Les Surligneurs
| Forme juridique | Association loi de 1901 éditrice d'un média en ligne |
|---|---|
| But | Vérification des faits, legal-checking et lutte contre la désinformation |
| Fondation | janvier 2017 |
|---|---|
| Fondateur | Vincent Couronne et Joachim Savin |
| Président | Bertrand-Léo Combrade |
|---|---|
| Directrice de la publication | Audrey Darsonville |
| Site web | https://lessurligneurs.eu/ |
Les Surligneurs est un média en ligne français de vérification des faits, spécialisé à l'origine dans le legal-checking, c'est-à-dire la confrontation des déclarations publiques au droit positif. Créé en janvier 2017 à l'approche de l'élection présidentielle française, il vérifie principalement des propos tenus dans le débat politique afin d'indiquer s'ils sont juridiquement exacts, erronés, impossibles à mettre en œuvre en l'état du droit ou s'ils appellent des nuances. Depuis mars 2024, sa rédaction publie aussi des vérifications factuelles ne comportant pas nécessairement de dimension juridique[1].
Le site lessurligneurs.eu est édité par l'association Les Surligneurs, constituée sous le régime de la loi de 1901 et enregistrée le 21 avril 2017. Il est reconnu par la Commission paritaire des publications et des agences de presse comme service de presse en ligne d'information politique et générale[2]. Né dans le milieu de la recherche universitaire en droit, le média reste adossé au laboratoire Versailles Saint-Quentin Institutions Publiques (VIP) de l'Université Paris-Saclay, tout en ayant progressivement constitué une rédaction associant juristes et journalistes[1]. Une déclinaison belge, développée avec l'Université Saint-Louis - Bruxelles, devenue UCLouvain Saint-Louis Bruxelles, publie également des vérifications consacrées au droit belge et européen[3].
Historique
Genèse et lancement
L'idée des Surligneurs apparaît à l'été 2016. Vincent Couronne, alors chercheur en droit européen à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ), raconte avoir été frappé par des déclarations de responsables politiques dont la mise en œuvre lui semblait incompatible avec le droit applicable, notamment une prise de position de Manuel Valls sur la directive européenne relative aux travailleurs détachés. Dans le contexte du référendum britannique sur le Brexit et de la campagne présidentielle américaine de 2016, il envisage un site appliquant au droit les méthodes de la vérification des faits[4],[5].
Couronne fonde le projet avec Joachim Savin, designer, qui conçoit son identité visuelle et contribue à adapter l'argumentation juridique à un format court et accessible. Le nom renvoie directement au stylo surligneur : l'interface d'origine met en évidence la personnalité citée, l'affirmation examinée et la conclusion de l'analyse, tandis que les liens hypertextes donnent accès aux sources juridiques sans alourdir le texte[5]. Le site est lancé en janvier 2017 par une équipe de chercheurs en droit de l'UVSQ, alors entièrement bénévole[1].
Jean-Paul Markus, professeur de droit public, rejoint le projet dès ses débuts et devient ensuite directeur de la rédaction. L'équipe s'élargit à d'autres enseignants-chercheurs puis à des étudiants en droit, qui participent à la rédaction sous la supervision de juristes plus expérimentés[6]. L'association chargée d'éditer le média est enregistrée quelques mois après le lancement, le 21 avril 2017[2].
Développement et professionnalisation
D'abord centré sur la campagne présidentielle et les programmes électoraux, le site étend progressivement ses publications à l'ensemble de l'actualité politique et institutionnelle. Lors des élections européennes de 2019, Les Surligneurs s'associent à FactoScope, projet de l'École publique de journalisme de Tours, pour produire des contenus consacrés au scrutin et aux institutions européennes[7]. En novembre 2021, un partenariat avec Public Sénat prévoit des interventions de legal-checking dans l'émission Sens public pendant la campagne de l'élection présidentielle de 2022[8].
À partir de 2021-2022, l'initiative s'étend à la Belgique. Le projet belge naît notamment dans le cadre d'une clinique juridique de l'Université Saint-Louis - Bruxelles et réunit des étudiants encadrés par des universitaires ; ses textes sont publiés sur une déclinaison du site consacrée au droit belge[3]. Cette branche demeure active après l'intégration de l'établissement à l'UCLouvain[9].
La structure française se professionnalise parallèlement. Devant une commission d'enquête du Sénat en mai 2024, Vincent Couronne décrit une équipe comptant alors une trentaine de bénévoles actifs et une quinzaine de permanents, dont six journalistes et trois chercheurs en droit. Il indique qu'environ 1 500 analyses de désinformation juridique ont été publiées depuis 2017 et précise que la rédaction produit, depuis mars 2024, des vérifications factuelles sans composante juridique[1]. En 2025, Les Surligneurs lancent une formule d'adhésion donnant accès à certains contenus et services réservés, tout en développant les enquêtes, analyses et newsletters[10].
En 2026, le professeur de droit public Bertrand-Léo Combrade devient président des Surligneurs[11]. Les mentions légales du site indiquent Audrey Darsonville comme directrice de la publication[2].
Ligne éditoriale et méthode
Le legal-checking
Les Surligneurs emploient le terme legal-checking pour désigner une forme de vérification qui ne porte pas d'abord sur l'exactitude d'un chiffre ou l'existence matérielle d'un événement, mais sur la conformité d'une affirmation au droit en vigueur. La rédaction sélectionne des propos tenus publiquement par des élus, candidats ou autres acteurs du débat public lorsqu'ils comportent une dimension juridique et semblent erronés ou nécessitent une mise en perspective. Les affirmations juridiquement exactes ne sont en principe pas traitées, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes publiquement contestées[12].
Les analyses s'appuient en priorité sur des sources juridiques officielles : Légifrance, jurisprudence du Conseil constitutionnel, du Conseil d'État et de la Cour de cassation, bases de l'Union européenne telles qu'EUR-Lex et Curia, ainsi que décisions de la Cour européenne des droits de l'homme. Lorsque l'état du droit permet une conclusion nette, la publication peut qualifier une affirmation de « faux » ou une proposition d'« impossible ». Lorsque la règle laisse place à l'interprétation, le média privilégie une conclusion nuancée ; en cas de désaccord persistant entre les juristes chargés de la relecture, le texte n'est pas publié[12].
Cette méthode reprend certains usages de la recherche universitaire. Une proposition de legal-checking est relue par un spécialiste du domaine, puis par d'autres juristes participant à la rédaction. Les textes, souvent rédigés en première intention par des étudiants ou de jeunes juristes, passent ensuite par un secrétariat de rédaction. Le média publie l'identité et les fonctions des auteurs et relecteurs et demande la déclaration d'éventuels conflits d'intérêts[12]. Le recours au design, présent dès la création du site, vise à rendre l'argumentation et les sources accessibles à un lectorat non spécialiste[5].
Déontologie et corrections
Les Surligneurs déclarent rechercher un équilibre entre les sensibilités politiques faisant l'objet de leurs vérifications. Leur choix de sujets dépend également de l'intérêt général, de la portée de l'affirmation et des moyens disponibles. Une charte éthique et déontologique a été adoptée en janvier 2023 ; une charte encadrant les usages de l'intelligence artificielle dans la rédaction a été ajoutée en 2025[12].
Les lecteurs peuvent demander une correction portant sur l'exactitude d'un fait, le raisonnement juridique ou l'objectivité de l'analyse. Les modifications substantielles doivent être signalées dans l'article concerné et un comité scientifique peut être saisi lorsqu'une première réclamation n'a pas reçu de réponse jugée satisfaisante[12].
Pour son activité de vérification, le média est signataire du code de principes de l'International Fact-Checking Network depuis 2021 et membre vérifié de l'European Fact-Checking Standards Network (EFCSN) depuis 2023. Son adhésion à l'EFCSN a été renouvelée en juillet 2025 et est indiquée comme valable jusqu'en juillet 2027[13]. Les Surligneurs participent également à la Journalism Trust Initiative de Reporters sans frontières et indiquent être membres de l'Observatoire européen des médias numériques (EDMO) et de la plateforme ODIL[12].
Organisation et financement
Les Surligneurs sont édités par une association à but non lucratif. L'ancrage universitaire reste une caractéristique de la structure : le média est adossé au centre de recherche Versailles Saint-Quentin Institutions Publiques de l'Université Paris-Saclay et fait intervenir des chercheurs issus de plusieurs universités. La professionnalisation engagée au fil des années a toutefois transformé le collectif bénévole des débuts en une rédaction mêlant chercheurs en droit, journalistes, personnels éditoriaux et contributeurs bénévoles[1].
En 2024, Vincent Couronne indiquait au Sénat que le modèle économique reposait sur les prestations fournies à d'autres médias ou à des plateformes numériques et sur le mécénat, les articles étant alors accessibles gratuitement[1]. Ce modèle évolue en 2025 avec le lancement d'une adhésion et de contenus réservés aux membres[2]. Le média continue par ailleurs à proposer des services de vérification, de veille et d'expertise juridique à des médias, institutions et autres organisations[14].
Collaborations et projets
Partenariats éditoriaux
Outre les coopérations électorales avec FactoScope et Public Sénat, Les Surligneurs développent des échanges de contenus avec d'autres médias. En février 2025, le média d'enquête locale Mediacités annonce un partenariat prévoyant notamment la publication croisée de certaines enquêtes et l'apport d'analyses juridiques par Les Surligneurs[15].
En février 2024, Les Surligneurs concluent également un accord commercial avec Meta dans le cadre de son programme de vérification des faits par des tiers. La rédaction évalue alors des contenus potentiellement faux ou trompeurs diffusés sur Facebook et Instagram[16]. Meta citait encore Les Surligneurs parmi ses partenaires français de fact-checking à l'approche des élections municipales de 2026[17].
Ce partenariat soulève une difficulté en 2024 après l'évaluation de deux vidéos publiées sur Instagram par le média Révolution permanente. Les Surligneurs considèrent certains propos de ces vidéos comme juridiquement faux, mais leur signalement à Meta conduit à une réduction de visibilité des publications dans leur ensemble. Après contestation, la rédaction reconnaît avoir appliqué une qualification trop large au regard du fonctionnement de la plateforme, modifie les évaluations transmises à Meta et annonce distinguer désormais plus nettement son appréciation juridique d'une affirmation de l'évaluation globale du contenu demandée par Meta[18],[19].
Outils de vérification
Les Surligneurs participent à plusieurs projets destinés à outiller la veille et la vérification. La technologie ELAN, développée pour aider à repérer des affirmations déjà traitées et à assister la rédaction d'articles juridiques, fait l'objet en 2023 d'une étude de valorisation par la SATT Paris-Saclay[20]. Le projet FRAME, lancé avec la société Magic Lemp et à partir de la base Pluralisme.fr, vise ensuite à détecter la répétition de déclarations politiques déjà vérifiées afin d'accélérer le travail des fact-checkeurs[21].
Avec Siren Analytics et l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, l'association développe par ailleurs MARQUEUR, un outil documentaire consacré au droit international humanitaire et soutenu par l'Organisation internationale de la francophonie. Mis en service en 2025 dans le prolongement du projet L.O.I., il permet d'interroger un corpus de sources juridiques afin d'aider journalistes, organisations et chercheurs à vérifier des affirmations liées aux conflits, sans se substituer à l'analyse d'un juriste[22].
Publications
Les Surligneurs ont publié deux ouvrages collectifs chez Enrick B. Éditions, reprenant leur méthode de décryptage juridique appliquée à des thèmes récurrents du débat politique :
- Les Surligneurs : politiques, religion et laïcité, sous la direction de Vincent Couronne, 2021[23] ;
- Les Surligneurs : politique, immigration et réfugiés, sous la direction de Tania Racho, 2022[24].
Notes et références
- ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 et 1,5 « Influences étrangères et fact-checking dans les médias - Audition de MM. Grégoire Lemarchand, Vincent Couronne et Mme Anaïs Condomines », sur Sénat, (consulté le )
- ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 « Mentions légales », sur Les Surligneurs (consulté le )
- ↑ 3,0 et 3,1 Camille Stassart, « Des universitaires luttent contre la désinformation en pratiquant du « fact-checking » juridique », sur Daily Science, (consulté le )
- ↑ « Surligner pour éclairer », sur Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, (consulté le )
- ↑ 5,0 5,1 et 5,2 M. B. C., « Sur Les Surligneurs », sur Dalloz Étudiant, (consulté le )
- ↑ « Heureusement Les surligneurs existent ! », sur Dalloz Étudiant, (consulté le )
- ↑ « Les partis politiques européens : que sont-ils et à quoi servent-ils ? », sur Les Surligneurs, (consulté le )
- ↑ « Partenariat entre Public Sénat et le collectif Les Surligneurs », sur Public Sénat, (consulté le )
- ↑ « Bart De Wever : « On ne veut pas une formule qui vole l’argent de la Russie » », sur Les Surligneurs Belgique, (consulté le )
- ↑ Nelly Pailleux, « Les Surligneurs lancent leur offre d’adhésion : rejoignez-nous », sur Les Surligneurs, (consulté le )
- ↑ « Bertrand-Léo Combrade », sur Portail universitaire du droit (consulté le )
- ↑ 12,0 12,1 12,2 12,3 12,4 et 12,5 « Notre méthode », sur Les Surligneurs (consulté le )
- ↑ (en) « Les Surligneurs », sur European Fact-Checking Standards Network (consulté le )
- ↑ « Nos services », sur Les Surligneurs (consulté le )
- ↑ Benjamin Peyrel, « Mediacités + Les Surligneurs : un nouveau partenariat pour éclairer le débat public », sur Mediacités, (consulté le )
- ↑ « Les Surligneurs et Meta s’unissent pour vérifier les faits sur Facebook et Instagram », sur Les Surligneurs, (consulté le )
- ↑ « Comment Meta se prépare pour les élections municipales françaises de 2026 », sur Meta, (consulté le )
- ↑ Loris Guémart, « « Les Surligneurs » change un fact-checking fait sur Instagram », sur Arrêt sur images, (consulté le )
- ↑ Vincent Couronne, Jean-Paul Markus et Étienne Merle, « Ce qui est « faux » en droit n’est pas forcément « faux » dans Meta », sur Les Surligneurs, (consulté le )
- ↑ « Étude Valorisation SATT : un outil de Legal Checking et d’aide à la rédaction d’articles juridiques », sur SATT Paris-Saclay, (consulté le )
- ↑ « Les Surligneurs récompensés pour leur outil d'intelligence artificielle qui aide à lutter contre la désinformation », sur Les Surligneurs, (consulté le )
- ↑ Nelly Pailleux, « Lancement de MARQUEUR, un nouvel outil de vérification juridique en droit international humanitaire », sur Les Surligneurs, (consulté le )
- ↑ « Les surligneurs : politiques, religions et laïcité », sur Portail universitaire du droit, (consulté le )
- ↑ « Les surligneurs. Politique, immigration et réfugiés », sur Decitre, (consulté le )
Liens externes
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