Christine Hassid

Aller à la navigation Aller à la recherche
Christine Hassid
Nationalité Française
Profession
Danseuse et chorégraphe
Formation
Conservatoire de Bordeaux ; centre de formation Coline, Istres

Christine Hassid est une danseuse et chorégraphe contemporaine française. Après avoir travaillé comme interprète, notamment au sein de la Batsheva Ensemble en Israël, puis comme assistante chorégraphe auprès de Redha, elle fonde en 2012 à Bordeaux sa propre compagnie, Christine Hassid Project (CHp), dont elle assure la direction artistique. Elle développe un travail qui associe les écritures classique et contemporaine, les relations entre musique et mouvement, et des interrogations sur les rôles féminins et masculins ou sur la mémoire.

Parmi ses principales créations figurent plusieurs relectures du ballet Le Spectre de la rose (2017), N’ayez pas peur ! (2019) et deux spectacles construits autour de la musique de Frédéric Chopin : Chopin. Carte blanche, créé en Russie en 2019, et CHoPin, repris et retravaillé avec sa compagnie française en 2024. La première de ces deux productions a fait l’objet de deux nominations aux Masques d’or russes en 2020[1].

Parcours

Christine Hassid se forme au conservatoire Jacques-Thibaud de Bordeaux et à l’Académie bordelaise de danse Claude-Paoli. Elle poursuit son apprentissage de la danse contemporaine au centre de formation et d’insertion professionnelle Coline, à Istres, où elle étudie notamment les techniques associées à José Limón, Merce Cunningham et Martha Graham. Elle rejoint ensuite la Batsheva Ensemble, à Tel Aviv, dans l’entourage artistique d’Ohad Naharin, pour son premier engagement professionnel[2],[3].

De retour en France, elle danse dans les productions du chorégraphe Redha, dont elle devient également soliste et assistante. Elle l’accompagne lors de créations pour l’Alvin Ailey American Dance Theater à New York, le Jeune Ballet de France et le Het Nationale Ballet d’Amsterdam. Son parcours comprend aussi le théâtre musical, notamment les spectacles Roméo et Juliette et Les Demoiselles de Rochefort, où elle exerce des fonctions d’interprète et de responsable de danse[2].

Elle commence ensuite à développer ses propres chorégraphies et crée Christine Hassid Project en 2012 à Bordeaux. La compagnie présente des pièces de différentes dimensions, du duo à l’ensemble de cinq interprètes, et travaille également avec des ballets étrangers. Associée à la ville de Bruges, dans la métropole bordelaise, à partir de 2016, elle y bénéficie d’un compagnonnage jusqu’en 2020, notamment avec l’Espace culturel Treulon. Elle collabore avec le Malandain Ballet Biarritz, des structures de Nouvelle-Aquitaine et des lieux de résidence comme Micadanses à Paris[3],[4].

Œuvre chorégraphique

Premières pièces et travail avec d’autres compagnies

Avec Orphée.com (2012), duo inspiré du mythe d’Orphée et d’Eurydice, Christine Hassid aborde la réinterprétation d’un récit connu à travers des situations corporelles contemporaines. Un extrait de cette pièce est transmis en 2014 au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, dans le cadre du travail de fin d’études d’un interprète. Son trio masculin Beldurra, développé en 2014 et 2015, reçoit le prix spécial Dantza Biarritz au concours chorégraphique des Synodales en 2014, puis le troisième prix du public de la plateforme (Re)connaissance en 2015[3].

L’année 2015 marque également une collaboration avec la compagnie basque espagnole Dantzaz, qui fait entrer Momentum à son répertoire dans le programme Aureo. Christine Hassid poursuit par la suite des créations pour d’autres ensembles européens, dont la compagnie russe TanzTeatr à Iekaterinbourg et la compagnie portugaise Kale Companhia de Dança, pour laquelle elle signe notamment Défilé de postures (2019), puis Tumulte (2023)[2].

Relectures du Spectre de la rose

En 2017, Christine Hassid s’empare du Spectre de la rose, ballet conçu en 1911 par Michel Fokine pour les Ballets russes, sur une musique de Carl Maria von Weber orchestrée par Hector Berlioz et inspiré d’un poème de Théophile Gautier. Là où le ballet original mettait en scène une jeune fille rêvant d’un spectre masculin, elle déplace les rapports entre rêveur, apparition et désir, et croise le vocabulaire classique avec d’autres manières de danser.

Le projet comprend deux duos aux distributions et aux partis pris distincts. Dans El espectro de la rosa, le personnage du spectre devient féminin, incarné par Rafke Van Houplines face à Justinien Tetaud, dans un environnement sonore où se mêlent réminiscences de Weber et bruits du quotidien. Une autre version réunit Aurélien Houette, danseur de l’Opéra de Paris, et Mohamed Toukabri, interprète issu notamment de la danse contemporaine et du hip-hop. La musique y est réarrangée par Clément Doumic, du groupe Feu! Chatterton, avec la voix de Georgia Ives sur le texte de Gautier. Le chorégraphe Pierre Boisserie participe à ce projet comme assistant chorégraphe et dramaturge[5].

Présenté au festival Le Temps d'aimer la danse à Biarritz en septembre 2017 sous le titre Spectre(s), l’ensemble prend la forme d’un triptyque, avec un volet confié à de jeunes amateurs de danse basque. Dans Danses avec la plume, Claudine Colozzi relève l’intérêt des changements de distribution et la rencontre des langages chorégraphiques, mais juge les références au ballet de Fokine parfois difficiles à saisir, malgré la qualité des interprètes[6].

Cette exploration connaît la même année un prolongement russe. Pour TanzTeatr, compagnie dirigée par Oleg Petrov, Christine Hassid monte Видение розы et cetera (Vision de la rose et cetera), pièce pour cinq danseurs centrée sur un jeune homme confronté à plusieurs apparitions. Dans le Petersburg Theater Journal, la critique Natalia Kourioumova souligne l’écart entre l’univers romantique de Fokine et cette version marquée par la musique électronique et une composition collective des corps[7]. La version du duo avec un spectre féminin est remontée en avril 2025 par la compagnie Ballet Illicite de Bayonne[8].

N’ayez pas peur ! (2019)

Créé le 7 novembre 2019 à l’Espace culturel Treulon de Bruges, N’ayez pas peur ! réunit cinq interprètes, trois femmes et deux hommes. La dramaturgie est confiée à Pierre Boisserie et la scénographie à Angèle Fachan ; l’Opéra national de Bordeaux figure parmi les coproducteurs. L’œuvre marque le passage des duos et petites formes de la compagnie à une pièce de groupe d’une durée d’environ une heure[9].

La chorégraphie interroge la place des femmes sur scène, les représentations du féminin et les relations entre les interprètes. Les rôles masculins y restent présents, sans occuper le centre de la composition. La scénographie matérialise le « plafond de verre » par une structure de papier fissurée. Dans un portrait publié avant la première par Junkpage, la journaliste Stéphanie Pichon situe cette création dans le parcours d’une danseuse ayant longtemps travaillé au sein de compagnies dirigées par des hommes. Christine Hassid y précise toutefois ne pas vouloir faire de la pièce un manifeste féministe, mais questionner les rôles et les comportements assignés aux femmes dans la danse[10].

Au lendemain de la création, Christophe Loubès, dans Sud Ouest, salue une écriture qui évite de réduire la danse à un discours démonstratif. Il relève notamment les mouvements géométriques des bras, l’usage des percussions corporelles et la place des éléments empruntés au ballet classique[11]. Le spectacle poursuit ensuite sa diffusion dans plusieurs villes de Nouvelle-Aquitaine[9].

De Chopin. Carte blanche à CHoPin

La création russe de 2019

À l’invitation de TanzTeatr, à Iekaterinbourg, Christine Hassid crée Chopin. Carte blanche, dont la première a lieu le 31 mai 2019 sur la nouvelle scène du théâtre de comédie musicale de Sverdlovsk. Pierre Boisserie collabore à cette production en qualité de dramaturge et d’assistant à la chorégraphie. La pièce fait dialoguer des interprètes de formation classique avec des écritures contemporaines, en utilisant des œuvres de Chopin dans différentes interprétations ou adaptations musicales. Il ne s’agit pas d’un ballet narratif sur la vie du compositeur : la chorégraphe s’appuie sur sa musique pour évoquer les tensions et les incertitudes du monde contemporain[12],[13].

Au titre de la saison théâtrale russe 2018-2019, Chopin. Carte blanche est sélectionné pour les Masques d’or 2020 dans deux catégories : meilleur spectacle de danse contemporaine et meilleur travail de chorégraphe. Les archives officielles confirment ces nominations, sans mentionner de prix remporté par la pièce[1]. La production est notamment présentée à Moscou dans le cadre du concours et continue de circuler en Russie en 2020 et 2021[12].

Sa réception critique est contrastée. Dans Kommersant, en novembre 2020, Tatiana Kouznetsova reproche à la chorégraphe de tenir la musique à distance, au point que les mouvements et les accents de Chopin lui semblent parfois dissociés ; elle juge également le langage chorégraphique peu inventif. À l’inverse, Anna Barkova, dans le Petersburg Theater Journal, en janvier 2021, voit dans ce rapport non littéral à la musique un dialogue expressif et apprécie la continuité sensible créée par la succession des tableaux[14],[15].

La version française de 2024

Après l’interruption de la trajectoire internationale de cette production, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine, Christine Hassid reprend le projet avec les danseurs de sa propre compagnie. La nouvelle version, intitulée CHoPin, est créée le 8 septembre 2024 à Saint-Palais dans le cadre du festival Le Temps d’aimer la danse. Elle rassemble cinq interprètes, Danaë Suteau, Elisa Manke, Mazzella Pascale, Arthur Delorme et Baptiste Martinez. Bertha Bermudez est associée à la dramaturgie et au regard extérieur de cette version, tandis que Pierre Boisserie intervenait dans l’équipe de la création russe[16],[17].

La version française constitue une reprise et une réécriture plutôt qu’une simple reprise à l’identique. CHoPin conserve des éléments chorégraphiques de la production russe, mais les adapte à d’autres interprètes et accentue des thèmes plus personnels. La chorégraphe met en rapport l’exil de Chopin et une mémoire familiale liée à la Seconde Guerre mondiale ; le mouvement mêle élans collectifs, moments d’isolement et confrontations. La pièce est notamment présentée à l’Opéra de Limoges en novembre 2024 et à Eysines en mars 2025[16],[18].

Cette version reçoit des comptes rendus favorables de plusieurs critiques de danse. Dans Danses avec la plume, Amélie Bertrand souligne la précision de l’écriture et sa façon de faire entendre les aspérités des partitions plutôt que de suivre simplement leurs mélodies ; elle note aussi que certaines séquences ont peu changé depuis la version russe et que la personnalité des nouveaux interprètes infléchit leur portée. Dans Chroniques de Danse, après la représentation d’Eysines, Antonella Poli apprécie la présence du groupe, les solos et la relation émotive des mouvements aux œuvres de Chopin. Ces appréciations concernent la version française, distincte des jugements publiés à propos de Chopin. Carte blanche en Russie[18],[19].

Autres recherches et transmission

Parallèlement à ses spectacles de groupe, Christine Hassid développe des projets où la danse entre en relation avec d’autres disciplines. Souffles#1, élaboré à partir de 2021 avec le plasticien Laurent Valera, associe mouvement et arts visuels. Elle participe également comme chorégraphe à La Bohème 2050, adaptation filmée de l’opéra de Giacomo Puccini diffusée sur Culturebox en 2025[20].

La transmission occupe une autre part de son activité : elle intervient auprès du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, du Ballet Junior de Genève, du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon et de conservatoires régionaux. Ces ateliers et reprises de répertoire prolongent ses collaborations avec des interprètes de formation classique et contemporaine[21],[2].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 et 1,1 (ru) « Номинанты. Сезон 2018–2019 », sur Золотая маска (Masque d’or) (consulté le )
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 « Parcours », sur Christine Hassid Project (consulté le )
  3. ↑ 3,0 3,1 et 3,2 « Christine Hassid », sur Micadanses (consulté le )
  4. ↑ « Christine Hassid », sur Opéra national de Bordeaux (consulté le )
  5. ↑ « Spectres 2017 », sur Christine Hassid Project (consulté le )
  6. ↑ Claudine Colozzi, « Le temps d’aimer 2017 – Spectre de la Rose et Nuits barbares », sur Danses avec la plume, (consulté le )
  7. ↑ (ru) Наталия Курюмова, « Современный танец: про мужчин, женщин, идиотов и богов », sur Петербургский театральный журнал,‎ (consulté le )
  8. ↑ « Le Spectre de la rose », sur Ballet Illicite (consulté le )
  9. ↑ 9,0 et 9,1 « N’ayez pas peur », sur Les Archives du spectacle (consulté le )
  10. ↑ Stéphanie Pichon, « Bravache en action », Junkpage, no 72,‎ , p. 38 (lire en ligne)
  11. ↑ « N’ayez pas peur ! 2019 (extraits de la critique de Christophe Loubès parue dans Sud Ouest le 8 novembre 2019) », sur Christine Hassid Project (consulté le )
  12. ↑ 12,0 et 12,1 « Chopin. Carte blanche 2019 », sur Christine Hassid Project (consulté le )
  13. ↑ (ru) « Фестиваль «Золотая маска»: «Шопен. Carte blanche» », sur Institut français de Russie (consulté le )
  14. ↑ (ru) Татьяна Кузнецова, « Оттоптались на Шопене », sur Коммерсантъ,‎ (consulté le )
  15. ↑ (ru) Анна Баркова, « Смещение фокуса », sur Петербургский театральный журнал,‎ (consulté le )
  16. ↑ 16,0 et 16,1 « CHp2024 : CHoPin », sur Christine Hassid Project (consulté le )
  17. ↑ « Cahier de programmation du Temps d’aimer la danse 2024 », sur Le Temps d’aimer la danse, (consulté le )
  18. ↑ 18,0 et 18,1 Amélie Bertrand, « CHoPin – Christine Hassid », sur Danses avec la plume, (consulté le )
  19. ↑ Antonella Poli, « Le nouveau CHoPin de Christine Hassid », sur Chroniques de Danse, (consulté le )
  20. ↑ « La Bohème 2050 », sur Christine Hassid Project, (consulté le )
  21. ↑ « CHp : créations et mémoire du répertoire », sur Christine Hassid Project (consulté le )

Liens externes

Article publié sur Wikimonde Plus