Aurore Chéry
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | Française |
| Diplôme |
Doctorat en histoire moderne |
| Profession |
Historienne |
| Formation |
Université Jean-Moulin-Lyon-III |
Aurore Chéry, née en 1982, est une historienne française spécialiste de l'histoire moderne et des représentations de la monarchie française au XVIIIe siècle. Ses travaux portent notamment sur la construction et la diffusion de l'image de Louis XV et de Louis XVI, ainsi que sur la place de ce dernier dans l'historiographie de la Révolution française[1],[2].
Elle est coauteure, avec William Blanc et Christophe Naudin, des Historiens de garde (2013), essai consacré aux usages politiques de l'histoire. Dans L’Intrigant. Nouvelles révélations sur Louis XVI (2020), elle propose une interprétation du souverain comme acteur résolu, voire initiateur, des bouleversements révolutionnaires. L'ouvrage suscite des réactions contrastées : l'intérêt de certaines pistes de recherche est reconnu, mais les preuves avancées à l'appui de ses principales hypothèses sont contestées par plusieurs historiens[3],[4].
Formation et parcours
Aurore Chéry étudie l'histoire à l'université Jean-Moulin-Lyon-III. Elle y soutient, le 30 novembre 2015, sous la direction de l'historien Bernard Hours, une thèse de doctorat en histoire moderne intitulée L'image de Louis XV et Louis XVI, entre tradition et création : stratégies figuratives et inscription dans l'espace public (1715-1793). Elle est chercheuse associée au Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA)[5],[2].
Son activité associe des publications scientifiques et des interventions destinées à un public plus large. Elle contribue à des catalogues d'expositions consacrés à Madame Élisabeth et aux représentations du château de Versailles dans la bande dessinée. Elle écrit également pour le site d'histoire de la presse RetroNews. En 2015, elle apporte un concours ponctuel au conseil historique du spectacle Ça ira (1) Fin de Louis de Joël Pommerat, dont le conseiller historique principal est Guillaume Mazeau[2],[6],[7].
Travaux historiques
L'image de la monarchie au XVIIIe siècle
Les recherches universitaires d'Aurore Chéry abordent le pouvoir royal à travers les images produites et diffusées sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI. Sa thèse rassemble et étudie un corpus de portraits peints, gravés, dessinés ou sculptés. Elle s'intéresse autant à leurs codes visuels qu'aux acteurs qui les commandent, à leurs supports de circulation et à leur réception par le public. Son enquête met en évidence un déplacement progressif de l'imagerie guerrière et majestueuse héritée de Louis XIV vers des représentations d'un souverain plus accessible, pacificateur ou attentif au bien-être de ses sujets. Selon son analyse, cette évolution ne traduit pas simplement un affaiblissement de la monarchie : elle correspond aussi à une adaptation de ses moyens de légitimation[5].
L'historienne examine notamment le rôle des Bâtiments du roi, des milieux de cour et de la diplomatie dans la production des portraits officiels. Elle souligne l'importance de Marie Leszczynska dans l'émergence d'une iconographie royale plus simple et étudie la place grandissante de la gravure et de la presse dans la diffusion de l'image du monarque. Pour Louis XVI, elle décrit une politique de représentation destinée à rompre avec l'impopularité de son prédécesseur : le nouveau roi chercherait à se montrer vertueux, économe et consciencieux, à un moment où l'opinion publique prend une importance croissante[5].
Plusieurs de ses études éclairent les modèles et les tensions qui nourrissent cette image. Dans « Louis XVI ou le nouvel Henri IV » (2010), elle analyse l'emploi de la figure d'Henri IV, associé à la bienfaisance et à la proximité avec les sujets, dans la représentation de Louis XVI. Dans « Histoire d'un non-objet historiographique : le cas Louis XVI » (2011), elle s'interroge sur le faible développement, à ses yeux, des études universitaires consacrées au souverain lui-même, en comparaison de l'abondante historiographie de la Révolution, et sur la persistance de portraits hérités des traditions monarchistes ou républicaines[8],[9].
Ses travaux s'étendent à la place des femmes et à la vie privée dans les représentations du pouvoir. Elle étudie notamment la réputation sexuelle et les discours médicaux entourant Louis XVI et Christian VII de Danemark, ainsi que le rôle politique attribué à la duchesse de Polignac à la cour. Ces recherches s'inscrivent dans une réflexion sur la façon dont les réputations, les rumeurs et les relations personnelles des souverains deviennent des objets de discours publics[10],[11].
Les usages publics de l'histoire
Avec William Blanc et Christophe Naudin, Aurore Chéry publie en 2013 Les Historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, préfacé par l'historien Nicolas Offenstadt. Réédité dans une version actualisée et augmentée chez Libertalia en 2016, puis dans une nouvelle édition en 2018, cet essai examine le succès médiatique de récits historiques centrés sur une continuité nationale supposée. Les auteurs analysent notamment les ouvrages de Lorànt Deutsch et les interventions de Patrick Buisson. Ils leur reprochent des erreurs factuelles, une utilisation sélective des sources et une interprétation du passé susceptible de servir des positions politiques contemporaines[2],[12].
L'ouvrage s'inscrit dans les débats sur la vulgarisation historique et sur le roman national. Il défend une histoire accessible au grand public mais fondée sur la critique des documents, la confrontation des interprétations et la connaissance des recherches spécialisées. Dans la revue Lectures, Vincent Bollenot souligne en particulier la précision avec laquelle les auteurs confrontent les affirmations de Métronome aux travaux historiques disponibles ; il met également en évidence leur analyse des liens entre récits du passé, médias et discours politiques[12].
Les trois auteurs prolongent cette réflexion dans Grandes et petites phrases de l'histoire (2017), ouvrage consacré à des citations célèbres dont l'authenticité, l'attribution ou le sens ont parfois été altérés au fil de leur transmission[2].
L’Intrigant : une interprétation renouvelée de Louis XVI
Dans L’Intrigant. Nouvelles révélations sur Louis XVI, publié chez Flammarion en 2020, Aurore Chéry entreprend de renverser le portrait traditionnel d'un roi hésitant et dominé par son entourage. Elle privilégie les sources diplomatiques, les correspondances et l'histoire des réseaux politiques pour proposer l'image d'un monarque instruit, obstiné et attaché à un projet personnel de transformation du royaume. Elle interprète notamment son hostilité supposée à l'alliance franco-autrichienne et sa proximité avec certains milieux protestants comme les éléments d'une politique extérieure largement dissimulée à la cour[3],[13].
Sa proposition la plus audacieuse concerne la Révolution française. Selon elle, Louis XVI aurait cherché à s'appuyer sur le peuple contre les privilèges de la noblesse et aurait envisagé une transformation du régime en une forme de république. L'historienne lui attribue un rôle moteur dans plusieurs événements révolutionnaires, qu'il aurait tenté d'orienter par des alliances et des manœuvres secrètes avant d'en perdre le contrôle. Elle relit ainsi certains épisodes, dont la fuite à Varennes, à rebours de leurs interprétations habituelles. Cette reconstruction des intentions et des actions du roi constitue la thèse défendue dans le livre, non un ensemble de faits établis par consensus historique[3],[4].
L'ouvrage remet également en cause l'image de la vie conjugale et intime du souverain. Aurore Chéry avance notamment l'hypothèse d'une liaison entre Louis XVI et Françoise Boze, épouse du peintre Joseph Boze, à laquelle elle prête aussi des activités politiques clandestines. Elle interprète des correspondances et des témoignages indirects comme les traces de cette relation. L'identification des protagonistes et la portée des documents ainsi invoqués sont toutefois disputées : l'existence de la liaison et celle d'un réseau secret agissant sous la direction du couple ne peuvent être présentées comme des données historiques acquises[4].
Réception critique de L’Intrigant
La réception de L’Intrigant fait apparaître une distinction entre l'intérêt de réexaminer le rôle du roi dans la crise de l'Ancien Régime et la validité des conclusions proposées. Dans Le Monde, l'historien Antoine de Baecque salue le recours à des fonds documentaires sérieux et le caractère stimulant de l'hypothèse d'un souverain politiquement plus actif que ne le suggèrent les caricatures traditionnelles. Il considère néanmoins que la thèse centrale ne résiste pas à l'examen : les sources présentées n'établissent pas que Louis XVI ait eu la capacité d'accompagner et de diriger les différentes étapes du processus révolutionnaire[3].
L'historien Jean-Clément Martin consacre au livre un long examen critique publié sur son blog en septembre 2020. Il reconnaît à Aurore Chéry une connaissance approfondie de l'historiographie et le mérite de revenir sur des zones d'ombre du règne. Il conteste cependant sa manière de transformer des rapprochements et des coïncidences en preuves de conspirations. Son analyse de l'affaire Françoise Boze en fournit un exemple précis : il juge que les archives mobilisées ne permettent pas de confondre l'épouse du peintre avec une autre femme, connue sous le nom de « madame de La Motte », dont l'existence et le parcours sont documentés séparément. Il critique également l'hypothèse d'un échec volontairement organisé à Varennes et regrette qu'une lecture centrée sur les calculs secrets du monarque relègue au second plan les dynamiques collectives de la Révolution[4].
Dans La Cliothèque, Michèle Madec apprécie la tentative de replacer le règne dans son contexte diplomatique européen et les pistes documentaires ainsi ouvertes. Elle relève toutefois des raisonnements qu'elle juge insuffisamment étayés, notamment lorsque l'ouvrage rejette certaines correspondances comme des faux tout en tenant pour authentiques des pièces de nature comparable qui appuient les hypothèses de l'auteure. Elle estime que la reconstruction très unifiée des intentions de Louis XVI risque à son tour de produire un nouveau « roman national »[13]. Le débat porte ainsi moins sur la nécessité d'étudier les initiatives politiques du souverain que sur le passage, dans le livre, d'indices parfois ambigus à l'affirmation d'un projet révolutionnaire concerté.
Aurore Chéry poursuit cette lecture du personnage dans l'enregistrement historique Louis XVI, le roi de la Révolution, publié en 2022 dans la collection « Figures de l'histoire » de Frémeaux & Associés et des Presses universitaires de France[14].
Publications
Ouvrages et enregistrement
- Avec William Blanc et Christophe Naudin, Les Historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, préface de Nicolas Offenstadt, Paris, Inculte, 2013 ; édition actualisée et augmentée, Libertalia, 2016 ; nouvelle édition, 2018.
- L'image de Louis XV et Louis XVI, entre tradition et création : stratégies figuratives et inscription dans l'espace public (1715-1793), thèse de doctorat en histoire moderne, université Jean-Moulin-Lyon-III, 2015.
- Avec William Blanc et Christophe Naudin, Grandes et petites phrases de l'histoire, Paris, Éditions Garnier, 2017.
- L’Intrigant. Nouvelles révélations sur Louis XVI, Paris, Flammarion, 2020.
- Louis XVI, le roi de la Révolution, biographie expliquée, édition audio, Frémeaux & Associés/Presses universitaires de France, 2022.
Sélection d'articles et de contributions
- « Louis XVI ou le nouvel Henri IV », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, 2010.
- « Histoire d'un non-objet historiographique : le cas Louis XVI », L'Atelier du Centre de recherches historiques, no 7, 2011.
- « Le pouvoir des Lumières et l'effroi onaniste : les cas de Christian VII de Danemark et Louis XVI de France », Medizinhistorisches Journal, vol. 53, no 3-4, 2018, DOI : 10.25162/medhist-2018-0011.
- « La duchesse de Polignac : favorite de Louis XVI, instrument d'un roi vertueux », L'École du genre, no 13, 2019, p. 127-134.
- « L'Amour en fuite : repenser le rapport de Louis XVI aux artistes », dans Delphine Carrangeot (dir.), Artistes et collections royales et princières en France (XVIe-fin du XVIIIe siècle), Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2025[15].
Notes et références
- ↑ « Chéry, Aurore (1982-....) », IdRef, Agence bibliographique de l'enseignement supérieur.
- ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 et 2,4 « Chéry, Aurore », Persée, notice d'autorité et bibliographie.
- ↑ 3,0 3,1 3,2 et 3,3 Antoine de Baecque, « Qui gouverne la Révolution ? Trois livres posent la question », Le Monde, 30 septembre 2020, lire en ligne.
- ↑ 4,0 4,1 4,2 et 4,3 Jean-Clément Martin, « L’Intrigant d’Aurore Chéry ou à la recherche du passé perdu », billet publié sur son blog hébergé par Mediapart, 27 septembre 2020, lire en ligne.
- ↑ 5,0 5,1 et 5,2 Aurore Chéry, « L'image de Louis XV et Louis XVI, entre tradition et création : stratégies figuratives et inscription dans l'espace public (1715-1793) », Les Carnets du LARHRA, no 1, 2016, lire en ligne (présentation de la thèse soutenue le 30 novembre 2015).
- ↑ « Aurore Chéry », RetroNews, Bibliothèque nationale de France.
- ↑ « Ça ira (1) », programme et distribution du spectacle de Joël Pommerat, Points communs, 2015, lire en ligne.
- ↑ Aurore Chéry, « Louis XVI ou le nouvel Henri IV », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, 16 septembre 2010, présentation en ligne, DOI : 10.4000/crcv.10466.
- ↑ Aurore Chéry, « Histoire d'un non-objet historiographique : le cas Louis XVI », L'Atelier du Centre de recherches historiques, no 7, 2011, présentation en ligne, DOI : 10.4000/acrh.3677.
- ↑ Aurore Chéry, « Le pouvoir des Lumières et l'effroi onaniste : les cas de Christian VII de Danemark et Louis XVI de France », Medizinhistorisches Journal, vol. 53, no 3-4, 2018, DOI : 10.25162/medhist-2018-0011.
- ↑ Aurore Chéry, « La duchesse de Polignac : favorite de Louis XVI, instrument d'un roi vertueux », L'École du genre, no 13, 2019, p. 127-134, lire en ligne.
- ↑ 12,0 et 12,1 Vincent Bollenot, « William Blanc, Aurore Chéry, Christophe Naudin, Les historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson : la résurgence du roman national », Lectures, 3 janvier 2017, lire en ligne, DOI : 10.4000/lectures.22022.
- ↑ 13,0 et 13,1 Michèle Madec, « L'intrigant, nouvelles révélations sur Louis XVI », La Cliothèque, 18 octobre 2020, lire en ligne.
- ↑ « Louis XVI, le roi de la Révolution », présentation de l'édition audio, Frémeaux & Associés, 2022.
- ↑ Artistes et collections royales et princières en France (XVIe-fin du XVIIIe siècle), Presses universitaires du Septentrion, 2025 ; voir aussi la bibliographie de l'auteure dans Persée.
Liens externes
- Notice d'autorité d'Aurore Chéry, IdRef.
- Présentation de sa thèse, Les Carnets du LARHRA.
- Contributions d'Aurore Chéry à RetroNews.
Article publié sur Wikimonde Plus