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Luc Chicoine

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Luc Chicoine (né le 19 avril 1929 à Montréal et mort le (à 85 ans) dans la même ville) est un médecin canadien, pédiatre et professeur de pédiatrie[1],[2].

Pionnier de la pédiatrie au Canada, Luc Chicoine a fondé de nombreux services de l’hôpital Sainte-Justine (CHU Sainte-Justine) en travaillant de près avec Justine Lacoste-Beaubien, fondatrice de l’hôpital qu’elle dirigera durant plus de 60 ans[3]. Dr Chicoine a également créé différentes sections du département de pédiatrie de l’Université de Montréal, où il s'est impliqué dans l’enseignement clinique et la recherche pour contribuer à faire de la pédiatrie canadienne d’expression française, alors émergente, une discipline singulière[4],[5],[6].

Professeur titulaire à l’Université de Montréal (1971), directeur hospitalo-universitaire du département de pédiatrie (de 1972-1973 puis de 1975-1982), fondateur du service des maladies infectieuses, du centre antipoison (1958) et des cliniques de fibrose kystique, de diabète, de rhumatologie et d’adolescence du CHU Sainte-Justine, président de la Société canadienne de pédiatrie (1972-1973), le Dr Chicoine a été récipiendaire de plusieurs honneurs. Un prix d’excellence clinique en son nom, le prix Luc-Chicoine, est désormais remis annuellement au département de pédiatrie de l’Université de Montréal.

Luc Chicoine était l’époux de Pierrette Legault (1927-2009), qui a elle-même œuvré à l’hôpital Sainte-Justine en tant que travailleuse sociale. Ensemble, ils ont eu un fils né en 1957, Jean-François Chicoine, également pédiatre et professeur de pédiatrie au CHU Sainte-Justine[7][source insuffisante].

Biographie

Jeunesse

François Luc, dit Luc, nait à domicile à Montréal, l’année de la Crise de 1929, dans la grande maison familiale du Boulevard Pie-IX. Il est le petit-fils de Gédéon Danis, son mentor, marchand dans ville Maisonneuve (Montréal), aujourd’hui annexé à Montréal, un grand-père maternel qu’il affectionne particulièrement pour sa vision concrète des responsabilités et ses talents pour les chiffres. C’est d’ailleurs à cet héritage grandparental que Luc Chicoine fera un jour référence pour expliquer sa capacité à administrer des programmes hospitalo-universitaires[8],[7][source insuffisante]. Les parents de Luc, Lucienne Danis et Henri Chicoine, auront trois autres fils, Pierre, qui deviendra psychologue, Yves qui deviendra pharmacien, et Claude, orthodontiste. La famille Danis-Chicoine habite à l’époque sous un même toit. Gédéon demeure très actif au sein du clan, voire dans tout l’Est montréalais où il initie le jeune Luc, déjà pragmatique, à la gestion de ses immeubles, lui permettant du coup de côtoyer les forces vives du quartier Oscar Dufresne, Marius Dufresne et Guido Nincheri[8],[9].

Luc Chicoine passe l’essentiel de son temps à étudier, ce qu’il adore plus que tout. Il raconte même s’être présenté en pyjama à une classe de première année où ses parents ne l’avaient pas encore inscrit étant donné ses 5 ans tout juste révolus[7][source insuffisante]. Premier de classe, il fréquente de 1940 à 1946 l’Externat classique Sainte-Croix (devenu le Collège Sainte Croix, et de nos jours le Collège de Maisonneuve) puis le Collège Sainte-Marie de Montréal de 1946 à 1948[10]. Ses temps libres, il les occupe à explorer la photographie ou à jouer au ping-pong ou aux échecs, à faire un peu de villégiature en famille à Rivière-des-Prairies ainsi qu’au cinéma Orléans, propriété de son grand-père sur la rue Ontario. Il voit dans le septième art la possibilité d’« atteindre beaucoup plus de gens et de classes »[11][source insuffisante], bref quelque chose du partage éducatif qui dépasse la représentation théâtrale[12][source insuffisante].

Luc Chicoine poursuit ensuite son adolescence dans le village d’Oka (Québec), où la famille s’installe les étés. Là, il rencontre son grand amour, Pierrette Legault, avec qui il se marie en 1954 pour partager leurs vies, projets et valeurs durant plus de cinquante ans, jusqu’à la mort de Pierrette le [8],[13].

Formation

Luc Chicoine envisage d’abord une carrière de mathématicien, puis, presque par hasard, en raison d’une possibilité d’inscriptions où il accompagne des camarades de classe, il opte finalement pour la médecine à l’Université de Montréal, tandis que sa femme va poursuivre ses études universitaires en service social[7][source insuffisante]. Avec esprit, Luc Chicoine répètera qu’il est devenu le moins célèbre de ses confrères de classe de la génération d’entre-deux-guerres : les cinéastes Pierre Perrault et Claude Jutra, l’écrivain Hubert Aquin, le pharmacien et homme d’affaires Jean Coutu ainsi que le Dr Henry Morgentaler.

Dr Luc Chicoine (au centre) avec Dr Gloria Jéliu et Dr Roger Simoneau, cours de médecine, Sainte-Justine, années 1950

Durant son cours de médecine (1948-1953), Luc Chicoine réalise de plus en plus la satisfaction qu’il pourrait avoir à travailler auprès des enfants, « il est plus important et plus stimulant de préparer et de favoriser l’avenir des enfants que de réparer les lésions du temps et des abus chez les adultes. »[14][source insuffisante],[15][source insuffisante] En 1953, il se joint conséquemment à l’équipe du département de pédiatrie de Sainte-Justine pour entreprendre sa résidence. « Ce n’était pas un hôpital médicalement d’avant-garde, écrira-t-il, c’était vieux et trop petit et la pédiatrie en était à ses premiers balbutiements. Mes contacts comme étudiant m’avaient cependant montré que le milieu était plus sympathique et humain que les autres hôpitaux. »[14][source insuffisante] Pierrette Legault travaille aussi à Sainte-Justine à l’époque, notamment pour assister les familles de la Petite-Bourgogne[15][source insuffisante].

Les premières années, le Dr Chicoine côtoie les docteurs Raymond Labrecque, Edmond Dubé et un gestionnaire d’envergure pour lequel il conservera une vive admiration, Gaspard Massue[15]. La personnalité du Dr Albert Royer, pédiatre spécialisé en hématologie, marque également le jeune médecin en formation. Rétrospectivement, il dira de lui avec qui il aura collaboré étroitement qu’il était le « premier spécialiste pédiatre d’allure moderne »[16],[17][source insuffisante],[15][source insuffisante].

Diplômé de l’Université de Montréal (1953), Luc Chicoine complète ses années de formation à Sainte-Justine, puis, comme Research Fellow au Western Reserve Hospital de Cleveland, en Ohio, où il étudie notamment la réhydratation intraveineuse[18],[19][source insuffisante]. Luc Chicoine doit son séjour aux États-Unis à Justine Lacoste-Beaubien, la cofondatrice de Sainte-Justine, qui avait prévu des bourses d’études de manière à magnifier l’expertise de ses nouveaux médecins montréalais[16],[20].

Luc Chicoine à Cleveland, Ohio, 1956

« Madame Beaubien a été la femme la plus exceptionnelle de ma vie…en dehors de ma femme ! » confiera-t-il lors d’un entretien autour de l’anthropologie familiale en [8],[15][source insuffisante]. Le « plan de quatre ans » de Justine Lacoste-Beaubien prévoyait alors pour les médecins résidents en spécialisation un entrainement à Sainte-Justine prolongé par deux années à l’étranger dans un secteur dont l’hôpital avait besoin[16],[20],[15][source insuffisante].

Il côtoie à Cleveland Benjamin Spock, un pédiatre venu de Pittsburgh qui lui enseigne la psychologie de l’enfance et dont les le charisme et les aspirations éducatives l’impressionnent[21][source insuffisante],[22][source insuffisante].

Dès son retour de Cleveland, Luc Chicoine est nommé moniteur clinique. À l’époque, des pressions se font sentir à l’Université de Montréal pour améliorer la part clinique du curriculum, alors jugé bien trop pauvre[23]. Pour décharger un peu les professeurs académiques, les médecins en fin de formation, dont le jeune Luc, se font ainsi offrir une bourse de monitorat pour assurer un meilleur enseignement aux étudiants inscrits au programme[16].

Déménagement de Sainte-Justine

Luc Chicoine et son fils, Jean-François, 1961

Cette année-là, 1957, l’année du grand déménagement, « sa meilleure année » d'après lui, Luc Chicoine est certifié en pédiatrie du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec, ainsi que du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et de l’American Board of Pediatrics[7][source insuffisante],[24][source insuffisante]. Le , il assiste à la naissance de son fils Jean-Francois.

La date du transfert du CHU Sainte Justine de la rue Saint Denis au chemin de la cote Sainte-Catherine avait été déterminée par le conseil d’administration après consultation et entente avec les professionnels impliqués. Plus de 233 patients seraient véhiculés par des ambulances ou par des voitures, certaines prêtées par des vendeurs d’automobiles, par la Croix-Rouge et l’ambulance Saint-Jean. Des chars allégoriques seraient mis à contribution, faisant du transfert une véritable parade[25][source insuffisante]. Le , avec des bénévoles de la Société de secours aux enfants infirmes et des particuliers, avec la collaboration des sœurs de la Sagesse et d’une centaine de soldats, assistés d'Edmond Dubé, Yvan Dion et Albert Royer, Luc Chicoine s’inscrit dans l’histoire de l’institution en épaulant Mme Justine Lacoste-Beaubien lors du grand déménagement dans un bâtiment tout neuf, moderne et spacieux[26][source insuffisante].

Luc Chicoine s’occupe de l’attribution des nouveaux lits et de la supervision du personnel médical étudiant. «  L’orchestration du déménagement fut si parfaite, rapporte Sœur Cyprien, que les activités du dispensaire n’ont, en aucun temps, été interrompues. »[27],[26][source insuffisante].

Pédiatrie et baby-boom

Dès la fin des années 1950, Luc Chicoine cumule activités cliniques et d’enseignement, mais également de la recherche clinique. Sa personnalité imposante, son travail sans relâche et son honnêteté professionnelle l’amèneront précocement à prendre en charge différentes responsabilités hospitalo-universitaires et nombre de comités intrahospitaliers ou pancanadiens qui se déploieront pour la suite sur les quarante prochaines années[28][source insuffisante],[19][source insuffisante],[29][source insuffisante],[16]. Avec ses jeunes collègues, il transformera graduellement la pédiatrie observationnelle en une discipline scientifique de portée internationale. Marqué par son passage en Ohio, il ne supporte pas le retard relatif du Canada français en matière de services à l’enfance[7][source insuffisante].

L’époque est animée par de nouvelles valeurs, notamment en matière de droit, dont celui d’être soigné nonobstant son statut d’enfant ou peu importe sa classe sociale[16]. Les familles sont nombreuses. Jusqu’au début des années 1960, le taux de natalité au Canada est encore très élevé. Les femmes accouchent maintenant à l’hôpital et des baptêmes de bébés catholiques sont pratiqués à Sainte-Justine. Les premiers enfants du baby boom de l’après-guerre sont à devenir des teenagers. La pédiatrie se construit, mais nous sommes encore en pleine Grande Noirceur, tout reste à faire[16]. Les pédiatres ont ainsi le champ libre et une large population émergente à desservir[30],[31],[16].

Les activités cliniques du jeune docteur Chicoine se concentrent surtout à Sainte-Justine, mais son rayonnement en pédiatrie générale l’amène aussi à travailler avec les orphelins de Duplessis ainsi qu’à la crèche d’Youville à Montréal, puis, rapidement, dans nombre d’hôpitaux de la grande région montréalaise. À Sainte-Justine, ses confrères travaillent dans le même esprit de défrichage, comme Jacques-Charles Ducharme et Pierre-Paul Colin en chirurgie pédiatrique, Jacques-Raymond Ducharme en endocrinologie et en recherche, Roger Simoneau en orthopédie, Gloria Jéliu en pédiatrie sociojuridique, Camille Laurin en psychiatrie ainsi que son amie Lucille Teasdale-Corti qui partira pour l’Ouganda[16],[32].

Les principaux problèmes médicaux des enfants montréalais des années 1950 comportent la malnutrition et les maladies contagieuses. Anémies nutritionnelles, scorbut, rachitisme, autres avitaminoses sont monnaie courante au dispensaire du CHU Sainte-Justine où se présentent plus de 200 patients par jour[33],[34][source insuffisante]. « Le scorbut, c’était le fun, on leur donnait un verre de jus d’orange, puis le lendemain, c’était fini. » dira Luc Chicoine se remémorant les acquis de ses premières années de sa pratique[15][source insuffisante].

Avec la collaboration des ministères fédéral et provincial de la Santé nationale, le Dr Luc Chicoine instaure en à l’hôpital Sainte-Justine un centre de lutte contre les intoxications[35][source insuffisante]. Pierre Gaudreault, pédiatre toxicologue, lui succèdera un demi-siècle plus tard à la direction du centre. Au départ, en tête de liste des intoxications rapportées : l’acide acétylsalicylique, les barbituriques, les tranquillisants, les corrosifs, les hydrocarbures ainsi que les insecticides et les rodenticides. Un enfant est rapporté décédé d’une intoxication à la strychnine[35]. Sa collaboration clinique et académique avec elle et son équipe mise à profit, s’ensuivront les premiers écrits canadiens français sur la question de la toxicologie chez l’enfant, notamment sur les dangers des phénothiazines, des salicylates, des corrosifs domestiques et de l’acétaminophène[36],[37][source insuffisante],[38][source insuffisante],[39][source insuffisante],[40][source insuffisante].

Luc, Pierrette, Dr Royer et sa femme, 1959

Autour des maladies infectieuses, « Personne ne voulait aller là, c’était trop contagieux ! »[15][source insuffisante]. À l’époque, peu de médecins montréalais s’intéressent aux problèmes de contagion, de vaccination et d’infection chez les enfants. « Je me portais volontaire plus souvent que les autres parce que j’aimais cela, tout simplement. »[41][source insuffisante]. Les séquelles encéphaliques laissées par la rougeole et, surtout, la grande épidémie de poliomyélite de 1959 marquent tout particulièrement Luc Chicoine. Le vaccin contre la polio avait été commercialisé en 1955, mais il était encore sous utilisé au Québec avant 1959. En 1956, par exemple, les deux tiers des cas de poliomyélite paralytique au Canada se trouvent au Québec. En 1959, 433 enfants sont hospitalisés à Sainte-Justine en raison de la poliomyélite[42],[43],[15][source insuffisante]. Il n’en fallait pas moins pour faire de Luc Chicoine un activiste vaccinal[44],[45][source insuffisante]. Plus tard, lors de l’année internationale de l’enfant en 1979 : «  La diphtérie a diminué de 50,000 fois aux États-Unis l’année dernière, il faut avoir de la mauvaise volonté pour penser que la statistique est due à autre chose que la vaccination »[46][source insuffisante]. Toujours solidaire de cette cause dans les années 1980 : « Je tiens pour presque criminelle une personne qui refuse la vaccination et propage éventuellement dans tout son entourage un virus qu’elle a contracté par sa faute. »[47]

Dès 1958, Mme Justine Lacoste-Beaubien compte de plus en plus sur la présence médicale du Dr Chicoine[48]. En 1959,Luc Chicoine fait visiter à Fidel Castro, venu à la demande de son ministère de la santé, les installations modernes de Sainte-Justine. Il demeura toute sa vie marqué par cette brève rencontre, l’idée d’un accès populaire aux services médicaux pour contrer les inégalités et, cela, dans la foulée des amitiés canado-cubaine qui émergeraient pour la suite[49].

Quand arrivent les années 1960, Luc Chicoine a obtenu la balance de ses certifications québécoises, canadiennes et américaines[15][source insuffisante]. Il publie dans une revue médicale fondée par le chirurgien Edmond Dubé, Les annales médico-chirurgicales de l’hôpital Sainte-Justine (1930-1961). Ses premiers articles ont pour sujet des passions qui l’animeront toute sa vie : les électrolytes, les maladies infectieuses, la malnutrition infantile et les intoxications[50][source insuffisante],[51][source insuffisante],[52][source insuffisante],[53][source insuffisante],[54][source insuffisante].

Science et révolution tranquille

Fier de son expertise acquise lors de son entrainement en Ohio et confronté aux besoins de Sainte-Justine, le Dr Luc Chicoine explore en détail, les principes de base de la réhydratation intraveineuse ou orale des gastro-entérites[55][source insuffisante],[56][source insuffisante],[57][source insuffisante]. « Nous avions du retard, on installait des solutés un peu à l’aveuglette »[15][source insuffisante]. Après avoir fait un tour comparatif des différentes attitudes thérapeutiques existantes, dont celles du Dr WM Wallace de Cleveland, il conceptualise en 1961 une méthode simple et rapide pour calculer les besoins d’entretien hydrique des enfants. Sa formule cc/kg/jour = 85 – (3X âge) alimentera le travail clinique de décennies de pédiatres œuvrant en milieu hospitalier. À l’époque, son audace par ailleurs scientifiquement documentée, parait d’une grande modernité[58],[59][source insuffisante],[45].

La science met l’épaule à la roue de la Révolution tranquille et, dans l’institution, l’ambiance est parfaitement collégiale. « Il est partout, on retrouve Luc Chicoine dans tous les rouages du nouvel hôpital émergent. »[59][source insuffisante],[60][source insuffisante] Ses travaux sur les électrolytes le conduisent vers le traitement de l’acidocétose diabétique[61][source insuffisante] ainsi que sur le diagnostic de la mucoviscidose. Il démarre les consultations en diabète et en rhumatologie. La clinique du diabète fondée, il en confie la direction à son confrère pédiatre, Roger Poirier. Avec l’impulsion de son collaborateur biochimiste Robert A. Ayotte, il importe à Sainte-Justine, le test de sudation (test à la sueur), alors indisponible dans la province de Québec. Il fonde ainsi la clinique de fibrose kystique de l’hôpital, et le service de maladies infectieuses où ses recherches forgeront les prémisses de l’infectiologie pédiatrique[62][source insuffisante],[15][source insuffisante].

Animé par la notion de « progrès », ses travaux et publications des années 1960 vont annoncer de plus en plus les couleurs dominantes dynamiques de Luc Chicoine et concernent les électrolytes, la malnutrition, les intoxications et, d’une manière privilégiée, les maladies infectieuses, les vaccins émergents et l’utilisation des antibiotiques chez l’enfant. En 1966, lui et la Dre Gloria Jéliu livrent incidemment dans L’Union médicale du Canada un véritable plaidoyer pour le développement d’une recherche de pointe et, conséquemment, pour une « vivification de l’enseignement » de la pédiatrie par la recherche. « Le drame de la thalidomide a servi à attirer l’attention sur la réactivité particulière de l’organisme fœtal et infantile à l’égard des produits pharmacologiques. Des études récentes montrent que peu de données pharmacologiques s’appliquent intégralement à l’enfance et que toute la pharmacodynamie doit être repensée avec une optique pédiatrique »[63][source insuffisante].

Comme professeur ou directeur de programme, il enseigne aux médecins en formation, dans l’éducation médicale continue à ses pairs ainsi que dans la formation des infirmières[64][source insuffisante],[19][source insuffisante]. En 1965, il est examinateur au Collège des Médecins et chirurgiens du Canada ainsi qu’au Conseil Medical du Canada. En 1968, il dirige le programme de formation prédoctorale du département de pédiatrie, puis l’organisation de l’enseignement continue. Professeur agrégé dans les années 1960, dès 1971, Dr Luc Chicoine sera finalement promu professeur titulaire à l’Université de Montréal.

En 1967-68, on[Qui ?] confie les guides du département de pédiatrie à Luc Chicoine, « pro tempore », en remplacement du Dr Albert Royer parti en année sabbatique en Tunis. En 1968, Luc Chicoine est impliqué en tant que membre du conseil de coordination secteur sante de la commission Castonguay[19][source insuffisante],[60]. Mme Beaubien est morte, l’assurance hospitalisation est en place depuis 1961, l’assurance-maladie s’en vient, l’état prend de plus en plus de place dans le soin des enfants[16],[15][source insuffisante].

« Les temps sont révolus où la pédiatrie s’enorgueillissait de maitriser seulement des principes de puériculture et des connaissances précises de pathologies qui dérivaient beaucoup plus d’observations descriptives que d’une compréhension intime de mécanismes physiopathologiques et biologiques complexes » écrivent Luc Chicoine et Gloria Jéliu en 1966. « La conception d’une pédiatrie, annexe mineure de la médecine interne, se référant à des modèles adultes pour y puiser des analogies de structure, de fonction ou de méthodologie médicale est foncièrement dépassée aujourd’hui. »[63][source insuffisante]

Centre-mère Enfant

Après un passage comme chef du service de pédiatrie en 1970, Luc Chicoine devient directeur du département universitaire de pédiatrie (1972-73/1975-1982). Il est toujours à la barre du centre antipoison (1958-1986) et de la section des maladies infectieuses (1967-1992) où il œuvre conjointement avec des microbiologistes comme les Drs Jean Joncas, Gilles Delage et Lucette Lafleur et des pédiatres, notamment le Dr Gabriel St Rome[65][source insuffisante],[16]. Sous l’effet des réaménagements structurels au ministère de la Santé, il va travailler étroitement avec la direction hospitalière, notamment avec Sœur Jeanne Laporte et M. Jean-Pierre Chicoine, puis comme président du conseil des médecins et dentistes (1985-87)[16]. Luc Chicoine est appelé en Tunisie, en Algérie et dans tous les points de service à l’enfance du Québec, jusqu’à la Baie James[19][source insuffisante],[16],[26][source insuffisante].

La longue scolarisation des jeunes, la contre-culture naissante, la drogue, enfin la sexualité adolescente sortie de la clandestinité font qu’une médecine de l’adolescence s’impose de plus en plus aux yeux des médecins. Sensible à cette mouvance sociale, Luc Chicoine va ainsi mettre en place un service de médecine de l’adolescence à Sainte-Justine[19][source insuffisante],[66][source insuffisante],[67][source insuffisante].

« Des heures d’attente qui n’en finissent plus aux urgences, impossible du temps de Luc Chicoine » écrit Julie Roy. En moins de deux, il réunissait une brigade de médecins expérimentés pour régler la situation. « Il nous donnait des directives dans l’escalier et en très peu de temps l’urgence était désengorgée. Il était plus qu’efficace » raconte le Dr Jean Wilkins[2][source insuffisante].

Malgré ses responsabilités administratives, Luc Chicoine va continuer son travail clinique, ainsi que l’enseignement. Dr Chicoine publie des guides de pratique thérapeutique concis et accessibles. Au fait des découvertes nutritionnelles, pharmaceutiques et surtout en vaccinologie observées tout au long de sa carrière, il va se faire un acteur de la prévention au sein des aspects de la santé et du droit des enfants. Il s’implique en santé communautaire : les antivaccinaux, la prescription d’antitussifs, le dépistage de l’hépatite B, puis la santé des enfants en garderie, une nouvelle réalité sociologique qui se pointe. Sur cette dernière question, aux questionnements sociaux complexes, son fils Jean-Francois Chicoine lui dédiera son livre pamphlétaire « Le bébé et l’eau du bain ».

Pédiatrie internationale

Dorénavant libéré de ses tâches hospitalo-universitaires, le Dr Luc Chicoine instaure en 1989 la clinique des enfants voyageurs du CHU Sainte-Justine, qu’il appelle affectueusement « clinique des petits trotteux », et qui donnera ultérieurement naissance aux consultations spécialisées en santé-voyage, en santé-accueil et, surtout, à la clinique d’adoption et de santé internationale du CHU Sainte-Justine[68],[69],[70],[71]

. À cette époque, l’adoption internationale monte en flèche en Europe comme en Amérique, dont au Canada, et particulièrement au Québec où le nombre d’arrivants de Chine se chiffre par centaines[72],[73]. L’expertise de Luc Chicoine, notamment en maladies infectieuses et en malnutrition infantile, contribue à documenter le caractère essentiel des évaluations préadoptives et des examens de santé au retour des pays d’origine[74],[75]. « J’aime particulièrement travailler avec ces nouveaux parents, dira-t-il. Les consultations sont parfois plus longues parce qu’ils sont inexpérimentés en matière d’enfants, mais ils sont très motivés, pleins de bonne volonté et intelligents »[76].

Sur la question de la santé des enfants adoptés, il livrera des publications et des guides éducatifs accessibles aux parents, notamment avec la collaboration de la Fédération des parents adoptants du Québec et du ministère de la Santé et des services sociaux du Québec[source secondaire nécessaire]. En tant que précurseur de l’évaluation de la santé de l’enfant adopté, on l'invitera en 2003 à préfacer l’ouvrage « L’enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi » de Jean-François Chicoine, Patricia Germain et Johanne Lemieux aux Éditions du CHU Sainte-Justine, un ouvrage porteur dans la littérature adoptive[77].

Retraite universitaire

En 1998, une série consécutive de différentes conditions chroniques – hématologiques, pulmonaires, immunologiques- forcent Luc Chicoine à quitter à contrecœur ses petits patients de Sainte-Justine, après 41 ans sonnés d’une carrière merveilleusement bien remplie.« À la retraite, rien n’est plus satisfaisant que de constater qu’on n’a pas perdu son temps », écrira-t-il en 2003. « Pour moi, c’est une grande joie que d’observer l’évolution favorable du travail que J’ai commencé. »[78][source insuffisante]

Des prix et hommages accompagneront ses prochaines années. En 1999, Luc Chicoine reçoit le Prix Letondal de l’Association des pédiatres du Québec[79][réf. à confirmer],[80],[81]. En 2005, il reçoit la Médaille Edouard Montpetit de la fondation Édouard-Montpetit pour souligner sa contribution à l’essor de la médecine au Canada-français et au Québec[82][source insuffisante]. En 2007, lors du centenaire de l’institution, et à l’occasion de l’obtention du prix Sainte-Justine, remis à une personne ayant contribué de facon exceptionnelle au développement, au rayonnement et à la notoriété du Centre hospitalier Sainte-Justine, le Dr Chicoine rappelle l’importance de l’humain au centre des fondements des soins pédiatriques[83],[84]. Plusieurs personnes de Sainte-Justine assistent à la cérémonie animée par Denise Bombardier.

Luc Chicoine à Oka, 2014

Luc Chicoine a habité Montréal, dans l’est, dans la Petite-Patrie, dans le Nouveau-Bordeaux, puis longtemps Outremont, mais en conservant toujours une maison d’été dans le village d’Oka, ensuite vendue lors de la crise d’Oka. De 2007 à 2009, il déménage avec sa femme chez son fils et sa belle-fille, Esther Rhéaume, dans une maison intergénérationnelle du plateau Mont Royal aménagée expressément pour eux et où va s’éteindre Pierrette le après 2 ans et demi de maladie. Entre cette date fatidique, dont il ne se remettra jamais, et le jour de sa propre mort, le , Luc Chicoine continuera d’habiter chez son fils et sa belle-fille[85][source insuffisante]. Une insuffisance respiratoire grandissante le conduisant aux soins palliatifs de l’hôpital Notre Dame où il mourra. Il est enterré au cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal, avec Pierrette.

Hommages

CHU Sainte-Justine

Le , une cérémonie officielle pour rendre hommage au Dr Luc Chicoine a lieu au CHU Sainte-Justine, dans l’amphithéâtre qui porte le nom de Justine Lacoste-Beaubien. Un prix départemental porte dorénavant son nom, le prix Luc-Chicoine.

Mourir en vie/Dying alive, un court métrage de fiction inspiré du dernier réveillon de Noël de Luc & Jean-François Chicoine sortira en 2021. Le film a été réalisé par Benoît Brière. Marcel Sabourin joue le rôle du Dr Chicoine et Dorothée Berryman, celui de Pierrette Legault-Chicoine.

Héritage

Pédiatrie générale

La pédiatrie devient une discipline officielle dans la province de Québec seulement dans les années 1950, le premier pédiatre y étant diplômé en 1956. Concurremment, Sainte-Justine est très déterminée à abaisser la mortalité infantile, alors particulièrement élevée dans la province[86]. En plus de quarante ans de carrière, en tant que chef du service de pédiatrie, directeur de département ou président du conseil des médecins et dentistes, le Dr Chicoine, homme d’action, mais de peu de mots, va donc laisser sa marque en fondant ou en impulsant de nombreux nouveaux services[non neutre] à la clientèle tels les cliniques de fibrose kystique, du diabète, de rhumatologie puis l’arrimage de la médecine de l’adolescence, des champs d’intervention toujours bien en place dans le CHU moderne. Il va fonder le centre antipoison et surtout, sa réalisation la plus fameuse, ouvrir les portes du service de maladies infectieuses[2],[19],[81],[24],[16]. « Partout où on a besoin d’un coup de main, il apparait » écrira en lui rendant hommage le Dr Louise Laberge, présidente du conseil des médecins et dentistes en 1995[60].

« Jamais je n’ai été attiré par l’ultra-spécialisation », déclarera le Dr Chicoine qui gardera et soutiendra toujours dans l’institution un équilibre entre l’arrivée des spécialistes pédiatriques et le développement du pédiatre interniste[76]. Dans les années 1970, Sainte-Justine va effectivement s’affirmer comme un centre mère-enfant offrant des soins spécialisés et intégrés à des clientèles spécifiques. Ce sont en l’occurrence les années où Luc Chicoine va intervenir en tant que directeur du département de pédiatrie, privilégiant avec force de convictions un équilibre entre l’offre de soins pédiatriques généralistes et d’autres, plus pointus[16].

Toute sa carrière aura fait une large part à la prévention et à l’éducation pour la santé, notamment en termes de nutrition, de prévention des traumatismes à domicile ainsi que de vaccination[87]. Pour Luc Chicoine, la pédiatrie générale n’existe pas sans action préventive, sans participation active à cette action. « La vaccination est, pour moi et tous ceux qui préfèrent prévenir, un acquis sur le fleuron de la pédiatrie. Qu’on se rappelle le succès obtenu contre la variole qui a été l’objet du premier vaccin scientifique et aussi la première maladie éradiquée de la terre grâce à la vaccination. »[88]. Dans la presse écrite, aussi à la radio et à la télévision, les émissions de service du type « femme d’aujourd’hui » auxquelles Luc Chicoine participe, servent énormément à la diffusion sociale de ses différents messages[89],[90],[91],[92],[93],[94],[47].

Malnutrition infantile

Au début des années 1950, la morbidité et la mortalité nutritionnelle occupe encore une bonne part du personnel de l’hôpital Sainte-Justine. « Laver, bercer, nourrir, voilà ce qu’on faisait » se rappelle Luc Chicoine en 2007[15]. À l’époque, il s’intéresse tout spécialement au rachitisme et à ses causes[95],[34].Il est particulièrement irrité par les lenteurs de la province à intervenir dans le dossier de la supplémentation alimentaire en vitamine D, retard pour lequel il accuse directement les interdits du gouvernement Duplessis. Lors de son entrainement en Ohio, il a eu honte lors d’une présentation où le Canada Français était cité comme un malheureux exemple du rachitisme résiduel en Amérique. « Il faut rappeler que nos lois défendaient l’addition de vitamine D dans le lait alors que les besoins étaient grands, surtout à cause du climat. Dans la plupart des autres centres d’Amérique, la loi obligeait l’addition de vitamine D. Il n’y avait pas de quoi être fier. » À Sainte-Justine, des dossiers d’enfants rachitiques sont empilés pour impressionner les décideurs de la province. Les autorités politiques alertées, Luc Chicoine et ses collègues de Sainte-Justine et d’ailleurs participeraient ainsi, et activement, à la supplémentation vitaminique de la pinte de lait, encore de circonstance près de soixante ans plus tard[96].

À chaque condition, sa génération, la lutte montréalaise contre ce type urbain de malnutrition infantile ferait ensuite place à de nouveaux défis. Dans les années 1970 et 1980, à l’instar des Drs Albert Royer et Élizabeth Rousseau, Luc Chicoine se positionne activement pour un retour à l’allaitement maternel, alors socialement délaissé au profit des formules, mais « à qui on n'a pas trouvé de défauts »[15]. En clinique et dans les médias, il fait la promotion d’une alimentation saine et équilibrée en prévention de l’obésité et de la maladie cardio-vasculaire. Doux-amer, Luc Chicoine il confiera néanmoins en 1985 : « La médecine a connu des progrès magnifiques : il y a bien longtemps qu’on ne rencontre plus de cas de rachitisme, de poliomyélite ou de scorbut. Mais nos enfants sont malades autrement dans leur tête, et dans leur cœur, et c’est toute la société qui est malade aussi. »[41]

Intoxications pédiatriques

Membre du Comité des drogues à la cour du Bien-être Social du Québec en 1968, membre du comité sur les drogues du collège des médecins et chirurgiens du Québec et du comité sur les drogues de l’association canadienne de la santé mentale en 1970, Luc Chicoine est longtemps seul à la barre du centre anti poison de Sainte-Justine qu’il a fondé en 1958, répondant lui-seul pendant une certaine période à jusqu’à 10,000 appels par an. Baillargeon[97],[98][source insuffisante]. « Sur la question, j’ai acquis ma formation par moi-même, en lisant, en assistant à des congrès. »[99][source insuffisante]. Il est érudit, à l’écoute, c’est pour beaucoup un autodidacte.

Dès le début des années 1970, il participe à des campagnes de prévention des intoxications. Dénonçant sur la question le retard du Québec comparativement à l’Ontario, il contribue à la mise en place des premiers contenants de médicaments sécuritaires en assumant lui-même les aspects éducatifs dans les journaux et à la télévision[source secondaire nécessaire].

Infectiologie pédiatrique

Durant plus d’une quarantaine d’années, le Dr Luc Chicoine va s’investir dans la reconnaissance des pathogènes responsables des infections courantes, sévères ou émergentes chez l’enfant et des traitements à leur associer. En 1967, il fonde la section des maladies infectieuses du service de pédiatrie de l’hôpital Sainte-Justine dont il deviendra responsable pendant 23 ans[100][source insuffisante]. L’utilisation des antibiotiques chez l’enfant, notamment avec l’apparition de pénicillines antistaphylococciques, occupera une bonne part de ses travaux. Une molécule après l’autre, un vaccin après l’autre, le Dr Chicoine aura cherché la meilleure facon de faire et transmettra ses connaissances à travers des centaines d’intervention aux professionnels de l’enfance tout autour du Québec[88],[94].

Distinctions

  • 1955 Fellow in Clinical Research, University of Hospitals of Cleveland, Ohio
  • 1957 Collège Royal des Médecins et Chirurgiens du Canada en pédiatrie
  • 1960 Fellow de l’American Academy of Pediatrics (AAP)
  • 1971 Professeur titulaire de pédiatrie à la faculté de Médecine de l’Université de Montréal 1994 Fellow émérite de la Société Canadienne de Pédiatrie
  • 1994 Fellow émérite de la Société Canadienne de pédiatrie (SCP)
  • 1994 Membre émérite de l'Association des Médecins de langue française du Canada (AMLFC)
  • 1995 Trophée de la reconnaissance du Conseil des médecins et dentistes du CHU Sainte-Justine
  • 1996 Hommage du recteur de l’Université de Montréal (UDM)
  • 1997 Prix de carrière 1961-1997 de l’Université de Montréal
  • Années 1990 Création du Prix Luc Chicoine
  • 1999 Prix Letondal de l’Association des Pédiatres du Québec (APQ)
  • 1999 Plaque commémorative Dr Luc Chicoine, service de maladies infectieuses du CHU Sainte-Justine
  • 2005 Médaille Edouard Montpetit pour sa contribution à l’essor de la médecine au Canada-français et au Québec
  • 2007 Prix Sainte-Justine à l’occasion du Centenaire du CHU Sainte-Justine
  • 2011 Certificat de reconnaissance pour l’ensemble de sa carrière du Conseil des médecins et dentistes du CHU Sainte-Justine

Références

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