Le Diable dans l'île

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Le Diable dans l'île
Auteur Christian de Montella
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman d'aventures pour la jeunesse
Éditeur Flammarion
Collection Castor poche, roman, senior
Lieu de parution Paris
Date de parution 2000
Nombre de pages 212
ISBN 2-08-164787-7

Le Diable dans l'île est un roman d'aventures pour la jeunesse de Christian de Montella, publié par Flammarion en 2000 dans la collection « Castor poche, roman, senior »[1]. Situé en 1604, le récit suit Diego, quatorze ans, fils du commandant d'une expédition espagnole partie à la recherche des Terres australes. Après avoir assisté aux violences commises contre les habitants de l'île de Hao, il rompt avec son propre camp et choisit de vivre parmi eux.

Le roman mêle récit d'apprentissage, aventure maritime et enquête. Une fois Diego intégré à la société insulaire, une série de morts, d'incendies et d'incidents est attribuée aux yarimu, des esprits associés aux pierres dans le système de croyances que le récit prête aux habitants de Hao. Devenu lui-même suspect, Diego cherche une explication humaine à ces événements. L'enquête le ramène finalement au conflit ancien qui l'oppose à son frère Felipe, dont la jalousie constitue l'un des ressorts principaux de l'intrigue[2].

Publication et rééditions

La première édition paraît chez Flammarion en 2000. Elle compte 212 pages et porte l'ISBN 2-08-164787-7. Le roman est divisé en trois parties, « L'île », « L'incendie » et « Le diable », suivies d'un épilogue[1].

Flammarion jeunesse publie une nouvelle édition en 2010, sous l'ISBN 978-2-08-124202-9 ; le catalogue de l'Institut français de Mauritanie la classe au niveau collège[3]. Le 22 mai 2019 paraît une édition augmentée d'un dossier pédagogique, sous l'ISBN 978-2-08-148646-1, présentée notamment comme une lecture pour le collège[4]. Le 23 avril 2025, Flammarion jeunesse fait paraître une nouvelle édition dans la collection « Fj poche », en un volume de 224 pages portant l'ISBN 978-2-08-047605-0[5]. Cette édition comprend elle aussi un dossier pédagogique ; sa présentation éditoriale met l'accent sur l'aventure au temps des grandes découvertes et sur la critique de la violence de la conquête[6].

Cadre historique, géographique et culturel

Le roman nomme explicitement Hao, aujourd'hui un atoll de l'archipel des Tuamotu en Polynésie française, mais place l'arrivée de l'expédition espagnole en 1604. L'expédition historique de Pedro Fernández de Quirós, navigateur portugais au service de la couronne d'Espagne, quitte le port de Callao le 21 décembre 1605 et atteint Hao le 10 février 1606 au cours de sa recherche de la Terra Australis[7]. Quirós baptise l'atoll « Conversion de San Pablo ». Les récits historiques de l'escale, qui se poursuit le 11 février, font état d'un accueil pacifique et d'échanges de présents[8],[7]. Le roman emprunte ainsi à l'expédition de Quirós son objectif et son cadre général, mais décale la chronologie et transforme profondément les circonstances de la rencontre à Hao.

Le décor est donc historique sans constituer une reconstitution chronologique stricte. Il est également largement romancé sur le plan physique. Hao est un atoll corallien presque entièrement plat, dont le point culminant n'atteint qu'environ trois mètres ; l'intrigue fait au contraire intervenir le mont Wuhngin, des falaises et une grotte où se déroule l'affrontement final[9],[2].

Plusieurs éléments culturels employés par le roman sont par ailleurs attestés à Tanna, au Vanuatu, dans une documentation ethnographique antérieure à sa publication. Dans La dernière île (1986), le géographe Joël Bonnemaison rapporte des traditions dans lesquelles Wuhngin fait apparaître les pierres qui donnent forme au paysage de Tanna ; les « pierres blanches », investies de pouvoirs sacrés, sont décrites comme habitées par des yarimus, esprits qui circulent notamment la nuit[10]. Le Diable dans l'île reprend les noms Wuhngin et yarimu, ainsi que cette association entre esprits et pierres, tout en les situant à Hao[2]. Ce parallèle ne permet toutefois pas d'établir de quelle source précise Christian de Montella s'est servi.

Résumé

De l'expédition espagnole à Hao

En 1604, après plusieurs semaines de navigation, l'expédition à laquelle participent Diego, son père et son frère Felipe atteint une île habitée des Terres australes. Les insulaires accueillent d'abord pacifiquement les nouveaux venus et leur apportent des vivres. La situation se dégrade lorsque des Espagnols entendent imposer leur religion, retenir plusieurs habitants et mettre l'île à leur service. Diego s'oppose à ces pratiques, tandis que Felipe se montre particulièrement hostile envers la population locale. Le père de Diego désapprouve certaines exactions, mais son commandement est limité par l'autorité d'un représentant du roi présent dans l'expédition[2].

Parmi les captifs se trouve Mehani, un jeune insulaire avec lequel Diego se lie d'amitié. Diego l'aide à s'évader puis quitte lui-même le navire en se jetant à la mer. Après avoir perdu connaissance, il est recueilli sur une plage et rencontre notamment Itia, Omaata, Fahina, Mehoro, Ohou et Timi. Il retrouve bientôt Mehani et découvre que les Espagnols incendient des habitations. Désormais séparé des siens, il choisit de rester sur Hao et de soutenir les habitants contre l'expédition[2]. Cette rupture avec son camp est au cœur du résumé éditorial repris dans les différentes rééditions du livre[3],[6].

Une nouvelle vie et la peur du yarimu

Diego apprend la langue et les usages de ses hôtes, s'initie à leurs techniques de pêche et reçoit le surnom de Tiko. Son attachement à cette vie nouvelle se double de sentiments amoureux pour Itia. La proximité entre celle-ci et Mehani provoque cependant chez lui une jalousie qui fait écho, à une autre échelle, au ressentiment de Felipe envers son frère[2].

Après le départ des Espagnols, des événements inquiétants se succèdent : des provisions disparaissent, des phénomènes inhabituels sont observés et plusieurs morts demeurent inexpliquées. Une partie des habitants les attribue aux yarimu, des esprits liés aux pierres et au mont Wuhngin. La présence de l'étranger devient alors une explication commode aux malheurs qui frappent l'île. Le clan de l'Ouest continue d'abord à protéger Diego, tandis que celui de l'Est réclame son départ ; une voyante annonce de nouveaux désastres s'il reste à Hao[2].

La mort d'une femme, puis celle d'Ohou, le frère de Mehani, accroissent la peur. Les circonstances de la seconde mort font néanmoins douter d'une intervention surnaturelle. La situation devient critique lorsque la maison d'Itia prend feu : Diego parvient à sauver une partie de sa famille, mais plusieurs de ses proches périssent. Même certains de ceux qui le soutenaient jusque-là finissent par le croire responsable. Refusant l'hypothèse du yarimu, Diego promet alors d'identifier le meurtrier et de rapporter la preuve de sa culpabilité[2].

La révélation

Diego part de nuit à la recherche du responsable. Itia le rejoint, et tous deux gagnent les environs du mont Wuhngin. Des coups d'arquebuse révèlent que celui qu'ils poursuivent dispose d'une arme espagnole. Dans une grotte ouverte dans la falaise, Diego découvre que le prétendu « diable » est Felipe[2].

L'affrontement entre les deux frères donne une explication humaine aux crimes et aux incidents qui ont nourri la peur du surnaturel. Felipe agit par jalousie envers Diego, nourrie par leur histoire familiale et par les rapports différents qu'ils entretenaient avec leurs parents. Diego parvient à prendre le dessus mais refuse de le tuer, estimant que son frère cherche précisément la mort. Itia, dont plusieurs proches ont péri dans l'incendie, n'accepte pas ce choix et abat Felipe d'une flèche. Son corps est ensuite placé dans une pirogue et poussé vers le large[2].

Épilogue

Seize ans plus tard, Diego a trente ans. Devenu cacique de Hao, il est père de deux filles et a définitivement fait de l'île son foyer. L'arrivée de nouveaux navires espagnols ouvre cependant une nouvelle confrontation. Sachant sa vie menacée, il choisit de rester auprès des habitants et de défendre le monde auquel il appartient désormais[2].

Construction et thèmes

Le récit est construit autour du changement d'appartenance de Diego. Fils du chef de l'expédition, il commence par observer la conquête depuis le camp espagnol avant d'en rejeter les méthodes et de passer du côté des habitants de Hao. Son apprentissage de leur langue, de leurs techniques et de leurs usages transforme l'aventure maritime en récit de formation. L'épilogue prolonge ce mouvement en montrant que son choix n'est pas provisoire : seize ans après son arrivée, Diego est devenu l'un des responsables de la communauté[2].

La violence de la conquête fournit le premier conflit du roman. L'opposition de Diego à l'asservissement, aux conversions imposées et aux incendies rompt avec la logique des hommes qui l'ont amené sur l'île. La présentation de l'édition de 2025 résume cette dimension comme une association entre récit d'aventures et critique de la « barbarie humaine »[6]. Le texte ne se réduit cependant pas à une opposition simple entre deux groupes : la peur et la recherche d'un coupable divisent aussi les habitants de Hao, tandis que le père de Diego tente lui-même de limiter certaines violences[2].

La seconde moitié du livre déplace l'enjeu vers le mystère. Les yarimu offrent une interprétation surnaturelle des morts et des incendies ; l'enquête de Diego montre peu à peu que cette explication masque des actes humains. La révélation de Felipe transforme ainsi le « diable » du titre en figure métaphorique : le danger vient moins d'un esprit que de la jalousie, du ressentiment et de la violence[2].

La jalousie relie enfin l'intrigue sentimentale et le drame familial. Diego éprouve ce sentiment devant la proximité de Mehani et d'Itia, mais il apprend à le dépasser. Chez Felipe, au contraire, le ressentiment accumulé envers son frère devient destructeur et conduit aux crimes commis sur l'île. Le dénouement oppose ainsi les deux frères par la manière dont chacun réagit à ce sentiment[2].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 et 1,1 « Le diable dans l'île / Christian de Montella », Bibliothèque Numérique Francophone Accessible, consulté le 25 août 2026.
  2. ↑ 2,00 2,01 2,02 2,03 2,04 2,05 2,06 2,07 2,08 2,09 2,10 2,11 2,12 2,13 et 2,14 Christian de Montella, Le Diable dans l'île, Paris, Flammarion, coll. « Castor poche, roman, senior », 2000.
  3. ↑ 3,0 et 3,1 « Le Diable dans l'île », catalogue de la Médiathèque Michel-Vieuchange de l'Institut français de Mauritanie, consulté le 25 août 2026.
  4. ↑ « Le diable dans l'île », Librairie Mollat, consulté le 25 août 2026.
  5. ↑ « Le diable dans l'île / Christian de Montella », Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France, consulté le 25 août 2026.
  6. ↑ 6,0 6,1 et 6,2 « Le diable dans l'île », Librairie Mollat, présentation de l'édition Flammarion jeunesse de 2025, consulté le 25 août 2026.
  7. ↑ 7,0 et 7,1 « Fernandez de Quiros, navigateur portugais », Tahiti Heritage, consulté le 25 août 2026.
  8. ↑ Jean-Claude Teriierooiterai, « Contextualising the Bounty in Pacific Maritime Culture », dans The Bounty from the Beach, ANU Press, consulté le 25 août 2026.
  9. ↑ « Aménagement de la “base avancée” du CEP », Moruroa, mémorial des essais nucléaires français, Assemblée de la Polynésie française, consulté le 25 août 2026.
  10. ↑ Joël Bonnemaison, La dernière île, Paris, Arléa-ORSTOM, 1986, notamment p. 163 et 166-170 ; notice bibliographique, Institut de recherche pour le développement, consulté le 25 août 2026.

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