Nicolas Go

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Nicolas Go, né en 1960, est un philosophe et chercheur en sciences de l'éducation, ancien maître de conférences à l'université Rennes 2. Ses travaux portent principalement sur la philosophie de la joie et de la sagesse, la pratique de la philosophie à l'école, ainsi que sur la pédagogie Freinet, la coopération et les processus d'émancipation dans l'éducation. Il a notamment participé aux recherches du Laboratoire de recherche coopérative de l'Institut coopératif de l'École moderne (LRC-ICEM) et du Centre de recherche sur l'éducation, les apprentissages et la didactique (CREAD).

Son parcours relie une première recherche philosophique nourrie par l'esthétique et la musique de l'Inde à des travaux ultérieurs sur l'apprentissage et les formes coopératives d'organisation scolaire. Cette continuité apparaît notamment dans la place qu'il accorde au désir, à la création, à la joie et à la capacité des élèves à devenir auteurs de leur travail.

Parcours

Nicolas Go est né en 1960 en Amérique du Sud[1],[2]. Il vit ensuite onze ans en Inde[3], où il étudie notamment la philosophie orientale, la musique savante ainsi que la langue et la littérature bengalies. Un portrait publié en 2005 mentionne aussi sa participation, avec un chercheur de l'École française d'Extrême-Orient, à des travaux sur l'iconographie des temples et à une reconstitution musicologique liée au Nâtya-shâstra ; il est par ailleurs diplômé de l'Inalco[2]. Cette formation indienne nourrit directement son premier travail doctoral.

En 2001, il soutient à l'université Paris-X une thèse de doctorat en philosophie, dirigée par Iégor Reznikoff, intitulée L'Art comme pratique de la joie (l'exemple de la musique classique de l'Inde du Nord)[4]. Il y étudie la joie comme affect et comme pratique, puis interroge le rapport de l'art au sacré, au silence et au corps en prenant la musique savante de l'Inde du Nord comme terrain de réflexion.

Son parcours professionnel passe par l'enseignement primaire, où il pratique la pédagogie Freinet, puis par l'enseignement de la philosophie au lycée et à l'IUFM de Nice. Au tournant des années 2010, il anime le Laboratoire de recherche coopérative du mouvement Freinet et enseigne également à l'université de Provence[5].

Parallèlement, il entreprend une seconde recherche doctorale consacrée à la philosophie à l'école. Sa thèse, Vers une anthropologie didactique de la complexité : la philosophie à l'école, dirigée par Michel Tozzi, est soutenue en 2006 à l'université Montpellier-III. Elle associe réflexion sur la définition même de l'activité philosophique, enquête avec des praticiens et analyse didactique de situations scolaires ; sa dernière partie élargit cette recherche à la complexité des phénomènes éducatifs[6].

Il devient ensuite maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université Rennes 2 et membre du CREAD. Il y poursuit des travaux sur les pratiques coopératives, la didactique et les formes de production des savoirs ; il est encore présenté avec cette affiliation en 2021[7]. En 2023, la FSU-SNUipp le présente comme enseignant-chercheur retraité et membre du mouvement Freinet[8].

Travaux

Joie, sagesse et silence

La joie constitue le premier fil directeur de l'œuvre philosophique de Nicolas Go. Sa thèse de 2001 cherche moins à la définir comme un état psychologique qu'à l'envisager comme une puissance d'action et une pratique possible de l'existence. L'art y occupe une place privilégiée parce qu'il engage, selon lui, des dimensions qui ne se réduisent pas au concept : le geste, la résonance, l'affect, le corps et le silence[4].

Cette réflexion est développée pour un public plus large dans L'Art de la joie : essai sur la sagesse, publié chez Buchet-Chastel en 2004 puis repris au Livre de poche en 2012 avec une préface de Raphaël Enthoven. L'ouvrage confronte la possibilité de la joie à la finitude, à la violence et au mal, et la relie à la liberté, à la sagesse et à la création[9]. À l'occasion de cette réédition, Enthoven présente l'essai comme une tentative pour penser une joie qui n'esquive ni la lucidité ni l'adversité ; il formule cependant deux réserves, portant sur l'interprétation du mythe de Sisyphe et sur une critique du divertissement qu'il juge trop normative[10].

Les Printemps du silence, paru en 2008, prolonge cette orientation en faisant du silence non un retrait hors du monde, mais une expérience liée à la contemplation, à la méditation, à l'action et à la création[11].

Ces thèmes ne disparaissent pas lorsque ses recherches se déplacent vers l'éducation. La joie y réapparaît en relation avec une activité intellectuelle créatrice et avec la possibilité, pour l'élève, de devenir auteur de son propre travail plutôt que simple exécutant d'une tâche prescrite[12].

Philosophie à l'école

Les recherches de Nicolas Go sur la philosophie à l'école se développent au début des années 2000, alors que les pratiques philosophiques avec des enfants font l'objet de débats sur leur statut et leur légitimité. Sa thèse de sciences de l'éducation ne part pas du principe que toute discussion réflexive est philosophique : elle cherche au contraire à déterminer à quelles conditions une activité scolaire peut recevoir cette qualification, tout en donnant aux praticiens une place dans l'enquête[6].

Il transpose cette problématique dans Pratiquer la philosophie dès l'école primaire. Pourquoi ? Comment ? en 2010. L'ouvrage articule une première partie conceptuelle à l'analyse détaillée d'une discussion menée en cycle 3 et met l'accent sur le rôle du professeur ainsi que sur la coopération entre élèves[5]. Dans une recension publiée par les Cahiers pédagogiques, Jean-Charles Pettier souligne que Go ne se contente pas de regrouper des activités sous l'étiquette de « pratiques à visée philosophique » : il cherche à défendre l'idée que certaines d'entre elles peuvent être philosophiques à part entière et à préciser les conditions qui rendent possible cette exigence à l'école[13].

Cette position est encore visible dans « La philosophie pour elle-même », publié en 2018 dans la revue Spirale. Go y met en garde contre une subordination de la philosophie scolaire à l'enseignement moral et civique : il soutient que sa fonction propre tient d'abord à l'exercice du questionnement philosophique dans une organisation scolaire fondée sur l'égalité et la coopération. La présentation scientifique du dossier relève toutefois que ce modèle peut supposer une continuité entre pratiques sociales et pratiques scolaires qui mérite elle-même d'être interrogée[14],[15].

Pédagogie Freinet, coopération et complexité

La pédagogie Freinet occupe une place centrale dans ses recherches en éducation. Au sein du LRC-ICEM, il participe à une démarche qui associe enseignants et chercheurs autour de l'analyse des pratiques de classe. Son article « Une approche complexe des apprentissages. La primauté du processus en pédagogie Freinet », publié en 2009, donne une formulation théorique à ce programme. Go y invite explicitement à ne pas surestimer les connaissances disponibles sur la pédagogie Freinet ni la capacité du mouvement à transformer, à elle seule, les pratiques éducatives ; il défend une théorisation critique étroitement liée à des données de terrain[16].

Cette orientation donne lieu à des travaux empiriques plus spécialisés. En 2010, avec Danielle Thorel, Marcel Thorel et Sylvain Hannebique, il publie dans Recherches en didactique des mathématiques l'analyse d'une séance de « recherches mathématiques » en CM1 dans une école Freinet. L'étude examine l'alternance entre recherche individuelle et échanges avec l'enseignant ; elle décrit un dispositif dans lequel les élèves sont auteurs de leurs tâches tout en travaillant dans un environnement coopératif fortement structuré[17]. Un autre article, publié en 2012 dans KronoScope, relie la temporalité des apprentissages à cette approche par les processus et la complexité[18].

Dans « Sans cesse redessiner les gestes d'émancipation » (2014), il précise la distinction entre l'élève « acteur » et l'élève « auteur ». L'enjeu n'est pas seulement de faire participer l'élève à une activité conçue ailleurs, mais de lui permettre d'être à l'origine de ce qu'il fait, dans un cadre où la coopération, les institutions de classe et l'intervention du professeur rendent possible cette prise de responsabilité. Go relie cette conception à l'« autorisation », à la créativité et à l'émancipation, tout en indiquant qu'elle provient d'une synthèse de plusieurs années de recherches de terrain[12].

Ses écrits ultérieurs accentuent la dimension sociale de cette conception. En 2021, il présente la coopération comme insuffisante si elle n'est pas accompagnée d'une transformation des pratiques d'apprentissage et des rapports au travail scolaire[7]. Dans un entretien de 2023, il formule cette idée en termes de « souveraineté » des élèves sur leur travail : ceux-ci doivent, selon lui, être producteurs de savoirs, prendre des responsabilités dans l'organisation de la classe et devenir auteurs plutôt que simples acteurs de leurs apprentissages. Il rattache explicitement ce projet à l'école publique et à une visée égalitaire[8].

Ces thèmes sont repris dans ses ouvrages récents. Pour l'École moderne. La pédagogie Freinet aujourd'hui (2022) revient sur l'actualité du mouvement Freinet et sur son projet d'émancipation par l'organisation coopérative du travail[19]. Freinet : l'alternative. Principes et orientations, paru en 2023, resserre l'analyse sur les principes qu'il considère comme constitutifs de cette pédagogie et sur leur portée sociale et politique[20].

Il contribue également à des productions collectives liées au mouvement Freinet. En 2020, il participe à Pédagogie de l'égalité. Freinet au second degré, ouvrage de l'équipe du lycée Auguste-et-Louis-Lumière de La Ciotat consacré à l'expérience d'un dispositif Freinet au lycée[21]. Une recension des Cahiers pédagogiques souligne que l'ouvrage met en évidence une tension entre la remise en cause de la forme scolaire portée par l'expérience et les contraintes institutionnelles, notamment la préparation au baccalauréat[22].

Publications

Ouvrages

  • L'Art de la joie : essai sur la sagesse, Paris, Buchet-Chastel, 2004 ; rééd. Le Livre de poche, 2012.
  • Les Printemps du silence, Paris, Buchet-Chastel, 2008.
  • Pratiquer la philosophie dès l'école primaire. Pourquoi ? Comment ?, Paris, Hachette Éducation, coll. « Profession enseignant », 2010.
  • Pour l'École moderne. La pédagogie Freinet aujourd'hui, Lyon, Chronique sociale, 2022.
  • Freinet : l'alternative. Principes et orientations, Lyon, Chronique sociale, 2023.

Contributions à des ouvrages collectifs

  • « Approche coopérative et complexe dans l'éducation », dans Malini Sumputh et François Fourcade (dir.), Oser la pédagogie coopérative complexe. De l'école à l'université, Lyon, Chronique sociale, 2013.
  • avec l'équipe pédagogique du lycée Auguste-et-Louis-Lumière de La Ciotat, Pédagogie de l'égalité. Freinet au second degré, Lyon, Chronique sociale, 2020.

Articles (sélection)

  • « L'art, la joie », Le Philosophoire, vol. 17, n° 2, 2002, p. 171-185, DOI 10.3917/phoir.017.0171.
  • « La sagesse du philosophe », Le Philosophoire, n° 20, 2003, p. 67-81, DOI 10.3917/phoir.020.0067.
  • « La contemplation », Le Philosophoire, n° 21, 2003, p. 225-236, DOI 10.3917/phoir.021.0225.
  • « Une approche complexe des apprentissages. La primauté du processus en pédagogie Freinet », Penser l'éducation, n° 25, 2009, p. 19-48.
  • avec Danielle Thorel, Marcel Thorel et Sylvain Hannebique, « Le dispositif dit de “recherches mathématiques” : analyse didactique d'une séance observée dans une classe de CM1 (9-10 ans) dans une école “Freinet” », Recherches en didactique des mathématiques, vol. 30, n° 2, 2010, p. 135-196.
  • « Temporality and Emergences in Education », KronoScope, vol. 12, n° 2, 2012, p. 243-256, DOI 10.1163/15685241-12341243.
  • « Sans cesse redessiner les gestes d'émancipation », Recherches en éducation, n° 20, 2014, DOI 10.4000/ree.8085.
  • « La philosophie pour elle-même », Spirale. Revue de recherches en éducation, n° 62, 2018, p. 141-150.
  • « La souveraineté sur le travail », Carnets rouges, n° 22, 2021.

Notes et références

  1. ↑ « Go, Nicolas (1960-.... ; philosophe) », IdRef, Agence bibliographique de l'enseignement supérieur, consulté le 17 septembre 2026.
  2. ↑ 2,0 et 2,1 « Nicolas Go », Le Nouvel Éducateur, n° 170, juin 2005, p. 17, lire en ligne.
  3. ↑ « Nicolas Go », Hachette Éducation, consulté le 17 septembre 2026.
  4. ↑ 4,0 et 4,1 « L'Art comme pratique de la joie (l'exemple de la musique classique de l'Inde du Nord) », theses.fr, Agence bibliographique de l'enseignement supérieur, 2001, consulté le 17 septembre 2026.
  5. ↑ 5,0 et 5,1 « Pratiquer la philosophie dès l'école primaire. Pourquoi ? Comment ? », Hachette Éducation, 2010, consulté le 17 septembre 2026.
  6. ↑ 6,0 et 6,1 « Vers une anthropologie didactique de la complexité : la philosophie à l'école », theses.fr, Agence bibliographique de l'enseignement supérieur, 2006, consulté le 17 septembre 2026.
  7. ↑ 7,0 et 7,1 Nicolas Go, « La souveraineté sur le travail », Carnets rouges, n° 22, mai 2021, consulté le 17 septembre 2026.
  8. ↑ 8,0 et 8,1 Nicolas Go, « La pédagogie Freinet et le travail enseignant », FSU-SNUipp, mis à jour le 28 décembre 2023, consulté le 17 septembre 2026.
  9. ↑ « L'Art de la joie », Hachette, édition du Livre de poche, 2012, consulté le 17 septembre 2026.
  10. ↑ Raphaël Enthoven, « L'art de la joie », Le HuffPost, 29 février 2012, consulté le 17 septembre 2026.
  11. ↑ « Les Printemps du silence », E.Leclerc, notice bibliographique de l'édition Buchet-Chastel, consultée le 17 septembre 2026.
  12. ↑ 12,0 et 12,1 Nicolas Go, « Sans cesse redessiner les gestes d'émancipation », Recherches en éducation, n° 20, 2014, DOI 10.4000/ree.8085.
  13. ↑ Jean-Charles Pettier, « Pratiquer la philosophie dès l'école primaire. Pourquoi ? Comment ? », Les Cahiers pédagogiques, 5 août 2010, consulté le 17 septembre 2026.
  14. ↑ « Pratiques de philosophie et enseignement moral et civique à l'école primaire », Spirale. Revue de recherches en éducation, n° 62, 2018 ; Nicolas Go, « La philosophie pour elle-même », p. 141-150.
  15. ↑ « Présentation », Spirale. Revue de recherches en éducation, n° 62, 2018, consulté le 17 septembre 2026.
  16. ↑ Nicolas Go, « Une approche complexe des apprentissages. La primauté du processus en pédagogie Freinet », Penser l'éducation, n° 25, mai 2009, p. 19-48.
  17. ↑ Nicolas Go, Danielle Thorel, Marcel Thorel et Sylvain Hannebique, « Le dispositif dit de “recherches mathématiques” : analyse didactique d'une séance observée dans une classe de CM1 (9-10 ans) dans une école “Freinet” », Recherches en didactique des mathématiques, vol. 30, n° 2, 2010, p. 135-196.
  18. ↑ Nicolas Go, « Temporality and Emergences in Education », KronoScope, vol. 12, n° 2, 2012, p. 243-256, DOI 10.1163/15685241-12341243.
  19. ↑ « Pour l'école moderne : la pédagogie Freinet aujourd'hui », Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France, 2022, consulté le 17 septembre 2026.
  20. ↑ « Freinet : l'alternative. Principes et orientations », La Procure, notice de l'édition Chronique sociale, 2023, consultée le 17 septembre 2026.
  21. ↑ « Pédagogie de l'égalité : Freinet au second degré », Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France, 2020, consulté le 17 septembre 2026.
  22. ↑ Guillaume Caron, « Pédagogie de l'égalité. Freinet au second degré », Les Cahiers pédagogiques, 11 janvier 2021, consulté le 17 septembre 2026.

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