Les Décisions historiques de Tito
| Les Décisions historiques de Tito | |
| Auteur | Mišo Leković, Mehmedalija Bojić, Vojmir Kljaković et Fabijan Trgo |
|---|---|
| Pays | Yougoslavie |
| Genre | Études d'histoire militaire et politique |
| Sujet | Front yougoslave de la Seconde Guerre mondiale |
| Version originale | |
| Langue | Serbo-croate |
| Titre | Titove istorijske odluke 1941–1945 |
| Éditeur | Narodna armija |
| Lieu de parution | Belgrade |
| Date de parution | 1978 |
| Nombre de pages | 264 |
| Version française | |
| Traducteur | Novak Strugar |
| Éditeur | Narodna armija ; Aktuelna pitanja socijalizma |
| Lieu de parution | Belgrade |
| Date de parution | 1980 |
| Nombre de pages | 224 |
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Les Décisions historiques de Tito est le titre français d'un ouvrage collectif consacré aux choix militaires et politiques de Josip Broz Tito pendant la Seconde Guerre mondiale en Yougoslavie, de 1941 à 1945. Il réunit quatre études de Mišo Leković, Mehmedalija Bojić, Vojmir Kljaković et Fabijan Trgo sur la conduite de la résistance communiste, la formation d'un pouvoir concurrent de la monarchie et les rapports de Tito avec les Alliés.
Publié à Belgrade en 1978 sous le titre serbo-croate Titove istorijske odluke 1941–1945, le recueil paraît en français en 1980, dans une traduction de Novak Strugar[1],[2]. L'ensemble retrace la lutte de libération nationale en insistant sur le lien établi par les auteurs entre la stratégie des partisans et la naissance de la Yougoslavie socialiste.
Publication et conception
L'édition originale, publiée par Narodna armija en 1978, compte 264 pages. L'édition française de 1980 en compte 224 ; elle est publiée à Belgrade par Narodna armija et Aktuelna pitanja socijalizma. Une bibliographie universitaire française la répertorie également sous le nom de Yougofranc[2],[3].
Le livre se compose de quatre contributions distinctes, organisées selon la progression du conflit, puis prolongées par une réflexion d'ensemble sur la stratégie de Tito. L'historien Vlado Oštrić le décrit comme une publication à mi-chemin entre un recueil d'études et une œuvre collective. Il le situe parmi les travaux yougoslaves consacrés à l'action de Tito comme chef militaire et dirigeant politique durant la guerre[4].
Contenu
L'organisation de la résistance (1941-1942)
La première étude, rédigée par Mišo Leković, porte sur les décisions prises par Tito durant les deux premières années de la guerre. Après l'invasion et le démembrement du royaume par l'Allemagne nazie et ses alliés en avril 1941, Tito organise une insurrection armée sous la direction du Parti communiste de Yougoslavie. Les auteurs s'intéressent à la constitution de formations partisanes, à leur commandement et au passage d'actions locales à une guerre de guérilla menée sur plusieurs territoires yougoslaves[1].
L'étude traite également des difficultés rencontrées par les partisans face aux troupes allemandes, italiennes, hongroises et bulgares, ainsi qu'aux forces locales. Parmi ces dernières figurent les Oustachis, au pouvoir dans l'État indépendant de Croatie, et les Tchetniks, mouvement royaliste conduit par Dragoljub Mihailović, dont certaines unités collaborent avec les occupants dans leur lutte contre les communistes. La conquête puis l'administration de territoires libérés, notamment autour de Bihać, permettent aux partisans de mettre en place leurs propres institutions. La création du Conseil antifasciste de libération nationale de Yougoslavie (AVNOJ) en novembre 1942 marque une étape de ce processus[5].
Le tournant militaire et politique de 1943
Mehmedalija Bojić examine l'année 1943, durant laquelle la survie des principales forces partisanes se joue notamment dans les batailles de la Neretva et de la Sutjeska. Malgré de lourdes pertes, elles échappent aux offensives destinées à les anéantir. La capitulation italienne de septembre 1943 leur ouvre ensuite de nouvelles possibilités d'armement et d'expansion[1],[5].
Cette étude relie les décisions militaires de Tito à sa politique de reconnaissance internationale et à la mise en place d'institutions destinées à remplacer celles de la Yougoslavie monarchique. Lors de sa deuxième session, tenue à Jajce le 29 novembre 1943, l'AVNOJ se présente comme l'autorité représentative de la résistance, crée un comité national présidé par Tito et proclame le principe d'une future organisation fédérale de la Yougoslavie[5].
La victoire et la question du pouvoir (1944-1945)
Vojmir Kljaković étudie Tito comme chef de guerre et homme d'État durant la dernière phase du conflit. À mesure que les partisans s'affirment comme la principale force armée de la résistance, la question de leur reconnaissance par les Alliés devient inséparable de celle du gouvernement de l'après-guerre. L'Armée rouge intervient aux côtés des partisans lors des opérations qui aboutissent à la libération de Belgrade, en octobre 1944, tandis que la guerre se poursuit dans l'ouest de la Yougoslavie jusqu'au printemps 1945[5].
Les rapports avec le roi Pierre II et son gouvernement en exil constituent un autre enjeu. Les accords négociés en 1944 entre Tito et Ivan Šubašić, chef du gouvernement royal, prévoient une forme de coopération et reportent la décision définitive sur la monarchie. Ils débouchent, en mars 1945, sur un gouvernement provisoire unifié dominé par Tito. La monarchie est finalement abolie en novembre 1945, au profit d'une république fédérale dirigée par les communistes[6],[7].
La conception de la guerre populaire
Dans le dernier texte, Fabijan Trgo propose une synthèse de la stratégie attribuée à Tito, envisagée comme une « guerre populaire générale » (općenarodni rat). Il examine l'évolution de l'insurrection initiale vers une lutte mobilisant une partie croissante de la population, combinant opérations militaires et création d'organes politiques. Cette contribution donne une cohérence doctrinale aux trois études chronologiques précédentes[1],[4].
Approche historiographique et limites
L'ouvrage appartient à une historiographie yougoslave qui accordait une place centrale à la guerre de libération nationale et au rôle du Parti communiste dans la fondation de la fédération socialiste. Dans une étude publiée en 1986 sur les relations entre les Alliés et la Yougoslavie, l'historienne Andrea Feldman le mentionne parmi les travaux mobilisant de nouvelles sources pour étudier cette période[8].
La place donnée à Tito doit toutefois être replacée dans le contexte de l'écriture de l'histoire sous le régime communiste yougoslave. Cette historiographie a longtemps été soumise à des contraintes idéologiques, même si la recherche s'est diversifiée à partir des années 1960. Les travaux ultérieurs ont davantage interrogé les divisions internes du mouvement communiste, la guerre civile entre partisans et royalistes, ainsi que les violences et répressions accompagnant la victoire des communistes[9],[10],[5].
L'opposition entre Tito et la monarchie ne se réduit pas non plus à un affrontement entre résistants et collaborateurs. Le gouvernement royal a poursuivi la guerre depuis l'exil, tandis que la trajectoire des unités tchetniks a été diverse, une partie d'entre elles combattant les partisans avec l'appui des forces de l'Axe. De même, le Royaume-Uni, qui soutenait initialement Mihailović, a réorienté son aide militaire vers les partisans à la fin de 1943, tout en recherchant un compromis politique entre Tito et les représentants du roi. Le livre peut ainsi être lu comme une interprétation des décisions de Tito, à confronter aux études consacrées à l'ensemble des acteurs du conflit et à la diplomatie alliée[11],[6].
Références
- ↑ 1,0 1,1 1,2 et 1,3 Marija Sentić, « Bibliografija knjiga i brošura o Josipu Brozu Titu 1941–1979 », Časopis za suvremenu povijest, 1980, n° 2, p. 176, notice 181, texte intégral.
- ↑ 2,0 et 2,1 « Les decisions historiques de Tito », notice bibliographique dans Neue Veröffentlichungen, p. 86, document numérisé.
- ↑ Institut international de recherche sur la conflictualité, « Le conflit en ex-Yougoslavie : approche bibliographique documentaire. Première partie : La Yougoslavie avant 1991 », université de Limoges, 19 octobre 2015, rubrique « La Yougoslavie fédérale titiste ».
- ↑ 4,0 et 4,1 Vlado Oštrić, « Biografska literatura o Josipu Brozu Titu i daljnja biografska istraživanja », Časopis za suvremenu povijest, vol. 14, n° 2, 1982, p. 65-75, notamment p. 73.
- ↑ 5,0 5,1 5,2 5,3 et 5,4 Yves Tomic, « Massacres dans la Yougoslavie démembrée, 1941-1945 », Mass Violence & Résistance, Sciences Po, 31 mai 2010.
- ↑ 6,0 et 6,1 Foreign Relations of the United States, Diplomatic Papers, 1944, Europe, vol. IV, télégramme du chargé d'affaires américain à Londres du 4 juillet 1944, « The Chargé to the Yugoslav Government in Exile (Schoenfeld) to the Secretary of State », Office of the Historian, département d'État des États-Unis.
- ↑ Foreign Relations of the United States, Diplomatic Papers, The Conference of Berlin (The Potsdam Conference), 1945, vol. I, « Application of Crimea Declaration on Yugoslavia », Office of the Historian, département d'État des États-Unis.
- ↑ Andrea Feldman, « Povijesna literatura o odnosima velikih savezničkih sila prema Jugoslaviji 1941–1945. godine (Orijentacioni pregled) », Časopis za suvremenu povijest, vol. 18, n° 1, 1986, p. 129-159.
- ↑ Michael Antolović, « Writing History under the “Dictatorship of the Proletariat”: Yugoslav Historiography 1945-1991 », Revista de História das Ideias, vol. 39, 2021.
- ↑ Stevan K. Pavlowitch, « Guerre et révolution en Yougoslavie. Les nouveaux courants historiographiques », Bulletin de l'Institut d'histoire du temps présent, n° 27, mars 1987, p. 19-30.
- ↑ National Army Museum, « War in the Balkans, 1941-45 », section « Partisans and Chetniks ».
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