Frédéric Lambert
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | Française |
| Profession |
Professeur des universités (émérite) |
| Formation |
Doctorat à l'université Paris-VII ; habilitation à diriger des recherches à l'université Paris-III |
Frédéric Lambert, né en 1957[1], est un sémiologue français, professeur émérite en sciences de l'information et de la communication à l'université Paris-Panthéon-Assas. Enseignant et chercheur à l'Institut français de presse (IFP), il étudie notamment la photographie de presse, les rapports entre textes et images, la circulation des croyances dans les médias et les usages sociaux des discours publics[2]. Il a dirigé le laboratoire CARISM ainsi que plusieurs formations universitaires.
Parcours universitaire
Frédéric Lambert soutient en 1984 à l'université Paris-VII, sous la direction de Bernard Sarrazin, une thèse intitulée Mythographies : la photographie de presse et ses légendes, pour une sémiologie de l'image d'information. Ce travail est publié chez Edilig en 1986, sous le titre Mythographies : la photo de presse et ses légendes. Il obtient en 1999 une habilitation à diriger des recherches à l'université Paris-III, consacrée à la sémiotique des images et à l'éducation aux médias[3],[4].
Il enseigne à l'École nationale de la photographie d'Arles de 1989 à 1991, puis à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud dans les années 1990. Il rejoint l'Institut français de presse en 1999, d'abord comme maître de conférences, puis comme professeur des universités, et y exerce jusqu'en 2022. Au sein de l'université Paris-Panthéon-Assas, il a dirigé le CARISM et l'école doctorale Économie, gestion, information et communication (EGIC), ainsi que le master « Médias, langages et sociétés »[3].
Son enseignement porte sur l'histoire des images d'information, l'analyse des langages journalistiques, les récits médiatiques et les relations entre mythes, croyances et rituels. Il participe également au comité de rédaction de Communication et langages et anime des publications consacrées aux médias, notamment dans la revue Médiamorphoses, liée à l'Institut national de l'audiovisuel (INA)[2].
Recherches et travaux
Images d'information, photographie et récits médiatiques
Ses premiers travaux s'attachent aux conventions qui organisent la lecture des photographies de presse. Dans Mythographies, Frédéric Lambert distingue les informations apportées par les légendes de la signification culturelle des images : au-delà de l'événement représenté, la photographie fait circuler des symboles et des représentations collectives. Cette approche met en question l'apparente transparence des images d'actualité et accorde une place centrale à leur contexte de publication.
Il collabore aussi à des livres de photographes : il écrit pour Paysages de l'improbable de François Méchain (1989) et contribue, avec Bernard Cohen, aux textes de La Danse des pierres de Jean-Claude Coutausse (1990), un reportage photographique sur les territoires palestiniens occupés. Ce dernier ouvrage fait l'objet, à sa parution, d'un article d'Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique[5]. En 1998, Lambert publie avec Jean-Pierre Esquenazi Deux études sur les Distorsions d'André Kertész, consacré à la série de nus photographiés par André Kertész au moyen de miroirs déformants[6].
Son champ d'étude s'étend ensuite aux modes de construction et de réception de l'information. Il dirige Figures de l'anonymat : médias et société (2001), puis un dossier de Médiamorphoses sur l'autorité des images anonymes (2002). Avec Jocelyne Arquembourg, il coordonne en 2005 un numéro de Réseaux consacré aux récits médiatiques, qui aborde la manière dont les événements, les trajectoires individuelles et les controverses sont mis en récit dans l'information[7].
La critique des images et leur enseignement demeurent liés dans ses recherches. Ses articles traitent aussi bien de la caricature télévisuelle que des photographies aériennes de paysages, notamment dans « La Terre vue du ciel : la sacralisation du paysage » (2001)[8]. Il coordonne en 2008, avec Camille Laville, un dossier sur la formation des journalistes. En parallèle, il conduit pour Médiamorphoses des entretiens avec des chercheurs sur les usages sociaux des images. Trois conversations avec Umberto Eco, Marc Augé et Georges Didi-Huberman, réalisées avec différents collaborateurs, sont réunies en 2011 dans L'Expérience des images, dont il assure la coordination scientifique[1].
Croyance, images et pratiques religieuses
Frédéric Lambert développe une réflexion sur ce que les individus et les groupes croient à travers les images, même lorsqu'ils en connaissent les procédés de fabrication. Dans Je sais bien mais quand même : essai pour une sémiotique des images et de la croyance (2013), il examine cette adhésion partielle aux représentations, qu'il rapproche des notions de déni et de « demi-croire ». Sa démarche associe sémiologie, anthropologie et sociologie, avec une attention particulière à l'éducation aux médias. Dans un compte rendu publié dans Communication et langages, Juliette Charbonneaux souligne cette dimension pédagogique et présente le livre comme une proposition visant à élargir l'étude des images au-delà de leur seule analyse formelle[9].
Cette interrogation sur les croyances conduit également à l'étude des rites religieux dans les espaces de communication. Il dirige Prières et propagandes : études sur la prière dans les arènes publiques (2014), ouvrage collectif qui examine les représentations et les usages publics de la prière, accompagné du premier livre de La Prière de Marcel Mauss. Le théologien Jérôme Cottin relève que l'ouvrage s'inscrit dans l'étude de la fonction sociale de la prière et rassemble des approches disciplinaires différentes[10]. Le chercheur en communication David Douyère situe ces travaux parmi les recherches sur les formes de visibilité du religieux et du sacré dans les médias[11].
Ces questions font aussi l'objet de La forza delle immagini, publié en italien chez FrancoAngeli en 2015.
Normes sociales, stigmatisation et dénonciation publique
Une autre partie de ses recherches concerne le rôle des images et des discours dans la vie politique et les rapports sociaux. Ses études sur la caricature interrogent notamment les croyances qu'elle mobilise ; d'autres travaux, conduits avec Katharina Niemeyer ou Maëlle Bazin, portent sur la transformation de l'information en objet artistique et sur les écrits urbains comme formes de mobilisation collective[2].
En 2020, Frédéric Lambert codirige avec Maëlle Bazin et Giuseppina Sapio Stigmatiser : discours médiatiques et normes sociales. Les contributions analysent la manière dont les mots, les images et les dispositifs médiatiques peuvent assigner des identités dévalorisées à certains groupes, mais aussi les possibilités de résistance et de réappropriation des stigmates. Dans Questions de communication, Adèle Simon insiste sur cette double approche, qui associe l'analyse des rapports de pouvoir à celle des stratégies par lesquelles les groupes concernés contestent leurs représentations[12].
Ses travaux plus récents prolongent cette attention aux conflits d'interprétation et aux usages publics de la parole. Avec Christine Servais et Véronique Servais, il coordonne S'entendre sur le malentendu, numéro de la revue Semen daté de 2024, qui envisage le malentendu non seulement comme une difficulté de communication, mais aussi comme une occasion d'interroger les positions et les interprétations des interlocuteurs[13]. En 2026, il codirige avec Laurence Kaufmann, Swan Dufour et Pierre-Nicolas Oberhauser Théories et pratiques de la dénonciation publique : médias, langages et sociétés. Issu d'un colloque de 2024, le volume revient sur les analyses de la dénonciation proposées par Luc Boltanski et ses collaborateurs, et examine leur renouvellement dans les espaces médiatiques contemporains, notamment numériques[14].
Publications
Livres et ouvrages collectifs
- Mythographies : la photo de presse et ses légendes, Paris, Edilig, 1986.
- Paysages de l'improbable : la photographie en attente de textes, texte accompagnant les photographies de François Méchain, Paris, Marval, 1989.
- La Danse des pierres, textes avec Bernard Cohen, photographies de Jean-Claude Coutausse, Paris, Denoël, 1990.
- Deux études sur les Distorsions d'André Kertész, avec Jean-Pierre Esquenazi, Paris, L'Harmattan, 1998.
- Figures de l'anonymat : médias et société, direction d'ouvrage, Paris, L'Harmattan, 2001.
- L'écriture en recherche, l'écriture de la recherche, Cannes, Parcours(sic) éditions, 2007.
- L'expérience des images : entretiens avec Umberto Eco, Marc Augé, Georges Didi-Huberman, coordination scientifique, Bry-sur-Marne, INA éditions, 2011.
- Je sais bien mais quand même : essai pour une sémiotique des images et de la croyance, Le Havre, éditions Non Standard, 2013.
- Prières et propagandes : études sur la prière dans les arènes publiques, suivi du livre I de La Prière de Marcel Mauss, direction d'ouvrage, Paris, Hermann, 2014.
- La forza delle immagini, Milan, FrancoAngeli, 2015.
- Stigmatiser : discours médiatiques et normes sociales, direction avec Maëlle Bazin et Giuseppina Sapio, Lormont, Le Bord de l'eau, 2020.
- Théories et pratiques de la dénonciation publique : médias, langages et sociétés, direction avec Laurence Kaufmann, Swan Dufour et Pierre-Nicolas Oberhauser, Lormont, Le Bord de l'eau, 2026.
Sélection d'articles, chapitres et dossiers de revues
- « Images de l'immigration dans les médias », dossier dirigé dans Médiascope, n° 4, 1993.
- « La Terre vue du ciel : la sacralisation du paysage », Communication et langages, n° 127, 2001, p. 14-20.
- « La critique de télévision par la caricature : stéréotypes et présomption de crétinisme », Médiamorphoses, n° 1, 2001.
- « L'autorité des images anonymes », dossier dirigé dans Médiamorphoses, n° 5, 2002.
- « Le pouvoir des images d'information ou comment Jacques Chirac est devenu grand-père », Réseaux, Bruxelles, 2003.
- « Le rappresentazioni dello spettatore : media e democrazia », dans Andrea Semprini (dir.), Lo sguardo sociosemiotico : comunicazione, marche, media, pubblicità, Milan, FrancoAngeli, 2003[15].
- « La imagen : de los medios, a la escuela », dans Roxana Morduchowicz (dir.), Comunicación, medios y educación : un debate para la educación en democracia, Barcelone, Octaedro, 2003.
- « Versenkung (in) und Ablenkung : Tugenden der Lektüre und Gefahren des Bildes », dans Werner Früh et Hans-Jörg Stiehler (dir.), Theorie der Unterhaltung : ein interdisziplinärer Diskurs, Cologne, Herbert von Halem, 2003.
- « Les temps réels et les Temps modernes : propositions pour un enseignement aux images globales », dans Béatrice Fleury-Vilatte et Jacques Walter (dir.), Enseignement du cinéma et de l'audiovisuel : état des lieux et perspectives, Presses universitaires de Nancy, 2004.
- « L'exigence des regards », entretien avec Marie-José Mondzain réalisé avec Guillaume Soulez, Médiamorphoses, n° 12, 2004.
- Les récits médiatiques, dossier de Réseaux, n° 132, dirigé avec Jocelyne Arquembourg, 2005.
- « Les avatars de la Liberté : ouvertures sémiologiques », dans Andrea Semprini (dir.), Analyser la communication 2, Paris, L'Harmattan, 2007.
- « Il paraît que de haut, notre planète est belle », Le Temps des médias, n° 8, 2007.
- « La terreur spectacle », entretien avec Daniel Dayan réalisé avec Jocelyne Arquembourg, Médiamorphoses, n° 20, 2007.
- Faut-il encore former les journalistes ?, dossier de Médiamorphoses, n° 24, dirigé avec Camille Laville, 2008.
- « Images, langages et médias : essai pour une sémiotique de la croyance » et « Initiation à la sémiotique des images d'information et de communication », dans Christine Leteinturier et Rémy Le Champion (dir.), Médias, information et communication, Paris, Ellipses, 2009[16].
- « Compétences médiatiques, conséquences politiques », dans L'éducation aux médias en Europe : controverses, défis et perspectives, actes du deuxième congrès européen sur l'éducation aux médias, 2009.
- « La caricature comme objet de croyance », Communication et langages, n° 187, 2016, p. 23-30.
- Le devenir artistique de l'information, dossier de Communication et langages, n° 190, dirigé avec Katharina Niemeyer, 2016.
- « Esthésie de la dénonciation : Albert Londres en Terre d'ébène », Le Temps des médias, n° 25, 2016.
- « Écritures en événement, mobilisations collectives dans les arènes publiques », avec Maëlle Bazin, Communication et langages, n° 197, 2018, p. 19-34.
- « Épistémè du malentendu », dans S'entendre sur le malentendu, Semen, n° 56, numéro daté de 2024.
- « Umberto Eco : nécrologie latine, ou comment les morts ressuscitent les vivants », dans Jean-Baptiste Legavre (dir.), L'écriture nécrologique : de la grandeur littéraire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025.
Notes et références
- ↑ 1,0 et 1,1 « L'expérience des images », Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France, notice bibliographique identifiant Frédéric Lambert (né en 1957).
- ↑ 2,0 2,1 et 2,2 « M. Frédéric Lambert », Centre d'analyse et de recherche interdisciplinaires sur les médias, université Paris-Panthéon-Assas.
- ↑ 3,0 et 3,1 « Frédéric Lambert, curriculum vitae », CARISM, université Paris-Panthéon-Assas, 2026.
- ↑ « Bernard Sarrazin », notices bibliographiques associées, Persée (référencement de la thèse de Frédéric Lambert, 1984).
- ↑ Ignacio Ramonet, « La danse des pierres », Le Monde diplomatique, juillet 1990.
- ↑ « André Kertész, dossier documentaire », Jeu de Paume, citant l'étude de Frédéric Lambert sur les Distorsions.
- ↑ « Les récits médiatiques », Réseaux, n° 132, 2005, dossier dirigé par Jocelyne Arquembourg et Frédéric Lambert.
- ↑ Frédéric Lambert, « La Terre vue du ciel : la sacralisation du paysage », Communication et langages, n° 127, 2001, p. 14-20.
- ↑ Juliette Charbonneaux, « Je sais bien mais quand même. Essai pour une sémiotique des images et de la croyance », Communication et langages, n° 179, mars 2014, p. 123-124.
- ↑ Jérôme Cottin, « Frédéric Lambert (dir.), Prières et propagandes », Revue d'histoire et de philosophie religieuses, vol. 95, n° 2, 2015, p. 229-230.
- ↑ David Douyère, « La recherche en SIC sur le sacré et le religieux », Les Cahiers de la SFSIC.
- ↑ Adèle Simon, « Maëlle Bazin, Frédéric Lambert, Giuseppina Sapio (dirs), Stigmatiser. Discours médiatiques et normes sociales », Questions de communication, n° 39, 2021, p. 509-510.
- ↑ « Semen, n° 56/décembre 2024 : S'entendre sur le malentendu », Le Comptoir des presses d'universités, parution en janvier 2025.
- ↑ « Théories et pratiques de la dénonciation publique : médias, langages et sociétés », éditions Le Bord de l'eau, 2026.
- ↑ Lo sguardo sociosemiotico, présentation et sommaire de l'éditeur FrancoAngeli, 2003.
- ↑ « Sémiotique des images d'information et de communication », bibliographie du cours de Frédéric Lambert, université Paris-Panthéon-Assas.
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