 2027[13] 2026

Notes et références

  1. ↑ « Contretemps », sur Mir@bel (consulté le ).
  2. ↑ 2,0 2,1 et 2,2 Philippe Corcuff, « Intellectuels, militants et intellectualité démocratique : vues critiques sur quelques expériences passées », sur Le Club de Mediapart, (consulté le ).
  3. ↑ 3,0 3,1 et 3,2 « À propos », sur Contretemps (consulté le ).
  4. ↑ 4,0 et 4,1 « Daniel Bensaïd », sur Contretemps, (consulté le ).
  5. ↑ 5,0 5,1 et 5,2 « Souscription : il nous manque encore 3000 euros pour financer notre nouveau site ! », sur Contretemps, (consulté le ).
  6. ↑ 6,0 et 6,1 Daniel Bensaïd, « Sept ans après : « Contretemps », fin et suites », Contretemps, no 22,‎ , p. 6–8 (lire en ligne).
  7. ↑ « L’héritage Bourdieu et la gauche « radicale » », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  8. ↑ 8,0 et 8,1 « Les archives de la revue Contretemps à télécharger », sur Contretemps, (consulté le ).
  9. ↑ Philippe Corcuff, « L’aventure « NPA » : un chaos créateur », Mouvements,‎ (lire en ligne).
  10. ↑ « Contretemps 2ème série », sur Contretemps (consulté le ).
  11. ↑ 11,0 11,1 et 11,2 « La nouvelle gauche anticapitaliste », sur Éditions Syllepse (consulté le ).
  12. ↑ 12,0 12,1 et 12,2 « Le numéro 26 de la revue Contretemps est paru », sur Contretemps, (consulté le ).
  13. ↑ 13,0 et 13,1 « ContreTemps n°70 », sur Éditions Syllepse (consulté le ).
  14. ↑ « Changer le monde sans prendre le pouvoir ? Nouveaux libertaires, nouveaux communistes », Contretemps, no 6,‎ (lire en ligne).
  15. ↑ 15,0 et 15,1 « Appel à dons : Contretemps a besoin de vous ! », sur Contretemps, (consulté le ).
  16. ↑ « Mentions légales », sur Contretemps (consulté le ).
  17. ↑ « 1968 : un monde en révoltes », Contretemps, no 22,‎ , p. 3 du fichier PDF, catalogue des numéros précédents (lire en ligne).
  18. ↑ « Logiques de guerre. Dossier : Émancipation sociale et démocratie », Contretemps, no 3,‎ (lire en ligne).
  19. ↑ « Contretemps 2ème série, page 2 », sur Contretemps (consulté le ).
  20. ↑ « Contretemps – Numéro 8, janvier 2011 – Dossier Rosa Luxemburg », sur Contretemps, (consulté le ).
  21. ↑ « Contretemps – Numéro 10, juin 2011 – Frantz Fanon, 50 ans après… », sur Contretemps, (consulté le ).
  22. ↑ « Écologie et capitalisme », sur Éditions Syllepse (consulté le ).
  23. ↑ « Contretemps – numéro 15, novembre 2012 – Karl Marx, actualité critique », sur Contretemps, (consulté le ).
  24. ↑ « Contretemps », Former des maîtres, supplément au mensuel Le Snesup, no 616,‎ , p. 15 (lire en ligne).
  25. ↑ « Contretemps n°64 », sur Éditions Syllepse (consulté le ).

Liens externes

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