Le Col des Mille Larmes
| Langue |
français |
|---|---|
| Auteur |
Xavier-Laurent Petit |
| Genre |
Roman d'aventures pour la jeunesse |
| Date de parution |
2004 |
| Pays |
France |
| Éditeur |
Flammarion |
| Collection |
Castor poche. Aventure |
| Nombre de pages |
180 |
| ISBN 10 |
2-08-162478-8 |
Prix Amerigo-Vespucci Jeunesse (2005) |
Le Col des Mille Larmes est un roman d'aventures pour la jeunesse de Xavier-Laurent Petit, publié par Flammarion en 2004 dans la collection « Castor poche. Aventure »[1]. Il constitue le deuxième volet de la trilogie consacrée à Galshan, après 153 jours en hiver (2001) et avant La Route du Nord (2008), tout en étant conçu pour pouvoir se lire indépendamment[2],[3].
Le récit suit Galshan, une jeune fille vivant en Mongolie, persuadée que son père, chauffeur routier, a survécu à un accident dans un col de montagne. La recherche du disparu se double d'une transhumance avec son grand-père Baytar et place au premier plan les liens familiaux, la vie pastorale, les dangers de la montagne et la rencontre entre modes de vie urbain et nomade[2]. Le roman reçoit en 2005 le prix Amerigo-Vespucci Jeunesse du Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges[4].
Publication et place dans la trilogie
La première édition paraît en mai 2004 chez Flammarion, dans la collection « Castor poche. Aventure », sous le numéro 979[1],[5]. Le Col des Mille Larmes retrouve Galshan et Baytar, personnages de 153 jours en hiver. Xavier-Laurent Petit explique avoir d'abord conçu ce premier roman comme un récit isolé ; l'idée de prolonger leurs aventures lui a été suggérée par son éditrice. Il a néanmoins cherché à éviter une suite dépendante du volume précédent, afin que chacun des trois romans puisse être lu séparément[3].
Les trois titres forment ensuite ce qui est présenté comme la « trilogie de Galshan ». Le troisième volet, La Route du Nord, paraît en 2008. Un supplément de la Nouvelle Revue pédagogique consacré à la trilogie en 2018 propose des parcours de lecture transversaux entre les trois livres tout en précisant qu'ils peuvent être étudiés indépendamment[2].
Une édition de poche paraît chez Flammarion Jeunesse en 2010[6]. Le roman est de nouveau réédité en 2019 par Flammarion Jeunesse. Cette édition ajoute en fin de volume un dossier d'Hélène Lentieul consacré à l'auteur, au cadre mongol, au mode de vie nomade et aux traces de l'influence soviétique dans le récit[7]. Une nouvelle édition paraît en 2024 dans la collection « Fj poche »[8].
Genèse et documentation
Le cadre mongol résulte d'un travail documentaire plutôt que d'une expérience directe du pays. Dans un entretien publié avec l'édition de 2019, Xavier-Laurent Petit indique qu'il ne s'était alors jamais rendu en Mongolie. Il rattache l'origine de la série à un voyage au Népal, au cours duquel il a remonté à pied la vallée du Langtang et rencontré des éleveurs vivant à haute altitude ; cette expérience a particulièrement nourri le personnage de Baytar[3].
Pour la langue, les coutumes et la culture nomade, l'auteur dit s'être appuyé sur les récits de l'écrivain mongol Galsan Tschinag, sur des ouvrages de voyageurs ainsi que sur Le Vertige horizontal, reportage photographique de Patrick Bard. Il explique aussi avoir transformé le prénom de Galsan Tschinag pour créer celui de Galshan[3]. Les Ksy-Gyk, les « derniers hommes sauvages » qui interviennent dans la dernière partie du roman, sont inspirés par Le Secret sauvage de Stanislas de Haldat, récit consacré à la recherche d'un « homme sauvage » dans des régions reculées d'Asie[3].
La topographie du roman mêle ainsi lieux inventés et géographie réelle. Le dossier documentaire de l'édition de 2019 précise que le col des Mille Larmes et les montagnes qui l'entourent sont fictifs, tout en les rattachant au décor de l'Altaï mongol ; la vallée de Tsagüng renvoie davantage aux régions pastorales du centre du pays, tandis qu'Ikhoiturüü est présenté dans la fiction comme un quartier d'Oulan-Bator[9]. Ce choix fournit au récit un cadre géographique vraisemblable sans faire de ses lieux fictifs une description documentaire de sites précis.
Résumé
Ryham, chauffeur pour la Coopérative centrale d'Ikhoiturüü, revient de Tachkent, en Ouzbékistan, après plusieurs semaines de route. Peu après son mariage, il a promis à sa femme Daala de ne plus emprunter le Dawaagsambu, le « col des Mille Larmes », dont la piste est réputée dangereuse. Pressé de retrouver Daala et leurs deux filles, Galshan et Bumbaj, il choisit pourtant ce raccourci, qui doit lui faire gagner plusieurs jours. Pris dans le brouillard, il est surpris par un éboulement : son camion tombe dans un ravin et Ryham disparaît[10].
À Ikhoiturüü, Galshan s'inquiète du retard de son père. Chaque nuit, elle rêve que son camion chute dans le vide, mais la cabine est vide au moment de l'accident. Lorsque les recherches conduisent l'entourage de Ryham à le croire mort, Daala emmène sa fille annoncer la nouvelle à Baytar, le père de Ryham, vieux berger qui vit seul dans la vallée de Tsagüng. Pour lui, les rêves peuvent être des avertissements : l'absence de Ryham dans le camion du songe empêche Galshan, puis Baytar, d'accepter sa mort comme certaine[10].
Baytar doit bientôt conduire son troupeau vers ses pâturages d'hiver. Galshan obtient de l'accompagner, ce qui les rapproche de la région du col. En chemin, ils rejoignent Uugan, un berger autrefois recueilli par la famille de Baytar, sa femme Tsaamed, leurs jumeaux et leurs bêtes. La progression est ralentie par le froid, la neige et l'état de santé de Baytar, dont la vue se dégrade. Galshan et Uugan gagnent finalement le col. Ils y retrouvent un briquet appartenant à Ryham, à un endroit qu'il n'aurait pu atteindre qu'après l'accident : l'objet renforce la conviction de Galshan que son père a survécu[2].
À mesure que la caravane s'enfonce dans la montagne, une meute de loups rôde autour des troupeaux. Une nuit de brouillard, Baytar, presque aveugle, tire sur une silhouette qu'il ne distingue pas. Galshan et Uugan découvrent qu'il a blessé Ryham à la cuisse. Très affaibli, celui-ci est ramené au campement, où Baytar le soigne à l'aide d'une tente de vapeur, d'infusions et d'onguents transmis par sa propre grand-mère[10].
Une fois hors de danger, Ryham raconte qu'après la chute de son camion il a été recueilli et soigné par les Ksy-Gyk, peuple retiré dans les montagnes que la plupart des personnages tenaient jusque-là pour légendaire. Le groupe reprend ensuite la transhumance vers les pâturages d'hiver. Le dénouement réunit Galshan et son père tout en laissant subsister une part de mystère : Baytar laisse entendre qu'il a lui-même déjà cherché à revoir les hommes sauvages[2].
Cadre et thèmes
La montagne comme moteur du récit
Le voyage ne sert pas seulement de décor à l'intrigue. Petit explique que, dans ses romans d'aventures, les paysages et les conditions climatiques jouent un rôle comparable à celui de personnages. Dans Le Col des Mille Larmes, le brouillard provoque l'accident initial et brouille ensuite la perception des protagonistes ; le froid, la neige, les reliefs escarpés et les loups imposent leur rythme à la transhumance et aux recherches[3]. Le récit associe ainsi l'aventure à une expérience concrète de la vulnérabilité humaine face à un environnement difficile. Cette place structurante du milieu naturel s'inscrit dans un trait plus large de l'œuvre de l'auteur : en 2021, La Revue des livres pour enfants cite le roman parmi les titres où la nature occupe une place essentielle[11].
Cette dimension correspond aussi à la place du livre dans la trilogie. Le dossier pédagogique de la Nouvelle Revue pédagogique rattache Le Col des Mille Larmes au thème scolaire « Le voyage et l'aventure : pourquoi aller vers l'inconnu ? », alors que 153 jours en hiver est davantage abordé par les relations familiales et La Route du Nord par la relation entre l'homme et la nature[2].
Ville, nomadisme et transmission
Le roman met en regard deux manières de vivre sans les présenter comme des univers étanches. Daala, professeure d'anglais, et Ryham, chauffeur de poids lourd, appartiennent au monde urbain d'Ikhoiturüü ; Baytar et la famille d'Uugan vivent au rythme des troupeaux, se déplacent à cheval et habitent sous la ger, la tente de feutre des pasteurs nomades. Ce contraste nourrit une partie des tensions anciennes entre Baytar et sa belle-fille, mais aussi entre le vieux berger et son fils, qui a quitté la steppe[2].
Galshan occupe une position intermédiaire. Scolarisée en ville, elle connaît pourtant les chevaux, les gestes du troupeau et une partie des croyances de son grand-père. Le supplément pédagogique de 2018 la présente comme le personnage le plus susceptible d'assurer une continuité entre le monde de Baytar et celui de sa propre génération[2]. Le dossier ajouté à l'édition de 2019 souligne en parallèle les traces de l'ancienne influence soviétique dans l'univers matériel et social du récit, où véhicules russes et structures collectives côtoient les pratiques pastorales[9].
Rêves, croyances et légende
La conviction de Galshan que son père est vivant vient d'abord d'un rêve récurrent. Baytar lui accorde une valeur que les personnages citadins ne lui reconnaissent pas spontanément. Petit précise pour sa part ne pas partager cette interprétation des rêves, mais dit être intéressé par les cultures qui leur accordent un statut proche de la réalité ; cette conception lui permet de construire la vision du monde de Baytar et de faire du songe un élément de l'enquête[3].
Le roman associe à cette place du rêve d'autres éléments où croyances et expérience du monde se rejoignent. Les owoo, amas de pierres rituels dressés sur les hauteurs, inscrivent les pratiques spirituelles dans le paysage, tandis que l'apparition des Ksy-Gyk donne une réalité narrative à une légende de montagne[9]. Le récit ne cherche toutefois pas à expliquer entièrement ces hommes sauvages et conserve autour d'eux une part d'incertitude.
Accueil et postérité
À sa parution, le site spécialisé Ricochet présente le livre comme la suite de 153 jours en hiver et retient surtout le dépaysement, les dangers de la montagne, la relation à la nature et l'attachement suscité par les personnages[5]. L'année suivante, Le Col des Mille Larmes obtient le prix Amerigo-Vespucci Jeunesse, remis dans le cadre du Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges[4],[1]. En 2011, il figure aussi parmi les six ouvrages sélectionnés pour le prix Lire en Poche de littérature jeunesse[12].
La trilogie fait également l'objet d'usages pédagogiques au collège. En 2018, la Nouvelle Revue pédagogique lui consacre un supplément de trente-deux pages comprenant des activités de lecture, de vocabulaire et d'analyse du récit[2].
Références
- ↑ 1,0 1,1 et 1,2 Centre national de la littérature pour la jeunesse, « Xavier-Laurent Petit », Bibliothèque nationale de France, dossier bibliographique, 2015, p. 4 et 8, lire en ligne (consulté le 11 septembre 2026).
- ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7 et 2,8 Rachel Druet et Adeline Pringault-Leguy, « Xavier-Laurent Petit, La trilogie de Galshan », supplément de la Nouvelle Revue pédagogique. Lettres collège, mai 2018, 32 p., lire en ligne (consulté le 11 septembre 2026).
- ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 3,5 et 3,6 Xavier-Laurent Petit, entretien avec Hélène Lentieul, « À la rencontre de l'auteur », dans Le Col des Mille Larmes, Paris, Flammarion Jeunesse, 2019, p. 178-184, ISBN 978-2-08-147982-1.
- ↑ 4,0 et 4,1 Festival international de géographie, « Prix Amerigo Vespucci Jeunesse », liste des lauréats (consulté le 11 septembre 2026).
- ↑ 5,0 et 5,1 « Le col des Mille Larmes », Ricochet, mai 2004, lire en ligne (consulté le 11 septembre 2026).
- ↑ « Le col des mille larmes », Librairie Molière, lire en ligne (consulté le 4 octobre 2026).
- ↑ Bibliothèque numérique francophone accessible, « Le col des Mille Larmes », notice de l'édition Flammarion Jeunesse de 2019, lire en ligne (consulté le 11 septembre 2026).
- ↑ Bibliothèque nationale de France, « Le col des mille larmes / Xavier-Laurent Petit », catalogue général, notice FRBNF47574836, lire en ligne (consulté le 4 octobre 2026).
- ↑ 9,0 9,1 et 9,2 Hélène Lentieul, « À la découverte de la Mongolie », dossier dans Le Col des Mille Larmes, Paris, Flammarion Jeunesse, 2019, p. 185-193, ISBN 978-2-08-147982-1.
- ↑ 10,0 10,1 et 10,2 Xavier-Laurent Petit, Le Col des Mille Larmes, Paris, Flammarion, coll. « Castor poche. Aventure », n° 979, 2004, 180 p., ISBN 2-08-162478-8.
- ↑ Emmanuelle Kabala, « Quand l'union fait la force, sciences exactes et fiction », La Revue des livres pour enfants, n° 322, décembre 2021, p. 163, lire en ligne (consulté le 4 octobre 2026).
- ↑ Lire en Poche, « Les Prix littéraires Lire en Poche », Programme 2011, lire en ligne (consulté le 4 octobre 2026).
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