Rauni-Leena Luukanen-Kilde

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Rauni-Leena Luukanen-Kilde
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Rauni-Leena Tellervo Luukanen-Kilde, née Valve le 15 novembre 1939 à Värtsilä et morte le 8 février 2015 à Vaasa, est une médecin, écrivaine et conférencière finlandaise. Après des études de médecine à Oulu et Turku, elle exerce en Laponie et y devient médecin provincial en 1975[1]. Elle acquiert ensuite une large notoriété dans les milieux de la parapsychologie et de l'ufologie, puis par la diffusion de théories du complot concernant notamment une élite mondiale secrète, le contrôle mental et les implants électroniques[1]. La Bibliothèque nationale de Finlande la répertorie comme médecin, écrivaine et ufologue[2].

Son premier livre, Kuolemaa ei ole (« La mort n'existe pas »), publié en 1982, mêle présentation de thèmes parapsychologiques et textes qu'elle affirme avoir reçus par écriture automatique. L'ouvrage devient un succès de librairie en Finlande et dans plusieurs autres pays nordiques et fait d'elle une figure connue des spiritualités alternatives[1]. À partir du milieu des années 1980, les extraterrestres, les OVNI et les récits de dissimulation gouvernementale occupent une place croissante dans ses livres et ses conférences.

Dans les années 2000, ses interventions mettent davantage l'accent sur des théories conspirationnistes. En 2009, elle affirme notamment que la vaccination contre la grippe A(H1N1) ferait partie d'un complot destiné à réduire la population mondiale, propos largement diffusés sur Internet et présentés comme une théorie du complot par la radiotélévision publique finlandaise Yle[3]. Les chercheurs Tommy Ramstedt et Kirsi Hänninen ont étudié son parcours comme un cas de visibilité publique et de construction de l'autorité au sein des milieux finlandais de savoirs et de spiritualités alternatifs[1],[4].

Biographie

Formation et carrière médicale

Rauni-Leena Tellervo Valve naît le 15 novembre 1939 à Värtsilä[5]. Elle étudie la médecine aux universités d'Oulu et de Turku et obtient son diplôme de médecin en 1967[1],[6].

Elle exerce ensuite en Laponie. En 1975, elle devient médecin provincial et occupe une fonction de responsabilité dans l'administration sanitaire de la province[1]. Son activité institutionnelle est également attestée au Conseil nordique pour la recherche médicale arctique : l'histoire de cet organisme la répertorie parmi ses membres finlandais de 1978 à 1980[7]. En 1984, la Société médicale de Laponie la mentionne encore comme lääninlääkäri à l'occasion d'une conférence qu'elle donne sur les phénomènes parapsychologiques ; le compte rendu de la réunion distingue cette intervention du programme scientifique qui la suit[8].

Un grave accident de voiture en 1985 met fin à sa carrière médicale active ; elle prend sa retraite peu après[1],[6]. Elle affirmera ultérieurement qu'un extraterrestre venu d'une autre dimension lui aurait sauvé la vie après l'accident[1].

À l'automne 1987, elle épouse le diplomate norvégien Sverre Kilde[1]. Elle s'établit ensuite durablement en Norvège ; le registre de la Société médicale de Finlande la donne notamment domiciliée à Son[5].

Parapsychologie et succès de Kuolemaa ei ole

Selon le récit que Luukanen-Kilde fait de son propre parcours, son intérêt pour la réincarnation et les phénomènes paranormaux remonte à l'adolescence. Après son installation à Rovaniemi en 1975, elle rejoint un groupe local de méditation où elle découvre l'écriture automatique[1].

Elle dit avoir commencé à produire des textes par ce procédé au printemps 1979. Son premier ouvrage, Kuolemaa ei ole, paraît en 1982 sous le nom de Rauni-Leena Luukanen. La première partie présente au grand public plusieurs thèmes classiques de la parapsychologie, dont la télépathie, la médiumnité, la clairvoyance, les poltergeists et la réincarnation. La seconde réunit un texte qu'elle présente comme reçu par écriture automatique de sa grand-mère décédée, Aino Sofia Halmetoja[1].

Le livre devient un best-seller en Finlande et connaît aussi le succès dans plusieurs autres pays nordiques. Cette notoriété lui ouvre les émissions de télévision et les manifestations consacrées aux spiritualités alternatives ; lors de certaines éditions des journées Ultrapäivät, ses conférences attirent plus de 700 personnes[1]. En 1983, elle compte parmi les fondateurs de la Lapin Parapsykologinen Seura ry, association de parapsychologie de Laponie[1].

Ufologie et récits de contacts extraterrestres

Après l'accident de 1985, les OVNI et les extraterrestres prennent une place plus importante dans ses écrits. Lors d'un congrès de parapsychologie organisé à Bâle en 1987, elle participe à une expérience d'hypnose consacrée à de supposées vies antérieures ; elle raconte avoir eu, à la place, des expériences concernant des OVNI et des êtres extraterrestres[1].

Ses livres Tähtien lähettiläs (1991) et Kuka hän on? (1993) développent ces thèmes en les associant à l'idée d'une dissimulation gouvernementale. En 1992, elle apparaît dans le documentaire finlandais Vieraita taivaalta, réalisé par l'ufologue Juhan af Grann. Elle y rapporte notamment de prétendus voyages hors du corps vers d'autres planètes et décrit différentes catégories d'êtres extraterrestres[1]. En 1996, elle organise à Hanasaari une conférence internationale consacrée aux extraterrestres[1].

Elle poursuit ensuite ses conférences et interventions médiatiques. Dans un entretien diffusé en 2007 dans l'émission Arto Nyberg, elle affirme être régulièrement en contact avec des représentants d'autres planètes et soutient que des preuves de l'existence d'humanoïdes seraient cachées au public[9].

Théories du complot et visibilité sur Internet

Tommy Ramstedt situe au milieu des années 1980 la formation, chez Luukanen-Kilde, d'une vision du monde centrée sur l'existence d'une élite secrète et malveillante. Dans ses livres et conférences, elle relie progressivement à cette supposée élite des phénomènes très divers : problèmes personnels, crises économiques, catastrophes naturelles, maladies ou violences collectives[1]. Le chercheur décrit ainsi un système explicatif conspirationniste dans lequel des événements sans lien apparent sont ramenés à l'action d'un même groupe clandestin[1].

Dans Salatut maailmamme, publié en 2007, elle affirme que ce pouvoir occulte disposerait de technologies permettant de surveiller ou de modifier le comportement humain grâce à des superordinateurs, des implants et des techniques de contrôle mental. Elle dit également avoir elle-même subi des écoutes téléphoniques et des intrusions destinées à lui dérober des documents sur les OVNI[1]. Une rétrospective de Yle consacrée aux théories du complot relève notamment ses affirmations selon lesquelles un téléphone portable ou une micropuce implantée dans l'œil pourraient agir sur le cerveau[10].

Entre 2009 et 2010, de longs entretiens réalisés par le groupe danois Bevolution / The Human Project sont mis en ligne et donnent à ces thèses une audience nouvelle. Luukanen-Kilde y attribue notamment à une élite mondiale un projet de réduction de la population et présente certaines fusillades scolaires finlandaises comme le résultat d'un contrôle mental[1].

Affirmations sur la grippe A(H1N1)

La pandémie de grippe A(H1N1) devient en 2009 l'un des principaux sujets de ses interventions sur Internet. Elle affirme que la vaccination serait dangereuse et que la campagne vaccinale servirait à enrichir des industriels tout en réduisant la population mondiale ; elle soutient également que les enfants et les femmes enceintes auraient été ciblés afin de supprimer une génération future[3],[1]. Yle présente explicitement ces propos comme une théorie du complot et rappelle qu'elle est alors une ancienne médecin provinciale de Laponie[3].

Une traduction espagnole d'un de ces entretiens la présente à tort comme ancienne ministre finlandaise de la Santé. La vidéo dépasse deux millions de visionnages, puis le quotidien tunisien Assabah reprend cette fausse qualité. Le ministère finlandais des Affaires étrangères intervient auprès du journal, qui publie une rectification[1]. Luukanen-Kilde n'a jamais été ministre de la Santé ; sa fonction attestée était celle de médecin provincial dans l'administration sanitaire lapone[1],[8].

Réception et analyses

La formation médicale de Luukanen-Kilde a occupé une place importante dans la manière dont elle était présentée au public, alors que l'essentiel de sa notoriété éditoriale et médiatique concernait des sujets extérieurs à la médecine conventionnelle. Ramstedt souligne explicitement que son diplôme de médecine était authentique, puis étudie séparément ses activités dans les milieux de la parapsychologie, de l'ufologie et des théories du complot[1].

La folkloriste Kirsi Hänninen analyse Luukanen-Kilde comme une « autorité populaire » des milieux finlandais de l'ufologie, de la parapsychologie et du conspirationnisme. Elle relève que l'autorité d'une figure de ce type peut se construire à partir de plusieurs éléments combinés : expériences personnelles revendiquées, formation, profession, publications et visibilité dans les médias. Dans le cas de Luukanen-Kilde, la vente de ses livres et sa présence fréquente dans les médias des années 1980 et 1990 contribuent à cette position[4].

Sa réception reste toutefois fortement polarisée. L'association sceptique finlandaise Skepsis critique à plusieurs reprises ses livres et ses affirmations. En 1996, elle annonce qu'elle versera 10 000 marks à un humanoïde qui viendrait en personne réclamer la somme en fournissant un échantillon d'ADN et propose parallèlement à Luukanen-Kilde un pari du même montant si un humanoïde se présente publiquement avant la fin de 1998. La somme n'est pas réclamée[6].

Cette visibilité ne disparaît pas avec l'essor d'Internet. Ramstedt relève que le succès de ses livres, ses audiences de plusieurs centaines de personnes, les millions de vues obtenues par certaines vidéos et l'intérêt de la presse populaire illustrent la capacité de ce type d'interprétation alternative à trouver un public au-delà des seuls cercles ufologiques[1].

Mort

Rauni-Leena Luukanen-Kilde meurt à son domicile de Vaasa le 8 février 2015, à l'âge de 75 ans[6]. La Bibliothèque nationale de Finlande enregistre Vaasa comme lieu de décès[2].

Publications

Notes et références

  1. ↑ 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 1,11 1,12 1,13 1,14 1,15 1,16 1,17 1,18 1,19 1,20 1,21 1,22 1,23 et 1,24 Tommy Ramstedt, « Making sense of personal and global problems: An analysis of the writings and lectures of Rauni-Leena Luukanen-Kilde », Scripta Instituti Donneriani Aboensis, vol. 24, 2012, p. 344-349.
  2. ↑ 2,0 et 2,1 Bibliothèque nationale de Finlande, « Luukanen-Kilde, Rauni-Leena », notice d'autorité Finna.
  3. ↑ 3,0 3,1 et 3,2 Yle, « Ex-lääninlääkäri: Sikainfluenssarokote on salajuoni », 22 octobre 2009, mise à jour le 28 mai 2012.
  4. ↑ 4,0 et 4,1 Kirsi Hänninen, « Salaliittoteoria ja kansanomainen auktoriteetti – Tapaus Rauni-Leena Luukanen-Kilde », dans Jaana Kouri (dir.), Askel kulttuurien tutkimukseen, Turun yliopisto, coll. « Scripta Aboensis », no 3, 2015, p. 193-195, (ISBN 978-951-29-6013-2).
  5. ↑ 5,0 et 5,1 Johan Edgren (dir.), Finska Läkaresällskapet – 175 år, Finska Läkaresällskapet, 2010, registre des membres, p. 196.
  6. ↑ 6,0 6,1 6,2 et 6,3 Risto K. Järvinen, « Rauni-Leena Luukanen-Kilde, 15.11.1939 Värtsilä – 8.2.2015 Vaasa », Skeptikko, no 1, 2015, p. 33.
  7. ↑ Bent Harvald et Inge Lynge, « The Nordic Council for Arctic Medical Research. History, aims and achievements », International Journal of Circumpolar Health, vol. 62, no 1, 2003, p. 94-109, notamment p. 107.
  8. ↑ 8,0 et 8,1 Lapin lääkäriseura, « Lyhyt historia », histoire de la Société médicale de Laponie.
  9. ↑ Jukka Lindfors, « Rauni-Leena Luukanen-Kilde tunsi humanoidit », Yle Elävä arkisto, 16 juillet 2008, mise à jour le 29 septembre 2022.
  10. ↑ Anna Horppu, « Salaliittoteorioita on ollut aina – Alaskan jättiantennit aiheuttavat maanjäristyksiä, digitelevisio muokkaa ihmismieltä ja Google tarkkailee kaikkia, uskovat salaliittoteoreetikot », Yle, 14 novembre 2020.
  11. ↑ Finna, « Kuolemaa ei ole », notice bibliographique.
  12. ↑ Finna, « Kuolemaa ei ole », 8e édition révisée, WSOY, 1992.
  13. ↑ Finna, « Tähtien lähettiläs », notice bibliographique.
  14. ↑ Bibliothèque nationale de Finlande, « Kuka hän on? », notice bibliographique.
  15. ↑ Bibliothèque nationale de Finlande, « Universumin lapsi », notice bibliographique.
  16. ↑ Finna, « Salatut maailmamme », notice bibliographique de la bibliothèque de l'université d'Oulu.
  17. ↑ Google Books, « Bright Light on Black Shadows », notice bibliographique.

Article publié sur Wikimonde Plus

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