David Evrard (artiste)
| Naissance | Liège |
|---|---|
| Nationalité |
belge |
| Activités |
Artiste plasticien, auteur, éditeur |
| Autres activités |
Enseignant à l'erg |
David Evrard, né en 1970 à Liège, est un artiste plasticien, auteur, éditeur et enseignant belge installé à Bruxelles[1]. Sa pratique associe sculpture, peinture, photographie, collage, installation, vidéo et écriture. Elle se caractérise notamment par le recours à l'appropriation, au montage de matériaux et de récits hétérogènes, à l'improvisation et au travail collectif[2].
Actif depuis la fin des années 1980, il a présenté des expositions personnelles au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au BPS22 à Charleroi, au Confort Moderne à Poitiers, à La Salle de bains à Lyon ou encore à SPACE à Liège[3]. Depuis 2012, il dirige le Studio Master Sculpture de l'erg à Bruxelles[4]. Son activité éditoriale et littéraire comprend notamment la revue annuelle YEAR et le roman Spirit of Ecstasy, paru en 2012[5],[6].
Parcours artistique
David Evrard grandit dans la région liégeoise. Il publie ses premiers dessins à l'âge de douze ans dans une revue éditée par son beau-père, enseignant de bande dessinée à l'ESA Saint-Luc Liège. À dix-sept ans, après avoir obtenu une exposition à Avignon, il interrompt ses études et commence une carrière d'artiste en autodidacte, d'abord par la peinture[2]. À la charnière des années 1980 et 1990, il participe à des expériences collectives, notamment sous le nom « ÖLS, 22-SCHMER »[2]. La pratique de l'improvisation prend parallèlement une place importante dans son travail ; le texte accompagnant son exposition à La Salle de bains en 2013 mentionne à ce propos un bref stage avec John Cage au Conservatoire de Liège au début des années 1990[7].
En 1997, il participe à Trapped Reality au Centre d'Art Santa Mònica de Barcelone, dans le cadre du projet Formes de Flandes. L'exposition, organisée du 16 septembre au 30 octobre et commissariée par Luk Lambrecht, réunit notamment Chantal Akerman, Lili Dujourie, Ann Veronica Janssens et David Evrard[8],[9]. Deux ans plus tard, Zoo centre d'art contemporain à Nantes lui consacre l'exposition monographique Archi-structures[10].
De 1999 à 2002, il développe avec Simona Denicolai et Ivo Provoost Building Underwood, projet collectif mené à Caudiès-de-Fenouillèdes et associant architecture, urbanisme et cinéma[2]. Le film muet en Super 8 Underwood (1999), conservé par ARGOS, est réalisé pour une présentation du projet au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles[11].
En 2001, il devient le premier artiste invité par le BPS22 pour une exposition personnelle. Intitulée L'Université du Travail, celle-ci prend pour point de départ l'histoire de la Direction générale des Affaires culturelles de la Province de Hainaut et de l'Université du Travail. Evrard y réemploie notamment des représentations du monde ouvrier de Constantin Meunier, Pierre Paulus et Antoine Bourlard, ainsi que des objets et documents anciens, afin d'interroger la formation du goût, la construction des récits identitaires et le rôle de l'archive[12]. L'exposition se tient du 3 mai au 30 juin 2001 sous le commissariat de Pierre-Olivier Rollin[13].
Au cours des années 2000, les collaborations deviennent une composante durable de son activité. Il met en place la revue collective Joe Dalton (2005-2010), anime le Joe Dalton R House au centre Anspach à Bruxelles entre 2006 et 2008 et participe au collectif Potential Estate en 2007-2008[2]. Ce dernier, qui réunit notamment Ronny Heiremans, Pierre Huyghebaert, Vincent Meessen et Katleen Vermeir, travaille sur l'auto-organisation, les formes ouvertes de production et les économies alternatives[14]. En 2007, il conçoit avec Sammy Engramer Country Party au Domaine départemental de Chamarande, projet à l'échelle du paysage associant installation, musique et espace public[15].
Démarche artistique
La production de David Evrard ne repose pas sur un médium privilégié. Le BPS22 la décrit comme une pratique où sculptures, photographies, peintures, images, installations, vidéos et écriture sont articulées à partir du contexte de présentation, puis par collage et juxtaposition de formes et de récits[2]. Cette logique vaut également pour l'origine des objets : le texte d'accompagnement de l'exposition à La Salle de bains distingue des éléments récupérés puis modifiés, des ready-mades, des objets issus de commandes et des réalisations de l'artiste, réunis sans chercher à effacer leurs différences[7].
L'appropriation et le montage ne sont ainsi pas seulement des procédés formels. Ils permettent de faire coexister des références provenant de la culture populaire, de l'histoire de l'art, de la littérature ou de situations quotidiennes. Yann Perol souligne dans une présentation de l'artiste l'absence de hiérarchie entre les types d'images et de matériaux, ainsi que le rôle central de la collaboration dans la construction de ses projets[1]. Dans un entretien avec Patrice Joly, Evrard rapproche lui-même écriture, photographie, dessin, exposition et sculpture à travers les opérations de montage, de découpage, de citation et de rythme[16].
Banc public, produit pour L'Université du Travail en 2001, illustre cette ambiguïté volontaire des statuts. Ce banc octogonal en bois fonctionne à la fois comme sculpture, mobilier, élément architectural et espace commun. Dans sa première version, il était associé à un palmier en référence à Marcel Broodthaers ; la version conservée par la Province de Hainaut est accompagnée de néons colorés[17]. Par ce type de dispositif, l'œuvre s'étend à l'aménagement du lieu d'exposition et aux usages qu'il rend possibles, plutôt qu'à un objet isolé.
Enseignement et projets pédagogiques
Depuis 2012, David Evrard dirige le Studio Master Sculpture à l'erg à Bruxelles[2]. Il a également enseigné à l'ésam Caen/Cherbourg ; une brochure pédagogique de l'école publiée en 2022 le présente parmi les responsables du DNSEP option Art, mention Cherbourg, et décrit son enseignement comme articulant suivi individuel, productions collectives, projets internationaux, performance, récit et fabrication de fictions[18].
À l'erg, le travail du Master Sculpture donne lieu à des publications et à des projets collectifs qui prolongent les enjeux de sa pratique artistique. Trouble Academy, publié par NERO en 2014, rassemble la documentation d'After Howl, studio de master consacré à l'expérimentation pédagogique et aux échanges entre enseignants et étudiants[19]. La publication Misssouri Super School, réalisée avec des étudiants et éditée par Le Confort Moderne et erg editrice, poursuit cette réflexion autour de l'école et des formes collectives d'apprentissage[20].
Il développe également la structure Misssouri avec Béatrice Delcorde et Nicolas Valckenaere. Celle-ci associe écoles d'art, centres d'art et participants autour de projets fondés sur l'improvisation, le récit, la documentation, la collaboration et la solidarité[21]. Dans ce cadre, il initie avec Julien Sirjacq l'opéra Death is All You Need, conçu avec des étudiants de l'erg, de l'ésam Caen/Cherbourg et des Beaux-Arts de Paris et présenté à la Comédie de Caen en 2019[22],[4]. Le long métrage collectif Le Reader est achevé en 2020, puis Magma prend en 2021 la forme d'un projet d'exposition et de performance mené avec plusieurs centres d'art du sud de la France[21],[3].
Depuis 2023, le Master Sculpture développe avec les artistes Hamedine Kane et Cheikha Sygil, ainsi qu'avec RAW Material Company à Dakar, le projet Parastructure / Supersols, qui relie Bruxelles et le Sénégal autour d'ateliers, de constructions et de situations d'exposition[23]. Le projet donne ensuite lieu à l'exposition Supersols à Établissement d'en face, à Bruxelles[4].
Écriture et édition
Les activités d'écriture et d'édition de David Evrard sont étroitement liées à sa pratique artistique. En 2011, il publie avec Komplot la revue annuelle YEAR, conçue avec les graphistes Pierre Huyghebaert et Überknackig. Le projet prend la forme d'une publication collective à structure non linéaire, composée de textes, images, comptes rendus d'expositions, interventions et documents issus de la scène artistique[5].
Son premier roman, Spirit of Ecstasy, paraît en décembre 2012 chez BlackJack éditions et Komplot. Les commanditaires du livre y deviennent des personnages, tandis que l'exposition d'art constitue l'un des principaux cadres narratifs. L'ouvrage de 224 pages est conçu graphiquement par Pierre Huyghebaert[6],[24].
Il écrit également pour des revues et des catalogues d'art. Zérodeux / 02 publie notamment Big Minutes et Même les trolls aiment le rock'N'roll[25]. Avec Jill Gasparina, il signe La ligne pure et la jungle dans le numéro 4 de la revue Initiales, consacré à Monte Verità[26], et contribue en 2015 à la monographie Carrefour de Grégoire Bergeret[27]. Il collabore par ailleurs au magazine liégeois C4[4].
Au printemps 2018, il fait partie, avec Olivier Bailly et Quentin Noirfalisse, de l'équipe qui pilote le numéro 10 du trimestriel belge Médor[28]. Il y réalise un ensemble de collages mêlant ses propres images, des prélèvements de magazines et des éléments collectés par les journalistes, de manière à rendre visible la fabrication documentaire des articles[29].
Publications (sélection)
- Spirit of Ecstasy, BlackJack éditions et Komplot, 2012, 224 p.[6]
- Trouble Academy, avec After Howl, NERO, 2014, 302 p.[19]
- David Evrard et Jill Gasparina, « La ligne pure et la jungle », dans Initiales, n° 4, Monte Verità[26].
- Contribution à Grégoire Bergeret, Carrefour, 2015[27].
- Misssouri Super School, Le Confort Moderne / erg editrice, 2017, 258 p.[20],[4].
Expositions et projets (sélection)
- 1997 : Trapped Reality, Centre d'Art Santa Mònica, Barcelone, exposition collective, commissariat de Luk Lambrecht[8].
- 1999 : Archi-structures, Zoo centre d'art contemporain, Nantes[10].
- 1999-2002 : Building Underwood, avec Simona Denicolai et Ivo Provoost, Caudiès-de-Fenouillèdes et Palais des Beaux-Arts de Bruxelles[2],[11].
- 2001 : L'Université du Travail, BPS22, Charleroi[13].
- 2007 : Country Party, avec Sammy Engramer, Domaine départemental de Chamarande[15].
- 2013 : Space Soap Strange Hypnosis Opera, La Salle de bains, Lyon, deux expositions personnelles simultanées de David Evrard et Mathis Gasser[7].
- 2015 : La Drogue, Rurart, Rouillé[3].
- 2016 : Turbo, turbo mouse, SIC, Bruxelles[16].
- 2016 : I Like It Raw, galerie Arnaud Deschin, Paris, commissariat de Patrice Joly[16],[30].
- 2021 : Gifted by Nature, SPACE, Liège[31].
- 2024 : Side Step Boogie Woogie, galerie Les Filles du Calvaire, Paris, exposition collective commissariée par Sarina Basta sur une proposition d'Olivier Mosset[32].
- 2024 : Supersols, Établissement d'en face, Bruxelles, prolongement du projet pédagogique et artistique mené entre Bruxelles et le Sénégal[4],[23].
Notes et références
- ↑ 1,0 et 1,1 « David Evrard », sur Les presses du réel (consulté le )
- ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 et 2,7 « David Evrard », sur BPS22 (consulté le )
- ↑ 3,0 3,1 et 3,2 (en) « David Evrard », sur Space Collection (consulté le )
- ↑ 4,0 4,1 4,2 4,3 4,4 et 4,5 « David Evrard », sur erg (consulté le )
- ↑ 5,0 et 5,1 (en) « Year 2011 », sur Motto Distribution (consulté le )
- ↑ 6,0 6,1 et 6,2 (en) « David Evrard: Spirit of Ecstasy », sur Les presses du réel (consulté le )
- ↑ 7,0 7,1 et 7,2 « Space Soap Strange Hypnosis Opera », sur La Salle de bains, (consulté le )
- ↑ 8,0 et 8,1 (ca) « Trapped reality », sur DRAC - Generalitat de Catalunya, (consulté le )
- ↑ (ca) « Centre d'Art Santa Mònica » [PDF], sur Generalitat de Catalunya (consulté le ), p. 89
- ↑ 10,0 et 10,1 « Expositions », sur Zoo centre d'art contemporain (consulté le )
- ↑ 11,0 et 11,1 (en) « Underwood », sur ARGOS centre for audiovisual arts (consulté le )
- ↑ « L'Université du Travail », sur BPS22, (consulté le )
- ↑ 13,0 et 13,1 (en) « L'Université du Travail (The University of Work) », sur BPS22, (consulté le )
- ↑ (en) « The Crying of Potential Estate », sur e-flux, (consulté le )
- ↑ 15,0 et 15,1 « Country Party de David Evrard et Sammy Engramer », sur Paris Art, (consulté le )
- ↑ 16,0 16,1 et 16,2 Patrice Joly, « David Evrard », sur Zérodeux / 02 (consulté le )
- ↑ « Banc public », sur BPS22 (consulté le )
- ↑ « DNSEP option Art, mention Cherbourg : recherches collectives et pratiques personnelles » [PDF], sur ésam Caen/Cherbourg, (consulté le )
- ↑ 19,0 et 19,1 (en) « Trouble Academy », sur NERO Editions, (consulté le )
- ↑ 20,0 et 20,1 « Misssouri Super School », sur Le Confort Moderne (consulté le )
- ↑ 21,0 et 21,1 « Le Reader », sur erg, (consulté le )
- ↑ « Death is all you need », sur erg, (consulté le )
- ↑ 23,0 et 23,1 « Parastructure » [PDF], sur erg (consulté le )
- ↑ (en) « Book launch: Spirit of Ecstasy – A novel by David Evrard », sur Motto Distribution, (consulté le )
- ↑ « Même les trolls aiment le rock’N’roll », sur Zérodeux / 02 (consulté le )
- ↑ 26,0 et 26,1 « Monte Verità », sur Revue Initiales (consulté le )
- ↑ 27,0 et 27,1 « Grégoire Bergeret : Carrefour », sur Les presses du réel, (consulté le )
- ↑ « Médor n° 10, printemps 2018 », sur Médor, (consulté le )
- ↑ « Le grand voyage du voisinage », sur Médor, (consulté le )
- ↑ « Art Dech », sur Centre national des arts plastiques (consulté le )
- ↑ « Expositions passées », sur Space Collection (consulté le )
- ↑ « Side Step Boogie Woogie », sur Centre national des arts plastiques, (consulté le )
Liens externes
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