Musique et parfum

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Musique et parfum ou Parfum et musique est un concept étudié et mis en pratique dans les deux sens par l'auteure et artiste française Marie-Anouch Sarkissian[1].

L'étude exploratoire de l'interface artistique et synesthésique[2] menée de 2009 à 2011 par Marie-Anouch Sarkissian au sein du groupe de recherche OMF/MAP de l'université Paris-Sorbonne (Paris-IV)[3], montre que les interactions observées entre la musique et le parfum font l'objet d'une démarche intuitive chez les musiciens et les parfumeurs.

Employé aussi bien dans les domaines d'application de la création, de la philosophie, des sciences, de la pédagogie, des pratiques artistiques que du commerce, du numérique, du marketing ou de la publicité, le concept d'interface parfum-musique se module à l'infini.

Interface parfum-musique

Le concept d'Interface développé par Marie-Anouch Sarkissian en tant que perception sensible[4] explore en premier lieu l'approche scientifique de la synesthésie.

Synesthésie parfum-musique

Intuitivement certains artistes perçoivent l'existence d'une phase commune au parfum et à la musique, à l’instar des pianistes Mourra Riasanoff, Claude Debussy, Olivier Messiaen Alexandre Scriabine pour qui les « mystérieux rapports de la musique et des parfums »[5] font écho aux correspondances baudelairiennes du célèbre alexandrin de Charles Baudelaire « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » dans Les Fleurs du mal.

Cette approche sensible entre les odeurs et les sons suppose une interface : c’est-à-dire une phase commune entre le parfum et la musique, plus exactement une « surface commune séparant deux phases non miscibles »[6] (Figure 1) où se déroule des interactions et des échanges sensoriels.

Les progrès sur la compréhension du mécanisme de l'odorat par le Professeur André Holley à l'Université Claude Bernard de Lyon-I[7],[8] ainsi que les Prix Nobel de médecine Linda Buck et Richard Axel pour leurs travaux sur les récepteurs olfactifs et le fonctionnement du système de l'odorat chez les mamifères[9],[10] indiquent des perspectives neuro-scientifiques nouvelles pour comprendre le phénomène de la synesthésie.

En neurosciences et sciences cognitives, Charles Spence à Oxford[11], Richard Cytowic[12], Jamie Ward[13]ou David Eagleman à Houston[14] avancent l'hypothèse que le sens de l'odorat, riche de sensations croisées, induirait des connexions entre les sens et que la synesthésie assurerait une fonction importante du cerveau, notamment celle de mémorisation. Ils remettent en question la frontière entre les sens de la vue, de l'ouïe et de l'odorat. Si la séparation des sens pose question aux neurologues et psychologues, le sens de l'odorat ne fonctionnerait pas de manière indépendante mais en symbiose avec les autres sens, notamment ceux de la vue et de l'ouïe

Abordant le sens de l'olfaction selon la conception d'un "sens spectral" comme la vue ou l'ouïe, le bio-physicien Luca Turin développe quant à lui une approche scientifique qui propose une analogie entre les sens de l'ouïe et de l'odorat : écouter des sons, reconnaître des odeurs et voir des couleurs procèderaient chez l'homme par le spectre vibratoire[15]. L'odorat serait un « sens spectral » qui permettrait à l'homme d'entendre les odeurs. Selon ses travaux, les récepteurs olfactifs ne répondraient pas à la forme des molécules mais à leurs vibrations[16] et il avance pour cela que l'olfaction, à l'instar des sens de la vue et de l'ouïe, est un sens qui se réfère à un spectre vibratoire[17].

Interactions artistiques entre le parfum et la musique

Domaines d'application

Employé aussi bien dans les domaines d'application de la création, de la philosophie, des sciences, de la pédagogie, des pratiques artistiques que du commerce, du numérique, du marketing ou de la publicité, le concept d'interface parfum-musique se module à l'infini.

Philosophie

Création composition

Concerts

Pédagogie

Marketing

Publicité

Numérique

Plus récemment s'ouvre le champ de nouveaux outils numériques appliqués à l'interface parfum-musique comme l'Intelligence Artificielle, la Réalité Augmentée ou la Réalité Virtuelle.

Notes et références

  1. Sarkissian Marie-Anouch, « Trois oeuvres d'art olfactives mettant en pratique le concept d'interface parfum-musique », L'art olfactif contemporain, Editions Classiques Garnier, Paris,‎ , p. 155
  2. Sarkissian Marie-Anouch, « Peindre, entendre, sentir l'Amérique au XIXe siècle », Notions esthétiques : la perception sensible organisée, Editions L'Harmattan, Paris,‎ , p. 93
  3. Actes du colloque "La création olfactive" organisé les 23 et 24 mai 2014 à l'université Paris-Sorbonne, L'Art olfactif contemporain, Paris, Editions Classiques Garnier, , 317 p. (ISBN 978-2-8124-3552-2) 
  4. Actes du Colloque Langarts 2014 à l'Université Paris-Sorbonne, Notions esthétiques : la perception sensible organisée, Paris, Editions L'Harmattan, , 506 p. (ISBN 978-2-343-06417-8), p. 93 
  5. René Chavance, « Les mystérieux rapports de la musique et des parfums, interview de Mourra Riasanoff », Industrie de la parfumerie n°5,‎ , p. 515
  6. Le Grand Larousse Encyclopédique, Paris, Le Grand Larousse Encyclopédique, 1979 [1re éd. 1962]., p. Tome 6 
  7. Eloge de l'odorat, Paris, Editions Odile Jacob, , 276 p. 
  8. Holley Andre, « Système olfactif et neuro-biologie », Terrain 47,‎ , p. 107-122
  9. Linda Buck, « Olfactory receptors and odor coding in mammals », Nutrition Reviews volume 62 numero 11,‎ , p. 184-188
  10. Linda Buck et Richard Axel, « A novel multigene family may encode odorant receptors : a molecular basis for odor recognition », Cell,‎ , p. 175
  11. Spence Charles et Crisinel A-S, « A sweet sound ? Exploring implicit associations between basic tastes and pitch », Perception 39 Oxford,‎ , p. 417-425
  12. Cytowic Richard, « Touching tastes, seeing smells - and shaking up brain science  », Cerebrum 4 Washington,‎ , p. 7-26
  13. Ward Jamie, « Searching for Shereshevski : What is superior about the memory of synaesthetes ?  », Quaterly Journal of Experimental Psychology 60,‎ , p. 682-696
  14. Eagleman David, « Synaesthesia », British Medical Journal 340,‎
  15. Turin Luca, « A spectroscopic Mechanism for Primary Olfactory Reception », Chemical Senses Oxford University Press,‎ , p. 773-791
  16. Turin Luca, « "It proposes that olfactory receptors respond not to the shape of the molecules but to their vibrations" in A Spectroscopic Mechanism for Primary Olfactory Reception », Chemical Sense Oxford University Press,‎ , p. 773
  17. Turin Luca, « "The evidence presented here suggests instead that olfaction, like colour vision and hearing, is a spectral sense" in A Spectroscopic Mechanism for Primary Olfactory Reception », Chemical Sense Oxford University Press,‎ , p. 773

Bibliographie

Articles

  • BUCK, Linda, « Olfactory receptors and odor coding in mammals », Nutrition reviews, volume 62 numéro 11, Cambridge, MIT, 2004, p. 184-188.
  • BUCK, Linda, AXEL, Richard, « A novel multigene family may encode odorant receptors : a molecular basis for odor recognition », Cell, Cambridge, MIT, 1991, p. 175.
  • CHAVANCE, René, « Les mystérieux rapports de la musique et des parfums, interview de Mourra Riasanoff », Industrie de la parfumerie, 5, 11 novembre 1950, p. 515.
  • CYTOWIC, Richard, « Touching tastes, seeing smells - and shaking up brain science », Cerebrum, 4, Washington, 2002, p. 7-26.
  • EAGLEMAN, David, « Synaesthesia », British medical journal, Houston, 340, 2010.
  • HOLLEY, André, « Système olfactif et neuro-biologie », Terrain, 47, 2006, p. 107-122.
  • ROUDNITSKA, Edmond, « Le Parfum dans le système des Beaux-Arts », Industrie de la parfumerie, Volume 8, n° 1, Paris, janvier 1953, p. 5-16.
  • SARKISSIAN, Marie-Anouch, « Trois œuvres d’art mettant en pratique le concept d’interface parfum-musique », in JAQUET, Chantal, L’art olfactif contemporain, Paris, Éditions Classiques Garnier, 2015 (ISBN 978-2-8124-3552-2).
  • SARKISSIAN, Marie-Anouch, MORRA-CORRAL, Joëlle, « Peindre, entendre, sentir l’Amérique au XIXe siècle », in ALEXANDRE-JOURNEAU, Veronique, VIAL-KAYSER, Christine, Notions esthétiques : la perception sensible organisée, Paris, éditions L’Harmattan, 2015 (ISBN 978-2-343-06417-8).
  • SARKISSIAN, Marie-Anouch, La Formation musicale comme pratique musicale amateur, un sens en construction, Observatoire Musical Français, série « Sociologie des faits musicaux et modèles culturels », n° 11, Paris, éditions Université Paris-Sorbonne, 2008, (ISBN 978-2-84591-167-3)
  • SPENCE, Charles, CRISINEL, Anne-Sylvie, « A sweet sound ? Exploring implicit associations between basic tastes and pitch », Perception, 39, Oxford University Press, 2010, p. 417-425.
  • SOURIAU, Etienne, « La Musique des parfums », Industrie de la parfumerie, Volume 7, n° 2, février 1952, p. 35-39.
  • WARD, Jamie, « Searching for Shereshevski : What is superior about the memory of synaesthetes ? », Quaterly Journal of Experimental Psychology, 60, SAGE Publications, 2007, p. 682-696.

Sources annexes

  • BARBE, Michèle, Le peintre Henri Fantin-Latour et la musique, Thèse d’Etat, sous la direction de Serge Gut, Université Paris-Sorbonne, 1992.
  • PERROUTY-PERRET, Stéphanie, La Rhétorique des fragrances, Thèse en Sciences de l’information et de la communication, sous la direction de Jean-François Têtu, Université Lumière Lyon-II, 2005.
  • SARKISSIAN, Marie-Anouch, organisation, PISTONE, Daniele, responsabilité scientifique, Art, parfum, musique la rencontre-débat avec Francis Kurkdjian, Isabelle Rieusset-Lemarié, Marie-Anouch Sarkissian, Patricia de Nicolaï, Christophe Laudamiel, Patrick Saint-Yves, Salle des Actes, Paris, Université de Paris-Sorbonne, 18 mars 2011, 18/03/2011.

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