Henry Desserteaux
| Henry Desserteaux | |
| Naissance | Dijon, France |
|---|---|
| Décès | (à 29 ans) Dat-Do-Phuong, près de Hué (Indochine française) Mort au combat |
| Origine | Française |
| Allégeance | |
| Arme | Infanterie de montagne |
| Formation | École spéciale militaire de Saint-Cyr |
| Unité | 70e bataillon alpin de forteresse 13e bataillon de chasseurs alpins 110e régiment d'infanterie |
| Grade | Capitaine |
| Années de service | 1939 – 1947 |
| Commandement | Section de la Redoute Ruinée (1940) Compagnie de chasseurs alpins en Indochine (1947) |
| Conflits | Seconde Guerre mondiale Guerre d'Indochine |
| Faits d'armes | Défense de la Redoute Ruinée (1940) Combats du Roc Noir (1945) |
| Distinctions | Chevalier de la Légion d'honneur |
| Hommages | Promotion « Capitaine Henry Desserteaux » de Saint-Cyr (2023-2026) |
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Henry Desserteaux, né le 26 septembre 1917 à Dijon et mort au combat le 25 septembre 1947 près de Hué, en Indochine française, est un officier français des chasseurs alpins. Sous-lieutenant pendant la bataille des Alpes de juin 1940, il commande la garnison de la Redoute Ruinée, qui résiste aux assauts italiens jusqu'à l'armistice. Il rejoint ensuite la Résistance, participe à la Libération de la Savoie puis aux combats de 1945 sur le front des Alpes. Capitaine, il sert pendant la première année de la guerre d'Indochine, où il est tué à la veille de ses trente ans[1],[2].
Son parcours est notamment commémoré par la 210e promotion de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, qui porte son nom pour les années 2023-2026[3].
Formation et défense de la Redoute Ruinée (1917-1940)
Henry Desserteaux grandit à Dijon, où il étudie au lycée Carnot et prépare le concours de Saint-Cyr à la corniche Bournazel. Engagé dans le scoutisme durant sa jeunesse, il entre à l'École spéciale militaire en 1937, au sein de la promotion « Marne et Verdun ». Il en sort sous-lieutenant en 1939 et rejoint, à Bourg-Saint-Maurice, le 70e bataillon alpin de forteresse (BAF). Il reçoit le commandement d'une section de réservistes chargée de tenir un avant-poste proche de la frontière italienne[4],[3].
Située à près de 2 400 mètres d'altitude, la Redoute Ruinée, également appelée fort de la Traversette, surveille le passage du col du Petit-Saint-Bernard vers la Tarentaise. Elle fait partie du dispositif défensif français des Alpes. Lorsque l'Italie fasciste lance son offensive contre la France, en juin 1940, Desserteaux y dispose d'une quarantaine d'hommes, de mitrailleuses et d'armes légères. Des observateurs permettent de faire intervenir l'artillerie française installée autour de Bourg-Saint-Maurice[5].
Du 21 au 24 juin, l'ouvrage subit des bombardements et plusieurs attaques d'infanterie italienne. Sa garnison conserve ses positions alors que d'autres avant-postes sont évacués, mais cette résistance s'inscrit dans une défense collective : les tirs des batteries françaises contribuent de façon déterminante à arrêter l'infanterie et les véhicules italiens. La cessation des hostilités intervient le 25 juin. Desserteaux refuse ensuite de remettre la redoute sans ordre français ; le 2 juillet, la garnison la quitte en armes, devant les soldats italiens qui lui rendent les honneurs. L'officier reçoit une citation pour cette défense[1],[5].
De l'armée d'armistice à la Résistance (1940-1944)
Après la campagne de 1940, Henry Desserteaux est affecté au 13e bataillon de chasseurs alpins dans l'armée d'armistice. Promu lieutenant en 1941, il demeure dans cette armée jusqu'à sa dissolution après l'occupation de la zone libre en novembre 1942. Pendant cette période, il se marie, devient père de deux enfants et poursuit des études d'histoire et de géographie[3],[4].
En juillet 1944, il rejoint l'Armée secrète de Savoie. Les archives de la Résistance le recensent sous le pseudonyme de « Luguenot », au sein de son premier bataillon, du 1er juillet au 20 septembre 1944, avec le grade de lieutenant des Forces françaises de l'intérieur (FFI)[6]. Il participe à l'organisation et à l'instruction des combattants ainsi qu'à des sabotages ferroviaires. Lors de la libération de la Maurienne, il assure des missions de reconnaissance et d'avant-garde, notamment vers Modane, le secteur des forts de l'Esseillon et la Haute-Maurienne. Une citation militaire mentionne son rôle, le 13 septembre 1944, dans les opérations de Bramans, du Vernay, de Termignon et de Lanslebourg[4].
Les combats du front des Alpes (1944-1945)
La libération des vallées savoyardes ne met pas fin aux combats : les troupes allemandes et des unités italiennes alliées à l'Allemagne tiennent encore plusieurs cols et positions d'altitude. Réintégré au 13e bataillon de chasseurs alpins, Henry Desserteaux prend part aux opérations du détachement d'armée des Alpes durant la campagne des Alpes en Tarentaise. Le secteur du Roc Noir, du mont Valézan et de la Redoute Ruinée est particulièrement disputé au printemps 1945, dans des conditions de neige et de brouillard qui entravent les assauts. L'armée de Terre dénombre 40 morts et 60 blessés dans les rangs du 13e BCA au cours des combats du Roc Noir[7],[8].
Desserteaux participe aux attaques menées en mars dans les environs du mont Valézan et du Roc Noir ; devenu capitaine au cours du même mois, il prend ensuite le commandement d'une compagnie du 13e BCA. Certaines notices commémoratives lui attribuent personnellement la capture de quatorze artilleurs et la neutralisation d'un canon sur les hauteurs du col. Dans le récit détaillé établi par l'historien Laurent Demouzon, cette action est conduite par la section d'éclaireurs-skieurs du lieutenant Chappaz, au sein d'une opération plus large à laquelle Desserteaux est associé. Les attaques de mars ne permettent pas de reprendre immédiatement la Redoute Ruinée, qui reste tenue par les forces ennemies jusqu'à leur retrait à la fin d'avril 1945[7],[4],[2].
Après la fin de la guerre en Europe, le 13e BCA est stationné en Autriche occupée, où Desserteaux sert à partir de septembre 1945[2].
La guerre d'Indochine et la mort (1947)
Volontaire pour servir en Indochine française, Henry Desserteaux part au début de l'année 1947 à la tête d'une compagnie composée de militaires provenant des 6e, 11e, 13e et 27e bataillons de chasseurs alpins. L'unité, constituée dans les troupes françaises d'occupation en Autriche, devient la première compagnie du premier bataillon de marche du 110e régiment d'infanterie. Elle opère dans la région de Hué, en Annam, alors que la guerre oppose les forces françaises au Việt Minh, mouvement indépendantiste vietnamien[9],[2].
Du 22 février au 4 mars 1947, sa compagnie effectue un raid dans la cordillère annamitique, au sud-ouest de Hué, en liaison avec des éléments du 21e régiment d'infanterie coloniale. La progression exige de répartir les hommes entre une colonne légère chargée des reconnaissances et une colonne plus lourde transportant le ravitaillement. L'opération rencontre des difficultés de terrain et d'approvisionnement ainsi qu'une résistance armée ; des militaires français sont blessés et le caporal-chef Pépin est tué. L'historique rédigé par l'unité mentionne également l'incendie d'une réserve de riz à Lang-Ngoï, village dont les habitants se sont enfuis. Le détachement rejoint les postes français de la plaine le 4 mars[9].
Pendant l'été 1947, la compagnie tient plusieurs points d'appui dans la région de Hué, dont celui de Dat-Do-Phuong. Dans la nuit du 24 au 25 septembre, au cours d'une attaque vietminh contre le bivouac de sa colonne, Desserteaux est atteint mortellement par des tirs d'arme automatique alors qu'il se dirige vers un groupe de mortiers pour en régler le feu. Il meurt le 25 septembre 1947, la veille de son trentième anniversaire. Une citation à l'ordre de l'armée lui est attribuée à titre posthume[4],[3].
Ses obsèques sont célébrées à Hué. Sa dépouille est rapatriée en France en janvier 1955 et inhumée au cimetière des Péjoces, à Dijon[4],[2].
Distinctions et mémoire
Henry Desserteaux est chevalier de la Légion d'honneur. Les notices militaires et de Saint-Cyr lui attribuent six citations, dont quatre à l'ordre de l'armée, pour ses services au cours de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre d'Indochine[3]. Le fort qu'il défendait en 1940 est également parfois désigné sous le nom de « baraquement Capitaine Desserteaux »[10].
Un Journal de bord du poste de la Redoute ruinée du 10 au 25 juin 1940, attribué à Desserteaux, a été imprimé à Grenoble en 1952, après sa mort. Ce témoignage est répertorié dans les ressources bibliographiques du Musée de la Résistance en ligne[11].
Le 20 juillet 2024, lors du « Triomphe » de Saint-Cyr Coëtquidan, la 210e promotion de l'École spéciale militaire, formée entre 2023 et 2026, est baptisée « Capitaine Henry Desserteaux ». Son insigne associe les emblèmes du 70e bataillon alpin de forteresse, du 13e bataillon de chasseurs alpins et des Forces françaises de l'intérieur à une représentation de l'Indochine, rappelant les principales étapes de la carrière de son parrain[3],[4].
Bibliographie
- Henry Desserteaux (répertorié sous le prénom « Henri »), Journal de bord du poste de la Redoute ruinée du 10 au 25 juin 1940, Grenoble, Imprimerie Allier, 1952, 12 p[11].
- Laurent Demouzon, La Redoute Ruinée, sentinelle du col du Petit-Saint-Bernard, autoédition, 2021, 272 p., (ISBN 978-2-9560530-5-7)[12].
- Gervais Cadario, « Terre : La compagnie Desserteaux du 1er bataillon de marche du 110e régiment d'infanterie en Indochine », Revue historique des armées, no 194, 1994, p. 138-139[9].
Notes et références
- ↑ 1,0 et 1,1 Laurent Demouzon, « Historique », Mémoire des Alpins, lire en ligne.
- ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 et 2,4 Loïc Bonal, « Sur les traces du capitaine Desserteaux (1917-1947) », publication historique sur LinkedIn, septembre 2025, lire en ligne.
- ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 et 3,5 Olivia Dubois, « Le capitaine Henry Desserteaux, parrain de la 210e promotion de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr », La Saint-Cyrienne, 22 juillet 2024, lire en ligne.
- ↑ 4,0 4,1 4,2 4,3 4,4 4,5 et 4,6 « Le parrain », site de la promotion Capitaine Desserteaux, lire en ligne.
- ↑ 5,0 et 5,1 Patrick Moussu, Dominique Besse et Benoît Deleuze, « Les combats de la Redoute Ruinée », La Bataille des Alpes, Fédération des soldats de montagne, lire en ligne.
- ↑ Fondation de la Résistance, « Henri Desserteaux », Musée de la Résistance en ligne, données issues de La Résistance en Savoie (2012), lire en ligne. La notice emploie la graphie « Henri ».
- ↑ 7,0 et 7,1 Laurent Demouzon, « Tarentaise », Mémoire des Alpins, lire en ligne.
- ↑ Ministère des Armées, « 80 ans des combats du Roc Noir », 18 avril 2025, lire en ligne.
- ↑ 9,0 9,1 et 9,2 Gervais Cadario, « Terre : La compagnie Desserteaux du 1er bataillon de marche du 110e régiment d'infanterie en Indochine », Revue historique des armées, no 194, 1994, p. 138-139, lire en ligne. L'article reproduit un extrait de l'historique de l'unité rédigé en 1948.
- ↑ « Bourg-Saint-Maurice (place de) », Fortif.be, lire en ligne.
- ↑ 11,0 et 11,1 Fondation de la Résistance, « Ressources bibliographiques », Musée de la Résistance en ligne, notice « Desserteaux Henri, capitaine », consulter la notice.
- ↑ « La Redoute Ruinée, sentinelle du col du Petit-Saint-Bernard », Guides du Patrimoine Savoie Mont Blanc, présentation de l'ouvrage.
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