Inexistence des ovnis

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L’inexistence des ovnis est une thèse sceptique selon laquelle les observations d’objets volants non identifiés (ovnis) ne démontrent pas l’existence d’une catégorie d’engins inconnus, et notamment de véhicules d’origine extraterrestre. Elle se distingue de l’affirmation selon laquelle les observations elles-mêmes seraient fictives : des personnes peuvent voir un phénomène réel sans parvenir à l’identifier, tandis que certains témoignages résultent d’erreurs de perception ou de fabrications.

L’expression est néanmoins ambiguë. Un « objet volant non identifié » est, au sens descriptif, un objet ou un phénomène aérien dont la nature n’a pas été déterminée à un moment donné. Son existence comme observation non élucidée n’implique donc ni celle d’un engin extraordinaire, ni celle d’une méprise. En France, les autorités emploient aussi le terme de phénomène aérospatial non identifié (PAN) ; aux États-Unis, celui de unidentified anomalous phenomenon (UAP) s’est imposé dans les enquêtes récentes[1],[2].

La position sceptique repose principalement sur la recherche d’explications ordinaires, l’examen critique des témoignages et l’absence de preuve publiquement vérifiable d’une technologie extraterrestre. Elle a donné lieu à des études historiques, physiques et psychosociologiques, mais aussi à des polémiques sur la qualité des enquêtes et sur la manière de traiter les observations restées inexpliquées.

Définition et portée de la thèse

La question de l’existence des ovnis comporte plusieurs propositions distinctes. Des phénomènes aériens mal identifiés sont observés et signalés ; certains restent inexpliqués à l’issue des investigations. En revanche, l’idée que ces observations correspondraient à des engins d’origine non humaine est une hypothèse supplémentaire, qui demande des éléments de preuve propres. Confondre ces trois niveaux conduit à présenter comme incompatibles des constats qui ne le sont pas : reconnaître un cas non élucidé n’oblige pas à lui attribuer une origine extraterrestre, et rejeter cette attribution ne revient pas à nier l’observation[1].

Le caractère « non identifié » dépend également des informations disponibles. Une lumière aperçue brièvement dans le ciel peut demeurer impossible à identifier si sa direction, son altitude ou l’heure de l’observation sont mal connues. Elle n’appartient pas pour autant à une catégorie d’objets intrinsèquement impossibles à identifier. Inversement, l’absence d’identification, même après une enquête sérieuse, doit être reconnue comme telle : elle ne permet pas de choisir arbitrairement une explication.

Dans le débat public, l’inexistence des ovnis désigne donc surtout le refus de considérer les cas inexpliqués comme la démonstration de visites extraterrestres. Cette approche n’exclut pas, en principe, la découverte de phénomènes physiques inconnus ou l’existence de vie ailleurs dans l’Univers. La recherche de cette vie, notamment par l’astrobiologie et la recherche de technosignatures, poursuit d’autres programmes scientifiques et ne constitue pas une validation des récits de soucoupes volantes[3].

Origines et développement de la critique

Les récits de « soucoupes volantes » se multiplient à partir de 1947, dans un contexte d’essor de l’aviation, de la guerre froide et de développement de l’imaginaire spatial. Dès les premières années, plusieurs scientifiques s’interrogent sur la manière dont des objets familiers peuvent produire des descriptions déconcertantes.

L’astronome américain Donald Menzel figure parmi les principaux critiques de l’interprétation extraterrestre. Dans Flying Saucers (1953), puis dans The World of Flying Saucers (1963), écrit avec Lyle G. Boyd, il examine le rôle des phénomènes atmosphériques, astronomiques et perceptifs. Sa démarche n’équivaut pas à affirmer que les témoins ne voient rien : elle consiste à distinguer la réalité d’une observation de l’explication qui lui est donnée[4].

En France, l’ufologue Michel Monnerie, notamment dans Et si les ovnis n’existaient pas ? (1977), défend l’idée que de nombreux récits peuvent naître d’une interprétation insolite d’événements ordinaires. Ses travaux participent au développement du modèle sociopsychologique du phénomène ovni, qui étudie le rôle des attentes, des représentations collectives et des conditions du témoignage. Ce modèle ne suppose pas que tous les témoins mentent ou souffrent de troubles psychiques : une méprise peut être sincère et cohérente avec les connaissances du témoin[5].

L’analyse critique s’est ensuite diversifiée. Certains auteurs privilégient la recherche de causes physiques, comme les astres, les météores, les avions ou les ballons. D’autres examinent les mécanismes de la mémoire, la diffusion médiatique des récits et l’influence des croyances. Ces approches ne constituent pas une explication unique de tous les signalements, mais un ensemble de méthodes permettant de tester plusieurs hypothèses.

Les problèmes de preuve et d'interprétation

Témoignages et erreurs d'identification

Le témoignage humain reste une source importante dans l’histoire des ovnis. Il peut signaler un événement qui mérite une enquête, mais ne constitue pas à lui seul une mesure précise de la distance, de la taille ou de la vitesse d’un objet. La perception de ces grandeurs dépend de repères souvent absents dans le ciel nocturne. Un point lumineux dont la distance est inconnue peut paraître se déplacer très rapidement ; un changement d’orientation de l’observateur peut être interprété comme une accélération de l’objet.

Les investigations identifient ainsi des planètes, des étoiles brillantes, des météores, des rentrées atmosphériques, des ballons, des aéronefs et des phénomènes optiques. Les satellites et leurs reflets solaires sont devenus des sources supplémentaires de confusions. Ces explications ne sont pas interchangeables : chacune doit être confrontée à l’heure, au lieu, aux conditions météorologiques et aux caractéristiques du témoignage[2],[6].

La sincérité d’un témoin et l’exactitude de son interprétation sont deux questions différentes. Les souvenirs peuvent également se modifier lorsqu’un événement est raconté à plusieurs reprises, discuté entre témoins ou intégré à un récit médiatique. À l’inverse, une divergence entre témoignages ne démontre pas nécessairement qu’aucun phénomène n’a eu lieu. Elle souligne surtout l’intérêt de recueillir rapidement des descriptions indépendantes.

Images, radars et traces matérielles

Les photographies, les vidéos et les données radar offrent des moyens de contrôle, mais ne dispensent pas d’une analyse technique. Une image isolée ne donne pas toujours la distance ni les dimensions de l’objet filmé. Le déplacement apparent peut résulter du mouvement de la caméra, de la perspective ou de la parallaxe. Des reflets, des artefacts de traitement et des erreurs d’interprétation des systèmes de détection peuvent également produire des anomalies. Le rapport remis à la NASA en 2023 insiste sur la nécessité de connaître les caractéristiques des instruments, leurs conditions d’utilisation et les métadonnées des enregistrements[1].

Un écho radar ne suffit pas non plus, à lui seul, à établir l’existence d’un appareil aux performances extraordinaires. Il faut notamment distinguer une piste continue de détections intermittentes, vérifier les risques de parasites et comparer les données de capteurs indépendants. Lorsqu’un témoignage, une vidéo et un radar concernent le même événement, leur rapprochement peut renforcer l’enquête, à condition que leur concordance temporelle et spatiale soit démontrée.

L’absence de débris ou d’engin extraterrestre accessible à une expertise indépendante ne prouve pas, par un raisonnement logique, qu’aucune visite n’a jamais eu lieu. Elle interdit cependant de présenter une telle visite comme un fait établi. Une preuve matérielle convaincante supposerait notamment une origine documentée, une conservation contrôlée et des analyses reproductibles. Les affirmations relatives à des appareils récupérés ou à des programmes secrets de rétro-ingénierie n’ont pas reçu, dans l’examen historique publié par le département américain de la Défense en 2024, de confirmation vérifiable[7].

Hypothèse extraterrestre et réfutabilité

L’hypothèse extraterrestre ne peut être validée par le seul constat qu’un phénomène n’a pas été expliqué. En méthode scientifique, une hypothèse doit conduire à des prédictions ou à des recherches susceptibles de la départager d’autres explications. La découverte d’un appareil présentant des caractéristiques non terrestres, avec une provenance et des analyses vérifiables, serait un élément d’une autre nature qu’un récit dont l’objet n’a pu être identifié.

Certaines versions de l’hypothèse deviennent difficiles à mettre à l’épreuve lorsqu’elles supposent que les visiteurs dissimulent systématiquement leurs activités, manipulent toutes les observations ou empêchent toute vérification. Ce problème relève de la réfutabilité des propositions formulées, et non d’une impossibilité générale d’étudier scientifiquement la vie extraterrestre. De même, l’absence d’observations confirmées par des télescopes ou de signaux de communication attribués à des visiteurs n’autorise pas à déduire comment une civilisation hypothétique devrait se comporter.

La critique sceptique vise donc d’abord la disproportion entre certaines conclusions et les preuves disponibles. Elle ne justifie ni de déclarer d’avance tous les dossiers résolus, ni de considérer l’absence actuelle de preuve comme une démonstration absolue d’inexistence.

Les résultats des grandes enquêtes

Le projet Blue Book

Rapport du projet américain Blue Book, consacré à l’examen de signalements d’ovnis.

Le projet Blue Book est conduit par l’armée de l’air américaine de 1952 à 1969, dans la continuité d’investigations commencées en 1947. Elle réunit des milliers de signalements, évalués notamment en vue de déterminer s’ils représentent une menace pour la sécurité nationale ou révèlent des techniques aéronautiques inconnues.

Selon le bilan officiel de l’armée de l’air, les enquêtes menées de 1947 à 1969 portent sur 12 618 observations, dont 701 sont classées non identifiées. La conclusion institutionnelle est qu’aucune des observations examinées ne démontre l’existence de techniques dépassant les connaissances scientifiques de l’époque ni celle de véhicules extraterrestres. Le projet prend fin en décembre 1969[8].

Ces chiffres ne signifient pas que les 701 observations restantes auraient été démontrées extraordinaires. Leur classement indique que les informations réunies n’ont pas permis de leur attribuer une cause déterminée. Il serait toutefois tout aussi inexact de convertir cette incertitude en une explication certaine pour chacune d’elles. Les critères de classement, la disponibilité des données et les objectifs militaires du projet doivent être pris en compte dans l’interprétation de ses résultats.

Le rapport Condon

À la demande de l’armée de l’air, l’université du Colorado mène à partir de 1966 une étude scientifique dirigée par le physicien Edward Condon. Son rapport, Scientific Study of Unidentified Flying Objects, paraît en 1968 et est diffusé en librairie en 1969. Il comprend notamment l’examen détaillé de 59 cas et des études sur les questions physiques, psychologiques et sociologiques soulevées par les observations[9].

Le rapport conclut que les recherches sur les ovnis conduites pendant les deux décennies précédentes ont peu apporté à la connaissance scientifique et qu’un programme général d’études supplémentaires ne paraît pas justifié par les résultats disponibles. Ces conclusions ont joué un rôle important dans l’arrêt du projet Blue Book[9].

L’étude a néanmoins suscité des critiques, notamment de la part de l’astronome J. Allen Hynek, qui conteste certaines analyses de cas et la portée de conclusions générales tirées d’un ensemble hétérogène. Ce débat ne suffit pas à établir que le rapport aurait été falsifié : il porte sur les méthodes, le choix des dossiers et l’évaluation du travail réalisé. L’existence de ces critiques rappelle qu’une conclusion institutionnelle peut être discutée sans que l’hypothèse extraterrestre soit pour autant démontrée[10].

Les enquêtes françaises du GEIPAN

En France, le GEIPAN, service du Centre national d'études spatiales, reçoit et analyse des signalements de phénomènes aérospatiaux non identifiés. Son classement distingue les phénomènes identifiés (catégorie A), probablement identifiés (B), non identifiés faute de données suffisantes (C) et ceux qui demeurent non identifiés malgré une enquête (D). La dernière catégorie n’est pas définie comme celle des engins extraterrestres[2].

Les statistiques publiées sur son site en août 2026 recensent 3 381 cas, dont 950 en catégorie A, 1 310 en B, 1 015 en C et 106 en D. La part relativement faible des cas D, proche de 3 %, doit être lue avec prudence : ce sont des dossiers publiés et classés selon les critères du service, non un échantillon représentatif de tous les événements aériens. Les cas de catégorie C illustrent aussi une difficulté fondamentale : faute de renseignements suffisants, certaines observations ne peuvent ni être expliquées de manière fiable ni servir à établir une origine exceptionnelle[2].

Cette méthode distingue explicitement la qualité d’un dossier de son degré d’étrangeté apparent. Elle privilégie les recoupements, les données environnementales et les investigations plutôt qu’une décision fondée sur la seule crédibilité personnelle du témoin.

Les enquêtes américaines récentes et la NASA

La multiplication des vidéos militaires diffusées dans les années 2010 et 2020 a relancé l’intérêt officiel pour les phénomènes non identifiés, notamment lorsqu’ils surviennent dans des espaces aériens sensibles. Elle a également conduit à distinguer plusieurs enjeux : l’identification des objets, la sécurité aérienne, la surveillance d’éventuelles technologies étrangères et la recherche, beaucoup plus spéculative, d’une origine extraterrestre.

En septembre 2023, une équipe d’étude indépendante réunie par la NASA constate qu’aucune preuve scientifique concluante, évaluée par les pairs, ne permet d’attribuer les UAP à une origine extraterrestre. Elle souligne surtout la mauvaise qualité de nombreuses données et recommande une collecte systématique, des instruments correctement étalonnés ainsi que des analyses transparentes. Le rapport relève aussi que la stigmatisation des témoins peut décourager les signalements utiles[1].

Aux États-Unis, l’All-domain Anomaly Resolution Office (AARO), organisme du département de la Défense, analyse les rapports concernant les espaces aériens, maritimes et spatiaux. Son examen historique de mars 2024 ne trouve pas de preuve vérifiable étayant les récits de programmes gouvernementaux de récupération ou de reproduction de véhicules extraterrestres. Il reconnaît parallèlement que les observations doivent continuer à être examinées, notamment lorsqu’elles touchent à la sécurité des opérations[7].

Le rapport annuel de l’AARO portant sur l’exercice 2025, rendu public en juillet 2026, fait état de 319 nouveaux signalements reçus pendant sa période de référence. Il indique que 114 de ces nouveaux dossiers ont reçu une explication ordinaire ; 256 dossiers plus anciens ont également été résolus durant la même période. Il fait état de 191 dossiers archivés faute de données suffisantes et de neuf dossiers demandant une analyse complémentaire. Ces chiffres se rapportent à des ensembles et à des stades de traitement différents : ils ne constituent donc pas un taux unique d’identification applicable à tous les signalements[6],[11].

Le maintien de dossiers ouverts ne confirme aucune origine déterminée. Mais l’étude de ces événements conserve un intérêt pratique : même lorsqu’une anomalie s’explique finalement par un ballon, un drone, un aéronef ou un défaut de capteur, son identification peut contribuer à la connaissance de l’environnement aérien et à la sécurité des vols.

Cas emblématiques et controverses

La vague belge de 1989 à 1991

La vague belge d'ovnis commence à la fin de novembre 1989, avec des témoignages recueillis notamment dans l’est de la Belgique. De nombreux observateurs décrivent des lumières disposées en triangle, parfois attribuées à de grands appareils silencieux évoluant lentement. La Société belge d'étude des phénomènes spatiaux (SOBEPS) mène des enquêtes et publie deux volumes consacrés à cet épisode, en 1991 et 1994[12].

L’affaire ne se réduit pas à une série d’observations isolées. La presse, les enquêtes associatives et les déclarations officielles contribuent à mettre en relation des événements parfois différents. En octobre 1991, dix scientifiques belges contestent publiquement l’idée, entretenue par certains commentaires médiatiques, qu’une preuve de visite extraterrestre serait sur le point d’être obtenue. Ils ne nient pas la nécessité d’examiner les signalements, mais refusent que le caractère inexpliqué de certains d’entre eux soit présenté comme une démonstration[13].

Le physicien Pierre Magain et Marc Rémy critiquent en 1993 la portée des résultats avancés, considérant que les moyens d’enquête déjà mobilisés, y compris l’assistance de militaires, n’ont pas produit de preuve physique d’un phénomène nouveau. L’astronome amateur et auteur sceptique Marc Hallet examine également la manière dont certains signalements ont été sélectionnés, interprétés et présentés au public[14],[15].

Les divergences entre témoins constituent l’un des points discutés. Dans un dossier publié par la SOBEPS sous le titre « Triangle et Pentagone », deux observatrices, désignées comme Mme Robert et Mme Morales, décrivent différemment certains aspects d’un événement observé ensemble. Ces écarts montrent les limites de la reconstitution d’un phénomène à partir des seuls souvenirs, sans permettre à eux seuls d’affirmer avec certitude ce qui a été vu[16].

La nuit du 30 au 31 mars 1990, deux avions de chasse F-16 belges décollent pour examiner des détections radar. L'épisode est souvent invoqué comme un cas de corroboration instrumentale. Les analyses sceptiques font cependant valoir que les pistes attribuées aux objets ne sont pas suffisamment corroborées par d’autres observations concordantes et qu’elles peuvent résulter de caractéristiques des systèmes radar. La signification exacte de ces enregistrements a fait l’objet de débats ; ils n’ont pas permis d’établir qu’un engin extraterrestre avait été détecté[17].

L’image la plus connue de la vague, la photographie prise en avril 1990 dite de Petit-Rechain, semblait montrer un objet triangulaire porteur de lumières. En juillet 2011, son auteur, Patrick Maréchal, reconnaît avoir photographié une maquette fabriquée notamment avec du polystyrène et des lampes. Ce trucage retire toute valeur probante à la photographie, mais ne permet pas de déclarer frauduleux l’ensemble des témoignages recueillis pendant la vague[18].

Plusieurs explications ont été proposées pour certains signalements, notamment des avions conventionnels, des phénomènes astronomiques ou, à titre d’hypothèse, des appareils militaires furtifs tels que le F-117. Le contexte de la fin de la guerre froide rend cette dernière conjecture compréhensible, mais ne prouve pas que des appareils secrets aient effectivement provoqué les observations belges. La vague demeure ainsi un exemple de la difficulté à départager des témoignages sincères, des identifications proposées après coup et des documents dont la fiabilité est variable[17],[19].

Roswell et le film de la prétendue autopsie

L’affaire de Roswell, née en 1947 à la suite de la découverte de débris près de Roswell, au Nouveau-Mexique, occupe une place majeure dans les récits de récupération d’un engin extraterrestre. Les enquêtes officielles américaines ont établi un lien entre les débris et le projet Mogul, programme de ballons destiné à la détection acoustique des essais nucléaires soviétiques. Cette conclusion n’a pas fait disparaître les controverses, mais aucun élément matériel publiquement authentifié n’a démontré l’origine extraterrestre des débris[20].

En 1995, la diffusion d’un film présenté comme l’autopsie d’un être extraterrestre alimente cette controverse. En France, Jacques Pradel consacre une émission de TF1 à ces images. Le film, associé au producteur Ray Santilli, est ensuite reconnu comme une reconstitution fabriquée. Il ne s’agit ni d’une autopsie authentifiée, ni d’une preuve matérielle de l’existence d’occupants extraterrestres. L’épisode illustre la manière dont un document spectaculaire, diffusé avant toute vérification indépendante concluante, peut influencer durablement la perception d’une affaire[21].

Les récits de complot et de dissimulation gouvernementale constituent un aspect important de la réception de Roswell. Le secret entourant des programmes militaires réels a pu nourrir la méfiance à l’égard des explications officielles. Toutefois, l’existence de programmes classifiés et la possibilité d’erreurs administratives ne suffisent pas à attester la récupération de corps ou de véhicules non humains[20],[7].

Dimensions culturelles et sociales

Le psychologue Carl Gustav Jung aborde les soucoupes volantes dans Un mythe moderne, ouvrage publié à l’origine en 1958. Il s’intéresse à leur portée symbolique et aux représentations collectives qu’elles mobilisent, dans une période marquée par la menace nucléaire et les tensions internationales. Son analyse du phénomène comme mythe contemporain ne doit pas être transformée en une démonstration de l’inexistence physique de tout objet observé : elle porte principalement sur la signification psychologique des récits[22].

Des auteurs sceptiques, parmi lesquels Marc Hallet, rapprochent certaines croyances ufologiques des mécanismes religieux : recours à des êtres supérieurs, attente de révélations et interprétation de faits ambigus au sein d’un récit global. Cette comparaison décrit certaines formes de croyance, mais ne saurait caractériser indistinctement tous les témoins ni tous les chercheurs intéressés par les ovnis. L’ufologie rassemble des démarches hétérogènes, allant de la collecte documentaire aux spéculations les moins vérifiables[15].

L’histoire des ovnis appartient aussi à celle des médias et de la culture populaire. Les caractéristiques prêtées aux objets évoluent avec les innovations techniques et les images disponibles : disques dans l’après-guerre, puis engins triangulaires, lumières inhabituelles ou phénomènes filmés par des instruments militaires. Cette évolution peut orienter les attentes et les descriptions, sans démontrer que chaque observation a une origine culturelle. Les recherches en sciences sociales portent précisément sur l’articulation entre événement observé, interprétation individuelle et circulation publique du récit[17],[5].

La dimension sociale intervient également dans le sens inverse : la crainte du ridicule peut dissuader des pilotes, des personnels militaires ou des témoins ordinaires de signaler un événement. Le rapport de la NASA de 2023 recommande de réduire cette stigmatisation afin d’améliorer la qualité des données recueillies. Une enquête rigoureuse peut ainsi prendre un témoignage au sérieux sans souscrire à l’explication extraordinaire proposée par son auteur[1].

Limites du scepticisme et état des connaissances

Les enquêtes historiques et contemporaines montrent qu’un grand nombre de signalements reçoivent des explications conventionnelles, tandis que d’autres restent indéterminés. Cette situation tient notamment à l’insuffisance des données, à des difficultés de reconstitution ou aux limites des instruments. Aucun de ces constats ne justifie de convertir automatiquement un cas inexpliqué en preuve d’une présence extraterrestre.

La position inverse, consistant à affirmer que toute observation serait nécessairement une méprise ou une fraude, excéderait elle aussi les résultats disponibles. Le raisonnement scientifique demande de conserver la différence entre « non identifié », « identifié comme phénomène connu » et « démontré d’origine exceptionnelle ». Les données nouvelles peuvent conduire à reclasser un cas dans un sens comme dans l’autre, et le bilan des institutions dépend de leurs méthodes et des informations qu’elles reçoivent[2],[1].

À l’heure actuelle, les rapports du GEIPAN, de la NASA et de l’AARO ne fournissent pas de démonstration vérifiable de visites extraterrestres. Ils ne prétendent pas, pour autant, avoir expliqué chaque observation ni avoir tranché la question générale de l’existence de la vie dans l’Univers. La distinction entre ces différentes questions constitue le principal acquis méthodologique du débat sur l’« inexistence des ovnis »[3],[7].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 et 1,5 NASA, NASA Unidentified Anomalous Phenomena Independent Study Team Report, septembre 2023, notamment p. 3-5 et 25-30.
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 et 2,4 GEIPAN, « Statistiques », CNES, données consultées en octobre 2026.
  3. ↑ 3,0 et 3,1 NASA, « Unidentified Anomalous Phenomena: Frequently Asked Questions », site de la NASA, consulté en octobre 2026.
  4. ↑ Donald H. Menzel et Lyle G. Boyd, The World of Flying Saucers: A Scientific Examination of a Major Myth of the Space Age, Doubleday, 1963.
  5. ↑ 5,0 et 5,1 Michel Monnerie, Et si les ovnis n’existaient pas ?, Les Humanoïdes associés, 1977 ; voir également Pierre Kohler, « Les ovnis », Raison présente, no 52, 1979.
  6. ↑ 6,0 et 6,1 All-domain Anomaly Resolution Office (AARO), Fiscal Year 2025 Consolidated Annual Report on Unidentified Anomalous Phenomena, rapport publié le 20 juillet 2026 ; voir aussi la liste officielle des rapports.
  7. ↑ 7,0 7,1 7,2 et 7,3 Département de la Défense des États-Unis, « DOD Report Discounts Sightings of Extraterrestrial Technology », 8 mars 2024, présentant le rapport historique de l’AARO.
  8. ↑ United States Air Force, « Unidentified Flying Objects and Air Force Project Blue Book », fiche historique ; National Archives, « Unidentified Flying Objects: Project BLUE BOOK ».
  9. ↑ 9,0 et 9,1 Edward U. Condon (dir.), Scientific Study of Unidentified Flying Objects, University of Colorado, 1968, édition Bantam Books, 1969 ; université du Colorado, « The Condon Report: CU Boulder’s Historic UFO Study », 5 novembre 2021.
  10. ↑ J. Allen Hynek, « The Condon Report and UFOs », Bulletin of the Atomic Scientists, avril 1969.
  11. ↑ Bureau de la sénatrice Kirsten Gillibrand, « Gillibrand Statement on Release of FY2025 AARO Report », 21 juillet 2026.
  12. ↑ SOBEPS, Vague d’OVNI sur la Belgique : un dossier exceptionnel, 1991 ; Vague d’OVNI sur la Belgique 2 : une énigme non résolue, 1994.
  13. ↑ « OVNI : dix scientifiques belges contestent les conclusions du rapport SOBEPS », La Lanterne, 28 octobre 1991 ; « Polémique intersidérale à la SOBEPS », Le Soir, 30 octobre 1991.
  14. ↑ Pierre Magain et Marc Rémy, « Les OVNI : un sujet de recherche ? », Physicalia Magazine, vol. 15, no 4, 1993, p. 311-318.
  15. ↑ 15,0 et 15,1 Marc Hallet, La Vague OVNI belge ou le triomphe de la désinformation, 1992 ; « La prétendue vague d’OVNI belge », Revue française de parapsychologie, vol. 1, no 1, 1997, p. 5-23.
  16. ↑ Jean-Luc Vertongen, « Triangle et Pentagone », Inforespace, no 79, novembre 1990, reproduction du numéro.
  17. ↑ 17,0 17,1 et 17,2 Jean-Michel Abrassart et Nicolas Gauvrit, « La vague belge d’OVNI : une panique engendrée par les médias ? », Science et pseudo-sciences, no 309, 2014.
  18. ↑ « La photo de l’OVNI de Petit-Rechain était un trucage », Le Monde, 28 juillet 2011.
  19. ↑ André Demoulin, « F-117A : l’hypothèse de l’avion furtif », Ovni-Présence, no 45, janvier 1991.
  20. ↑ 20,0 et 20,1 United States Air Force, The Roswell Report: Fact versus Fiction in the New Mexico Desert, 1995 ; Government Accountability Office, « Government Records: Results of a Search for Records Concerning the 1947 Crash Near Roswell, New Mexico », juillet 1995.
  21. ↑ « Jacques Pradel et le vrai-faux extraterrestre », Le Monde, 22 octobre 1995 ; Peter Bradshaw, « Alien Autopsy », The Guardian, 7 avril 2006.
  22. ↑ Carl Gustav Jung, Ein moderner Mythus: Von Dingen, die am Himmel gesehen werden, 1958 ; traduction française, Un mythe moderne : des « signes du ciel », Gallimard.

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