Nikos Smyrnaios

Aller à la navigation Aller à la recherche
Nikos Smyrnaios

Νίκος Σμυρναίος

Naissance
Athènes (Grèce)
Diplôme
Doctorat en sciences de l'information et de la communication
Profession
Professeur des universités, chercheur
Formation
Université Stendhal-Grenoble 3

Nikos Smyrnaios (en grec : Νίκος Σμυρναίος), né en 1976 à Athènes, est un enseignant-chercheur en sciences de l'information et de la communication exerçant à l'université Toulouse-III-Paul-Sabatier. Ses recherches portent sur l'économie politique du numérique, la concentration des industries de l'internet, les rapports entre les plateformes numériques et les médias, ainsi que les transformations de l'espace public[1].

Il est notamment l'auteur de Les GAFAM contre l'internet : une économie politique du numérique, publié en 2017, puis de L'espace public sous l'emprise du capital : de la presse bourgeoise aux géants de la Silicon Valley, paru en 2025[2],[3].

Biographie

Né en Grèce, Nikos Smyrnaios soutient en 2005 un doctorat en sciences de l'information et de la communication à l'université Stendhal-Grenoble 3, sous la direction d'Isabelle Pailliart. Intitulée L'industrie de l'éphémère : émergence et consolidation de modèles diversifiés de production et de diffusion de l'information en ligne, sa thèse étudie l'économie naissante de l'information sur internet et les transformations de sa production[4].

Il poursuit sa carrière universitaire à Toulouse, où il devient professeur des universités à l'IUT A de l'université Toulouse-III-Paul-Sabatier. Membre du Laboratoire d'études et de recherches appliquées en sciences sociales (LERASS), il est responsable de la licence Information-Communication. Il anime également, au sein du laboratoire, des recherches sur les médias et les médiations socionumériques[1],[5]. Ses activités associent l'enseignement, la publication d'études empiriques et la réflexion théorique sur les rapports entre communication, économie et pouvoir.

Travaux de recherche

Les intermédiaires de l'information et le pouvoir des plateformes

Les premiers travaux de Nikos Smyrnaios s'intéressent à la façon dont l'information journalistique est produite, sélectionnée et distribuée sur internet. Avec Franck Rebillard, il analyse dès 2009 la place prise par Google Actualités dans l'accès aux nouvelles. Leur étude des « infomédiaires », publiée dans la revue Réseaux en 2010, compare ensuite Google, Wikio et Paperblog. Elle montre comment ces services, sans être nécessairement des producteurs d'information, interviennent dans la circulation des contenus et l'orientation des audiences, ce qui modifie les rapports économiques avec les éditeurs de presse[6],[7].

Cette approche est étendue aux principales entreprises technologiques. Dans « L'effet GAFAM » (2016), il étudie les stratégies d'intégration, les effets de réseau et les conditions économiques et politiques favorisant la concentration des marchés numériques. Le terme GAFAM désigne alors Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, qu'il examine comme les composantes d'un ensemble oligopolistique plutôt que comme cinq entreprises isolées[8].

Avec Franck Rebillard, il approfondit ensuite le concept de « plateformisation » de l'information, qui désigne la place croissante des grandes plateformes dans la distribution, la valorisation et la visibilité des contenus journalistiques. Leur article de 2019 s'intéresse à la dépendance économique des médias envers ces intermédiaires et à ses conséquences éditoriales[9].

Cette question prend également une dimension réglementaire. Dans une enquête publiée en 2023 avec Charis Papaevangelou, il étudie les accords conclus entre des éditeurs de presse français et Google ou Meta, notamment dans le contexte des droits voisins. Les auteurs estiment que ces dispositifs, malgré leur objectif de rééquilibrage, ne remettent pas suffisamment en cause l'asymétrie de pouvoir entre plateformes et entreprises de presse[10].

Journalisme, modération et circulation des informations

Ses recherches portent aussi sur les conditions concrètes du travail journalistique et sur les modalités de la participation des publics. Dans « Profession “nettoyeur du net” », écrit avec Emmanuel Marty en 2017, il étudie la modération des commentaires publiés sur les sites d'information. L'enquête associe des entretiens, l'observation d'un prestataire spécialisé et l'analyse de commentaires acceptés ou rejetés. Elle met en évidence le rôle des contraintes économiques, techniques et éditoriales dans la définition de ce qui peut être rendu visible sur un site de presse[11].

En collaboration avec d'autres chercheurs, notamment Julien Figeac et Pierre Ratinaud, il analyse les échanges politiques sur Twitter et Facebook lors de l'élection présidentielle française de 2017. Ces travaux portent sur la structuration des discours partisans, la polarisation et la circulation d'informations peu fiables. Ils reposent notamment sur l'analyse de réseaux de comptes et de corpus de publications, plutôt que sur la seule étude des discours des grandes entreprises du numérique[12].

Plus récemment, ses travaux s'étendent aux effets de l'intelligence artificielle générative sur les médias. Avec Charis Papaevangelou et Franck Rebillard, il s'interroge en 2024 sur la possibilité que les accords entre entreprises d'intelligence artificielle et éditeurs de presse reproduisent les dépendances déjà observées avec les plateformes. Dans un article écrit avec Olivier Koch pour Le Monde diplomatique en 2026, il examine les transformations du travail journalistique et les risques d'automatisation de l'information[13].

Mobilisations sociales et espace public numérique

Nikos Smyrnaios participe à des enquêtes collectives sur les mobilisations et les controverses qui prennent forme en ligne. Avec Brigitte Sebbah, Natacha Souillard, Lucie Loubère et Laurent Thiong-Kay, il étudie le mouvement des Gilets jaunes en confrontant sa représentation dans la presse nationale aux prises de parole sur Facebook et Twitter. L'article publié en 2020 dans Terminal examine les rapports entre visibilité médiatique, construction des revendications et légitimation d'un mouvement sans représentation centralisée. Il analyse également les décalages et les interactions entre récits journalistiques et discours des manifestants[14].

Ses recherches sur les controverses publiques concernent aussi les débats scientifiques et sanitaires. Avec Panos Tsimpoukis et Lucie Loubère, il a ainsi étudié la circulation sur Twitter des discours autour des traitements proposés par Didier Raoult pendant la pandémie de Covid-19, en croisant analyse de réseaux et analyse textuelle[15].

Au-delà de ces terrains particuliers, l'étude de l'espace public constitue le fil conducteur de ses travaux. Un article écrit avec Olivier Baisnée en 2023 propose d'aborder de manière critique les transformations du débat collectif liées aux plateformes, en articulant leurs infrastructures, leurs modèles économiques et leurs effets sur la circulation des discours[16].

Essais

Les GAFAM contre l'internet

Publié par l'Institut national de l'audiovisuel (INA) en 2017, Les GAFAM contre l'internet : une économie politique du numérique expose la thèse selon laquelle le développement des grandes entreprises numériques ne peut être compris indépendamment de l'histoire politique et économique d'internet. Le livre retrace le passage d'un réseau largement issu de la recherche publique à un ensemble de marchés où l'accès à l'information, les infrastructures et les revenus publicitaires sont de plus en plus concentrés[2].

Smyrnaios met en relation la privatisation, la déréglementation, la financiarisation et les stratégies d'intégration des grandes firmes. Il examine les mécanismes par lesquels les plateformes tirent des revenus de l'intermédiation, de la publicité et des données, mais aussi les conséquences de ces modèles sur le travail et les éditeurs de contenus. Sa critique oppose la dynamique de marchandisation à l'idéal initial d'un internet ouvert, tout en inscrivant ce changement dans les transformations plus générales du capitalisme[17].

L'essai paraît en anglais sous le titre Internet Oligopoly: The Corporate Takeover of Our Digital World en 2018, chez Emerald Publishing. Une édition grecque, intitulée Το ολιγοπώλιο του διαδικτύου, est également publiée en 2018[18],[19].

Une histoire économique et politique de l'espace public

Avec L'espace public sous l'emprise du capital : de la presse bourgeoise aux géants de la Silicon Valley (2025), le chercheur élargit sa perspective à une histoire des conditions matérielles du débat public. Des Lumières à la communication numérique, il s'intéresse à la manière dont les structures de propriété, la publicité, la concentration des médias et les conflits sociaux ont façonné l'accès à la parole publique. Il confronte ainsi les conceptions normatives d'un espace de discussion démocratique aux inégalités économiques et politiques qui en influencent le fonctionnement[3].

Cette réflexion mobilise notamment les travaux de Jürgen Habermas, Antonio Gramsci, Pierre Bourdieu et Nancy Fraser. Elle aborde successivement la constitution de la presse moderne, les rapports entre médias et capitalisme, puis le poids des entreprises de la Silicon Valley dans la distribution des contenus et l'organisation du débat. Smyrnaios publie également en 2025, chez Emerald, The Political Economy of the Public Sphere: From Enlightenment to Big Tech, ouvrage en anglais consacré à cette histoire de l'espace public et à ses transformations contemporaines[20].

Réception des ouvrages

À sa parution, Les GAFAM contre l'internet est commenté dans la presse consacrée aux technologies. En juillet 2017, le média professionnel CIO en souligne la charge critique contre les grandes entreprises numériques tout en considérant que l'ouvrage invite à réfléchir au modèle économique qu'elles imposent progressivement[21]. L'essai donne également lieu à un entretien dans Usbek & Rica, centré sur les origines publiques d'internet et la concentration des activités numériques[17].

La version anglaise, Internet Oligopoly, fait l'objet en 2021 d'un compte rendu de l'économiste Mitja Stefancic dans WEA Commentaries, publication de la World Economics Association. Celui-ci juge utile la critique des politiques de déréglementation et souligne l'attention portée aux conditions de travail et aux inégalités. Il relève toutefois la tonalité pessimiste, voire dystopique, de la conclusion de l'ouvrage[22].

L'ouvrage de 2025 consacré à l'espace public reçoit notamment un compte rendu de Florian Rodot dans la revue Lectures en mai 2026. Le critique met en avant l'ampleur de la synthèse historique et l'intérêt d'une lecture qui traite l'espace médiatique à la fois comme un lieu de contestation politique et comme un marché soumis à des rapports de domination économique[23].

Publications

Ouvrages

  • Les GAFAM contre l'internet : une économie politique du numérique, Bry-sur-Marne, Institut national de l'audiovisuel, coll. « Études et controverses », 2017, (ISBN 9782869382428).
  • Internet Oligopoly: The Corporate Takeover of Our Digital World, Bingley, Emerald Publishing, 2018, (ISBN 9781787692008) (édition en anglais de l'essai de 2017).
  • Το ολιγοπώλιο του διαδικτύου (L'oligopole de l'internet), Athènes, Μεταμεσονύκτιες Εκδόσεις, 2018, (ISBN 9789607800794) (édition en grec).
  • L'espace public sous l'emprise du capital : de la presse bourgeoise aux géants de la Silicon Valley, Le Bord de l'eau, 2025, (ISBN 9782385191832).
  • The Political Economy of the Public Sphere: From Enlightenment to Big Tech, Emerald Publishing, 2025, (ISBN 9781805924944).

Sélection d'articles scientifiques

  • Avec Franck Rebillard, « L'actualité selon Google. L'emprise du principal moteur de recherche sur l'information en ligne », Communication & langages, no 160, 2009, p. 95-109 (DOI).
  • Avec Franck Rebillard, « Les infomédiaires, au cœur de la filière de l'information d'actualité en ligne. Les cas de Google, Wikio et Paperblog », Réseaux, nos 160-161, 2010, p. 163-194 (DOI).
  • « L'effet GAFAM : stratégies et logiques de l'oligopole de l'internet », Communication & langages, no 188, 2016, p. 61-83 (DOI).
  • Avec Emmanuel Marty, « Profession “nettoyeur du net” : de la modération des commentaires sur les sites d'information français », Réseaux, no 205, 2017, p. 57-90 (DOI).
  • Avec Franck Rebillard, « Quelle “plateformisation” de l'information ? Collusion socioéconomique et dilution éditoriale entre les entreprises médiatiques et les infomédiaires de l'Internet », tic&société, vol. 13, nos 1-2, 2019, p. 247-293 (DOI).
  • Avec Natacha Souillard, Brigitte Sebbah, Lucie Loubère et Laurent Thiong-Kay, « Les Gilets jaunes, étude d'un mouvement social au prisme de ses arènes médiatiques », Terminal, no 127, 2020 (DOI).
  • Avec Panos Tsimpoukis et Lucie Loubère, « La controverse de Didier Raoult et de sa proposition thérapeutique contre la COVID-19 sur Twitter : analyse de réseaux et de discours », Communiquer, no 32, 2021, p. 63-81 (DOI).
  • Avec Charis Papaevangelou, « Regulating dependency: The political stakes of online platforms' deals with French publishers », Anàlisi, no 68, 2023, p. 117-134 (DOI).
  • Avec Olivier Baisnée, « Critically understanding the platformization of the public sphere », European Journal of Communication, vol. 38, no 5, 2023, p. 435-445 (DOI).
  • Avec Charis Papaevangelou et Franck Rebillard, « De l'internet à l'IA, bis repetita entre médias et géants du numérique ? », La Revue européenne des médias et du numérique, no 71, 2024.

Notes et références

  1. ↑ 1,0 et 1,1 « Nikos Smyrnaios », curriculum et liste de publications, HAL.
  2. ↑ 2,0 et 2,1 Nikos Smyrnaios, Les GAFAM contre l'internet : une économie politique du numérique, INA, coll. « Études et controverses », 2017.
  3. ↑ 3,0 et 3,1 « L'espace public sous l'emprise du capital », éditions Le Bord de l'eau, 2025.
  4. ↑ « Smyrnaios, Nikos (1976-) », Perséide Éducation, données bibliographiques issues notamment de l'Abes et de theses.fr.
  5. ↑ « Nikos Smyrnaios », université Panteion, présentation académique.
  6. ↑ Nikos Smyrnaios et Franck Rebillard, « L'actualité selon Google. L'emprise du principal moteur de recherche sur l'information en ligne », Communication & langages, no 160, 2009, p. 95-109.
  7. ↑ Franck Rebillard et Nikos Smyrnaios, « Les infomédiaires, au cœur de la filière de l'information d'actualité en ligne. Les cas de Google, Wikio et Paperblog », Réseaux, nos 160-161, 2010, p. 163-194.
  8. ↑ Nikos Smyrnaios, « L'effet GAFAM : stratégies et logiques de l'oligopole de l'internet », Communication & langages, no 188, 2016, p. 61-83.
  9. ↑ Franck Rebillard et Nikos Smyrnaios, « Quelle “plateformisation” de l'information ? Collusion socioéconomique et dilution éditoriale entre les entreprises médiatiques et les infomédiaires de l'Internet », tic&société, vol. 13, nos 1-2, 2019, p. 247-293.
  10. ↑ Charis Papaevangelou et Nikos Smyrnaios, « Regulating dependency: The political stakes of online platforms' deals with French publishers », Anàlisi, no 68, 2023, p. 117-134.
  11. ↑ Nikos Smyrnaios et Emmanuel Marty, « Profession “nettoyeur du net” : de la modération des commentaires sur les sites d'information français », Réseaux, no 205, 2017, p. 57-90.
  12. ↑ Pierre Ratinaud, Nikos Smyrnaios, Julien Figeac et al., « Structuration des discours au sein de Twitter durant l'élection présidentielle française de 2017 », Réseaux, nos 214-215, 2019, p. 171-208 ; Julien Figeac et al., « Facebook favorise-t-il la désinformation et la polarisation idéologique des opinions ? », Questions de communication, no 36, 2019, p. 167-187.
  13. ↑ Charis Papaevangelou, Franck Rebillard et Nikos Smyrnaios, « De l'internet à l'IA, bis repetita entre médias et géants du numérique ? », La Revue européenne des médias et du numérique, no 71, automne 2024 ; Olivier Koch et Nikos Smyrnaios, « Ce que l'IA inflige au journalisme », Le Monde diplomatique, mars 2026, p. 21.
  14. ↑ Natacha Souillard, Brigitte Sebbah, Lucie Loubère, Laurent Thiong-Kay et Nikos Smyrnaios, « Les Gilets jaunes, étude d'un mouvement social au prisme de ses arènes médiatiques », Terminal, no 127, 2020.
  15. ↑ Nikos Smyrnaios, Panos Tsimpoukis et Lucie Loubère, « La controverse de Didier Raoult et de sa proposition thérapeutique contre la COVID-19 sur Twitter : analyse de réseaux et de discours », Communiquer, no 32, 2021, p. 63-81.
  16. ↑ Nikos Smyrnaios et Olivier Baisnée, « Critically understanding the platformization of the public sphere », European Journal of Communication, vol. 38, no 5, 2023, p. 435-445.
  17. ↑ 17,0 et 17,1 Guillaume Ledit, « Les GAFAM contre l'Internet : “Leur objectif, c'est d'absorber le marché” », entretien avec Nikos Smyrnaios, Usbek & Rica, 5 juin 2017.
  18. ↑ Nikos Smyrnaios, Internet Oligopoly: The Corporate Takeover of Our Digital World, Emerald Publishing, 2018, ISBN 978-1-78769-200-8 ; compte rendu et notice bibliographique, WEA Commentaries, vol. 11, no 1, avril 2021, p. 2-3.
  19. ↑ « Παρουσίαση βιβλίου του Ν. Σμυρναίου “Το ολιγοπώλιο του διαδικτύου” », ERT, présentation de l'édition grecque.
  20. ↑ The Political Economy of the Public Sphere: From Enlightenment to Big Tech, Emerald Publishing, 2025, DOI 10.1108/978-1-80592-493-7.
  21. ↑ « Livre : Les Gafam contre l'Internet », CIO, 21 juillet 2017.
  22. ↑ Mitja Stefancic, « Review of Smyrnaios, N. (2018) Internet Oligopoly: The Corporate Takeover of Our Digital World », WEA Commentaries, vol. 11, no 1, avril 2021, p. 2-3.
  23. ↑ Florian Rodot, « Nikos Smyrnaios, L'espace public sous l'emprise du capital : de la presse bourgeoise aux géants de la Silicon Valley », Lectures, 16 mai 2026 ; extrait du compte rendu reproduit par l'éditeur.

Liens externes

Article publié sur Wikimonde Plus