Striezelmarkt

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Striezelmarkt
Image illustrative de l’article Striezelmarkt
Le Striezelmarkt sur l'Altmarkt de Dresde, en décembre 2025.

Type Marché de Noël
Création 1434 (première attestation)
Pays Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Localisation Altmarkt, Dresde (Saxe)
Organisateur Ville de Dresde
Date De la fin novembre au 24 décembre
Site web Site officiel

Le Striezelmarkt est un marché de Noël organisé à Dresde, capitale du Land allemand de Saxe. Il se tient principalement sur l'Altmarkt, la place historique du centre-ville, depuis le retour durable du marché sur ce site en 1977. Son origine remonte à un privilège accordé à la ville le 19 octobre 1434. Il fait ainsi partie des plus anciens marchés de Noël allemands dont l'existence soit documentée[1].

D'abord destiné à l'approvisionnement des habitants avant Noël, le marché s'est progressivement spécialisé dans les pâtisseries, les jouets, l'artisanat et les cadeaux. Son nom provient du Striezel, un ancien gâteau de fête apparenté au stollen de Dresde. Les créations en bois des Monts Métallifères, les Pflaumentoffel, figurines en pruneaux, et les décorations lumineuses participent aujourd'hui à son identité. L'événement, qui accueille aussi des concerts et des manifestations festives, s'est transformé au fil des siècles : sa forme actuelle doit beaucoup aux réorganisations du XXe siècle et au développement du tourisme urbain[2].

Histoire

D'un marché de ravitaillement à une foire de Noël

Par un acte daté du 19 octobre 1434, l'électeur Frédéric II de Saxe et son frère Sigismond autorisent le conseil municipal de Dresde à tenir, pendant un an, un marché libre un jour par semaine, y compris la veille de Noël. Cette permission répond d'abord aux besoins d'approvisionnement de la population, notamment en viande à la fin de la période de jeûne de l'Avent[3]. Le privilège ne décrit donc pas encore le marché de Noël spécialisé et richement décoré qui apparaît plusieurs siècles plus tard. Le rendez-vous de Noël, initialement limité à une journée, se déplace ensuite au lundi précédant la fête, d'où son ancien nom de Striezelmontag (« lundi du Striezel »)[1].

À partir de la fin du Moyen Âge, le pain de fête prend une place croissante dans les échanges. Les comptes municipaux de la fin du XVe siècle font notamment état de la location de planches et de véhicules servant à sa vente. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, le marché attire des commerçants et artisans de l'extérieur de Dresde, venus notamment des monts Métallifères, de Pulsnitz, de Pirna ou de Meissen. Les jouets, les objets en bois, les pâtisseries épicées et les petites pièces d'artisanat complètent peu à peu les denrées alimentaires[1].

Cette ouverture suscite des conflits récurrents. Les corporations et marchands établis à Dresde tentent de limiter la concurrence des vendeurs forains, tandis que le conseil municipal défend à plusieurs reprises leur présence au nom de l'approvisionnement et de l'intérêt des acheteurs. Le marché, longtemps réduit à un jour, s'étend à plusieurs journées au XVIIIe siècle. L'appellation Striezelmarkt, devenue plus adaptée à cette durée, s'impose aux côtés de Christmarkt (« marché de Noël »)[1].

La date de 1434 fait parfois présenter le Striezelmarkt comme le plus ancien marché de Noël d'Allemagne. Cette formule demande cependant à être précisée : le marché de Dresde bénéficie d'un privilège écrit de 1434, tandis que le Wenzelsmarkt de Bautzen revendique une tradition de marché attestée dans une chronique dès 1384. La comparaison dépend donc du type de document retenu et ne signifie pas que les marchés actuels auraient conservé sans changement leur organisation médiévale[4].

Transformations au XIXe siècle

La croissance de Dresde modifie les pratiques commerciales du marché. Des sapins, des ornements, des poupées et des articles destinés aux enfants côtoient les pâtisseries et les objets utilitaires. Les emplacements sont davantage réglementés et la vente déborde de l'Altmarkt vers les rues voisines et, à certaines périodes, vers d'autres places de la ville. À la fin du siècle, l'essor des magasins permanents réduit le rôle du marché comme lieu indispensable d'approvisionnement, sans faire disparaître son importance dans les habitudes de Noël des habitants[1].

Le petit commerce exercé par des enfants constitue l'un de ses traits les plus marquants. Souvent issus de familles modestes, ces jeunes vendeurs proposent des figurines fabriquées à domicile, des poupées ou des lanternes. L'administration cherche progressivement à encadrer cette activité : une ordonnance de 1850 la limite aux deux semaines précédant Noël, puis les règles sont encore resserrées en 1863. La vente par les enfants est finalement interdite en 1910[3]. Leur présence, immortalisée par l'artiste Ludwig Richter, sera plus tard idéalisée comme l'un des symboles du marché, alors qu'elle témoignait aussi des nécessités économiques des familles[1],[5].

Réaménagements, guerre et Allemagne de l'Est

Au cours du XXe siècle, l'emplacement et la présentation du Striezelmarkt varient. Sous le Troisième Reich, les autorités cherchent à en faire une fête représentative du folklore saxon. En 1937, l'organisme Heimatwerk Sachsen, soutenu par le pouvoir nazi régional, installe le marché dans le Stallhof du château de la Résidence de Dresde. Chalets de bois, sapins, étoiles, lanternes et arche lumineuse servent à composer un cadre présenté comme traditionnel. Les historiens Eva Göbel et Manuel Schramm montrent que cette scénographie, loin d'être simplement héritée du passé, relève d'une mise en scène délibérée des coutumes régionales, associée à la politique culturelle du régime[2]. Des photographies d'époque conservées à la bibliothèque universitaire de Dresde documentent ce marché installé dans la cour du château[6].

L'histoire du marché connaît des interruptions dues aux guerres et aux épidémies. Pendant la guerre de Trente Ans, la peste et les difficultés de circulation entraînent notamment des interdictions de foires. Il n'existe d'ailleurs pas de preuve conservée pour chacune des années depuis 1434 : la numérotation moderne des éditions, adoptée en 1954, ne doit pas être comprise comme la démonstration d'une tenue ininterrompue[7].

Les bombardements de février 1945 détruisent une grande partie du centre de Dresde et imposent une nouvelle organisation. Une foire de Noël se tient dès décembre 1945 dans les anciens ateliers Goehle, puis les manifestations sont accueillies à partir de 1946 dans une salle municipale du nord de la ville. Le marché retrouve le centre historique en 1954, d'abord sur la Theaterplatz, et connaît encore plusieurs déplacements. Il revient durablement sur l'Altmarkt en 1977[8],[2].

En République démocratique allemande (RDA), le Striezelmarkt demeure un événement populaire, mais son approvisionnement subit les contraintes de l'économie planifiée. Les objets en bois des monts Métallifères, recherchés pour l'exportation, sont parfois plus faciles à voir sur les stands qu'à acheter. Dans les années 1970, les documents préparatoires municipaux donnent aussi au marché des objectifs de représentation socialiste ; à la fin des années 1980, ils mettent davantage l'accent sur le folklore et l'attachement à la ville. Les grandes décorations, le calendrier de l'Avent et les animations pour enfants occupent alors déjà une place importante[8].

Depuis la réunification

Après la réunification de l'Allemagne, Dresde réorganise le Striezelmarkt autour de l'artisanat régional et d'une présentation plus cohérente des produits de Noël. Au début des années 1990, la municipalité réduit notamment la proportion d'étals consacrés à la restauration au profit des objets artisanaux. La grande pyramide à étages qui domine aujourd'hui le marché est installée en 1997[9]. Ces évolutions accompagnent une fréquentation en forte hausse et font du marché un instrument de promotion touristique de Dresde et de la Saxe, sans effacer son caractère de rendez-vous local[2].

L'Altmarkt, largement détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, a été reconstruit et considérablement agrandi à partir des années 1950. Le décor urbain actuel du marché ne correspond donc pas à celui des siècles précédents[10]. Plus récemment, les éditions de 2020 et 2021 ont été annulées en raison de la pandémie de Covid-19 ; le marché a repris en 2022[11].

Traditions et spécialités

Le Striezel et le stollen de Dresde

Le lien entre le marché et la pâtisserie est inscrit dans son nom. Striezel, issu d'anciennes formes allemandes désignant un pain de pâte levée, renvoie aux préparations dont est issu le Dresdner Christstollen. Ce dernier est un gâteau allongé, riche en beurre, fruits secs et épices, recouvert de sucre glace. Des pains de Noël figurent déjà dans les comptes de Dresde à la fin du XVe siècle, mais leur composition a évolué avec les usages alimentaires et les possibilités de production. Les dénominations Dresdner Christstollen, Dresdner Stollen et Dresdner Weihnachtsstollen bénéficient aujourd'hui d'une indication géographique protégée européenne[12].

La découpe publique d'un stollen marque traditionnellement l'ouverture du marché[13]. Une autre célébration, le Dresdner Stollenfest, a été créée en 1994 par les professionnels de la boulangerie : elle comporte notamment un défilé et la découpe d'un gâteau de grandes dimensions. Elle évoque un stollen géant confectionné en 1730 pour les festivités militaires du Zeithainer Lustlager, sous le règne d'Auguste le Fort. Cet épisode du XVIIIe siècle n'était pas une fête du Striezelmarkt ; son association avec le marché relève d'une tradition festive reconstituée à l'époque contemporaine[14].

Outre le stollen, le marché propose des pains d'épices, en particulier les Pfefferkuchen de Pulsnitz, ainsi que d'autres spécialités de la région. Cette diversité rappelle les anciens circuits de vente reliant Dresde aux villes et campagnes saxonnes[2].

Bois sculpté et décorations de Noël

La pyramide de Noël du Striezelmarkt, au milieu des étals illuminés.

Les objets en bois des monts Métallifères occupent une place centrale parmi les produits du Striezelmarkt. Dans cette région minière, l'artisanat du bois et la fabrication de jouets se sont développés en relation avec les activités et les savoir-faire locaux. Les casse-noisettes, les personnages fumants appelés Räuchermännchen, les anges, les mineurs et les pyramides à bougies sont devenus des éléments caractéristiques de Noël en Saxe. Les arches lumineuses appelées Schwibbögen, souvent associées aux fenêtres des maisons de l'Erzgebirge, figurent également parmi les motifs du marché[15].

Sur l'Altmarkt, ces objets se retrouvent à l'échelle monumentale dans une pyramide à plusieurs étages, une arche que les visiteurs peuvent traverser et un sapin illuminé. Les étoiles de Herrnhut, issues d'une autre tradition saxonne, complètent cette scénographie. Si les objets et leurs techniques ont une histoire ancienne, la composition d'un grand décor public et l'organisation de fêtes autour de celui-ci sont largement contemporaines[2],[13].

Le Pflaumentoffel et les Striezelkinder

Le Pflaumentoffel est un petit personnage fabriqué avec des pruneaux séchés, généralement vêtu comme un ramoneur, avec un chapeau et une échelle. Attesté par écrit en 1801, il est associé à la chance et appartient au répertoire des figurines vendues sur les marchés de Noël de Saxe. Il est devenu l'un des emblèmes propres au Striezelmarkt[5].

Autrefois, ces figurines étaient souvent confectionnées et vendues par des enfants de familles pauvres, les Striezelkinder. Une gravure de Ludwig Richter représentant deux petits vendeurs a contribué à fixer leur image dans la mémoire de la ville. Leur évocation actuelle, notamment à travers des figurines de décoration, conserve le souvenir d'un métier ambulant disparu, mais tend aussi à atténuer les conditions sociales difficiles auxquelles il était lié[5],[1].

Place culturelle et économique

Le Striezelmarkt réunit chaque année des commerçants, artisans, habitants et visiteurs autour de produits associés aux différents territoires de Saxe. Le stollen renvoie directement à Dresde, les pâtisseries de Pulsnitz à la Haute-Lusace, et les jouets en bois aux monts Métallifères. Cette combinaison fait du marché une vitrine de traditions régionales qui ne sont pas toutes originaires de la ville elle-même. Elle s'accompagne d'activités destinées aux familles, de spectacles et de musique de Noël ; l'église de la Sainte-Croix, voisine de l'Altmarkt, participe notamment aux cérémonies d'ouverture[13].

Sur le plan économique, le marché constitue une période de vente importante pour les exposants et une attraction de la saison touristique. Son offre comprend plus de deux cents étals, dont une partie consacrée à l'alimentation, et son aménagement doit concilier achats, fréquentation du centre-ville, préservation du caractère régional et besoins de sécurité[13]. Ces enjeux rappellent que le Striezelmarkt n'est pas seulement la survivance d'une foire médiévale, mais aussi une manifestation commerciale contemporaine.

Dans leur étude comparative des marchés de Noël de Dresde et de Nuremberg, les historiens Eva Göbel et Manuel Schramm soulignent cette double dimension : l'organisation professionnelle, la mise en scène des traditions et la commercialisation croissante n'empêchent pas nécessairement les marchés de servir de lieux d'identification à une ville ou à une région. À Dresde, l'ancienneté du marché est ainsi associée à des usages, des décors et des célébrations qui ont été continuellement adaptés, parfois à des fins politiques, puis touristiques[2].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 et 1,6 Adolf Hantzsch, « Geschichte des Dresdner Christmarkts », Mitteilungen des Vereins für Geschichte Dresdens, fascicule 8, 1888, p. 27-63, texte intégral numérisé.
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 et 2,6 Eva Göbel et Manuel Schramm, « Konsum, Region und Weihnachtsmärkte. Dresdner Striezelmarkt und Nürnberger Christkindlesmarkt im Vergleich (1933-2000) », Comparativ, vol. 11, no 1, 2001, p. 51-65, lire en ligne.
  3. ↑ 3,0 et 3,1 Ville de Dresde, 585. Dresdner Striezelmarkt, brochure municipale, 2019, section « Geschichte und Tradition », lire en ligne (PDF).
  4. ↑ « Weihnachtsmarktstreit zwischen Dresden und Bautzen geschlichtet », Radio Dresden, 8 décembre 2015, lire en ligne.
  5. ↑ 5,0 5,1 et 5,2 Office saxon de l'environnement, de l'agriculture et de la géologie, « Dresdner Pflaumentoffel », portail Regionale Spezialitäten aus Sachsen, lire en ligne.
  6. ↑ Bibliothèque d'État et universitaire de Saxe, « Weihnachtsmarkt », exposition photographique O du fröhliche, 2011, consulter en ligne.
  7. ↑ Heidrun Wozel, contribution historique au supplément 587. Dresdner Striezelmarkt, DAWO Dresden, 20 novembre 2021, p. 38-40, lire en ligne (PDF).
  8. ↑ 8,0 et 8,1 Heiko Weckbrodt, « Als der Striezelmarkt noch die Sowjet-Treue beschwor », Oiger, 20 novembre 2011, lire en ligne (à partir des archives et des souvenirs de l'ancien responsable municipal Horst Bärsch).
  9. ↑ « Holzkunst im Riesenformat », Dresden-online, lire en ligne.
  10. ↑ « Altmarkt », dans le lexique historique de Dresde, Das alte Dresden, lire en ligne.
  11. ↑ Tilo Winkler, « Dresdner Striezelmarkt auf dem Altmarkt – alles Wichtige in der Übersicht », Lausitzer Rundschau, 21 novembre 2022, lire en ligne.
  12. ↑ Commission européenne, « Dresdner Christstollen / Dresdner Stollen / Dresdner Weihnachtsstollen (g. g. A.) », direction générale de l'agriculture et du développement rural, lire en ligne.
  13. ↑ 13,0 13,1 13,2 et 13,3 Agence Deutsche Presse-Agentur, « Das erwartet Besucher auf dem Dresdner Striezelmarkt », Die Welt, 11 novembre 2025, lire en ligne.
  14. ↑ Schutzverband Dresdner Stollen, « Das Dresdner Stollenfest » et « Die Stollenfest-Historie », site de l'association.
  15. ↑ Arrondissement des monts Métallifères, « Traditionshandwerk und Weihnachtswunderland », lire en ligne.

Bibliographie

  • Adolf Hantzsch, « Geschichte des Dresdner Christmarkts », Mitteilungen des Vereins für Geschichte Dresdens, fascicule 8, 1888, p. 27-63 (texte intégral).
  • Heidrun Wozel, Der Dresdner Striezelmarkt. Geschichte und Tradition des ältesten deutschen Weihnachtsmarktes, Husum, Husum Verlag, 2009, (ISBN 978-3-89876-455-1).
  • Eva Göbel et Manuel Schramm, « Konsum, Region und Weihnachtsmärkte. Dresdner Striezelmarkt und Nürnberger Christkindlesmarkt im Vergleich (1933-2000) », Comparativ, vol. 11, no 1, 2001, p. 51-65 (texte intégral).
  • Horst Bärsch, Schilderungen und Betrachtungen zum Dresdner Striezelmarkt und zum Marktgeschehen in der Stadt der Jahre 1945 bis 1989, Dresde, Druckerei & Verlag Hille, 2011, (ISBN 978-3-939025-05-4).

Liens externes

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