Ned Grujic
| Nom de naissance | Nedeljko Grujic |
|---|---|
| Naissance |
Serbie (Yougoslavie) |
| Profession |
Metteur en scène, adaptateur de théâtre |
| Autres activités |
Comédien, pédagogue, directeur artistique |
Ned Grujic, né Nedeljko Grujic en 1969 en Serbie, alors en Yougoslavie, est un metteur en scène et adaptateur de théâtre établi en France. Son travail couvre le théâtre classique, les adaptations littéraires, les spectacles destinés au jeune public et la comédie musicale. Fondateur de la compagnie Les Tréteaux de la Pleine Lune, il a notamment mis en scène les versions françaises de Fame, Hairspray, Frankenstein Junior et La Famille Addams. Il est également l'auteur et le metteur en scène du spectacle Le Mystère de l'homme invisible, créé en 2025 d'après H. G. Wells[1],[2].
Parcours
Formation et création d'une compagnie
Arrivé en France à l'âge de deux ans, Ned Grujic découvre la pratique théâtrale au collège, où il anime un club et monte des spectacles avec d'autres élèves. Il poursuit sa formation d'acteur au Centre américain de Paris ainsi qu'auprès de Véra Gregh. Il joue dans plusieurs compagnies, avant d'apparaître au cinéma dans Les Trois Frères (1995) et For Ever Mozart (1996), de Jean-Luc Godard[1].
En 1993, il fonde Les Tréteaux de la Pleine Lune, compagnie dont le répertoire mêle théâtre classique, récit d'aventures et créations pour les familles. Les premières mises en scène font une large place à William Shakespeare, avec La Mégère apprivoisée, La Nuit des rois, Le Songe d'une nuit d'été et Roméo et Juliette. Il aborde aussi Beaumarchais, notamment avec Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, ainsi que Rostand avec Cyrano de Bergerac[3].
Le travail d'adaptation devient un autre axe de son activité. Il transpose à la scène des récits de Charles Perrault, de Charles Dickens ou d'Arthur Conan Doyle, parmi lesquels Le Chat botté, Oliver Twist (1998) et Sherlock Holmes et le Chien des Baskerville (2001). Ces productions associent régulièrement jeu dramatique, musique, chant et mouvement, sans se limiter à une forme unique de théâtre pour enfants. La compagnie revient ensuite à plusieurs reprises à ces textes et à d'autres œuvres de la littérature d'aventures[3],[2].
Théâtre de répertoire et adaptations littéraires
Parallèlement aux spectacles musicaux, Ned Grujic continue de monter des œuvres dramatiques. Il propose Hamlet ou la fin d'une enfance en 2007, une adaptation de la tragédie de Shakespeare, puis Sa Majesté des mouches de William Golding en 2008. Dans cette dernière production, onze jeunes interprètes incarnent l'affrontement de deux groupes d'adolescents abandonnés sur une île. La mise en scène fait appel à un jeu physique, au chant et aux acrobaties pour représenter la montée de la violence[2],[4].
Le spectacle fait l'objet d'une réception nuancée. Dans La Terrasse, Manuel Piolat Soleymat relève l'engagement des interprètes, mais estime que l'abondance de situations concrètes ne donne pas toute sa portée à la réflexion du roman sur les mécanismes du pouvoir et la violence collective[4].
Le metteur en scène explore également d'autres dramaturgies, dont celle de Branislav Nušić avec Les (Dés)héritiers (2013), et retrouve à plusieurs reprises Shakespeare, notamment pour La Tempête. En 2022, sa mise en scène de Tartuffe de Molière réunit une distribution à laquelle participe le comédien Léo Paget, également chargé de la vidéo du spectacle. Créée à Boulogne-sur-Mer, cette production est coproduite par Les Tréteaux de la Pleine Lune[5].
Développement dans la comédie musicale
Une étape importante de son parcours se situe en 1998, lorsqu'il travaille avec le metteur en scène Gilles Maheu à la création de Notre-Dame de Paris, de Luc Plamondon et Richard Cocciante. Il y participe à la coordination artistique et au travail théâtral des chanteurs. Cette expérience prolonge son intérêt pour les spectacles où la musique contribue à la narration[1].
Il se tourne plus nettement vers le répertoire anglo-saxon à partir de la fin des années 2000. En 2008, il signe une première mise en scène française de Fame, inspirée de la vie des élèves d'une école d'arts du spectacle, puis monte Hair en 2009. Avec Hairspray, présenté au Casino de Paris en 2011, il aborde une œuvre dans laquelle les codes du divertissement musical accompagnent une histoire de ségrégation raciale et d'affirmation de soi. Le spectacle est repris en 2018 et reçoit cette année-là le trophée de la reprise de comédie musicale, distinction attribuée à la production lors des Trophées de la comédie musicale[2],[6],[7].
En 2011, il dirige également Frankenstein Junior au Théâtre Déjazet, d'après la comédie musicale de Mel Brooks et Thomas Meehan, dans une adaptation française de Stéphane Laporte. La production privilégie la parodie du cinéma d'horreur et les effets comiques, mais ses moyens scéniques limités suscitent des réserves. Dans Musical Avenue, Pierre Stril salue plusieurs interprètes, en particulier le rôle-titre tenu par Vincent Héden, tout en critiquant l'étroitesse du plateau, les décors et le rythme de la mise en scène[8].
Il poursuit dans ce domaine avec Shrek en 2012, puis La Famille Addams en 2017 au Palace et We Will Rock You en 2018. Pour La Famille Addams, il cherche à rapprocher la comédie musicale américaine du vaudeville et du théâtre de boulevard français, en accordant une place importante au jeu des personnages et aux quiproquos[9]. La critique de Musical Avenue relève l'efficacité de la scénographie et du jeu collectif, mais regrette notamment l'absence de musiciens sur scène et certaines faiblesses des dialogues adaptés[10].
Une nouvelle production de Fame est présentée au Casino de Paris en 2019, avant de passer aux Folies Bergère. Dans Le Parisien, Sylvain Merle apprécie l'énergie et la polyvalence de la troupe, notamment la présence des musiciens sur scène, mais juge le résultat inégal, certaines séquences manquant selon lui de rythme et d'ampleur chorégraphique[11].
Spectacles familiaux, opéra et créations récentes
Les spectacles pour le jeune public demeurent une composante importante de son répertoire. Après Lili Lampion (2011), écrit par Amanda Sthers sur une musique de Sinclair, il monte notamment Le Livre de la jungle, une comédie musicale d'Ely Grimaldi et Igor de Chaillé inspirée de Rudyard Kipling. Présentée au Théâtre des Variétés en 2017, cette adaptation fait une place à la sensibilisation à l'environnement. Le spectacle est nommé au Molière du spectacle jeune public en 2018 et connaît plusieurs reprises, dont une programmation parisienne pour la saison 2026-2027[12],[13].
Son activité s'étend aussi à l'opéra, avec des mises en scène de La traviata, Carmen et Les Contes d'Hoffmann dans le cadre des productions de La Fabrique Opéra des Hauts-de-Seine. En 2024, il présente au théâtre Le 13e Art une nouvelle version scénique de La Révolution française, opéra-rock créé en 1973 sur un livret d'Alain Boublil et Jean-Max Rivière, et une musique de Claude-Michel Schönberg et Raymond Jeannot[14],[15],[16],[17].
En 2025, il écrit et met en scène Le Mystère de l'homme invisible, librement adapté du roman L'Homme invisible de H. G. Wells. Créé le 4 juin au Lucernaire à Paris, le spectacle fait apparaître l'écrivain au travail, incarné par Thomas Marceul, tandis que son récit prend vie grâce aux effets spéciaux, aux objets animés, aux marionnettes et à la lumière. Les manipulations scéniques matérialisent la disparition des corps et des objets, tout en laissant une place centrale à la narration. La production est ensuite présentée au Festival Off d'Avignon en juillet 2026[18].
Cette adaptation reçoit un accueil favorable de la critique spécialisée. Dans Coups d'Œil, Marie-Céline Nivière souligne la prestation de Thomas Marceul et la cohérence entre le jeu d'acteur, les marionnettes et les illusions visuelles, qui rendent perceptible le personnage invisible sans renoncer aux conventions du théâtre[19].
Travail artistique et enseignement
Le parcours de Ned Grujic repose sur une circulation entre les formes : théâtre de texte, adaptations de romans, spectacle musical, marionnettes et théâtre familial. Dans ses entretiens, il décrit la mise en scène comme un travail centré sur le récit et les interprètes. Pour les comédies musicales importées des États-Unis, il défend une adaptation au public francophone qui ne consiste pas à reproduire les moyens ou les conventions de Broadway. Cette orientation se retrouve aussi dans ses spectacles littéraires, où l'action dramatique est fréquemment soutenue par le chant, le mouvement et les effets scéniques[9],[3].
En parallèle de la création, il enseigne le jeu dramatique et anime des ateliers destinés aux jeunes interprètes. Depuis 2014, il exerce des responsabilités au sein de l'École de comédie musicale de Paris (ECM), dont il est directeur artistique et professeur de théâtre. Cette fonction prolonge son activité auprès de distributions associant comédiens, chanteurs et danseurs, ainsi que son intérêt pour les techniques propres au théâtre musical[20],[9].
Notes et références
- ↑ 1,0 1,1 et 1,2 « Nedeljko Grujic », sur Première
- ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 « Ned Grujic », sur Les Archives du spectacle
- ↑ 3,0 3,1 et 3,2 « Ned Grujic », sur Théâtreonline
- ↑ 4,0 et 4,1 Manuel Piolat Soleymat, « Sa Majesté des mouches », sur La Terrasse,
- ↑ « Tartuffe », sur Les Archives du spectacle
- ↑ « Hairspray », sur Les Archives du spectacle
- ↑ « Les Lauréats 2018 », sur Les Trophées de la Comédie Musicale
- ↑ Pierre Stril, « Critique : « Frankenstein Junior » au Théâtre Déjazet », sur Musical Avenue,
- ↑ 9,0 9,1 et 9,2 « Rencontre : Ned Grujic, metteur en scène de « La Famille Addams – La comédie musicale » », sur Musical Avenue,
- ↑ Chloe Enkaoua, « Critique : « La Famille Addams – La comédie musicale » au Palace », sur Musical Avenue,
- ↑ Sylvain Merle, « Comédie musicale : un « Fame » frais et inégal », sur Le Parisien,
- ↑ « Les Nommés 2018 », sur Les Molières
- ↑ « Ned Grujic : son actualité culturelle », sur L'Officiel des spectacles
- ↑ « Édition 2020-2021 : La Traviata », sur La Fabrique Opéra des Hauts-de-Seine
- ↑ « Édition 2021-2022 : Carmen », sur La Fabrique Opéra des Hauts-de-Seine
- ↑ « Édition 2022-2023 : Les Contes d'Hoffmann », sur La Fabrique Opéra des Hauts-de-Seine
- ↑ « La Révolution française », sur ARTCENA
- ↑ « Le Mystère de l'homme invisible », sur Les Archives du spectacle
- ↑ Marie-Céline Nivière, « Le mystère de l'homme invisible : se dévoile brillamment », sur Coups d'Œil,
- ↑ « L'équipe », sur École de comédie musicale de Paris
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