Sean Rad
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | Américaine |
| Profession |
Entrepreneur |
| Formation |
Université de Californie du Sud (études interrompues) |
Sean Rad, né en 1986, est un entrepreneur américain, principalement connu pour avoir cofondé Tinder, une application de rencontres lancée en 2012. Premier directeur général de l'entreprise, il participe au développement du service et à son expansion internationale, avant de connaître plusieurs changements de fonctions entre 2014 et 2017. Son parcours au sein de Tinder est également marqué par des désaccords sur la gestion de l'entreprise, la reconnaissance des membres de l'équipe fondatrice et la valorisation de leurs participations financières[1],[2].
Parcours
Formation et premières entreprises
Sean Rad grandit dans une famille d'origine iranienne installée à Los Angeles. Ses parents ont émigré d'Iran vers les États-Unis. Il entreprend des études à l'université de Californie du Sud, qu'il interrompt pour se consacrer à ses projets professionnels. Dès l'adolescence, il s'intéresse aux services de communication numérique et crée, à l'âge de 18 ans, une entreprise de messagerie mobile connue sous le nom d'Orgoo. Il participe ensuite au développement d'Adly, une société fondée en 2009 et spécialisée dans la promotion de marques par l'intermédiaire de personnalités sur les réseaux sociaux[1],[3].
Ces premières activités l'amènent à rejoindre, en 2012, Hatch Labs, un incubateur d'entreprises soutenu notamment par le groupe de médias et de services en ligne IAC. Il travaille d'abord avec le développeur Joe Muñoz sur Cardify, une application de fidélisation commerciale. Parallèlement, une partie de l'équipe conçoit un service de rencontres initialement appelé MatchBox, présenté lors d'un concours interne de projets. L'incubateur décide de privilégier ce second produit, qui devient Tinder[1],[2].
Création et développement de Tinder
Lancée sur téléphone mobile en 2012, Tinder repose sur un principe de mise en relation réciproque : une conversation n'est possible que si deux personnes ont chacune exprimé leur intérêt pour l'autre. Le service associe la présentation de profils, la proximité géographique et une utilisation adaptée aux smartphones. Sean Rad dirige le projet, mais sa conception et sa diffusion reposent sur plusieurs collaborateurs. Joe Muñoz participe aux premiers développements, Chris Gulczynski au design, Jonathan Badeen à l'interface et Justin Mateen à la promotion du produit. Whitney Wolfe joue également un rôle important dans son lancement commercial, notamment auprès des étudiants[1],[4].
Le geste consistant à faire glisser un profil vers la droite ou vers la gauche, devenu caractéristique de Tinder, n'existe pas dans la toute première version de l'application. Il est ajouté peu après son lancement, à l'initiative de Jonathan Badeen, au terme d'échanges avec le reste de l'équipe. Sean Rad reconnaît lui-même avoir d'abord hésité à donner la priorité à cette fonctionnalité. Cette interface contribue à populariser une manière rapide et visuelle d'utiliser les applications de rencontres, sans que son invention puisse être attribuée au seul directeur général[5].
La diffusion du service commence notamment dans les universités américaines, où des campagnes de présentation favorisent son adoption. Tinder se distingue alors des sites de rencontres traditionnels, souvent organisés autour de longs questionnaires et de profils détaillés. L'application rencontre une croissance rapide : en juin 2014, l'entreprise déclare enregistrer environ dix millions de mises en relation réciproques chaque jour[4]. Cette expansion fait de Tinder un actif important pour IAC, qui contrôle le service depuis ses débuts par l'intermédiaire de Hatch Labs, puis de Match Group. Sean Rad en assure la direction opérationnelle sans être propriétaire à titre personnel de l'application ou de sa technologie[1],[2].
L'activité évolue également vers un modèle payant. En mars 2015, Tinder lance Tinder Plus, qui propose des fonctions supplémentaires par abonnement. L'entreprise développe ensuite d'autres options payantes tout en poursuivant son implantation hors des États-Unis. Ces transformations accompagnent le passage d'une jeune application financée par son groupe propriétaire à un service cherchant à tirer des revenus directs de son public[6],[7].
Changements à la direction
À la fin de 2014, dans un contexte de tensions internes et après une procédure pour harcèlement et discrimination engagée par une ancienne responsable de l'entreprise, Sean Rad doit céder la direction générale de Tinder. Il conserve cependant des responsabilités, notamment comme président de la société et dans le suivi du produit. En mars 2015, Christopher Payne, ancien dirigeant d'eBay, est nommé directeur général. Son passage est bref : le conseil d'administration estime que sa nomination ne correspond pas aux besoins de l'entreprise sur le long terme et rétablit Sean Rad dans ses fonctions en août de la même année[8],[9].
Son second mandat à la direction générale s'achève en décembre 2016. Greg Blatt, qui dirige alors Match Group, prend la tête de Tinder, tandis que Sean Rad devient président de Tinder et de Swipe Ventures, une structure créée pour développer les acquisitions et les investissements du service. Cette réorganisation le maintient temporairement dans les décisions stratégiques, mais lui retire la gestion quotidienne de l'application. Il se sépare finalement de Tinder en 2017[7],[10].
Différends et contentieux
Plainte de Whitney Wolfe en 2014
En juin 2014, Whitney Wolfe, qui avait participé au lancement et à la promotion de Tinder, engage une procédure civile contre plusieurs responsables de l'entreprise, dont Sean Rad et Justin Mateen, ainsi que contre les sociétés concernées. Elle accuse notamment Mateen, avec lequel elle avait entretenu une relation, de harcèlement sexuel et de propos discriminatoires. Elle reproche à Sean Rad de ne pas avoir donné suite à ses demandes d'intervention et d'avoir contribué à son départ. La plainte porte aussi sur la place accordée à Wolfe parmi les cofondateurs : celle-ci soutient que sa contribution avait été minimisée en raison de son sexe[4].
IAC reconnaît alors l'existence de messages inappropriés adressés à Wolfe par Mateen, tout en contestant les accusations visant la direction de Tinder. Dans une note adressée aux salariés, Sean Rad juge les accusations formulées à son encontre inexactes, tout en reconnaissant que les échanges de Mateen avec Wolfe étaient inacceptables[11]. Le litige prend fin en septembre 2014 par un accord amiable, sans reconnaissance de faute par l'entreprise. Justin Mateen quitte Tinder. Whitney Wolfe fonde par la suite Bumble, une application concurrente. L'affaire rend publiques les divergences entre les premiers membres de Tinder sur leur statut, leurs relations professionnelles et la manière dont la société est dirigée[4],[12],[1].
Conflit avec IAC et Match Group sur la valorisation de Tinder
Un autre différend, cette fois financier, oppose Sean Rad aux sociétés propriétaires de Tinder. À l'origine du conflit figurent des contrats d'intéressement prévoyant des options sur actions pour plusieurs membres de l'équipe fondatrice, dont la valeur dépend de l'évaluation de Tinder à des échéances déterminées. Ce dispositif devient particulièrement important lorsque la société est valorisée en 2017, après plusieurs années de forte croissance[2].
En août 2018, Sean Rad, Justin Mateen, Jonathan Badeen et d'autres anciens collaborateurs poursuivent IAC et Match Group devant la justice de l'État de New York. Les demandeurs estiment que leurs droits ont été lésés par une sous-évaluation délibérée de Tinder en 2017. Ils reprochent notamment aux dirigeants d'avoir utilisé des prévisions financières artificiellement défavorables : selon leur argumentation, l'évaluation retenue, d'environ trois milliards de dollars, ne reflétait pas les perspectives de l'application. Ils réclament au total au moins deux milliards de dollars de dommages et intérêts. Ces montants et accusations relèvent de la plainte et non de conclusions judiciaires établissant une fraude[13],[2].
IAC et Match Group contestent ces accusations. Ils défendent les modalités d'évaluation prévues par les accords contractuels, faisant valoir l'intervention de banques chargées de déterminer la valeur de Tinder et le fait que certains bénéficiaires, dont Sean Rad, ont déjà tiré des sommes importantes de leurs options. La procédure se prolonge durant plusieurs années et débouche sur un procès à New York en novembre 2021. Elle met en lumière les tensions entre les créateurs de l'application, rémunérés en partie par des participations financières, et le groupe qui en détient le contrôle juridique et économique[14],[2].
Le 1er décembre 2021, les parties annoncent un accord mettant fin au procès en cours et aux procédures d'arbitrage liées à la valorisation de 2017. Match Group accepte de verser 441 millions de dollars à l'ensemble des plaignants, et non à Sean Rad seul, en contrepartie de l'abandon des demandes concernées. L'accord règle le conflit sans qu'un jugement au fond ne tranche les accusations de manipulation de la valorisation[15],[16].
Activités après Tinder
Après son départ de Tinder, Sean Rad se consacre à des investissements privés, notamment par l'intermédiaire de Rad Fund, une société d'investissement qu'il dirige au début des années 2020[10]. Il figure également parmi les investisseurs d'AllVoices, une plateforme destinée au signalement de difficultés rencontrées dans le milieu professionnel, créée par Claire Schmidt[17]. En 2019, il rejoint le conseil d'administration de Good Today, une organisation qui facilite les petits dons à des associations caritatives par l'intermédiaire d'entreprises et de particuliers[18].
Notes et références
- ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 et 1,5 Nellie Bowles, « Mr. (Swipe) Right? », The California Sunday Magazine, janvier 2016.
- ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 et 2,5 Jesse Barron, « A Tinder Revenge Story », New York, 14 janvier 2022.
- ↑ Rip Empson, « Tinder’s Sean Rad To Speak At Disrupt Europe About Expanding Overseas », TechCrunch, 27 septembre 2013.
- ↑ 4,0 4,1 4,2 et 4,3 Paresh Dave, « Ex-exec sues Tinder execs, claiming sexual harassment, discrimination », Los Angeles Times, 1er juillet 2014.
- ↑ David Pierce, « The Oral History of Tinder’s Alluring Right Swipe », Wired, septembre 2016.
- ↑ Paresh Dave, « New Tinder Plus to cost date-seekers $9.99 a month or more », Los Angeles Times, 2 mars 2015.
- ↑ 7,0 et 7,1 Jordan Crook, « Sean Rad steps away from CEO role (again) to run Tinder’s new Swipe Ventures », TechCrunch, 8 décembre 2016.
- ↑ Paresh Dave, « Tinder hires EBay executive as CEO », Los Angeles Times, 20 mars 2015.
- ↑ Jordan Crook, « Tinder Cofounder Sean Rad Back In As CEO », TechCrunch, 13 août 2015.
- ↑ 10,0 et 10,1 Mayer Rus, « Inside the Dashing Los Angeles Pad of Tinder Founder Sean Rad and his Wife Lizzie Grover Rad », Architectural Digest, décembre 2021.
- ↑ Jordan Crook, « Tinder CEO’s Internal Memo Says Harassment Complaint Is Inaccurate », TechCrunch, 1er juillet 2014.
- ↑ Paresh Dave, « Tinder resolves sexual harassment lawsuit; marketing chief resigns », Los Angeles Times, 8 septembre 2014.
- ↑ « Tinder founders sue parent companies Match and IAC for at least $2B », TechCrunch, 14 août 2018.
- ↑ Kurt Wagner, « Tinder owner IAC seeks to dismiss Tinder co-founder Sean Rad’s lawsuit », Recode, 9 octobre 2018.
- ↑ Match Group, « Form 8-K, Item 8.01: Other Events », document déposé auprès de la Securities and Exchange Commission, 1er décembre 2021.
- ↑ « Match Group to pay Tinder founders $441 million to settle lawsuit », Reuters, 1er décembre 2021.
- ↑ « Startup offers anonymous harassment reporting tool », CNNMoney, 15 novembre 2017.
- ↑ Anthony Ha, « With Sean Rad signed on as board member, Good Today launches new tool for company-wide donations », TechCrunch, 29 octobre 2019.
Article publié sur Wikimonde Plus