Jeanne Candel

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Jeanne Candel
Naissance
Toulouse
Nationalité Française
Activité principale
Comédienne, metteuse en scène
Formation
Conservatoire national supérieur d'art dramatique

Jeanne Candel, née en 1979 à Toulouse, est une comédienne et metteuse en scène française[1]. Fondatrice de la compagnie la vie brève en 2009, elle codirige depuis 2019 le Théâtre de l'Aquarium, à La Cartoucherie de Paris, avec Marion Bois et Elaine Méric[2],[3].

Son travail associe théâtre musical, danse et écriture de plateau. Conçus avec des acteurs et des musiciens qui participent à leur écriture, ses spectacles font se rencontrer répertoire classique, improvisation et images oniriques[4]. Le Crocodile trompeur / Didon et Énée, créé avec Samuel Achache, reçoit en 2014 le Molière du spectacle musical[5].

Parcours

Formation et premières expériences

Jeanne Candel découvre le théâtre pendant son enfance toulousaine et suit les ateliers Jules-Julien jusqu'à ses dix-huit ans. Adolescente, elle est marquée par Le Sacre du printemps de Pina Bausch, vu au Festival d'Avignon, et par les concerts symphoniques de la Halle aux Grains[6]. Après des études de lettres modernes et de dramaturgie, elle se forme aux ateliers du Sapajou, puis au conservatoire du cinquième arrondissement de Paris auprès de Bruno Wacrenier. Elle entre au Conservatoire national supérieur d'art dramatique en 2002. Elle y réalise notamment une création théâtrale et dansée autour du mythe d'Icare, qui se déploie dans les différents espaces de l'école[1].

Sa rencontre avec le metteur en scène hongrois Árpád Schilling, lors d'un atelier au Conservatoire, est déterminante. Elle rejoint les recherches de sa compagnie Krétakör et participe à plusieurs créations en 2008 et 2009. Ces expériences l'encouragent à considérer l'acteur comme un auteur de ses propres formes, plutôt que comme le seul interprète d'un texte[6].

La vie brève et le Théâtre de l'Aquarium

La compagnie la vie brève, fondée à Paris en 2009, réunit des comédiens, des musiciens et des collaborateurs artistiques autour de périodes de recherche et de création. Samuel Achache en partage la direction avec Jeanne Candel de 2013 à 2020[2]. Son premier spectacle, Robert Plankett, est créé en 2010. Autour de la disparition d'un homme et du rangement de ses affaires par ses proches, la pièce mêle souvenirs, récits inventés et gestes quotidiens. Elle naît de laboratoires réunissant des amis de formation et d'une écriture collective au plateau[6].

En juillet 2019, la vie brève prend la direction du Théâtre de l'Aquarium. Jeanne Candel, Marion Bois et Elaine Méric y développent une maison de création consacrée aux relations entre théâtre et musique[2]. Le lieu accueille les recherches de la compagnie et des résidences d'autres équipes artistiques. Le festival BRUIT, organisé en hiver et au printemps, présente leurs spectacles et propose des rencontres avec le public[7].

Cette organisation s'accompagne d'un travail sur le réemploi des décors et des costumes. Pendant la fermeture des théâtres liée à la pandémie de Covid-19, l'équipe aménage une matériauthèque et des ateliers de fabrication afin de réutiliser les matériaux conservés dans le bâtiment[8].

Travail de comédienne

Parallèlement à la mise en scène, Jeanne Candel joue dans plusieurs de ses créations et dans celles d'autres artistes. Elle poursuit ses recherches sur le jeu, notamment auprès de Krystian Lupa lors de stages en 2018[8]. En 2022, elle conçoit et interprète avec Lionel González et Thibault Perriard La Nuit sera blanche, d'après La Douce de Fiodor Dostoïevski, au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis[9].

Au cinéma, elle apparaît dans Primrose Hill et Montparnasse de Mikhaël Hers, ainsi que dans Paris de Cédric Klapisch et Le Hérisson de Mona Achache[1]. Elle retrouve Mikhaël Hers dans Memory Lane, sorti en 2010[10].

Démarche artistique

Écriture collective et théâtre musical

Le travail de Jeanne Candel part des interprètes et de leurs propositions. Pendant les répétitions, elle leur soumet des questions ou des situations à explorer ; les improvisations sont ensuite assemblées, déplacées et reprises. Si elle impulse le projet et décide du montage final, la matière du spectacle est élaborée collectivement. Cette pratique laisse une place importante aux singularités des acteurs et au dialogue entre jeu, musique et scénographie[8].

Sans formation musicale approfondie, elle entretient avec la musique un rapport intuitif, développé notamment par l'écoute des concerts pendant son adolescence. Ses collaborations avec les directeurs musicaux Florent Hubert, Pierre-Antoine Badaroux et Thibault Perriard permettent d'intégrer la musique à l'action, plutôt que de la limiter à un accompagnement. La rencontre entre œuvres anciennes et gestes contemporains peut faire surgir un décalage comique tout en conservant l'émotion de la partition[11],[12].

Le deuil, le désir et la possibilité de revenir à la vie traversent ses créations. Leur construction procède souvent par associations d'images et par collage, sans imposer une intrigue continue. Dans son portrait pour ARTCENA, Maïa Bouteillet souligne la coexistence du drôle, de l'absurde et du tragique, ainsi que l'absence de hiérarchie entre musique, théâtre et danse[4]. Jeanne Candel rapproche elle-même sa recherche du travail d'Aby Warburg sur les motifs et les images qui se transmettent d'une époque à l'autre[11].

Espaces, objets et créations in situ

Public installé sur un terrain de tennis avant un filage de Some Kind of Monster, à la Cité internationale universitaire de Paris, en juin 2013.

Le lieu et les objets peuvent constituer le point de départ d'un spectacle. À Villeréal, Nous brûlons (2010) entraîne les spectateurs dans le village en leur proposant de suivre les trajectoires d'un couple qui se sépare. Some Kind of Monster (2012) transforme un terrain de tennis en espace d'enquête nocturne. Artiste associée à la Comédie de Valence à partir de 2015, Jeanne Candel poursuit ces recherches avec Dieu et sa maman, créé avec Lionel Dray dans une église désaffectée, puis avec TRAP (2017), qui explore les dessous du théâtre et les archives départementales[13].

Ce rapport aux espaces se prolonge dans sa collaboration avec la scénographe Lisa Navarro. Les objets, les matières et les références picturales ne servent pas seulement de décor : ils nourrissent les situations de jeu et participent à la dramaturgie[13].

Créations et réception critique

Du Crocodile trompeur à Tarquin

Créé en 2013, Le Crocodile trompeur / Didon et Énée marque une étape importante dans la reconnaissance de la compagnie. Jeanne Candel et Samuel Achache y proposent, avec Florent Hubert à la direction musicale, une relecture de l'opéra Didon et Énée de Henry Purcell. La partition est remaniée, mêlée au jazz et à des scènes burlesques, tandis que l'histoire de l'amour trahi conserve sa place dans le spectacle. Dans La Terrasse, Éric Demey salue l'inventivité du jeu et la force de l'émotion lyrique, notamment dans l'interprétation de Judith Chemla, tout en jugeant le prologue trop long et son ironie trop appuyée[14]. Le spectacle reçoit le Molière du spectacle musical en 2014[5].

Avec Le Goût du faux et autres chansons, créé à la Comédie de Valence en novembre 2014 puis présenté au Festival d'automne à Paris, la metteuse en scène développe une forme plus fragmentée. Écrit à partir d'improvisations avec douze acteurs-musiciens, le spectacle comporte deux parties en miroir. Des références à Botticelli, à Borges et aux Métamorphoses d'Ovide se mêlent à des réflexions sur l'origine de l'univers et sur la fabrication des images[15].

La collaboration avec Samuel Achache et Florent Hubert se poursuit en 2017 avec Orfeo / Je suis mort en Arcadie, d'après L'Orfeo de Claudio Monteverdi. Le mythe d'Orphée et d'Eurydice y est abordé dans une forme mêlant librement théâtre, chant et invention musicale[16]. La même année, La Chute de la maison fait dialoguer l'univers d'Edgar Allan Poe avec des musiques de Franz Schubert et de Robert Schumann[13].

Demi-Véronique (2018), conçu et joué avec Caroline Darchen et Lionel Dray, est un ballet théâtral à partir de la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler. Dans une chambre ravagée par le feu, les trois interprètes composent une succession de tableaux sans paroles[17]. Nicole Clodi, dans La Dépêche du Midi, apprécie la manière dont leurs trouvailles visuelles donnent corps aux émotions et à l'imaginaire de la symphonie[18].

En 2019, Tarquin, sur une musique de Florent Hubert et un livret d'Aram Kebabdjian, est créé au Nouveau Théâtre de Montreuil. Une enquête autour d'un tyran disparu sert de cadre à une exploration du mal, entre intrigue policière, visions fantastiques et humour absurde[19],[20]. À l'occasion de la deuxième représentation, Éric Demey juge l'ensemble encore inabouti, reprochant au récit son caractère trop énigmatique et des problèmes de rythme. Il relève néanmoins la réussite de l'articulation entre passages théâtraux et musiques baroques, jazz ou sud-américaines[20].

Mises en scène d'opéra

Jeanne Candel travaille également avec des institutions lyriques. En 2016, elle met en scène Brundibár de Hans Krása pour la Maîtrise et l'Orchestre de l'Opéra de Lyon[21]. À l'Opéra-Comique, elle aborde Hippolyte et Aricie de Jean-Philippe Rameau, sous la direction musicale de Raphaël Pichon avec l'ensemble Pygmalion. En raison de la crise sanitaire, la production est créée à huis clos et diffusée en direct le 14 novembre 2020[22]. Thibault Vicq, dans Opera Online, oppose son enthousiasme pour la réalisation musicale à ses réserves sur une mise en scène qu'il estime dépourvue de fil conducteur et insuffisamment portée par la direction d'acteurs[23].

En mai 2021, elle met en scène Le Viol de Lucrèce de Benjamin Britten avec les artistes de l'Académie de l'Opéra national de Paris, au Théâtre des Bouffes-du-Nord, sous la direction de Léo Warynski[24]. Stéphane Lelièvre, dans Première Loge, salue le travail dramatique des chanteurs et la concentration du spectacle sur les tensions entre les personnages, après une ouverture qu'il trouve plus conventionnelle[25].

Baùbo, Fusées et CAPRA

Baùbo – de l'art de n'être pas mort est créé en janvier 2023 au Théâtre d'Arras, puis présenté au Théâtre de l'Aquarium. Avec Pierre-Antoine Badaroux à la direction musicale, Jeanne Candel croise des œuvres de Heinrich Schütz, de Dietrich Buxtehude et de Robert Musil avec le mythe de Baùbo, qui rend à Déméter le goût de vivre en provoquant son rire. Le spectacle explore les rapports entre passion amoureuse, perte et désir[26]. Pour Sarah Franck, dans une critique publiée par ARTCENA et Arts-Chipels, sa force tient à la coexistence de la farce, de la beauté plastique et de la musique, dans un parcours qui laisse au spectateur la liberté de construire ses propres associations[27].

Créé au Théâtre de l'Aquarium en septembre 2024, Fusées s'adresse à tous les publics à partir de six ans. Trois acteurs et une pianiste racontent les aventures de deux hommes perdus dans le cosmos, en recréant la conquête spatiale avec les moyens artisanaux du théâtre[28]. Joëlle Gayot, dans Le Monde, souligne la précision de l'assemblage entre corps, objets, lumière et musique, ainsi que sa capacité à susciter la rêverie. Elle note toutefois que le choix d'un public enfantin atténue la portée corrosive de la satire[29]. Le spectacle est présenté au Festival d'Avignon en 2025[30].

L'année suivante, CAPRA (une chèvre) est créé au Festival d'Avignon, le 19 juillet 2026, avec une direction musicale de Thibault Perriard[12]. Jeanne Candel y joue au sein d'un ensemble qui explore le monde intérieur d'une poétesse et les impulsions de la création. Dans La Terrasse, Mathieu Dochtermann décrit un assemblage non narratif de tableaux tragi-comiques, soutenu par une musique jouée en direct à dominante jazz. Il en apprécie les images et le mouvement musical, tout en relevant l'inégalité des fragments et des moments où l'attention se relâche[31].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 et 1,2 « Jeanne Candel », sur ARTCENA, (consulté le ).
  2. ↑ 2,0 2,1 et 2,2 « La vie brève au Théâtre de l'Aquarium » [PDF], sur Théâtre de l'Aquarium, (consulté le ).
  3. ↑ « L'équipe », sur Théâtre de l'Aquarium (consulté le ).
  4. ↑ 4,0 et 4,1 Maïa Bouteillet, « Jeanne Candel, libre chineuse et meneuse de bande », sur ARTCENA, (consulté le ).
  5. ↑ 5,0 et 5,1 « Palmarès 1987-2017 » [PDF], sur Les Molières (consulté le ), p. 9.
  6. ↑ 6,0 6,1 et 6,2 Maïa Bouteillet, « Du choc intime à l'énergie de groupe », sur ARTCENA, (consulté le ).
  7. ↑ « Un artisanat furieux au Théâtre de l'Aquarium », sur La Terrasse, (consulté le ).
  8. ↑ 8,0 8,1 et 8,2 Maïa Bouteillet, « De l'acteur créateur à l'écriture de plateau », sur ARTCENA, (consulté le ).
  9. ↑ « La nuit sera blanche », sur Théâtre Gérard Philipe (consulté le ).
  10. ↑ « Memory Lane », sur Ad Vitam (consulté le ).
  11. ↑ 11,0 et 11,1 Simon Hatab, « Jeanne Candel : la bande, le deuil et le désir », sur Mouvement (consulté le ).
  12. ↑ 12,0 et 12,1 « CAPRA (une chèvre) », sur Théâtre de l'Aquarium (consulté le ).
  13. ↑ 13,0 13,1 et 13,2 Maïa Bouteillet, « Espace, corps, objets : le théâtre in situ », sur ARTCENA, (consulté le ).
  14. ↑ Éric Demey, « Le Crocodile trompeur », sur La Terrasse, (consulté le ).
  15. ↑ « Jeanne Candel : Le Goût du faux et autres chansons », sur Festival d'Automne (consulté le ).
  16. ↑ « Samuel Achache / Jeanne Candel / Florent Hubert : Orfeo – Je suis mort en Arcadie », sur Les Subsistances (consulté le ).
  17. ↑ « Demi-Véronique », sur Théâtre de l'Aquarium (consulté le ).
  18. ↑ Nicole Clodi, « « Demi-Véronique » : les paroles, c'est la musique », sur La Dépêche du Midi, (consulté le ).
  19. ↑ « Jeanne Candel », sur Bonlieu Scène nationale Annecy (consulté le ).
  20. ↑ 20,0 et 20,1 Éric Demey, « Tarquin, livret de Aram Kebadjian, mise en scène de Jeanne Candel », sur La Terrasse, (consulté le ).
  21. ↑ « Brundibár », sur Opéra national de Lyon (consulté le ).
  22. ↑ « Hippolyte et Aricie », sur Opéra-Comique (consulté le ).
  23. ↑ Thibault Vicq, « Hippolyte et Aricie à l'Opéra Comique, tragédie ordinaire », sur Opera Online, (consulté le ).
  24. ↑ « Le Viol de Lucrèce », sur Opéra national de Paris (consulté le ).
  25. ↑ Stéphane Lelièvre, « Le Viol de Lucrèce par l'Académie de l'Opéra de Paris aux Bouffes du Nord : un remarquable travail d'équipe », sur Première Loge, (consulté le ).
  26. ↑ « Baùbo – de l'art de n'être pas mort », sur Théâtre de l'Aquarium (consulté le ).
  27. ↑ Sarah Franck, « « Baùbo - de l'art de ne pas être mort » de Jeanne Candel », sur ARTCENA, (consulté le ).
  28. ↑ « Fusées », sur Théâtre de l'Aquarium (consulté le ).
  29. ↑ Joëlle Gayot, « « Fusées », l'ovni théâtral de Jeanne Candel », sur Le Monde, (consulté le ).
  30. ↑ (en) « Jeanne Candel », sur Festival d'Avignon (consulté le ).
  31. ↑ Mathieu Dochtermann, « « CAPRA (une chèvre) » : Jeanne Candel plonge les deux mains dans le chaos fertile de la création », sur La Terrasse, (consulté le ).

Liens externes

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