Fanfan (roman)

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Fanfan
Auteur Alexandre Jardin
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman d'amour
Éditeur Flammarion
Lieu de parution Paris
Date de parution mars 1990
Nombre de pages 233
ISBN 978-2-08-066442-6

Fanfan est un roman d'amour de l'écrivain français Alexandre Jardin, paru en mars 1990 chez Flammarion. Troisième roman de l'auteur après Bille en tête (1986, prix du premier roman) et Le Zèbre (1988, prix Femina)[1], il raconte l'histoire d'un jeune homme qui, par peur de voir ses sentiments s'user dans la vie de couple, tente de prolonger indéfiniment les débuts d'une passion amoureuse[2].

Le livre connaît un important succès commercial en France. Alexandre Jardin en réalise lui-même une adaptation cinématographique en 1993, puis retrouve ses personnages dans Quinze ans après, publié en 2009[3].

Résumé

Le refus de l'habitude

Alexandre Crusoé grandit dans une famille aisée, fantasque et peu attachée à la fidélité conjugale. À treize ans, la découverte d'une infidélité de sa mère le décide à ne pas reproduire la conduite de ses parents. À vingt ans, étudiant à Sciences Po, il est fiancé à Laure de Chantebise, dont il apprécie le désir de stabilité et avec laquelle il envisage un mariage sans trahison.

Lors d'un séjour sur la côte normande, dans l'hôtel tenu par Monsieur Ti, son ancien précepteur et père spirituel, et Maude, l'épouse de celui-ci, Alexandre rencontre la petite-fille de Maude, Françoise Sauvage, surnommée Fanfan. La jeune femme, qui souhaite travailler dans la mise en scène, le séduit par son imagination et son indépendance. Alexandre tombe amoureux d'elle, mais refuse de céder à cette attirance. Il veut continuer à courtiser Fanfan tout en restant fidèle à Laure, persuadé que le désir survit mieux dans l'attente que dans une relation accomplie[4].

Ce programme se révèle intenable. Ses attentions envers Fanfan blessent Laure, tandis que Fanfan cherche à lui faire abandonner ses principes. Après avoir tenté de sauver son engagement en précipitant les préparatifs du mariage, Alexandre renonce finalement à épouser Laure.

Une passion mise en scène

Libéré de ses fiançailles, Alexandre persiste néanmoins dans sa résolution de ne pas vivre une relation ordinaire avec Fanfan. Celle-ci multiplie les provocations pour éprouver ses sentiments, notamment en faisant croire qu'elle va épouser un autre homme, Jacques. Alexandre, de son côté, délaisse ses études et s'installe à proximité du logement parisien de Fanfan afin de l'observer sans être vu.

Cette surveillance prend des proportions extravagantes. Endetté, notamment après des expédients hasardeux dans le milieu du jeu avec Anatole Machecourt, il sollicite son père, Pascal Crusoé, écrivain et scénariste, qui accepte de le soutenir financièrement en échange de la possibilité de tirer un film de son histoire. Alexandre fait alors aménager un appartement reproduisant celui de Fanfan, séparé du sien par un miroir sans tain. Il tente ainsi de partager secrètement son quotidien, tout en maintenant entre eux une distance que la jeune femme n'a pas choisie. Il va jusqu'à s'introduire chez elle pour y passer la nuit à son insu.

Quand Fanfan découvre le dispositif, elle comprend l'ampleur de sa passion, mais supporte de moins en moins les refus d'Alexandre. Leur relation devient une succession de jeux de séduction, de jalousies et de mises à l'épreuve.

Le choix du couple

Au cours d'une fête à Ker Emma, le village normand auquel Fanfan et ses grands-parents sont attachés, les deux jeunes gens finissent par céder à leur désir. Fanfan exige alors qu'Alexandre choisisse véritablement leur avenir commun : après un voyage de cinq jours en Italie, elle souhaite qu'il la demande en mariage, faute de quoi elle rompra définitivement avec lui.

Alexandre envisage d'abord une disparition mise en scène, allant jusqu'à songer à faire croire à sa noyade, pour préserver dans le souvenir de Fanfan la beauté de leur amour. Monsieur Ti le détourne de cette idée. Fort de son expérience auprès de Maude, le vieil homme lui fait comprendre que la véritable aventure amoureuse consiste à accepter le temps, le quotidien et l'engagement plutôt qu'à les fuir. Alexandre demande finalement Fanfan en mariage. Le roman s'achève sur un épilogue de conte de fées évoquant leur bonheur, leurs enfants et la carrière d'écrivain du narrateur.

Personnages

  • Alexandre Crusoé est le narrateur et personnage principal. Il se présente comme un descendant du Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Sa recherche d'un amour éternel le pousse à des comportements de plus en plus excessifs.
  • Françoise Sauvage, dite Fanfan, est une jeune femme attirée par le théâtre et le cinéma. Elle oppose à l'idéal abstrait d'Alexandre le désir d'une relation vécue et réciproque.
  • Laure de Chantebise est la première fiancée d'Alexandre. Elle aspire à une vie conjugale paisible, à l'opposé des excentricités de la famille Crusoé.
  • Monsieur Ti est l'ancien précepteur et confident d'Alexandre. Il tient, avec son épouse Maude, l'hôtel du Globe, en Normandie, et joue un rôle décisif dans l'évolution du héros.
  • Maude Sauvage est la grand-mère de Fanfan et l'épouse de Monsieur Ti. Leur union, contractée à un âge avancé, offre un contrepoint à l'instabilité des couples plus jeunes.
  • Pascal Crusoé, père d'Alexandre, est un écrivain et scénariste aux mœurs libres. Il contribue à transformer les aventures sentimentales de son fils en une véritable entreprise de mise en scène.

Parmi les personnages secondaires figurent également les parents de Laure, dont le mariage incarne la routine redoutée par Alexandre, ainsi qu'Anatole Machecourt, surnommé « Titanic », qui intervient dans les expédients financiers du narrateur.

Thèmes et écriture

Le conflit central du roman oppose deux conceptions de l'amour. Alexandre croit pouvoir protéger une passion de l'usure en la maintenant à l'état de promesse ; Fanfan, au contraire, souhaite qu'elle se traduise en actes. Le héros entend d'abord concilier l'idéal de fidélité qui le distingue de ses parents avec la recherche d'une émotion amoureuse toujours renouvelée. La contradiction entre ces deux ambitions fait progresser le récit, jusqu'à la reconnaissance finale de la vie commune comme une aventure possible.

Raconté à la première personne et divisé en trois parties, Fanfan mêle roman d'apprentissage, comédie sentimentale et récit de séduction. Son épigraphe, empruntée au Dom Juan de Molière, annonce l'obsession d'Alexandre : « Les commencements ont des charmes inexprimables ». Le texte multiplie les références littéraires, notamment à Roméo et Juliette de Shakespeare, dont les personnages rejouent des scènes, ainsi que les effets d'un langage amoureux volontairement désuet. L'analyse publiée dans le Dictionnaire des œuvres littéraires de langue française souligne à la fois la dimension farcesque du livre et son emprunt aux codes du roman courtois et du roman conjugal[4].

Le théâtre et le cinéma occupent une place essentielle dans cette manière d'envisager les sentiments. Alexandre emprunte à la fiction des mots et des rôles pour approcher Fanfan ; son père souhaite transformer leur histoire en scénario et le dispositif du miroir sans tain fait du narrateur le spectateur clandestin de la vie de la jeune femme. Le jeu des apparences rejoint ainsi le thème amoureux : à force de vouloir organiser une passion parfaite, Alexandre se dérobe à la rencontre réelle avec celle qu'il aime. Le roman comporte aussi des allusions à la famille de l'auteur, notamment à travers les prénoms de Pascal et Jean Crusoé, qui rappellent ceux de Pascal Jardin et Jean Jardin[4].

Publication et accueil

L'édition originale paraît à Paris chez Flammarion en mars 1990, sous l'ISBN 2-08-066442-5 et avec une pagination de 233 pages[5]. Le roman est repris dans la collection « Folio » de Gallimard le 5 mai 1992 (n° 2376, ISBN 978-2-07-038513-3)[6].

Le succès du livre est rapide. D'après une enquête du Monde, au 15 août 1990, il s'est vendu à 210 000 exemplaires en édition courante et à 115 000 exemplaires en club. Le quotidien met en lumière l'importance de la présence médiatique d'Alexandre Jardin dans cette réussite, mais aussi l'attrait exercé par un romantisme qui remet en avant le mariage et la fidélité à une époque où ces valeurs peuvent paraître à contre-courant[2].

Le roman est également diffusé dans les pays anglophones, notamment aux États-Unis chez St. Martin's Press en 1994. À l'occasion de cette édition, Kirkus Reviews salue une œuvre originale et inventive, tout en relevant le comportement de plus en plus extravagant de son narrateur[7]. Publishers Weekly apprécie pour sa part l'humour et l'énergie du récit, mais estime que cette fable opposant la passion à l'habitude devrait moins séduire les lecteurs américains que le public français[8].

Adaptation et postérité

Adaptation cinématographique

Alexandre Jardin adapte lui-même son roman pour le cinéma dans Fanfan, une comédie romantique sortie en France le 16 juin 1993. Sophie Marceau y interprète Fanfan, Vincent Pérez Alexandre et Marine Delterme Laure. Le film reprend le dilemme du protagoniste, partagé entre la perspective d'un mariage rassurant et une passion qu'il redoute de voir s'éteindre[9].

Le roman est par ailleurs présent dans Clara et moi (2004) d'Arnaud Viard : Clara, interprétée par Julie Gayet, lit Fanfan et son compagnon jette l'ouvrage par la fenêtre lors d'une dispute[10].

Suite romanesque

En septembre 2009, Alexandre Jardin publie chez Grasset Quinze ans après, qui retrouve les deux protagonistes après une longue séparation. Les positions s'y sont inversées : Alexandre cherche désormais à faire vivre la passion dans le mariage et la durée, tandis que Fanfan, marquée par deux unions malheureuses, redoute un nouvel engagement[3].

Cette suite revient sur la fin apparemment heureuse de Fanfan : malgré l'épilogue du premier livre, les personnages ne se sont finalement pas mariés. Dans un entretien publié en octobre 2009, Alexandre Jardin explique qu'il interprète désormais cette conclusion comme une formule de conte de fées plutôt que comme une garantie de bonheur durable. Il y prend également ses distances avec l'idéal des commencements amoureux défendu dans son roman de jeunesse, au profit d'une passion capable de se renouveler au quotidien[11].

Notes et références

  1. ↑ « Prix littéraire Femina : Alexandre Jardin pour Le Zèbre, un vrai « pro » », Le Monde, 22 novembre 1988.
  2. ↑ 2,0 et 2,1 « Jardin public », Le Monde, 24 août 1990.
  3. ↑ 3,0 et 3,1 « Quinze ans après », Éditions Grasset, 30 septembre 2009.
  4. ↑ 4,0 4,1 et 4,2 Gourvennec, « Fanfan », dans Jean-Pierre de Beaumarchais et Daniel Couty (dir.), Dictionnaire des œuvres littéraires de langue française, Bordas, 1994, texte reproduit sur Interlettre.
  5. ↑ « Fanfan : roman, Alexandre Jardin », notice bibliographique, MonaLira.
  6. ↑ « Fanfan », Cercle Gallimard de l'enseignement, fiche de l'édition « Folio », 5 mai 1992.
  7. ↑ « Fanfan », Kirkus Reviews, numéro du 1er mai 1994.
  8. ↑ « Fanfan », Publishers Weekly, 4 juillet 1994.
  9. ↑ « Fanfan », AlloCiné, fiche du film.
  10. ↑ Boubakar, « Etmoi, et moi, et moi... », SensCritique, 21 juillet 2019.
  11. ↑ Christelle, « Alexandre Jardin s'actualise », Clair de plume, 19 octobre 2009.

Article publié sur Wikimonde Plus

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