Alexandre LeBrun

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Alexandre LeBrun
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Biographie
Naissance
Nationalité
française
Formation
École polytechnique, Télécom Paris
Activité
entrepreneur, dirigeant d'entreprise
Autres informations
Domaine
intelligence artificielle

Alexandre LeBrun, né en octobre 1974[1], est un entrepreneur et dirigeant d'entreprise français spécialisé dans l'intelligence artificielle, notamment le traitement automatique du langage naturel, les interfaces conversationnelles et l'IA appliquée à la santé.

Il cofonde au début des années 2000 VirtuOz, éditeur d'agents virtuels pour les entreprises, puis Wit.ai, une plateforme permettant aux développeurs d'intégrer la compréhension du langage naturel à leurs applications. VirtuOz est acquis par Nuance Communications en 2013 et Wit.ai par Facebook en 2015[2],[3]. Après le rachat de Wit.ai, LeBrun travaille chez Facebook sur des projets d'assistants intelligents et dirige la branche ingénierie du laboratoire parisien de Facebook AI Research (FAIR)[4].

En 2018, il cofonde Nabla avec Delphine Groll et Martin Raison. D'abord conçue comme une entreprise d'IA généraliste, la société se recentre sur la santé et développe un assistant destiné à réduire le travail de documentation des professionnels de santé. LeBrun en est le directeur général jusqu'en 2026. Il devient ensuite président exécutif et directeur de l'intelligence artificielle de Nabla[5]. Depuis 2026, il est directeur général d'AMI Labs, entreprise de recherche en IA fondée par Yann LeCun et consacrée aux « modèles du monde » (world models)[6].

Biographie

Formation et premiers projets

Alexandre LeBrun entre à l'École polytechnique en 1994. Il s'y intéresse notamment à la représentation informatique du sens des phrases et écrit un premier programme d'analyse syntaxique. Diplômé en 1997, il poursuit sa formation à Télécom Paris, alors École nationale supérieure des télécommunications, avec notamment un stage à Taïwan[7],[8]. En 1999, il rejoint KDS, une jeune entreprise spécialisée dans la gestion des voyages d'affaires, tout en travaillant à un prototype d'assistant virtuel. En 2001, il participe à la création d'Asiance, une agence de marketing numérique tournée vers les marchés asiatiques[8].

VirtuOz : les agents virtuels pour entreprises

En 2002, LeBrun cofonde VirtuOz avec Laurent Landowski, Callixte Cauchois et Pascal Levy-Garboua, rencontrés chez KDS. L'entreprise développe des agents virtuels destinés aux sites de marques et de services : ces logiciels analysent les demandes formulées en langage courant et orientent l'utilisateur vers une réponse ou une action. Après plusieurs années de développement, VirtuOz obtient ses premiers grands contrats en France, puis s'implante aux États-Unis à partir de 2008. LeBrun s'installe dans la région de San Francisco afin d'y développer l'activité[8].

À mesure que la société grandit, son rôle évolue. En 2010, il cède la direction générale à Steve Adams et se concentre sur les nouveaux produits, l'innovation et la technologie. Cette période marque aussi une inflexion dans sa manière de présenter l'automatisation : alors que les fondateurs avaient initialement envisagé que l'IA puisse remplacer une partie importante de l'interaction humaine, LeBrun défend ensuite des agents conçus comme un complément aux autres canaux de relation client[8].

VirtuOz compte alors des entreprises comme PayPal, AT&T et Symantec parmi ses clients. En janvier 2013, Nuance Communications, spécialiste des technologies vocales et du langage, acquiert la société pour un montant non rendu public. L'équipe et les produits de VirtuOz rejoignent la division entreprise de Nuance[2].

Wit.ai et Facebook

Après VirtuOz, Alexandre LeBrun crée en 2013 Wit.ai avec Laurent Landowski et Willy Blandin. Leur projet ne consiste plus à produire un assistant fini pour une entreprise donnée, mais à fournir aux développeurs une interface de programmation capable de transformer une phrase prononcée ou écrite en intention et en commande structurée. Wit.ai rejoint la promotion d'hiver 2014 de Y Combinator[9]. En octobre de la même année, la société lève 3 millions de dollars lors d'un tour d'amorçage mené par Andreessen Horowitz[10].

Facebook rachète Wit.ai en janvier 2015, sans communiquer le montant de l'opération. La plateforme doit rester accessible aux développeurs et l'équipe rejoint le groupe[3]. LeBrun travaille notamment sur M, projet d'assistant intégré à Messenger qui combine automatisation et intervention humaine pour traiter des demandes complexes. Revenu à Paris en 2016, il participe au développement du laboratoire européen de FAIR[11]. En 2017, il en dirige la branche ingénierie ; le site parisien mène alors des travaux de recherche fondamentale, notamment en traitement automatique du langage naturel[4]. Cette période le conduit à travailler avec Yann LeCun, alors responsable scientifique de l'IA de Facebook.

En 2018, après environ trois ans et demi au sein de Facebook, LeBrun quitte le groupe pour revenir à l'entrepreneuriat et lance Nabla avec Delphine Groll et Martin Raison[11].

Nabla : de l'IA généraliste à la santé

À sa création, Nabla affiche un champ d'application large : ses fondateurs envisagent plusieurs usages de l'IA dans le monde des entreprises, de la génération de contenu à l'amélioration des communications[11]. Le projet se réoriente ensuite vers la santé.

En avril 2021, Nabla lance une application centrée sur la santé des femmes. Elle permet notamment d'échanger avec des médecins, sages-femmes et autres professionnels, de centraliser certaines données de santé et d'accéder à des contenus médicaux[12]. L'exploitation de cette clinique numérique sert aussi aux fondateurs à mieux comprendre les besoins des patients et des soignants avant de commercialiser leur technologie auprès d'autres acteurs de la santé[13]. En 2022, Nabla amorce un virage vers un modèle interentreprises : sa pile technologique est proposée à d'autres acteurs de la santé numérique afin de structurer les échanges avec les patients et d'assister les praticiens, tout en maintenant un professionnel humain dans la boucle de décision[13].

Le recentrage s'affirme en mars 2023 avec le lancement de Nabla Copilot. Le logiciel écoute une consultation, la transcrit et utilise un grand modèle de langage pour produire des documents tels que notes cliniques, comptes rendus ou lettres de suivi. La première version repose notamment sur GPT-3. Nabla limite alors explicitement le produit aux tâches de documentation plutôt qu'au diagnostic : LeBrun souligne le caractère probabiliste et les erreurs possibles des grands modèles de langage dans un contexte médical sensible[14].

La société accélère ensuite son développement, en particulier aux États-Unis. Elle lève 24 millions de dollars en série B en janvier 2024[15], puis 70 millions de dollars en juin 2025 dans un marché où plusieurs entreprises développent des assistants dits « ambiants » pour automatiser la prise de notes médicales[16].

Fin 2025, l'annonce de la création d'AMI autour de Yann LeCun entraîne une réorganisation de ses fonctions. LeBrun est choisi pour prendre la direction générale de la nouvelle structure et annonce qu'il quittera la direction opérationnelle de Nabla, tout en y conservant un rôle de premier plan dans la recherche et la stratégie d'IA[17]. Brian Manning lui succède comme directeur général de Nabla en 2026. LeBrun demeure président exécutif et directeur de l'IA, chargé notamment de la stratégie à long terme, du développement des modèles et de la vision produit. En août 2026, l'entreprise revendique plus de 190 organisations de santé clientes, principalement aux États-Unis[5].

AMI Labs et les modèles du monde

Le projet AMI, pour Advanced Machine Intelligence, est rendu public à la fin de 2025 après le départ de Yann LeCun de Meta. LeCun en prend la présidence et Alexandre LeBrun la direction générale. L'entreprise, dont le siège est à Paris, veut développer une autre famille de systèmes d'IA que les seuls modèles centrés sur le texte : les « modèles du monde », conçus pour apprendre des représentations abstraites d'un environnement, prévoir son évolution et planifier des actions[17],[6].

En mars 2026, AMI Labs annonce une première levée de fonds de 1,03 milliard de dollars, pour une valorisation de 3,5 milliards de dollars avant investissement ; Le Monde donne les équivalents d'environ 890 millions et 3 milliards d'euros. LeBrun présente alors l'entreprise comme un projet encore centré sur la recherche fondamentale. Les travaux s'inscrivent notamment dans la continuité des architectures JEPA étudiées par LeCun chez Meta et doivent être entraînés sur des vidéos avant d'être confrontés à des données et à des problèmes issus de partenaires industriels[18],[6].

Les applications envisagées concernent notamment la robotique et, plus largement, les secteurs où une IA doit comprendre un environnement physique plutôt que seulement manipuler du langage. Nabla devient le premier partenaire annoncé d'AMI Labs, ce qui relie les activités de LeBrun dans les deux entreprises[18]. En juillet 2026, AMI est toujours au stade pré-produit : l'entreprise recherche des partenaires dans la robotique, l'industrie manufacturière et l'électronique, sans annoncer de calendrier de commercialisation[19].

Approche de l'intelligence artificielle

Le parcours de LeBrun est marqué par un intérêt continu pour l'interface entre les modèles d'IA et les utilisateurs. VirtuOz traite le dialogue entre marques et clients ; Wit.ai transforme le langage en commandes utilisables par des logiciels ; les travaux chez Facebook portent sur les assistants conversationnels et le traitement du langage ; Nabla applique ensuite ces techniques à l'assistance des soignants. Dans ces différents contextes, LeBrun insiste progressivement sur une IA d'assistance plutôt que sur le remplacement direct de l'humain. Cette position apparaît déjà chez VirtuOz, puis devient explicite chez Nabla, où le maintien du professionnel de santé dans la boucle et la limitation initiale de Copilot aux tâches documentaires répondent aux risques d'erreur des modèles[8],[13],[14].

Avec AMI Labs, il défend une distinction entre les grands modèles de langage et les modèles du monde sans présenter les seconds comme un remplacement des premiers. En 2026, il décrit les deux familles comme complémentaires : les modèles de langage restent adaptés au traitement linguistique, tandis que les modèles du monde visent la compréhension de situations physiques et de leurs évolutions. Il se montre également réservé à l'égard des expressions « intelligence artificielle générale » et « superintelligence », qu'il juge insuffisamment définies pour décrire un programme de recherche précis[19].

LeBrun associe enfin le projet d'AMI à une politique d'ouverture d'une partie importante des travaux. En mars 2026, il annonce l'intention de publier les recherches et une large part du code de l'entreprise, tout en envisageant à terme des modèles accessibles aux entreprises sous forme d'API ou de versions téléchargeables et adaptables. Il présente cette ouverture comme une manière de diffuser l'examen et la maîtrise des risques liés à l'IA ; il s'agit à ce stade d'un objectif déclaré, AMI n'ayant pas encore de produit commercial au milieu de 2026[6],[19].

Notes et références

  1. ↑ « Alexandre Lebrun », sur Pappers (consulté le )
  2. ↑ 2,0 et 2,1 (en) Ingrid Lunden, « Confirmed: Nuance Has Bought Virtual Assistant Specialist VirtuOz To Ramp Up Its Enterprise Services », sur TechCrunch, (consulté le )
  3. ↑ 3,0 et 3,1 (en) Josh Constine, « Facebook Acquires Wit.ai To Help Its Developers With Speech Recognition And Voice Interfaces », sur TechCrunch, (consulté le )
  4. ↑ 4,0 et 4,1 « Alexandre Lebrun (Facebook) : « Le fonctionnement de notre assistant grand public M est 100 % automatique » », sur Journal du Net, (consulté le )
  5. ↑ 5,0 et 5,1 Sabine Blanc, « Brian Manning nommé directeur général de Nabla », sur TICsanté, (consulté le )
  6. ↑ 6,0 6,1 6,2 et 6,3 (en) Alexandre Piquard, « Yann Le Cun raises €900 million for his France-based AI start-up », sur Le Monde, (consulté le )
  7. ↑ « Alexandre Lebrun, VirtuOz du langage », sur La Tribune, (consulté le )
  8. ↑ 8,0 8,1 8,2 8,3 et 8,4 Claire Morel, « Le créateur des avatars de la relation client », sur Relation Client Mag, (consulté le )
  9. ↑ (en) « Wit.ai », sur Y Combinator (consulté le )
  10. ↑ (en) Frederic Lardinois, « Natural Language Platform Wit.ai Raises $3M Seed Round Led By Andreessen Horowitz », sur TechCrunch, (consulté le )
  11. ↑ 11,0 11,1 et 11,2 « Nabla, le nouveau projet IA mené par des anciens de Facebook et de My Little Paris », sur FrenchWeb, (consulté le )
  12. ↑ (en) Romain Dillet, « Nabla is building a healthcare super app for women », sur TechCrunch, (consulté le )
  13. ↑ 13,0 13,1 et 13,2 (en) Natasha Lomas, « Nabla is now offering a health tech stack for patient engagement », sur TechCrunch, (consulté le )
  14. ↑ 14,0 et 14,1 (en) Ingrid Lunden, « Nabla, a digital health startup, launches Copilot, using GPT-3 to turn patient conversations into action », sur TechCrunch, (consulté le )
  15. ↑ (en) Romain Dillet, « Nabla raises another $24 million for its AI assistant for doctors that automatically writes clinical notes », sur TechCrunch, (consulté le )
  16. ↑ (en) Mario Aguilar, « Nabla raises $70 million as market for AI tools to help doctors heats up », sur STAT, (consulté le )
  17. ↑ 17,0 et 17,1 Alexandre Piquard, « IA : la start-up de Yann Le Cun recrute un directeur général et veut lever 500 millions d'euros », sur Le Monde, (consulté le )
  18. ↑ 18,0 et 18,1 (en) Anna Heim, « Yann LeCun's AMI Labs raises $1.03B to build world models », sur TechCrunch, (consulté le )
  19. ↑ 19,0 19,1 et 19,2 (en) Kate Park, « Why AMI Labs' Alexandre LeBrun won't call his AI 'AGI' or 'superintelligence' », sur TechCrunch, (consulté le )

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