La Collision

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La Collision
Auteur Paul Gasnier
Pays Drapeau de la France France
Genre Récit d'enquête
Sujet Deuil, responsabilité, déterminismes sociaux
Distinctions Prix Goncourt des détenus 2025
Éditeur Gallimard
Collection Blanche
Lieu de parution Paris
Date de parution
Type de média Livre papier
Nombre de pages 176
ISBN 978-2-07-310122-8

La Collision est un récit d'enquête de Paul Gasnier, publié le 21 août 2025 aux Éditions Gallimard dans la collection « Blanche ». Premier livre du journaliste, il prend pour point de départ la mort de sa mère, renversée à vélo par une moto en 2012 dans le 1er arrondissement de Lyon, puis met en regard le parcours de la victime et celui du jeune conducteur. Le texte mêle récit intime, enquête documentaire et réflexion sur le deuil, la responsabilité individuelle, les déterminismes sociaux et l'usage politique des faits divers[1],[2].

L'ouvrage est retenu dans les deux premières sélections du prix Goncourt 2025, puis parmi les cinq finalistes du prix Goncourt des lycéens. Le 16 décembre 2025, il reçoit le prix Goncourt des détenus[3]. Son succès dépasse le seul cadre des prix littéraires : en octobre 2026, Le Monde indique que le livre s'est écoulé à 100 000 exemplaires[4].

Genèse et enquête

Paul Gasnier présente son ouvrage La Collision dans le cadre de la rentrée littéraire d’automne 2025.

Le fait réel à l'origine du livre se produit le 6 juin 2012 rue Romarin, dans le 1er arrondissement de Lyon. La mère de Paul Gasnier, âgée de 54 ans, est grièvement blessée à vélo lors d'une collision avec une moto et meurt quelques jours plus tard à l'hôpital neurologique où elle avait été admise[5]. Dans le récit, le conducteur est un jeune homme de 18 ans circulant en moto-cross à grande vitesse ; il sera reconnu coupable d'homicide involontaire[2].

Gasnier explique que le projet d'écriture s'est précisé dix ans plus tard, pendant la campagne présidentielle de 2022. Alors qu'il couvre comme journaliste un meeting d'Éric Zemmour, un discours consacré notamment à la délinquance et à l'insécurité lui rappelle les circonstances du drame familial. Il dit avoir alors éprouvé le besoin de reprendre cette histoire par l'enquête, afin d'en restituer la complexité plutôt que de la laisser se réduire à une interprétation politique unique. Zemmour n'est pas nommé dans le livre ; Gasnier indique dans un entretien au Point qu'il s'agissait de lui[6].

Le journaliste reprend contact avec l'avocat de sa famille et obtient le dossier d'instruction, qu'il n'avait jusque-là jamais consulté. Il retrouve ensuite des personnes liées à l'affaire et interroge notamment des magistrats, des avocats, des témoins oculaires, des éducateurs sociaux et des policiers[7]. Le dossier judiciaire fournit au livre une partie de sa matière : pièces médicales, images de vidéosurveillance et retranscriptions d'appels aux services de police et de secours, dont certaines sont intégrées au texte[6].

L'enquête ne comprend toutefois pas d'entretien direct avec le conducteur. Gasnier raconte l'avoir aperçu à l'occasion d'une autre audience judiciaire, sans finalement l'aborder, estimant la rencontre trop difficile sur le plan personnel[6]. Dans l'ouvrage, cet homme est désigné sous le prénom fictif « Saïd », choix confirmé par Livres Hebdo lors de la remise du Goncourt des détenus[8].

Récit

La Collision revient d'abord sur l'accident et ses conséquences pour la famille de l'auteur, mais son dispositif s'élargit rapidement à une enquête sur les trajectoires qui ont précédé le 6 juin 2012. Gasnier reconstitue en parallèle l'histoire de sa mère et celle de « Saïd », deux personnes qui vivent dans la même ville sans se connaître avant que leurs parcours se croisent brutalement. Le récit remonte ainsi vers leurs familles, leurs milieux sociaux et les choix qui ont façonné leurs vies[1].

La mère de l'auteur reste volontairement sans prénom dans le livre. Gasnier présente cette retenue comme un choix de pudeur : il veut évoquer son parcours et ce qu'il permet de raconter des transformations sociales et culturelles de la France, sans livrer davantage d'éléments sur l'intimité familiale[6]. À l'inverse, l'inconnu que représente le conducteur devient le principal objet de l'enquête. Faute de l'interroger lui-même, l'auteur recompose son parcours à partir du dossier judiciaire et des témoignages recueillis au cours de l'enquête[7].

Une place importante est accordée aux Pentes de la Croix-Rousse, où se produit la collision et où a grandi le conducteur. Gasnier explique avoir fini par traiter le quartier presque comme un personnage, en s'intéressant à sa gentrification, aux réseaux de stupéfiants qui y sont implantés et aux tensions politiques locales. Ce déplacement de l'accident vers son environnement permet au récit d'examiner les facteurs sociaux qui entourent le passage à l'acte, sans effacer la responsabilité pénale du conducteur[7].

Écriture et thèmes

Gasnier rattache lui-même La Collision à la « narrative non-fiction », c'est-à-dire à une forme d'enquête journalistique écrite à la première personne dans laquelle le narrateur expose également ses émotions, ses hésitations et le chemin de sa recherche[6]. Le livre alterne donc narration personnelle, scènes reconstituées, entretiens et fragments de documents judiciaires. Cette présence de pièces brutes rappelle que le texte part d'un fait réel tout en assumant le point de vue du fils devenu enquêteur.

Le titre désigne à la fois le choc physique de 2012 et la rencontre forcée entre des trajectoires sociales qui ne se seraient probablement jamais croisées autrement. Dans la revue Mondes & Migrations, Mustapha Harzoune décrit ainsi l'ouvrage comme le récit du « choc de deux réalités françaises » et souligne une écriture journalistique où l'émotion du fils demeure contenue[9].

L'un des fils directeurs du livre réside dans la tension entre responsabilité individuelle et explication sociale. Gasnier ne conteste pas la responsabilité du conducteur dans la mort de sa mère, mais cherche à comprendre ce qui a rendu sa trajectoire possible : environnement familial et urbain, fréquentations, trafic de drogue et rapports aux institutions. Cette démarche ne débouche pas sur une cause unique. L'auteur insiste au contraire, dans ses entretiens, sur la distinction entre comprendre un comportement et l'excuser[6].

À cette interrogation s'ajoute une réflexion sur la manière dont un fait divers devient matière politique. Le livre met en scène le malaise de Gasnier lorsqu'il retrouve des éléments de son histoire dans un discours public sur l'insécurité, puis confronte cette lecture à ce que révèle l'enquête. La critique du Monde relève ainsi que le face-à-face entre les deux trajectoires nourrit une réflexion sur « la responsabilité, la violence et leur récupération politique »[2].

Publication

Gallimard publie La Collision le 21 août 2025 dans sa collection « Blanche ». L'édition originale compte 176 pages et porte l'ISBN (ISBN 978-2-07-310122-8)[1]. L'éditeur classe l'ouvrage parmi les « Romans et récits », tandis que plusieurs critiques le présentent plus précisément comme un récit ou une enquête documentaire.

Une version audio numérique paraît le 3 novembre 2025 dans la collection « Écoutez lire ». D'une durée de quatre heures, elle est lue par l'acteur Pierre Rochefort[10].

Réception

Accueil critique

L'accueil critique met principalement en avant l'équilibre entre enquête et deuil. Dans Télérama, Nathalie Crom salue un récit qu'elle juge à la fois rigoureux et grave[11]. Mustapha Harzoune, dans Mondes & Migrations, insiste de son côté sur le caractère journalistique de l'écriture et sur la discrétion avec laquelle affleurent les émotions de l'auteur[9].

Dans Le Monde, Amaury da Cunha relève le « sens de la nuance » et la rigueur journalistique de l'ensemble, tout en formulant une réserve littéraire : selon lui, le récit manque parfois de souffle et la voix proprement écrivaine de Gasnier aurait pu être davantage affirmée[2]. Cette réception illustre la position hybride de l'ouvrage, lu à la fois comme témoignage personnel, travail journalistique et œuvre littéraire.

Diffusion et prix

Le livre trouve rapidement un large public lors de la rentrée littéraire 2025. Dans son bilan consacré aux primo-romanciers, Livres Hebdo le place en tête des ventes de cette catégorie avec 34 721 exemplaires comptabilisés à la fin d'octobre 2025[12]. Un an après sa parution, Le Monde fait état de 100 000 exemplaires vendus[4].

Sur le plan des récompenses, La Collision figure dans la première puis dans la deuxième sélection du prix Goncourt 2025, sans figurer dans la troisième sélection[13]. Il atteint ensuite la liste des cinq finalistes du prix Goncourt des lycéens[14]. Le 16 décembre, les délégués nationaux du prix lui attribuent le Goncourt des détenus 2025, après plus de trois mois de lecture des quinze titres issus de la première sélection du Goncourt et des rencontres avec les auteurs dans les établissements pénitentiaires partenaires[3].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 et 1,2 « La collision », sur Cercle Gallimard de l'enseignement, Gallimard (consulté le ).
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 Amaury da Cunha, « Récit. « La Collision », de Paul Gasnier », sur Le Monde, (consulté le ).
  3. ↑ 3,0 et 3,1 « Paul Gasnier, lauréat du Prix Goncourt des détenus 2025 pour « La collision » », sur Centre national du livre, (consulté le ).
  4. ↑ 4,0 et 4,1 Clémentine Goldszal, « L'aventure éditoriale de « Lettre Zola », entre journalisme et littérature », sur Le Monde, (consulté le ).
  5. ↑ « Lyon 1er : la cycliste percutée par une moto n'a pas survécu à ses blessures », sur Le Progrès, (consulté le ).
  6. ↑ 6,0 6,1 6,2 6,3 6,4 et 6,5 David Doucet et Mathilde Gardin, « « La Collision » : Paul Gasnier explore le drame qui a coûté la vie à sa mère », sur Le Point, (consulté le ).
  7. ↑ 7,0 7,1 et 7,2 Elise Martin, « « Je refuse que l'extrême droite parle à ma place », affirme Paul Gasnier dans « La Collision », nommé au Goncourt », sur 20 Minutes, (consulté le ).
  8. ↑ Louise Ageorges, « Paul Gasnier à la remise du Goncourt des détenus : « La vie et le réel sont complexes et nuancés » », sur Livres Hebdo, (consulté le ).
  9. ↑ 9,0 et 9,1 Mustapha Harzoune, « Paul Gasnier, « La collision » », sur Palais de la Porte Dorée, Mondes & Migrations, (consulté le ).
  10. ↑ « La collision », sur Cercle Gallimard de l'enseignement, Gallimard (consulté le ).
  11. ↑ Nathalie Crom, « « La Collision », de Paul Gasnier : vous n'aurez pas ma haine », sur Télérama, (consulté le ).
  12. ↑ Lora Lemaréchal et Charles Knappek, « Primo-romanciers : le bilan chiffré de la rentrée 2025 », sur Livres Hebdo, (consulté le ).
  13. ↑ « Sélections du prix et lauréats par année », sur Académie Goncourt (consulté le ).
  14. ↑ « Prix Goncourt des Lycéens 2025 : les cinq romans finalistes », sur Ministère de l'Éducation nationale, (consulté le ).

Article publié sur Wikimonde Plus