Pierre Ruaud
| Pierre Ruaud | ||
Pierre Ruaud. | ||
| Naissance | Pellegrue (Gironde, France) |
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| Décès | (à 81 ans) Bordeaux (Gironde, France) |
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| Allégeance | France | |
| Arme | Artillerie, Train | |
| Grade | Lieutenant-colonel de réserve | |
| Années de service | 1918 – 1946 | |
| Commandement | Groupe de transport 503 (1943-1945) | |
| Conflits | Première Guerre mondiale Seconde Guerre mondiale |
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| Distinctions | Légion d'honneur Croix de guerre 1939-1945 Bronze Star Medal |
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Pierre Ruaud, né le 5 mars 1899 à Pellegrue (Gironde) et mort le 11 septembre 1980 à Bordeaux, est un officier français, lieutenant-colonel de réserve de l'arme du train.
Passé de l'artillerie aux unités de transport militaire dans l'entre-deux-guerres, il sert au Maroc à partir de 1936. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il prend la tête du groupe de transport 503 (GT 503), constitué en octobre 1943. Son unité participe à la campagne d'Italie auprès de la 5e armée américaine, puis assure le ravitaillement des forces françaises engagées dans les combats de la Libération, notamment dans les Vosges et en Alsace. Le GT 503 est à l'origine du 503e régiment du train, créé sous cette appellation en 1978[1],[2].
Biographie
Jeunesse et service dans l'artillerie (1899-1924)
Pierre Ruaud naît à Pellegrue, en Gironde, dans une famille originaire du Périgord. Son père est maître maçon et travaille notamment à la restauration de l'église de Pellegrue. Après des études qui le conduisent à l'enseignement, Pierre Ruaud exerce brièvement comme instituteur à Sousse, en Tunisie, avant son engagement dans l'armée.
Le 30 janvier 1918, alors qu'il n'a pas encore dix-neuf ans, il s'engage volontairement dans l'armée française. Incorporé dans l'artillerie, il passe par les 23e et 5e régiments, puis le 30e régiment d'artillerie de campagne. Il suit une formation d'élève aspirant à Joigny et rejoint le 27e régiment d'artillerie de campagne en octobre 1918. L'armistice du 11 novembre intervient peu après son arrivée. Il poursuit néanmoins son service : promu maréchal des logis en mars 1919, il devient aspirant au mois d'août[3].
Il épouse Marie Laplace le 24 juillet 1919 à Pessac-sur-Dordogne. Affecté ensuite au 49e régiment d'artillerie, il sert dans les troupes françaises stationnées en Rhénanie occupée. Nommé sous-lieutenant de réserve au début de 1921, il effectue de nouvelles périodes de service au sein de régiments d'artillerie lourde. En octobre 1923, il renonce à son grade dans la réserve afin de contracter un nouvel engagement dans l'armée d'active, où il sert successivement aux 34e et 21e régiments d'artillerie[3].
De l'artillerie à l'arme du train (1924-1936)
Admis en 1924 à l'École d'application de l'artillerie de Fontainebleau, Pierre Ruaud poursuit sa formation d'officier avant de rejoindre l'arme du train, chargée des transports et des ravitaillements. Sous-lieutenant d'active à partir de 1925, il est affecté au 6e escadron du train, puis au 120e escadron, à Sainte-Menehould. Il est promu lieutenant le 1er octobre 1927[4].
La transformation des transports militaires, encore largement assurés par des attelages, l'amène à se spécialiser dans les véhicules automobiles. Après un stage de mécanique à Fontainebleau en 1930, il sert dans une compagnie régionale du train, avant de rejoindre l'École de cavalerie et du train de Saumur. Il y exerce des fonctions d'instructeur au cours de la première moitié des années 1930. Il figure notamment parmi les lieutenants de l'école inscrits au tableau d'avancement de décembre 1934[5].

Promu capitaine en mars 1936, il quitte l'école quelques mois plus tard pour une affectation au Maroc[6].
Le Maroc et la préparation des unités motorisées (1936-1943)
Installé à Casablanca en septembre 1936, le capitaine Ruaud commande une compagnie du 23e escadron du train, qui est ensuite réorganisé au sein du 32e escadron du train du Maroc. Ces formations associent encore des moyens hippomobiles ou muletiers à des véhicules motorisés. La conduite, l'entretien et la réparation des camions deviennent toutefois des compétences essentielles à la mobilité des troupes[3].
Après l'armistice du 22 juin 1940, Pierre Ruaud reste en poste au Maroc, alors administré par les autorités françaises de Vichy. Le 1er septembre 1941, il reçoit le commandement d'un centre régional d'instruction professionnelle établi à Casablanca pour former les militaires aux métiers liés aux transports automobiles. La mission est élargie, après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, à des centres implantés à Rabat et à Port-Lyautey[7].
L'opération Torch et le ralliement de l'armée d'Afrique aux Alliés ouvrent une nouvelle phase de réorganisation. Dans la perspective de la reprise des combats en Europe, les unités françaises d'Afrique du Nord doivent être rééquipées et motorisées. L'expérience acquise par Pierre Ruaud dans l'instruction et la conduite des transports contribue à sa désignation pour commander une nouvelle formation de transport.
À la tête du groupe de transport 503 (1943-1945)
Formation du groupe et campagne d'Italie
À l'automne 1943, Pierre Ruaud prend le commandement du groupe de transport 502 bis, qui devient le groupe de transport 503 (GT 503) le 16 octobre. Constitué au Maroc à partir d'éléments de l'arme du train, le groupe a pour mission de transporter le personnel, les munitions, le carburant et les approvisionnements des formations combattantes. Ruaud, alors chef d'escadron, exerce les attributions de chef de corps. Il supervise à Casablanca la constitution de l'unité et la remise en état d'une partie de son parc automobile[8],[1].
Au début de 1944, le GT 503 rassemble deux compagnies de transport, les 31e et 32e, soit environ 550 militaires. Il dispose notamment de 189 camions, principalement des véhicules américains Dodge et GMC, ainsi que de jeeps et de remorques. Ce parc doit permettre de déplacer les approvisionnements sur de longues distances, tout en assurant la maintenance et la continuité des convois[3].
À la fin de mai 1944, le groupe gagne Oran pour embarquer vers l'Italie. Les premiers éléments débarquent dans la baie de Naples le 5 juin et se regroupent avant d'être mis à la disposition de la 5e armée américaine du général Mark Clark. Le GT 503 participe ainsi à la progression alliée en Toscane, dans le cadre de la campagne d'Italie[2].
Sous le commandement de Ruaud, les 31e et 32e compagnies, dirigées respectivement par les capitaines Morel et Beretti, effectuent des transports au profit des troupes alliées. Une compagnie du groupe de transport 505 leur est temporairement adjointe. Les convois accompagnent la progression depuis le sud du Latium vers Sienne et les localités de Toscane, notamment San Gimignano, Poggibonsi et Certaldo. Ces missions, conduites jusqu'à la fin de juillet, nécessitent de maintenir un ravitaillement régulier sur des routes parfois difficiles et exposées aux effets des combats[3].
La participation du groupe à cette campagne lui vaut des félicitations du commandement américain. Pierre Ruaud reçoit pour sa part la Bronze Star Medal, distinction militaire des États-Unis[3].
La campagne de France : Vosges et Alsace
Le 10 août 1944, Pierre Ruaud et plusieurs membres du groupe se portent volontaires pour encadrer des combattants des Forces françaises de l'intérieur à la demande du général Béthouart[9]. Après la campagne d'Italie, le GT 503 est toutefois destiné à renforcer les moyens de transport des troupes françaises engagées dans la libération du territoire. Il débarque à Saint-Tropez le 9 septembre 1944, plusieurs semaines après le débarquement allié du 15 août, puis rejoint le front du Doubs et les formations de la 1re armée française commandée par le général de Lattre de Tassigny[2].
Le groupe fournit notamment un soutien logistique à la 3e division d'infanterie algérienne. Durant l'automne 1944, ses camions acheminent vivres et munitions et évacuent des blessés dans les Vosges, où les opérations se déroulent dans des conditions difficiles. Ses détachements interviennent auprès du 1er régiment de chasseurs parachutistes et du 1er bataillon de choc, notamment dans le secteur du col de Morbieux. Les convois doivent circuler sur des routes de montagne soumises aux tirs d'artillerie et aux attaques allemandes[2],[3].
L'avancée de la 1re armée vers la trouée de Belfort, puis l'Alsace, étend les missions du GT 503. Ses compagnies desservent les secteurs d'Héricourt, de Belfort, de Masevaux et de Mulhouse, libérée en novembre 1944. À partir de décembre, d'autres détachements soutiennent les combats dans les Vosges centrales, notamment autour de Lapoutroie, ainsi que dans la forêt de la Hardt, au nord de Mulhouse. Cette progression reste difficile : les forces allemandes défendent les voies d'accès au Rhin et conservent une partie de la plaine d'Alsace jusqu'au début de 1945[10].
Ruaud coordonne également des transports pour des unités issues de la Résistance, dont la brigade commandée par le colonel Fabien, engagée dans le secteur de Mulhouse à la fin de 1944. Son action lors des opérations de décembre, en particulier dans le secteur de Lapoutroie, lui vaut une citation à l'ordre de la brigade datée du 29 mars 1945[3].
La campagne se prolonge pendant l'hiver. Les transports de carburant, de vivres et de munitions soutiennent les unités qui combattent en Alsace, notamment dans la région de Sélestat et en direction de Strasbourg. Si le groupe de transport n'est pas une formation combattante au sens habituel, ses chauffeurs et ses personnels d'entretien sont exposés aux bombardements, aux tirs et aux difficultés de circulation propres à une guerre de mouvement.
Entrée en Allemagne et fin des opérations
À la fin de mars 1945, le GT 503 accompagne l'avance française vers le Rhin et apporte son concours aux transports nécessaires au franchissement du fleuve dans le secteur de Germersheim. Les troupes françaises y établissent une tête de pont à partir du 31 mars[11]. Cantonnés un temps dans la forêt de Haguenau, des éléments du groupe subissent encore des attaques aériennes en avril.
Après la capitulation allemande du 8 mai, le GT 503 se regroupe en Allemagne, d'abord dans la région d'Altenheim, puis en Forêt-Noire. Le groupe participe alors aux mouvements et aux ravitaillements des forces françaises stationnées outre-Rhin[3],[1].
Pierre Ruaud fait également l'objet d'une citation à l'ordre de la 5e armée américaine, datée du 6 juillet 1945. Les distinctions reçues pendant ces campagnes rappellent les risques encourus par les personnels du train dans l'accomplissement de leurs missions[3].
Retour à la vie civile (1945-1980)
Pierre Ruaud regagne le Maroc à l'automne 1945. Le 2 janvier 1946, il prend le commandement du train de la division de Casablanca, puis celui du 32e escadron. Il est promu lieutenant-colonel de réserve par un décret du 8 avril 1946 et quitte le service actif la même année[12].
Il s'établit avec son épouse et sa famille à Gensac, en Gironde, dans la propriété viticole du Freyche. Il conserve des liens avec l'institution militaire et participe, de 1956 à 1960, à l'instruction des réservistes dans le cadre de la préparation militaire à Bordeaux[3].
Initié à la franc-maçonnerie dans les années 1930, il reste lié à une loge de Sainte-Foy-la-Grande pendant sa retraite. Son épouse Marie meurt en 1976. Pierre Ruaud décède à Bordeaux le 11 septembre 1980, à l'âge de 81 ans[13].
Distinctions et mémoire
Décorations
Pierre Ruaud est titulaire de plusieurs décorations françaises et d'une décoration américaine :
- Chevalier de la Légion d'honneur, le 10 juillet 1946[3] ;
- Croix de guerre 1939-1945 ;
- Bronze Star Medal (États-Unis), pour ses services lors de la campagne d'Italie ;
- Médaille interalliée 1914-1918 ;
- Médaille commémorative de la guerre 1914-1918 ;
- chevalier de l'ordre du Mérite militaire, en 1960[14].
Il a également fait l'objet d'une citation à l'ordre de la brigade, le 29 mars 1945, et d'une citation à l'ordre de la 5e armée américaine, le 6 juillet suivant[3].
Souvenir au sein du 503e régiment du train
Le GT 503 poursuit son histoire après le départ de Pierre Ruaud et sert notamment en Indochine et en Algérie. Le 503e régiment du train, héritier de ses traditions, est officiellement créé sous ce nom le 1er juillet 1978 à La Rochelle, où il reste jusqu'en 1998[1]. Un bâtiment de la caserne Mangin y a porté le nom de « pavillon Ruaud » en hommage au premier commandant du groupe de transport.
Le régiment a ensuite été installé à Martignas-sur-Jalle, puis à Nîmes-Garons depuis 2011. Son étendard porte notamment l'inscription « Italie 1944 », qui rappelle la campagne à laquelle le GT 503 a participé sous le commandement de Pierre Ruaud[15].
Notes et références
- ↑ 1,0 1,1 1,2 et 1,3 Armée de terre, « Histoire du 503e régiment du Train », portail de l'armée de terre.
- ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 Ministère des Armées, Livret du 8 mai, 2025, notice « Le 503e régiment du Train ».
- ↑ 3,00 3,01 3,02 3,03 3,04 3,05 3,06 3,07 3,08 3,09 3,10 3,11 et 3,12 État des services de Pierre Ruaud, établi en 1960.
- ↑ Journal officiel de la République française, décrets du 25 septembre 1925 (publié le 30 septembre) et du 25 septembre 1927.
- ↑ L'Écho saumurois, 22 décembre 1934, édition conservée aux Archives municipales de Saumur, rubrique consacrée à l'avancement des officiers.
- ↑ Journal officiel de la République française, décret du 19 mars 1936, publié le 25 mars 1936.
- ↑ Note no 687 i/3 du commandement supérieur des troupes du Maroc, 22 août 1941 ; note de service no 50 i/3, 12 décembre 1942.
- ↑ Notes no 3112/EM/GG/1 du 27 septembre 1943 et no 6874/J/CM du 2 octobre 1943 ; note no 3142/0 du commandement de la base militaire française de Casablanca, 10 avril 1944.
- ↑ Message no 3037 p/I du général Béthouart, 10 août 1944.
- ↑ Ministère des Armées, « Novembre 1944 - mars 1945. L'hiver d'une libération. La difficile campagne d'Alsace », Les Chemins de la mémoire.
- ↑ Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), « La campagne d'Allemagne : franchissement du Rhin par les troupes françaises à Germersheim », collection ImagesDéfense.
- ↑ Journal officiel de la République française, décret du 8 avril 1946, publié le 15 avril 1946.
- ↑ « Ruaud Pierre — Décès », GénéaFrance, relevé établi à partir des données de l'Insee.
- ↑ Bulletin officiel des décorations, septembre 1960, p. 883.
- ↑ Armée de terre, « Le 503e régiment du Train », présentation et historique de l'unité.
Bibliographie et sources
- Jean Carbonneaux (dir.), L'Arme du train de 1807 à nos jours, Panazol, Charles-Lavauzelle, 1989, en particulier p. 222-223. Notice du catalogue des bibliothèques du ministère des Armées.
- Benoît-Léon de Fornel de La Laurencie, L'École de Saumur, Angers, Éditions de l'Ouest, 1935, planche XXVII.
- Historique du 503e régiment du train, Atelier d'impression de l'armée de terre, sans date.
- Service historique de la Défense, « Groupe de transport 503 », fonds conservé à Vincennes : journaux de marche et opérations du groupe et de la 31e compagnie, notes d'organisation (1943-1946).
- Armée de terre, « Histoire du 503e régiment du Train ».
- Ministère des Armées, Livret du 8 mai, 2025, notice sur le 503e régiment du train.
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