Thinkerview

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Thinkerview
Vidéaste Web
Logo de Thinkerview.
Informations
Genre Entretiens
Créateur « Sky » et Marc Ullmann
Nombre d'abonnés 1 330 000 (septembre 2026)[1]
Site internet thinkerview.com
Chaîne YouTube
PeerTube

Thinkerview, parfois stylisé ThinkerView, est une émission française d'entretiens diffusée sur Internet, créée à la fin de 2012 et dont les premières émissions sont diffusées en . Animée en voix off par une personne connue sous le pseudonyme de « Sky », elle se caractérise par des entretiens de longue durée, souvent diffusés en direct et sans montage, dans lesquels l'invité est filmé seul face à un décor sombre[2],[3]. Les sujets abordés relèvent notamment de la politique, de la géopolitique, de l'économie, de l'écologie, des médias et des technologies.

Issue de la culture hacker, Thinkerview se présente comme un média indépendant destiné à mettre les idées à l'épreuve et à donner accès à des points de vue peu médiatisés[4]. Son modèle économique repose historiquement sur les dons de son public. L'émission s'est fortement développée à partir de la fin des années 2010 et sa chaîne YouTube compte environ 1 330 000 abonnés en septembre 2026[1].

La place accordée à des personnalités très diverses, souvent critiques des institutions ou des médias traditionnels, constitue à la fois l'une des particularités de Thinkerview et une source importante de controverses autour de sa ligne éditoriale. Plusieurs observateurs saluent le temps laissé aux invités pour développer leurs analyses, tandis que d'autres reprochent à l'émission d'offrir une forte exposition à des personnalités complotistes ou radicales et de ne pas toujours leur apporter une contradiction suffisante[5],[3].

Histoire

Le projet est créé à la fin de 2012 par « Sky » avec le journaliste Marc Ullmann, ancien rédacteur en chef adjoint de L'Express[6], qui joue auprès de lui un rôle de mentor[2]. Les premières émissions sont diffusées sur YouTube en janvier 2013. Léonard Sojli participe également à la fondation de la chaîne en 2013 et préside pendant plusieurs années l'association qui l'édite, avant de quitter Thinkerview en 2015[7]. À partir de 2020, plusieurs années après son départ, il devient une figure francophone de la mouvance complotiste QAnon et fonde le média Les DéQodeurs[8].

D'abord porté avec peu de moyens et une part importante de travail bénévole, Thinkerview gagne rapidement en audience au cours du mouvement des Gilets jaunes. La chaîne compte environ 200 000 abonnés en novembre 2018, plus de 310 000 en mars 2019 puis plus de 360 000 en mai de la même année[2],[5]. Cette croissance accompagne une professionnalisation progressive de la production, rendue possible par le financement participatif.

Le 12 avril 2022, la chaîne YouTube est piratée. Les attaquants modifient son identité visuelle pour la faire passer pour une chaîne liée à Tesla et diffusent une escroquerie aux cryptomonnaies ; YouTube la rend alors inaccessible afin de mettre fin à la diffusion frauduleuse[9]. À la fin de la même année, Thinkerview a franchi le seuil du million d'abonnés[3]. En septembre 2026, la chaîne en rassemble environ 1 330 000[1].

Format et fonctionnement

Les entretiens de Thinkerview durent généralement d'une heure à plusieurs heures. Ils sont fréquemment réalisés en direct, puis mis à disposition sans coupes ni montage. L'invité, assis devant un fond noir, est le seul participant visible à l'image ; « Sky » intervient hors champ, par la voix. Ce dispositif volontairement dépouillé, associé à un ton parfois provocateur ou déstabilisant, distingue la chaîne des formats plus courts des chaînes d'information et de l'infodivertissement[5],[10]. L'Express relève en 2022 que nombre de ces entretiens sont exigeants et que leur durée permet aux invités de développer des raisonnements qui trouveraient difficilement place dans les formats audiovisuels classiques[3].

Le média présente trois objectifs : éprouver les idées et leurs limites, entendre des points de vue peu médiatisés et rendre compte de la complexité des enjeux contemporains[4]. Les domaines abordés comprennent notamment la géopolitique, la politique, l'économie, l'énergie, l'environnement, le renseignement, les médias, Internet et les questions de société. Le cygne noir utilisé comme logo renvoie à la théorie du cygne noir, qui désigne des événements rares et difficilement prévisibles dont les conséquences sont importantes[2],[5].

Une place importante est accordée à la participation du public. Durant les directs, la communauté est sollicitée pour transmettre des questions et vérifier certains faits ou chiffres ; Thinkerview a notamment utilisé la plateforme collaborative CaptainFact à cette fin[5],[3]. Le chercheur Christophe Premat analyse cette dimension dans un article universitaire publié en 2019 : selon lui, la chaîne réinvestit l'entretien long au service d'une communauté de « hackers critiques » et fidélise une audience qui contribue progressivement à imposer des thèmes et des pratiques de traitement de l'information[11]. Dans un chapitre publié l'année suivante, il étudie Thinkerview comme une forme de journalisme alternatif marquée par la culture hacktiviste, le recours au direct, l'effacement visuel de l'intervieweur et l'absence de montage[12].

Diffusion et modèle économique

Les émissions sont diffusées principalement sur YouTube et archivées sur une instance PeerTube propre à Thinkerview[13]. Elles sont également proposées sous forme de podcast audio à partir du site officiel[4]. Les œuvres vidéo et audio sont publiées sous licence Creative Commons Attribution – Pas d'utilisation commerciale – Partage dans les mêmes conditions 4.0 international (CC BY-NC-SA 4.0), ce qui autorise leur réutilisation non commerciale sous certaines conditions[14].

Thinkerview a choisi de financer son activité principalement par les contributions de son public sur Tipeee. En mai 2019, environ 2 200 contributeurs versent près de 17 000 € par mois. « Sky » indique alors à France Info qu'un budget mensuel de 14 700 € est nécessaire pour atteindre l'équilibre, que l'équipe technique est rémunérée et qu'il se verse lui-même environ 2 200 € par mois. Il affirme également ne pas vouloir de revenus publicitaires de YouTube[5]. En novembre 2021, le fondateur de Tipeee, Michael Goldman, présente Thinkerview comme l'un des plus importants comptes de la plateforme et indique que les dons dépassent alors 20 000 € par mois[15]. Au 30 septembre 2026, la page Tipeee de Thinkerview affiche 2 086 contributeurs pour 17 633 € collectés par mois[14].

Ligne éditoriale et controverses

Choix des invités et contradiction

Thinkerview revendique un positionnement difficile à réduire à un clivage partisan classique. En 2019, Le Monde décrit la chaîne comme « farouchement inclassable » : elle reçoit aussi bien des chercheurs, journalistes et personnalités de gauche que des essayistes ou militants de droite et d'extrême droite[2]. France Info souligne toutefois une préférence pour des personnalités « iconoclastes » et des discours contestataires, autour d'une remise en cause fréquente des institutions, des élites politiques ou du fonctionnement des médias[5]. En 2022, L'Express estime également qu'un fil conducteur anti-élites traverse la programmation, tout en notant que la diversité des invités empêche une classification simple de la chaîne[3]. En 2025, BFM Tech&Co la décrit pour sa part comme donnant surtout la parole à des mouvances contestataires orientées à droite[16].

Ce choix éditorial alimente des critiques sur la place accordée à des figures complotistes ou proches de mouvements radicaux. Interrogé par France Info en 2019, Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch, estime que Thinkerview entretient une culture « complotico-compatible » et que l'exposition offerte à certains invités contribue à les légitimer auprès d'un public plus large[5]. À l'inverse, Fabrice Epelboin, spécialiste du web social, estime dans Marianne que refuser toute parole à des courants déjà présents dans la société peut renforcer chez leurs sympathisants l'impression que certains sujets seraient volontairement dissimulés[10]. « Sky » défend une logique similaire : selon lui, exposer ces discours à un entretien long et à une vérification collaborative serait plus efficace que de les laisser circuler dans des espaces fermés[5].

La question de la contradiction apportée aux invités reste néanmoins récurrente. L'Express souligne que le cadre très long et la relation de confiance qui s'installe peuvent conduire certains intervenants à formuler des affirmations qu'ils présentent avec moins de précautions que dans des médias traditionnels. Christophe Premat relève que, malgré les appels réguliers au fact-checking par la communauté, l'animateur contredit relativement peu ses interlocuteurs : il considère ainsi que la chaîne peut être très informative lorsqu'elle est à son meilleur, mais beaucoup moins rigoureuse dans d'autres séquences[3]. L'article note aussi que « Sky » intervient parfois pour demander une source ou rejeter explicitement une comparaison, ce qui rend les pratiques d'entretien variables selon les émissions[3].

En 2019, le journaliste Olivier Cyran classe la chaîne à l'extrême droite, estimant que le fait de placer des personnalités d'extrême droite sur le même plan que d'autres invités contribue à normaliser leurs idées. Thinkerview conteste cette qualification et affirme chercher au contraire à faire coexister des sensibilités opposées[17].

Parcours et positionnement de l'animateur

« Sky » cultive son anonymat et se présente d'abord comme issu de la culture hacker ; Le Monde le décrit en 2019 comme un informaticien familier de ce milieu[2]. Sa présence antérieure sur le forum de ReOpen911, consacré à des théories contestant le récit communément admis des attentats du 11 septembre 2001, a suscité des interrogations sur son rapport au complotisme. En 2019, la rubrique CheckNews de Libération établit que le compte qu'il utilisait a participé régulièrement au forum entre 2008 et 2015. « Sky » répond qu'il fréquentait cet espace pour en comprendre la mentalité, affirme ne pas douter de la réalité des attentats et rejette ce qu'il considère comme une culpabilité par association[18].

La chaîne a aussi fait l'objet de critiques concernant un supposé tropisme prorusse. En novembre 2019, Arrêt sur images relève la participation de « Sky » à une rencontre avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, en marge du Forum de Paris sur la paix, ainsi que la présence régulière parmi les invités de diplomates russes ou de responsables de médias comme RT France et Sputnik. Ces éléments alimentent chez certains observateurs le soupçon d'une proximité particulière avec la Russie[19]. « Sky » explique pour sa part que sa présence à cette rencontre relevait de la curiosité et de son souhait d'obtenir un entretien avec Lavrov[19].

Réception et influence

Le succès de Thinkerview a été rapproché de l'essor des médias natifs d'Internet et d'une demande pour des formats moins contraints par la durée. Marianne analyse en 2019 la chaîne comme l'un des signes d'un intérêt pour une information « non formatée », tandis que France Info insiste sur la sobriété du dispositif et la possibilité laissée aux invités de développer leurs raisonnements[10],[5]. En 2022, L'Express rapporte que des éditeurs voient dans l'émission un moyen d'atteindre un public peu présent dans les médias traditionnels et de redonner de la visibilité à certains ouvrages ; Christophe Premat estime que même des auteurs relativement peu connus peuvent y atteindre plusieurs centaines de milliers de vues[3].

Le dispositif visuel et le format d'entretien ont également inspiré d'autres médias en ligne. En 2021, Slate relève la proximité entre l'habillage de Thinkerview et celui de la chaîne Livre noir, devenue par la suite Frontières. Son fondateur Erik Tegnér reconnaît avoir repris des idées de médias qu'il considère alors comme situés à gauche, parmi lesquels Thinkerview, Blast et Le Média, dont il juge les formats en avance sur ceux de la droite en ligne[20].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 et 1,2 « Thinkerview », sur YouTube (consulté le )
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 et 2,5 « ThinkerView, la chaîne YouTube qui veut hacker les médias », Le Monde,
  3. ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 3,5 3,6 3,7 et 3,8 Alexandra Saviana, « Liberté de ton, machine à dérapages ? Thinkerview, la chaîne où les iconoclastes se lâchent », L'Express,
  4. ↑ 4,0 4,1 et 4,2 « Interviews », sur Thinkerview (consulté le )
  5. ↑ 5,00 5,01 5,02 5,03 5,04 5,05 5,06 5,07 5,08 et 5,09 Clément Parrot, « Qui se cache derrière Thinkerview, la chaîne YouTube qui surfe sur le mouvement des « gilets jaunes » ? », sur France Info,
  6. ↑ « Les onze membres de la rédaction en chef prennent position », Le Monde,
  7. ↑ Tom Hollmann, « Complotisme : Léonard Sojli et ses « DéQodeurs », figure de proue hexagonale », 20 Minutes,
  8. ↑ « Léonard Sojli », sur Conspiracy Watch,
  9. ↑ Marie Turcan, « Pourquoi la chaîne YouTube de ThinkerView est inaccessible », sur Numerama,
  10. ↑ 10,0 10,1 et 10,2 « Le phénomène ThinkerView ou le triomphe de l'info non formatée », Marianne,
  11. ↑ Christophe Premat, « La redécouverte d'un éthos journalistique avec la chaîne Youtube Thinkerview », Études digitales, no 7,‎ , p. 183-194 (DOI 10.15122/isbn.978-2-406-10419-3.p.0183)
  12. ↑ (en) Christophe Emmanuel Premat, « Hacktivism and Alternative Journalism: The Case of the French YouTube Channel Thinkerview », dans Encyclopedia of Criminal Activities and the Deep Web, IGI Global, , 347-361 p. (DOI 10.4018/978-1-5225-9715-5.ch023)
  13. ↑ « Thinkerview », sur PeerTube (consulté le )
  14. ↑ 14,0 et 14,1 « Thinkerview », sur Tipeee (consulté le )
  15. ↑ Manon Fossat, « Pourquoi certains journalistes choisissent-ils de se financer grâce au crowdfunding ? », sur Europe 1,
  16. ↑ Sylvain Trinel, « Personnalités contestataires, créateur complotiste, audiences en hausse : qui se cache derrière la chaîne Youtube Thinkerview ? », sur BFM Tech&Co,
  17. ↑ Robin Andraca, « Pourquoi la chaîne YouTube « ThinkerView » bloque-t-elle des internautes sur Twitter ? », Libération,
  18. ↑ Robin Andraca, « Le fondateur de la chaîne Thinkerview était-il un membre actif du forum ReOpen911 ? », Libération,
  19. ↑ 19,0 et 19,1 Tony Le Pennec, « Thinkerview, la chaîne YouTube qui aime les Russes (et vice-versa) », sur Arrêt sur images,
  20. ↑ Pierre Plottu et Maxime Macé, « Livre Noir, la chaîne YouTube qui fait reluire l'extrême droite », sur Slate,

Liens externes

Article publié sur Wikimonde Plus

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