Giuseppe Rotelli

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Giuseppe Rotelli
Naissance
Pavie, Italie
Décès (à 68 ans)
San Donato Milanese, Italie
Nationalité Italienne
Profession
Entrepreneur, juriste, enseignant universitaire
Formation
Université de Pavie
Descendants

Giuseppe Rotelli, né le 30 mars 1945 à Pavie et mort le 28 juin 2013 à San Donato Milanese, est un entrepreneur et juriste italien, principalement actif dans le secteur hospitalier privé et dans l'édition.

Après avoir travaillé dans le droit et la planification sanitaire, il reprend en 1980 la direction des établissements hospitaliers de sa famille. Sous son impulsion, le Gruppo San Donato devient l'un des principaux groupes de santé privés d'Italie, notamment grâce à l'acquisition de plusieurs cliniques lombardes et de l'hôpital San Raffaele de Milan en 2012. Parallèlement, il investit dans les médias et devient l'un des principaux actionnaires de RCS MediaGroup, éditeur du Corriere della Sera, dont il occupe la vice-présidence à partir de 2012[1],[2].

Formation et activités juridiques

Giuseppe Rotelli grandit à Pavie dans une famille déjà engagée dans le secteur de la santé. Son père, Luigi Rotelli, est médecin et participe en 1957 à la création de l'Istituto di Cura Città di Pavia. Il est également à l'origine du Policlinico San Donato, établissement implanté aux portes de Milan à la fin des années 1960[3].

Giuseppe Rotelli étudie le droit à l'université de Pavie, où il obtient son diplôme en 1969, puis commence une carrière universitaire à Turin. Il se spécialise dans le droit administratif et l'organisation des services de santé. Dès 1972, sous la présidence de Piero Bassetti, il rejoint le premier groupe de spécialistes chargé de constituer le service juridique de la région de Lombardie. Il participe notamment à l'élaboration du plan hospitalier régional adopté en 1974, puis à plusieurs travaux de planification sanitaire[4].

Au cours des années suivantes, il préside à deux reprises le comité régional de programmation sanitaire. À partir de 1984, il coordonne également un groupe d'universitaires chargé de préparer un projet de plan sanitaire pour la Lombardie. Son activité de juriste se poursuit dans l'enseignement supérieur : nommé professeur associé en 1983, il enseigne l'organisation et la législation sanitaires à la faculté de médecine de l'université de Milan. Il préside par ailleurs, de 1980 à 1993, l'Istituto per la Scienza dell'Amministrazione Pubblica, organisme de recherche consacré à l'administration publique[4].

Développement du groupe San Donato

Le Policlinico San Donato, l'un des établissements historiques du groupe hospitalier familial.

En 1980, la maladie de son père conduit Giuseppe Rotelli à prendre la direction des activités hospitalières familiales. Il délaisse alors l'essentiel de sa carrière juridique pour se consacrer à la gestion et à l'expansion des établissements. Autour du Policlinico San Donato et de la clinique Città di Pavia, il développe progressivement un réseau d'hôpitaux privés, principalement en Lombardie[1].

Cette croissance s'inscrit dans les transformations du système de santé régional. Dans les années 1990, la Lombardie, dirigée par Roberto Formigoni à partir de 1995, réforme le financement des soins en accordant une place accrue aux établissements privés accrédités. Ceux-ci peuvent recevoir des remboursements publics pour les prestations dispensées aux patients dans le cadre du service sanitaire régional. Rotelli participe aux travaux d'experts préparant cette réforme, après avoir déjà contribué aux politiques sanitaires régionales au cours des décennies précédentes[5].

Une étape importante est franchie en 2000 avec le rachat de cinq établissements appartenant au groupe hospitalier de l'entrepreneur Antonino Ligresti. L'opération permet notamment d'intégrer l'Istituto Ortopedico Galeazzi, spécialisé dans l'orthopédie, et la maison de soins La Madonnina, à Milan. Le groupe étend ainsi ses activités dans plusieurs spécialités médicales, tout en développant des établissements consacrés aux soins, à la recherche clinique et à l'enseignement[1].

À la fin de la vie de Giuseppe Rotelli, le réseau historique San Donato compte dix-huit établissements, dont dix-sept en Lombardie et un à Bologne. Il représente alors près de 4 000 lits et plus de 9 000 salariés. Deux de ses établissements disposent du statut italien d'institut d'hospitalisation et de soins à caractère scientifique, qui associe activité clinique et recherche. La très grande majorité des lits relève du système d'accréditation permettant la prise en charge des soins par le service sanitaire public[6].

Financement public et enquêtes

Le poids pris par le groupe San Donato dans l'hospitalisation lombarde suscite des interrogations sur les relations entre le secteur privé et les autorités publiques. Dans une enquête publiée en 2012, L'Espresso souligne notamment l'importance des remboursements régionaux dans son activité : ceux-ci auraient représenté environ 5,5 milliards d'euros entre 2001 et 2010. Le magazine examine également les liens entre les anciennes fonctions de conseil de Rotelli, sa participation aux réformes sanitaires et la croissance de ses établissements. Ces éléments alimentent un débat plus large sur le financement et le contrôle des hôpitaux privés accrédités[5].

Les pratiques de remboursement de trois établissements du groupe, le Policlinico San Donato, le Galeazzi et l'Istituto Clinico Sant'Ambrogio, font également l'objet d'une enquête judiciaire ouverte en 2007. Les investigations portent sur des soupçons de facturation excessive de prestations hospitalières. En janvier 2011, le parquet de Milan demande le classement de la procédure, estimant les preuves insuffisantes pour soutenir une accusation devant un tribunal[7].

Le classement est finalement prononcé en juin 2013. Le juge relève qu'il n'est plus possible de distinguer avec certitude les erreurs documentaires d'éventuelles irrégularités et que le temps écoulé empêche désormais d'établir les faits, notamment en raison de la prescription. La procédure s'achève ainsi sans renvoi des personnes concernées devant une juridiction de jugement[8].

Acquisition de l'hôpital San Raffaele

L'hôpital San Raffaele de Milan, acquis par le groupe San Donato en 2012.

L'acquisition de l'hôpital San Raffaele de Milan constitue la dernière grande opération de Giuseppe Rotelli. Fondé par le prêtre Luigi Verzé, cet établissement hospitalo-universitaire et centre de recherche traverse une grave crise financière au début des années 2010. L'endettement de l'organisation qui le contrôle atteint alors environ 1,5 milliard d'euros, menaçant la poursuite de ses activités[1].

En janvier 2012, le groupe San Donato remporte la procédure de cession de l'hôpital grâce à une offre de 405 millions d'euros. Il l'emporte notamment sur un projet soutenu par l'Institut pour les œuvres de religion, la banque du Vatican, et l'homme d'affaires Vittorio Malacalza. L'acquisition est finalisée en mai 2012. Giuseppe Rotelli prend la présidence du San Raffaele, tandis que la direction opérationnelle de l'établissement est confiée à une nouvelle équipe[9],[10].

L'intégration du San Raffaele renforce la présence du groupe familial dans la médecine spécialisée et la recherche. En juin 2013, l'ensemble formé par San Donato et San Raffaele représente dix-neuf hôpitaux, plus de 5 000 lits, environ 15 000 salariés et un chiffre d'affaires annuel estimé à 1,4 milliard d'euros. L'essentiel de ces activités demeure concentré en Lombardie[6].

Investissements dans l'édition et RCS MediaGroup

Parallèlement à son activité hospitalière, Giuseppe Rotelli manifeste un intérêt durable pour l'édition et les médias. Dans les années 1990, il investit notamment dans La Voce, le journal fondé par Indro Montanelli après son départ du quotidien Il Giornale. Il s'intéresse également à plusieurs médias locaux, notamment à des chaînes de télévision lombardes[1],[4].

Son investissement le plus important dans ce secteur concerne RCS MediaGroup, groupe de presse qui possède notamment le Corriere della Sera. En 2006, il entre au capital de l'entreprise, principalement par l'intermédiaire de sa société familiale Pandette. Il accroît progressivement sa participation et entre au conseil d'administration de RCS en décembre 2010. En 2012, après de nouvelles acquisitions d'actions, il détient environ 16,5 % du capital, devenant le principal actionnaire individuel du groupe. Cette position ne lui donne toutefois pas le contrôle de l'entreprise, dont une part importante des droits de vote reste réunie au sein d'un pacte associant plusieurs actionnaires historiques[5],[11].

Le 2 mai 2012, le conseil d'administration de RCS MediaGroup le nomme vice-président, aux côtés de Roland Berger, sous la présidence d'Angelo Provasoli[2]. Sa double position de dirigeant hospitalier et d'actionnaire d'un grand quotidien national suscite des interrogations dans la presse sur l'influence qu'il pourrait chercher à exercer. Giuseppe Rotelli affirme pour sa part vouloir investir dans le métier d'éditeur plutôt qu'utiliser le journal pour défendre ses intérêts économiques[5].

Son engagement dans RCS se réduit cependant peu avant sa mort. Il choisit de ne pas participer à l'augmentation de capital lancée en 2013 pour soutenir le groupe de presse, en difficulté financière. La dilution qui en résulte ramène sa participation à environ 4,15 % du capital[11].

Décès et succession

Giuseppe Rotelli meurt le 28 juin 2013, à l'âge de 68 ans, au Policlinico San Donato. Il était atteint depuis plus de deux ans d'une maladie dont la nature n'a pas été rendue publique. Il laisse son épouse, Gilda Maria Cristina Gastaldi, et leurs trois enfants, Paolo, Marco et Giulia[3].

Son patrimoine entrepreneurial demeure sous contrôle familial. D'après son testament, rendu public en août 2013, ses trois enfants sont institués héritiers à parts égales. Des participations dans la société de tête du groupe hospitalier leur avaient déjà été transférées avant son décès. Son fils Paolo Rotelli, engagé dans l'entreprise familiale, prend ensuite une place croissante dans la direction du groupe San Donato[12],[1].

En 2017, la faculté de philosophie de l'université Vita-Salute San Raffaele inaugure une chaire de conférences à la mémoire de Giuseppe Rotelli. Celle-ci accueille des chercheurs internationaux autour de questions philosophiques et sociales et soutient également des travaux de recherche postdoctorale[13].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 et 1,5 (it) « È morto Giuseppe Rotelli, re della sanità con il debole per l'editoria », sur Il Sole 24 Ore,
  2. ↑ 2,0 et 2,1 (it) « Assemblea degli Azionisti e Consiglio di Amministrazione », sur RCS MediaGroup,
  3. ↑ 3,0 et 3,1 (it) « È morto Giuseppe Rotelli, patron del gruppo San Donato », sur La Provincia Pavese,
  4. ↑ 4,0 4,1 et 4,2 (it) « Rotelli spera nelle liti in Rcs per entrare nel salotto «buono» », sur Il Tempo,
  5. ↑ 5,0 5,1 5,2 et 5,3 (it) Luca Piana et Michele Sasso, « Nuovi potenti: chi è Rotelli », sur L'Espresso,
  6. ↑ 6,0 et 6,1 (it) « L'impero della sanità di Giuseppe Rotelli », sur Il Sole 24 Ore,
  7. ↑ (it) Giuseppe Guastella, «Ospedale San Donato, nessuna truffa», sur Corriere della Sera,
  8. ↑ (it) « Non truccarono i dati clinici: prosciolti dopo 6 anni », sur il Giornale,
  9. ↑ (it) « Ior e Malacalza non rilanciano. Il San Raffaele passa a Rotelli », sur la Repubblica,
  10. ↑ (it) « San Raffaele, Rotelli ufficializza l'acquisto dell'ospedale », sur Il Giorno,
  11. ↑ 11,0 et 11,1 (it) « È morto Giuseppe Rotelli. Il re della sanità lombarda », sur la Repubblica,
  12. ↑ (it) « Giuseppe Rotelli, ecco il testamento », sur FIRSTonline,
  13. ↑ (it) « Cattedra Rotelli », sur Università Vita-Salute San Raffaele

Article publié sur Wikimonde Plus