Mounir serhani

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Mounir Serhani
Naissance
Ksar El Kébir (Maroc)
Activité principale
Écrivain, poète, romancier, essayiste, traducteur, enseignant-chercheur
Distinctions
Prix 2M de la création littéraire (2013-2014)
Prix du Maroc du livre (poésie, 2025)
Auteur
Langue d’écriture Français, arabe
Genres
Poésie, roman, essai

Mounir Serhani, né en 1982 à Ksar El Kébir, est un écrivain, traducteur et universitaire marocain. Il écrit principalement en français, puis publie également en arabe à partir des années 2020. Son œuvre comprend de la poésie, deux romans et des essais consacrés notamment à l'interprétation des textes et à la pensée d'Averroès. Il traduit par ailleurs en français plusieurs poètes marocains et arabophones[1].

Agrégé de lettres françaises, docteur ès lettres et ancien élève de l'École normale supérieure de Lyon, il est professeur et vice-doyen à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Mohammedia, rattachée à l'Université Hassan-II de Casablanca, où il enseigne notamment la littérature comparée et la littérature postcoloniale[1]. Son recueil en arabe نسيت حذاءك يا أبي (« Papa, tu as oublié tes chaussures ») reçoit, ex æquo avec Mokhlis Saghir, le Prix du Maroc du livre dans la catégorie poésie au titre de l'année 2025[2].

Biographie

Formation et carrière universitaire

Mounir Serhani naît en 1982 à Ksar El Kébir, dans le nord du Maroc[3]. Agrégé de lettres françaises, il poursuit une partie de sa formation à l'ENS de Lyon. Dans les années 2010, il exerce comme formateur au Centre régional des métiers de l'éducation et de la formation (CRMEF) de Rabat, où il intervient notamment en évaluation et en littérature[4].

Le 8 juin 2019, il soutient une thèse intitulée Poétique du fragment et pratique de la conversation : le cas Cioran. Pour une approche brachylogique, consacrée à l'écriture fragmentaire d'Emil Cioran et à la brachylogie[5]. Il rejoint ensuite la Faculté des lettres et des sciences humaines de Mohammedia. En 2026, le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger le présente comme professeur et vice-doyen de cette faculté, chargé d'enseignements en littérature comparée et postcoloniale[1].

Parcours littéraire

Avant de publier ses propres livres, Mounir Serhani se fait connaître comme traducteur de poésie. En 2010 paraît ainsi Feuille de la splendeur de Mohammed Bennis, qu'il traduit en français ; la traduction est revue par Bernard Noël en collaboration avec l'auteur[6]. Cette activité de passeur entre l'arabe et le français se poursuit avec des auteurs comme Hassan Najmi, Mohamed Achaari, Nizar Kerboute, Fouad Chardoudi, Mourad Kadiri ou Fethi Sassi.

Ses premiers recueils personnels paraissent en 2014 : Je vais au noir silencieux. Fragments de déjà-vécu, chez L'Harmattan[7], puis J'ai vécu de t'attendre (suivi de « Effet nuit »), publié par la Maison de la poésie au Maroc[8]. Son troisième recueil, Nue comme nuit, paraît chez Marsam en 2016. Le manuscrit avait été distingué par le prix 2M de la création littéraire lors de sa septième édition, en 2013-2014[9].

L'année 2016 marque aussi son passage au roman et à l'essai. Il n'y a pas de barbe lisse, son premier roman, est publié par Marsam[10], tandis que L'Islam au risque de l'interprétation interroge les rapports entre lecture du texte sacré, raison et pluralité des interprétations à partir notamment de la pensée d'Averroès[11]. Un second roman, Le Hangar, suit en 2017 chez Orion[12]. Il revient à l'essai philosophique avec Averroès : Les vérités de l'Islam, présenté en 2022 à la Villa des Arts de Casablanca[13].

En 2024, Mounir Serhani publie en arabe نسيت حذاءك يا أبي (Nasita hidha'aka ya abi, « Papa, tu as oublié tes chaussures »), chez Khotoot Wa Dilal à Amman. Le livre prend la forme d'un long poème consacré à la figure du père disparu. Serhani explique avoir choisi l'arabe pour ce texte après avoir échoué à trouver en français une langue qui lui paraisse correspondre à la mémoire de son père[14]. Le recueil est récompensé deux ans plus tard par le Prix du Maroc du livre au titre de 2025[2].

Activités culturelles

Parallèlement à son travail universitaire et littéraire, Mounir Serhani participe aux activités de la Maison de la poésie au Maroc. En 2026, la Maison de Poésie de Paris le présente comme membre du comité directeur de l'institution marocaine. Avec Muriel Augry, il coordonne Entre les deux rives du poème, une anthologie maroco-française réunissant quarante-deux poètes de langue française et quarante-deux poètes marocains, réalisée en partenariat par les maisons de poésie de Rabat et de Paris[15].

En mars 2025, l'Académie mondiale de poésie de Vérone, dont il est membre du conseil d'administration, le désigne « poète correspondant » pour le Maroc[16].

Œuvre

Poésie

Les trois premiers recueils de Mounir Serhani sont écrits en français. Je vais au noir silencieux et Nue comme nuit accordent une place importante à l'amour, à l'absence et à la dissymétrie des relations affectives[7],[9]. Avec نسيت حذاءك يا أبي, l'auteur adopte pour la première fois l'arabe dans un livre de poésie. Le deuil du père y devient le principe d'organisation d'un poème long et fragmentaire, où les objets de la mémoire familiale, notamment la chaussure évoquée par le titre, prennent une valeur symbolique[14].

En 2026, l'éditeur roumain Junimea publie Les soliloques de l'orphelin / Solilocviile orfanului / مناجاة اليتيم, une anthologie poétique trilingue de son œuvre, traduite en roumain par Simona Modreanu[17].

Romans

Il n'y a pas de barbe lisse met en scène Fatima Zahra, une jeune femme marquée par la violence d'un père intégriste et par une enfance où les frontières entre autorité familiale et injonction religieuse se confondent. Le récit suit sa reconstruction et oppose à cette emprise une conception plus tolérante et mystique de la religion[10].

Dans Le Hangar, Mounir Serhani déplace son récit vers le monde de l'art. Le roman est construit autour d'un collectionneur mégalomane et obsessionnel et met en jeu les rapports de pouvoir qui relient artistes, galeristes, marchands et collectionneurs. La presse marocaine le présente à sa sortie comme un roman sur le marché de l'art et ses désillusions[12].

Essais

Les essais de Serhani prolongent son intérêt pour l'interprétation et la pensée arabo-musulmane. L'Islam au risque de l'interprétation (2016) prend pour point d'appui Averroès afin d'examiner la pluralité de lecture du texte sacré et l'articulation entre philosophie et religion[11]. Averroès : Les vérités de l'Islam (Orion, 2022) approfondit cette réflexion en revenant sur l'héritage du philosophe andalou, la place de l'interprétation et les rapports entre loi religieuse et raison[13].

Son travail universitaire sur Cioran porte, dans un autre champ, sur l'écriture fragmentaire et la conversation envisagées à travers la brachylogie[5].

Traduction

La traduction constitue une part importante de son activité. Il travaille principalement de l'arabe vers le français et contribue à faire circuler en français des poètes marocains et arabophones. En 2026, le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger le présente comme traducteur d'une vingtaine de recueils[1]. Feuille de la splendeur de Mohammed Bennis, traduit en 2010, ouvre cette bibliographie publiée[6]. Pour En aparté de Hassan Najmi, paru en 2014, il partage la traduction avec M'hamed Hamrouch[18].

En 2016, plusieurs de ses traductions paraissent dans la collection « Accent tonique » de L'Harmattan : Un toit de papillons de Nizar Kerboute[19], Tenir la traînée d'un astre de Fouad Chardoudi[20], L'aridité ne tue personne de Mohamed Achaari[21] et Tramway de Mourad Kadiri. Ce dernier est traduit du dialecte marocain et également préfacé par Serhani[22]. En 2018, il traduit de l'arabe Un ciel pour un oiseau étranger du poète tunisien Fethi Sassi[23].

Publications

Poésie

  • Je vais au noir silencieux. Fragments de déjà-vécu, Paris, L'Harmattan, 2014, (ISBN 978-2-343-02282-6)[7].
  • J'ai vécu de t'attendre (suivi de « Effet nuit »), Casablanca, Maison de la poésie au Maroc, 2014[8].
  • Nue comme nuit, Rabat, Marsam, 2016, (ISBN 978-9954-21-368-1)[9].
  • نسيت حذاءك يا أبي (Nasita hidha'aka ya abi, « Papa, tu as oublié tes chaussures »), Amman, Khotoot Wa Dilal, 2024[24].
  • Les soliloques de l'orphelin / Solilocviile orfanului / مناجاة اليتيم, anthologie poétique trilingue, Iași, Junimea, 2026, traduction roumaine de Simona Modreanu, (ISBN 978-973-37-2993-8)[17].

Romans

Essais

  • L'Islam au risque de l'interprétation, 2016[11].
  • Averroès : Les vérités de l'Islam, Orion, 2022[13].

Traductions (sélection)

  • Mohammed Bennis, Feuille de la splendeur, Cadastre8zéro, 2010, traduction de Mounir Serhani revue par Bernard Noël en collaboration avec l'auteur[6].
  • Hassan Najmi, En aparté, Alain Baudry & Cie, 2014, traduction avec M'hamed Hamrouch, (ISBN 978-2-35755-115-2)[18].
  • Nizar Kerboute, Un toit de papillons, L'Harmattan, 2016, (ISBN 978-2-343-08502-9)[19].
  • Fouad Chardoudi, Tenir la traînée d'un astre, L'Harmattan, 2016, (ISBN 978-2-343-08190-8)[20].
  • Mohamed Achaari, L'aridité ne tue personne, L'Harmattan, 2016, (ISBN 978-2-343-10145-3)[21].
  • Mourad Kadiri, Tramway, L'Harmattan, 2016, traduction du dialecte marocain et préface, (ISBN 978-2-343-09604-9)[22].
  • Fethi Sassi, Un ciel pour un oiseau étranger, L'Harmattan, 2018, (ISBN 978-2-343-12715-6)[23].

Prix et distinctions

  • Prix 2M de la création littéraire, septième édition 2013-2014, pour Nue comme nuit[9].
  • Prix de la nouvelle de l'Association marocaine des enseignants de français (AMEF)[17].
  • Médaille de la Divine Académie française des arts, lettres et culture, décernée en 2022 au titre de « grand ambassadeur pour les lettres »[25].
  • Prix du Maroc du livre, catégorie poésie, au titre de 2025, ex æquo avec Mokhlis Saghir, pour نسيت حذاءك يا أبي[2].

L'annonce des résultats du Prix du Maroc du livre en juin 2026 suscite une controverse dans une partie du milieu littéraire marocain. Al-Araby Al-Jadeed rapporte que des écrivains et des poètes contestent notamment le choix des deux lauréats en poésie et évoquent leur proximité avec des institutions culturelles liées au ministère ; ces critiques portent plus largement sur les critères de sélection et le recours fréquent aux prix ex æquo[26]. Lors de la cérémonie de remise, le président du jury, Abdallah Saaf, affirme pour sa part que les commissions sectorielles ont travaillé « en totale indépendance »[2].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 1,2 et 1,3 « Mounir Serhani », sur Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, (consulté le )
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 « Prix du Maroc du Livre : les lauréats de la 56e édition récompensés », sur Maroc.ma, (consulté le )
  3. ↑ « Il n'y a pas de barbe lisse », sur Librest (consulté le )
  4. ↑ « Formation : Didactique de l'oral en classe DNL », sur Sections internationales au Maroc, (consulté le )
  5. ↑ 5,0 et 5,1 Mansour M'henni, « Au Maroc, brillante soutenance de la première thèse en études brachylogiques », sur Jawhara FM, (consulté le )
  6. ↑ 6,0 6,1 et 6,2 « Feuille de la splendeur », sur Site officiel de Mohammed Bennis (consulté le )
  7. ↑ 7,0 7,1 et 7,2 « Je vais au noir silencieux : suivi de Fragments de déjà-vécu », sur Google Play Livres, (consulté le )
  8. ↑ 8,0 et 8,1 « New acquisitions », sur African Studies Centre Leiden (consulté le )
  9. ↑ 9,0 9,1 9,2 et 9,3 « Nue comme nuit », sur Decitre (consulté le )
  10. ↑ 10,0 10,1 et 10,2 « Il n'y a pas de barbe lisse », sur Librairie Mollat, (consulté le )
  11. ↑ 11,0 11,1 et 11,2 Kawtar Firdaous, « « L'Islam au risque de l'interprétation » par Mounir Serhani », sur L'Observateur du Maroc et d'Afrique, (consulté le )
  12. ↑ 12,0 12,1 et 12,2 « « Le Hangar » de Mounir Serhani », sur Le Matin, (consulté le )
  13. ↑ 13,0 13,1 et 13,2 « Averroès - Les vérités de l'Islam », sur Villa des Arts, (consulté le )
  14. ↑ 14,0 et 14,1 (ar) Achraf Hassani, « حوار: منير السرحاني.. قصّة شاعر فشل كتابة عن والده بالفرنسية ونجح باللغة العربية », sur Le360,‎ (consulté le )
  15. ↑ « Lancement de l'Anthologie poétique maroco-française « Entre les deux rives du poème » », sur Maison de Poésie - Fondation Émile Blémont (consulté le )
  16. ↑ « La Maison de la Poésie au Maroc remporte le Prix de l'Académie mondiale de poésie », sur Hespress, (consulté le )
  17. ↑ 17,0 17,1 et 17,2 (ro) « Les soliloques de l'orphelin / Solilocviile orfanului / مناجاة اليتيم. Anthologie poétique », sur Editura Junimea,‎ (consulté le )
  18. ↑ 18,0 et 18,1 « En aparté », sur Librairie Mollat, (consulté le )
  19. ↑ 19,0 et 19,1 « Un toit de papillons », sur Leslibraires.ca (consulté le )
  20. ↑ 20,0 et 20,1 « Tenir la traînée d'un astre », sur Librairie Mollat, (consulté le )
  21. ↑ 21,0 et 21,1 « L'aridité ne tue personne », sur Leslibraires.ca (consulté le )
  22. ↑ 22,0 et 22,1 « Tramway », sur Éditions L'Harmattan, (consulté le )
  23. ↑ 23,0 et 23,1 « Un ciel pour un oiseau étranger », sur Fnac, (consulté le )
  24. ↑ (ar) Achraf Hassani, « منير السرحاني يعود إلى الشعر بـ«نسيت حذاءك يا أبي» », sur Le360,‎ (consulté le )
  25. ↑ « Le Maroc prend part au Salon international d'art contemporain de Paris », sur SNRT News, (consulté le )
  26. ↑ (ar) « جائزة المغرب للكتاب تعلن عن الفائزين وتثير الجدل في الوسط الثقافي », sur Al-Araby Al-Jadeed,‎ (consulté le )

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