Le Sexe féminin, une fatalité ?
| Le Sexe féminin, une fatalité ? | |
| Auteur | Sobdibé Kemaye |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | Roman |
| Version originale | |
| Langue | Français |
| Version française | |
| Éditeur | Éditions Toumaï |
| Date de parution | 2018 |
| Nombre de pages | 97 |
| modifier |
|
Le Sexe féminin, une fatalité ? est le premier roman de l'écrivaine et militante féministe tchadienne Sobdibé Kemaye, publié en 2018 aux Éditions Toumaï à N'Djaména[1],[2]. À travers le parcours de Madeuh, une jeune femme qui défend sa scolarité puis son autonomie face aux décisions de son père et de son mari, l'ouvrage interroge les normes qui assignent les femmes au mariage, à la maternité et à la dépendance conjugale. Les études consacrées au roman insistent notamment sur la tension entre tradition et émancipation, la critique des rapports de pouvoir patriarcaux et le rôle de l'éducation dans l'affirmation de l'héroïne[3].
Publication
L'édition imprimée parue à N'Djaména en 2018 est un volume en français de 97 pages, portant l'ISBN 978-2-37670-017-3[1]. Une édition numérique est diffusée en 2023 par les Éditions Toumaï en coédition avec les Nouvelles Éditions Numériques Africaines (NENA), sous l'ISBN 978-2-37918-684-4[4].
Les sources éditoriales et bibliographiques présentent l'ouvrage comme un roman[4],[2]. Une étude universitaire publiée en 2025 le qualifie toutefois d'« autofiction »[3].
Résumé
Madeuh naît dans une famille polygame d'une dizaine d'enfants, dont elle est l'unique fille. Le récit fait précéder sa naissance d'un rêve de son frère aîné annonçant l'arrivée d'une fille dans la famille. À quinze ans, son père veut interrompre sa scolarité et la marier à un député de la région afin d'éviter, selon lui, qu'une grossesse hors mariage ne porte atteinte à la réputation du clan. Madeuh refuse ce projet. Son père rompt alors le dialogue avec elle, tandis qu'elle poursuit ses études jusqu'à l'obtention du baccalauréat avec la mention assez bien. Elle entre ensuite à l'université de sa ville et obtient une licence en géographie[4],[3].
Le conflit autour de son autonomie se prolonge après son mariage. Son époux décide de prendre une autre femme sans la consulter ; Madeuh, reléguée au second rang dans le couple, choisit finalement de reprendre la liberté qu'elle estime avoir perdue au fil des années[4]. L'étude de Félix Asguet Mah, Célestin Tao et Moursal Makaye relève en outre que le mari réagit aux commentaires de son entourage, qui lui reproche de se laisser dominer par son épouse : la pression sociale prolonge ainsi, dans le récit, l'autorité exercée au sein de la famille et du couple[3].
Thèmes et analyse
L'éducation constitue l'un des principaux ressorts de l'émancipation de Madeuh. L'opposition initiale avec son père ne porte pas seulement sur le mariage qu'il veut lui imposer, mais sur la possibilité pour elle de poursuivre un projet d'études. Sa mère souhaite qu'elle continue sa scolarité tout en se disant incapable de s'opposer à la décision de son mari. Le roman met ainsi en regard deux générations de femmes : l'une se résigne aux rapports de dépendance qu'elle décrit, tandis que l'autre tente de les contester[3]. La réussite scolaire de Madeuh, puis sa formation universitaire, donnent une dimension concrète à cette recherche d'autonomie[4].
La seconde partie du parcours de l'héroïne déplace la question de l'autorité du foyer parental vers la vie conjugale. La polygamie, la décision unilatérale du mari de se remarier et le poids du regard du voisinage font du couple un autre lieu de négociation des rôles féminins et masculins. Asguet Mah, Tao et Makaye interprètent cette trajectoire comme une critique des structures patriarcales et comme la recherche d'une autre manière d'envisager l'existence féminine, fondée sur l'autonomie plutôt que sur la soumission[3].
Le point d'interrogation du titre résume cette démarche. Dans un entretien publié en 2023, Kemaye explique avoir choisi cette formulation pour demander si le fait d'être une femme doit être vécu comme un « fardeau » ou comme un problème imposé par la société[5]. Oxfam France lit de même le roman comme une remise en cause d'une vision qui réduit les femmes à leur fonction reproductive et souligne l'éducation comme l'une des voies choisies par Madeuh pour affirmer son indépendance[2].
Réception et études
Le roman a fait l'objet de plusieurs lectures universitaires centrées sur sa dimension féministe. En 2022, Vincent Naindouba et Robert Mamadi lui consacrent avec Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir une étude comparative sur l'« élan » et le « combat féministe » dans la revue MultiFontaines[6]. En 2024, Oxfam France retient Le Sexe féminin, une fatalité ? dans une sélection mettant à l'honneur des écrivaines sahéliennes et insiste sur la critique de la vision phallocratique ainsi que sur la remise en cause de la « fatalité » associée au féminin[2].
En 2025, l'étude d'Asguet Mah, Tao et Makaye rapproche le roman du récit Le Destin d'une pionnière de Bintou Malloum. Les auteurs analysent les deux œuvres sous l'angle des rapports entre tradition et émancipation, de la résistance à l'autorité masculine et de la revendication de l'autonomie ; ils les envisagent comme des textes participant à une réflexion sur la transformation de la condition féminine au Tchad[3].
Notes et références
- ↑ 1,0 et 1,1 « Le sexe féminin, une fatalité? », sur WorldCat, OCLC (consulté le )
- ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 Marie Mahé, « Journée internationale de l’écrivain·e africain·e : notre sélection de livres ! », sur Oxfam France, (consulté le )
- ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 3,5 et 3,6 Félix Asguet Mah, Célestin Tao et Moursal Makaye, « Fatalité et enjeux dans Le Destin d’une pionnière de Bintou Malloum et Le Sexe féminin, une fatalité ? de Sobdibé Kemaye », Revue internationale Dônni, vol. 5, no 2, , p. 508-516 (ISSN 1987-1406, lire en ligne, consulté le )
- ↑ 4,0 4,1 4,2 4,3 et 4,4 « Le sexe féminin, une fatalité ? », sur Librairie Numérique Africaine (consulté le )
- ↑ « Entretien avec l’écrivaine tchadienne Sobdibe Kemaye (SK) », sur L'ivre Du Livre, (consulté le )
- ↑ Vincent Naindouba et Robert Mamadi, « Écriture de l’élan et du combat féministe dans Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir et Le sexe féminin, une fatalité de Sobdibé Kemaye », MultiFontaines, no 11, (ISSN 2311-1658, lire en ligne, consulté le )
Article publié sur Wikimonde Plus
- Tchad
- Littérature