Le Zubial

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Le Zubial

Le Zubial est un récit autobiographique d'Alexandre Jardin, publié le 24 septembre 1997 chez Gallimard. Centré sur son père, l'écrivain et scénariste Pascal Jardin (1934-1980), il mêle portrait filial, souvenirs, récit de deuil et interrogation sur l'héritage paternel. Le titre reprend le surnom donné à Pascal Jardin par ses enfants[1].

Gallimard classe l'ouvrage parmi les « mémoires et autobiographies »[1]. Cette qualification doit toutefois être nuancée à la lumière des déclarations ultérieures de l'auteur : en 2019, Alexandre Jardin reconnaît avoir largement recomposé sa famille dans Le Zubial et d'autres récits familiaux[2]. L'ouvrage relève ainsi d'une écriture autobiographique fortement romancée plutôt que d'une biographie documentaire de Pascal Jardin.

Contenu et thèmes

Le point de départ du livre est la mort de Pascal Jardin, le 30 juillet 1980, alors qu'Alexandre Jardin a quinze ans. Dix-sept ans plus tard, l'écrivain revient sur ce père disparu et sur l'empreinte qu'il lui attribue. Le récit avance par scènes, souvenirs et anecdotes qui composent le portrait d'un homme présenté comme imprévisible, fantasque, peu soucieux des conventions et animé par le désir de vivre intensément[1].

Dans ce portrait, Pascal Jardin apparaît à la fois comme père, écrivain, scénariste et figure romanesque. Le livre insiste notamment sur son rapport à la peur, son goût du risque, ses relations amoureuses et sa manière de transformer le quotidien en aventure. La carrière cinématographique et littéraire de Pascal Jardin reste cependant en arrière-plan : ce qui intéresse surtout son fils est la personnalité qu'il croit avoir reçue en héritage et la façon dont cette présence continue d'agir après la mort. En 2005, Le Parisien décrit rétrospectivement le livre comme l'hommage d'un fils à un père « tout-puissant » et estime que cette mise en récit a aussi permis à Alexandre Jardin de se dégager de son emprise symbolique[3].

La filiation constitue ainsi le principal fil conducteur de l'ouvrage. L'admiration pour le père y côtoie le chagrin de sa disparition et la difficulté, pour le narrateur, de construire une identité qui ne soit pas une simple continuation du modèle paternel. Cette dimension explique que le livre ait été présenté par son éditeur comme un texte de retrouvailles avec le disparu plutôt que comme un simple recueil de souvenirs[1].

Publication

Le Zubial paraît chez Gallimard, dans la collection Blanche, le 24 septembre 1997. L'édition originale compte 208 pages et porte l'ISBN 2-07-074386-1[1]. Le livre est repris dans la collection « Folio » en 1999, sous le numéro 3206 ; cette édition de poche, parue le 15 juin, compte 240 pages et porte l'ISBN 978-2-07-040885-6[4].

La parution intervient après plusieurs romans qui ont installé Alexandre Jardin comme auteur à succès, notamment Le Zèbre, Fanfan, Le Petit Sauvage et L'Île des gauchers. Avec Le Zubial, la matière familiale devient un sujet explicite et central de son œuvre. En 2005, Le Monde le présente comme « le livre qu'il consacra à son père », avant la publication du Roman des Jardin[5].

Place dans l'œuvre d'Alexandre Jardin

Le Zubial ouvre ce que l'éditeur de Chaque femme est un roman présente en 2008 comme une « trilogie » familiale. Le deuxième volet, Le Roman des Jardin (2005), élargit le récit au clan familial ; le troisième, Chaque femme est un roman (2008), se concentre sur les femmes qui ont marqué l'auteur, au premier rang desquelles sa mère. Grasset résume cette progression en indiquant que Le Zubial exprimait la dette de l'auteur envers son père, que Le Roman des Jardin revenait sur sa famille et que Chaque femme est un roman achevait provisoirement cet ensemble[6].

La matière familiale ne disparaît pas pour autant après cette trilogie. Alexandre Jardin revient notamment sur son grand-père Jean Jardin dans Des gens très bien (2011), puis réexamine sa propre manière de raconter sa famille dans Le Roman vrai d'Alexandre (2019). Ces ouvrages modifient rétrospectivement la lecture du Zubial, en faisant apparaître le portrait de Pascal Jardin comme une étape d'une construction littéraire familiale plusieurs fois reprise, corrigée ou contestée par son auteur.

Statut autobiographique et relecture ultérieure

Avant même les déclarations d'Alexandre Jardin en 2019, la différence entre le Pascal Jardin historique et son portrait littéraire avait été relevée. Dans une recension de la biographie Pascal Jardin de Fanny Chèze, Le Monde souligne en 2010 le contraste entre l'homme complexe et sombre qui apparaît dans certains écrits de Pascal Jardin lui-même et la place accordée à la fantaisie dans Le Zubial. La biographe explique avoir précisément été intriguée par cet écart ; son enquête s'attache à distinguer la légende familiale de la réalité sans réduire la personnalité de Pascal Jardin à l'une ou à l'autre[7].

En 2019, à l'occasion de la publication du Roman vrai d'Alexandre, Alexandre Jardin va plus loin. Dans un entretien au Journal de Québec, il dit avoir « recomposé entièrement » sa famille en écrivant Le Roman des Jardin et Le Zubial, et reconnaît avoir inventé des anecdotes familiales[2]. La même année, il explique au Parisien qu'après la mort de son père ses souvenirs lui avaient paru trop peu nombreux et qu'il les avait progressivement amplifiés, jusqu'à fabriquer un père plus extraordinaire que celui qu'il avait réellement connu[8].

Ces déclarations ne retirent pas au livre sa dimension autobiographique comme exploration de la mémoire, du deuil et de la filiation, mais elles limitent sa valeur comme témoignage factuel sur Pascal Jardin. Elles éclairent aussi le recours constant à l'exagération, à la scène spectaculaire et au personnage hors norme : ces traits participent moins d'un portrait vérifiable que de la transformation du père en figure littéraire.

Réception et postérité

Les lectures rétrospectives du livre ont surtout insisté sur son rôle dans la relation d'Alexandre Jardin à sa famille. Le Parisien considère en 2005 que l'hommage rendu au père a contribué à libérer l'écrivain de cette figure dominante[3]. Le Monde replace ensuite Le Zubial dans une tradition familiale de portraits littéraires : Pascal Jardin avait lui-même raconté son père Jean Jardin dans Le Nain jaune, avant de devenir à son tour un personnage sous la plume de son fils[9].

Cette succession de récits a contribué à une mythologie littéraire des Jardin dont les contours ont ensuite été discutés par les biographies et par Alexandre Jardin lui-même[7]. Le Zubial marque ainsi l'entrée durable de l'histoire familiale dans son œuvre et demeure un texte important pour comprendre la manière dont l'écrivain a d'abord transformé la mémoire paternelle en récit avant de revenir, plus de vingt ans après, sur cette construction.

Éditions

  • Le Zubial, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », 1997, 208 p., ISBN 2-07-074386-1[1].
  • Le Zubial, Paris, Gallimard, coll. « Folio », no 3206, 1999, 240 p., ISBN 978-2-07-040885-6[4].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 et 1,5 « Le Zubial », Cercle Gallimard de l'enseignement, Gallimard, consulté le 28 septembre 2026.
  2. ↑ 2,0 et 2,1 Marie-France Bornais, « « Le roman vrai d’Alexandre » d'Alexandre Jardin : l'histoire de ses mensonges », Le Journal de Québec, 6 juillet 2019.
  3. ↑ 3,0 et 3,1 Pierre Vavasseur, « Alexandre Jardin a trouvé son chemin », Le Parisien, 27 août 2005.
  4. ↑ 4,0 et 4,1 « Le Zubial », Cercle Gallimard de l'enseignement, Gallimard, consulté le 28 septembre 2026.
  5. ↑ Christine Rousseau, « Alexandre, ou la réconciliation des Jardin », Le Monde, 1er septembre 2005.
  6. ↑ « Chaque femme est un roman », Grasset, 2 avril 2008.
  7. ↑ 7,0 et 7,1 Christine Rousseau, « “Pascal Jardin”, de Fanny Chèze : Pascal Jardin, la fantaisie faite homme », Le Monde, 4 mars 2010.
  8. ↑ Pierre Vavasseur, « « Le roman vrai d'Alexandre » : Jardin tombe le masque », Le Parisien, 2 juin 2019.
  9. ↑ Christine Rousseau, « “Des gens très bien”, d'Alexandre Jardin : le roman noir des Jardin », Le Monde, 6 janvier 2011.

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