Yves Denéchère
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | Française |
| Formation | Université de Nantes ; université Paris-III-Sorbonne-Nouvelle |
|---|---|
| Titres | Professeur des universités |
| Profession | Historien |
| Employeur | Université d'Angers |
| Travaux | Histoire de la politique étrangère de la France, de la construction européenne, des droits de l'enfant et des migrations d'enfants |
| Intérêts | Relations internationales, histoire des femmes, histoire de l'enfance, adoption internationale |
| Œuvres principales | Ces Françaises qui ont fait l'Europe (2007) ; Des enfants venus de loin (2011) ; Enfants eurasiens d'Indochine aux vents de la décolonisation (2024) |
Yves Denéchère, né le 13 octobre 1965[1], est un historien français, professeur des universités en histoire contemporaine à l'université d'Angers. Spécialiste des relations internationales au XXe siècle, il a d'abord étudié la politique étrangère de la France et la place des femmes dans la diplomatie et la construction européenne. Ses recherches se sont ensuite orientées vers l'histoire de l'adoption internationale, les droits de l'enfant et les déplacements d'enfants liés aux guerres et à la décolonisation[2].
Il a dirigé le laboratoire Temps, mondes, sociétés (TEMOS) de 2017 à 2025 et coordonne le programme de recherche AdoptRisk, consacré à l'histoire des pratiques illicites dans l'adoption en France[3],[4].
Parcours universitaire et responsabilités
Reçu à l'agrégation d'histoire en 1993, Yves Denéchère soutient en 1998, à l'université de Nantes, une thèse consacrée à la politique de la France envers l'Espagne entre 1931 et 1936. Il obtient en 2005 son habilitation à diriger des recherches à l'université Paris-III-Sorbonne-Nouvelle, avec un travail inédit sur les femmes dans la politique européenne de la France depuis 1979. Enseignant-chercheur à l'université d'Angers dès les années 1990, il y devient professeur d'histoire contemporaine[2].
Ses responsabilités scientifiques accompagnent l'élargissement de ses recherches vers l'enfance. Il a coordonné le programme pluridisciplinaire EnJeu[x] « Enfance et Jeunesse » et dirige le Pôle universitaire ligérien d'études sur l'enfance et la jeunesse, ainsi qu'une chaire consacrée à la parole et au pouvoir d'agir des enfants et des jeunes[5]. En 2017, il prend la direction de TEMOS, unité mixte de recherche réunissant notamment les universités d'Angers, du Mans et de Bretagne-Sud. Il exerce cette fonction jusqu'à la fin de 2025, avant d'être remplacé par Patrice Marcilloux le 1er janvier 2026[3].
Son expertise sur l'adoption et la protection de l'enfance est également sollicitée par les pouvoirs publics. Il est nommé au Conseil supérieur de l'adoption par un arrêté du 31 janvier 2012, puis au Conseil national de l'adoption en 2023, où sa nomination comme personnalité qualifiée est renouvelée en avril 2026[6],[7],[8]. Il participe par ailleurs au conseil scientifique de l'Observatoire national de la protection de l'enfance[9].
Travaux historiques
Relations franco-espagnoles et histoire diplomatique
Les premières recherches d'Yves Denéchère s'inscrivent dans l'histoire des relations internationales. Tiré de sa thèse, La politique espagnole de la France de 1931 à 1936 (1999) étudie les rapports entre la France et la Seconde République espagnole, en tenant compte des déséquilibres entre les deux États. L'analyse ne se limite pas aux négociations diplomatiques : elle aborde également les intérêts économiques, les questions frontalières, les migrations et l'environnement international des années 1930[10].
Ce premier ensemble de travaux se prolonge par des études sur les réfugiés espagnols en France et par une biographie de Jean Herbette, journaliste devenu ambassadeur français en Union soviétique puis en Espagne. Publiée en 2003, cette biographie examine un parcours diplomatique marqué par les tensions de l'entre-deux-guerres et les revirements politiques de son protagoniste[11].
Femmes, diplomatie et construction européenne
À partir des années 2000, Yves Denéchère étudie la manière dont les femmes ont pris part aux relations internationales, au-delà des fonctions officielles longtemps exercées majoritairement par des hommes. Il s'intéresse aussi bien aux femmes diplomates qu'aux épouses d'ambassadeurs, aux militantes et aux responsables politiques. Il dirige Femmes et diplomatie. France, XXe siècle (2004), ouvrage collectif qui associe enquêtes historiques et témoignages sur les obstacles rencontrés par les femmes dans la carrière diplomatique. Avec l'historien Jean-Marc Delaunay, il codirige ensuite Femmes et relations internationales au XXe siècle (2006), élargissant l'enquête aux institutions internationales et à différents pays[12].
Dans Ces Françaises qui ont fait l'Europe (2007), issu de ses recherches d'habilitation, il retrace la contribution des Françaises à l'idée européenne, puis aux institutions de l'Union européenne et à l'action européenne de la France. Il porte une attention particulière à la représentation féminine au Parlement européen à partir des premières élections au suffrage universel direct en 1979, ainsi qu'à des personnalités telles que Louise Weiss et Simone Veil. En 2006, il réalise sur le même sujet l'exposition virtuelle Elles aussi, elles ont fait l'Europe !, présentée par le musée du genre Musea de l'université d'Angers[13].
Ces travaux mettent en lumière la diversité des formes de participation des femmes aux affaires internationales, mais aussi la persistance des inégalités d'accès aux postes de décision, relevée notamment dans les comptes rendus de l'ouvrage codirigé avec Jean-Marc Delaunay[14].
Adoption internationale et droits de l'enfant
À la fin des années 2000, l'historien ouvre un nouveau champ de recherches sur la place des enfants dans les relations internationales. Des enfants venus de loin. Histoire de l'adoption internationale en France (2011) retrace le développement de l'adoption d'enfants nés à l'étranger par des familles françaises. L'ouvrage replace cette évolution dans les contextes successifs des guerres, des crises humanitaires, de la guerre froide et des transformations du droit et de la famille. Il examine le rôle des associations, des intermédiaires et de l'État, ainsi que l'évolution des conceptions de l'intérêt de l'enfant[15].
Le livre est accueilli comme un travail de synthèse reposant sur un important dépouillement d'archives. Dans sa recension, l'historienne Catherine Didier-Fèvre relève toutefois que les témoignages des personnes concernées auraient pu occuper une place plus importante et que le manque d'accès aux archives récentes limite l'étude de la période la plus contemporaine[15].
Yves Denéchère élargit ensuite cette histoire à celle des organisations non gouvernementales, des parrainages transnationaux, de l'action humanitaire et de la construction des droits de l'enfant. Avec David Niget, il dirige Droits des enfants au XXe siècle. Pour une histoire transnationale (2015). Avec Patrice Marcilloux, il publie un ouvrage collectif sur le Centre international de l'enfance (1949-1997), institution dont les archives sont conservées à Angers. Ses recherches s'intéressent de plus en plus à la parole des enfants et à leur capacité d'action, plutôt qu'à leur seule condition de bénéficiaires de politiques de protection[16],[17].
Pratiques illicites dans l'adoption
Avec l'historien Fabio Macedo, Yves Denéchère publie en février 2023 une Étude historique sur les pratiques illicites dans l'adoption internationale en France. Fondé sur la littérature scientifique et un inventaire critique de sources, ce travail documente des signalements récurrents de falsifications, de déplacements d'enfants sans consentement éclairé des familles et de défaillances dans le contrôle des intermédiaires. Il montre que des alertes existaient depuis plusieurs décennies, sans prétendre établir la proportion exacte d'adoptions irrégulières. L'étude reçoit un écho dans la presse et contribue aux discussions sur la responsabilité des institutions et l'accès des personnes adoptées à leurs origines[18],[19].
Cette enquête se prolonge avec AdoptRisk, programme interdisciplinaire soutenu par l'Agence nationale de la recherche et lancé en octobre 2025. Portant sur la période 1923-2005, il étend l'investigation aux adoptions d'enfants nés en France et associe l'histoire au droit, à la sociologie, à l'anthropologie et à l'archivistique. Ses objectifs comprennent l'identification des sources, l'analyse des mécanismes de l'illicéité et la recherche de méthodes permettant d'en mesurer l'étendue, tout en prenant en compte l'expérience des personnes adoptées[4]. En 2026, Yves Denéchère publie une première étude de cas consacrée aux Berceaux de Rouen, association ayant exercé des activités de placement et d'adoption sans les autorisations requises entre 1941 et 1973[20].
Enfants, guerres et décolonisation
En parallèle, Yves Denéchère travaille sur les migrations d'enfants provoquées ou organisées dans les périodes de fin de guerre et de décolonisation. Il étudie notamment les enfants déplacés après la guerre d'Indochine, les expériences de jeunes originaires d'Algérie et les politiques sociales qui ont accompagné ces mobilités. Avec d'autres historiens et chercheurs en sciences sociales, il coordonne le programme EN-MIG (2021-2025), consacré aux migrations contraintes d'enfants dans le contexte de la décolonisation française entre 1945 et 1980. Ce programme accorde une place importante aux récits des personnes devenues adultes et à leur participation à la construction des sources historiques[21].
Son ouvrage Enfants eurasiens d'Indochine aux vents de la décolonisation (2024) retrace le déplacement vers la France de plusieurs milliers d'enfants métis nés en Indochine française, depuis les années 1940 jusqu'au début des années 1970. Il étudie les objectifs successifs assignés à ces transferts, d'abord la formation de cadres pour la colonie, puis l'assimilation en métropole après l'indépendance, ainsi que les effets des séparations familiales sur les parcours individuels. Il croise archives administratives, témoignages oraux et enquête auprès des personnes concernées[22].
Les travaux collectifs d'EN-MIG donnent également lieu à des formes de diffusion destinées à un public non spécialiste. Yves Denéchère participe ainsi à la réalisation de Déracinés. Une histoire des enfants déplacés pendant la décolonisation, une bande dessinée documentaire coordonnée avec la scénariste Isabelle Dautresme et publiée en 2026. L'album associe des récits dessinés, des documents historiques et des témoignages[23].
Publications
La bibliographie suivante retient ses principaux ouvrages, directions de publications et études représentatives de ses champs de recherche[24].
Ouvrages
- La politique espagnole de la France de 1931 à 1936. Une pratique française de rapports inégaux, Paris, L'Harmattan, 1999.
- Jean Herbette (1878-1960). Journaliste et ambassadeur, Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2003.
- Ces Françaises qui ont fait l'Europe, Paris, Audibert, 2007.
- Des enfants venus de loin. Histoire de l'adoption internationale en France, Paris, Armand Colin, 2011.
- Enfants eurasiens d'Indochine aux vents de la décolonisation, Bruxelles, Peter Lang, 2024.
Direction d'ouvrages et de numéros de revues
- Femmes et diplomatie. France, XXe siècle, Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2004.
- Avec Jean-Marc Delaunay, Femmes et relations internationales au XXe siècle, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2006.
- Avec Jean-Michel Matz, Histoire de l'Université d'Angers du Moyen Âge à nos jours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012.
- Avec David Niget, Droits des enfants au XXe siècle. Pour une histoire transnationale, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015.
- Avec Joëlle Droux, « Enfants et relations internationales au XXe siècle », numéro thématique de Relations internationales, no 161, 2015.
- Avec Patrice Marcilloux, Le Centre international de l'enfance (1949-1997). Des archives à l'histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016.
- Enjeux postcoloniaux de l'enfance et de la jeunesse. Espace francophone (1945-1980), Bruxelles, Peter Lang, 2019.
- La Parole de l'enfant au bénéfice de ses droits. De la prise en compte à l'agentivité, Liège, Presses universitaires de Liège, 2019.
- Avec Violaine Tisseau, « Enfances (dé)colonisées », dossier de la Revue d'histoire de l'enfance « irrégulière », no 22, 2020.
Articles et rapports
- « La place et le rôle des femmes dans la politique étrangère de la France contemporaine », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 78, 2003.
- « Vers une histoire de l'adoption internationale en France », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 102, 2009.
- « Les parrainages d'enfants étrangers au XXe siècle. Une histoire de relations interpersonnelles transnationales », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 126, 2015.
- « L'adoption transnationale entre idéologies, humanitaire et catharsis. Fins de guerres, décolonisation et guerre froide en France et aux États-Unis (1945-1975) », Annales de démographie historique, no 141, 2021.
- Avec Fabio Macedo, Étude historique sur les pratiques illicites dans l'adoption internationale en France, rapport de recherche, université d'Angers, 2023, en ligne sur HAL.
- « Grandir et devenir adulte en France postcoloniale. Adolescents racisés migrants des (ex-)colonies (1945-1970) », Annales de démographie historique, no 146, 2024.
Autres réalisations
- Elles aussi, elles ont fait l'Europe !, exposition virtuelle, Musea, université d'Angers, 2006.
- Avec Isabelle Dautresme et un collectif d'illustrateurs, Déracinés. Une histoire des enfants déplacés pendant la décolonisation, éditions Petit à Petit, 2026 (coordination et contributions historiques).
Notes et références
- ↑ « Denéchère, Yves (1965-....) », notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France.
- ↑ 2,0 et 2,1 Yves Denéchère, « Parcours de recherche », université d'Angers.
- ↑ 3,0 et 3,1 « Patrice Marcilloux, nouveau directeur de Temos », université d'Angers, 2026.
- ↑ 4,0 et 4,1 « L'adoption des mineurs en France au risque des pratiques illicites. Échelles nationale et internationale 1923-2005 – AdoptRisk », Agence nationale de la recherche, projet 2025.
- ↑ « Yves Denéchère », laboratoire TEMOS, CNRS ; Yves Denéchère, « Parcours de recherche », université d'Angers.
- ↑ « Arrêté du 31 janvier 2012 portant nomination au Conseil supérieur de l'adoption », Journal officiel de la République française, 10 mai 2012.
- ↑ « Arrêté du 29 mars 2023 portant nomination au Conseil national de l'adoption », Journal officiel de la République française, 14 avril 2023.
- ↑ « Arrêté du 3 avril 2026 portant nomination au Conseil national de l'adoption », Journal officiel de la République française, 9 avril 2026.
- ↑ Yves Denéchère, « Adoption internationale », rubrique « Expertise », université d'Angers.
- ↑ Yves Denéchère, La politique espagnole de la France de 1931 à 1936, L'Harmattan, 1999 ; notice d'auteur, Bibliothèque nationale de France.
- ↑ « Jean Herbette (1878-1960), journaliste et ambassadeur, par Yves Denéchère », compte rendu, Revue historique des armées, no 232, 2003, p. 141.
- ↑ Femmes et diplomatie. France – XXe siècle, Peter Lang, 2004 ; Mouna L. Samman, compte rendu de Femmes et relations internationales au XXe siècle, Diplômées, no 226, 2008, p. 199-200.
- ↑ Yves Denéchère, « Elles aussi, elles ont fait l'Europe ! », exposition virtuelle, Musea, université d'Angers, 2006.
- ↑ « Femmes et relations internationales au XXe siècle, sous la direction de Jean-Marc Delaunay et Yves Denéchère », Le Monde, 8 mars 2007.
- ↑ 15,0 et 15,1 Catherine Didier-Fèvre, « Des enfants venus de loin. Histoire de l'adoption internationale en France », La Cliothèque, 17 mai 2011.
- ↑ Le Centre international de l'enfance (1949-1997). Des archives à l'histoire, Presses universitaires de Rennes, 2016.
- ↑ La Parole de l'enfant au bénéfice de ses droits. De la prise en compte à l'agentivité, ouvrage dirigé par Yves Denéchère, Presses universitaires de Liège, 2019.
- ↑ Yves Denéchère et Fabio Macedo, Étude historique sur les pratiques illicites dans l'adoption internationale en France, université d'Angers, 2023, archive ouverte HAL.
- ↑ Morgane Le Cam, « Adoptions internationales en France : une étude révèle l'ampleur des dérives », Le Monde, 9 février 2023.
- ↑ « Les Berceaux de Rouen, un cas d'école des pratiques illégales de l'adoption », université d'Angers, 2026.
- ↑ « Enfants en décolonisation : migrations contraintes et construction individuelle (France, 1945-1980) – EN-MIG », Agence nationale de la recherche.
- ↑ Enfants eurasiens d'Indochine aux vents de la décolonisation, Peter Lang, 2024, présentation de l'ouvrage et texte intégral en accès libre.
- ↑ « Une BD dans le sillage du projet EN-MIG », université d'Angers, 2026 ; notice de l'ouvrage, Bibliothèque nationale de France.
- ↑ Yves Denéchère, « Publications », université d'Angers ; « Denéchère, Yves », Persée ; « Publications référencées sur HAL », laboratoire TEMOS.
Liens externes
- Présentation sur le site du laboratoire TEMOS.
- Carnet de recherche d'Yves Denéchère, université d'Angers.
- Étude historique sur les pratiques illicites dans l'adoption internationale en France, texte intégral en accès libre.
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