Jean-Marc Siroën

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Jean-Marc Siroën
Description de l'image Jean-Marc Siroën.jpg.
Nationalité française
Formation
Université Panthéon-Sorbonne, École Normale Supérieure de Cachan, Université Paris-Dauphine

Jean-Marc Siroën né à Paris en 1955, est un économiste et universitaire français spécialiste de la concurrence imparfaite et de l'économie internationale.

Biographie

Jean-Marc Siroën est un ancien élève de l'École Normale Supérieure de Cachan. Il est titulaire d'une maîtrise de Sciences de gestion de l'Université Paris 1, d'un DEA de politique économique et d'un doctorat de Sciences économiques de l'Université Paris-Dauphine.

En 1979, il est reçu à l'Agrégation d'économie et de gestion et devient assistant à l'Université Paris-Dauphine où il soutient en 1985 une thèse d'économie intitulée "Les effets d'entraînement par les exportations" qui tente d'identifier les voies par lesquelles, en concurrence imparfaite, la croissance des exportations exerce des effets sur l'économie qui ne se limitent pas à l'augmentation de la production. Ainsi, en intervenant sur plusieurs marchés, les firmes exportatrices augmentent leurs profits en se créant des opportunités de discrimination par les prix[1].

En 1986, il est nommé Maître de Conférences à l'Université Paris-Dauphine et, en 1990, Professeur agrégé de sciences économiques à l'Université d'Orléans. En 1995, il revient à l'Université Paris-Dauphine où il exerce des responsabilités dans la formation, la recherche (Direction d'Ecole doctorale, laboratoire de recherche) et l'administration (Direction de département)[2].

Recherches

Ses recherches et ses enseignements portent principalement sur la concurrence imparfaite et l'économie internationale. Il contribue à diffuser en France la nouvelle théorie du commerce international fondée, notamment, sur les travaux de Paul Krugman et qui introduit la concurrence monopolistique. Il insiste néanmoins sur les modèles d'économie spatiale à la Hotelling ou Lancaster qui permettent d'introduire simultanément la différenciation des prix et des produits[3].

Jean-Marc Siroën considère néanmoins que depuis les années 1990 l'ouverture commerciale de la Chine et de certains pays en développement remet en cause la division internationale du travail d'après-guerre fondée sur l'échange "horizontal" de produits différenciés entre pays industriels. À partir des années 1990, la dynamique du commerce international reposerait sur la fragmentation des processus de production et l'internationalisation des différents segments de la chaîne de valeur. Pour lui, cette évolution conduit à remettre en cause les statistiques du commerce international. En effet, celles-ci ne permettent pas de connaitre le contenu en valeur ajoutée des exportations et donc leur contribution au Produit Intérieur Brut et à la croissance.

Pour Jean-Marc Siroën, cette accélération de la "spécialisation" verticale a été favorisée par la multiplication de zones franches d'exportation, notamment chinoises (de type Shenzhen), spécialisées dans les étapes du processus de production intensives en main d'œuvre ce qui conduit à une plus grande fragmentation de la chaine de valeur et à une délocalisation vers les pays émergents des tâches les plus intensives en main d'œuvre, souvent situées au stade final du processus de production (couture, assemblage,...). Jean-Marc Siroën a dirigé un programme de recherche sur les effets de ces zones sur le commerce. Il a également étudié les retombées économiques et sociales de la zone franche de Manaus qui, isolée au cœur de la forêt amazonienne et orientée vers le marché intérieur, se distingue des zones franches d'exportation chinoises implantées sur les côtes et orientées vers les exportations

Il s'intéresse à l'économie politique internationale en étudiant dès les années 1990 la résurgence du nationalisme économique, notamment aux États-Unis. Celui-ci menacerait un multilatéralisme incarné, dans le domaine commercial, par l'OMC. Il constate que les traités de libre-échange sont de moins en moins "régionaux" et de plus en plus "intercontinentaux". Par ailleurs, ils incluent de plus en plus de dispositions normatives qui ne sont pas, ou peu, prises en compte par l'OMC. Ces accords de la "nouvelle génération" exerceraient des effets ambigus sur le commerce.

En utilisant les modèles de gravité, il étudie la relation entre d'une part le commerce et, d'autre part, les institutions, la démocratie ou le respect des normes de travail

Prises de position

Si Jean-Marc Siroën nuance les vertus du libre-échange et de la mondialisation, il voit dans le discours protectionniste un nationalisme économique politiquement dangereux et non viable économiquement. Il considère que le développement de chaînes de valeur mondiale rend les économies plus interdépendantes et donc les politiques protectionnistes plus difficiles à mettre en œuvre.

Pour éviter que les pays soient tentés d'améliorer leur compétitivité en abaissant leurs droit du travail, il plaide en faveur de l'inclusion de clauses sociales dans les traités commerciaux comme cela était d'ailleurs prévu dans la Charte de la Havane.

Il défend le multilatéralisme et considère  que le GATT et l'OMC sont moins des institutions néo-libérales que des organisations visant certes à favoriser l'ouverture des marchés mais aussi à "maîtriser" le commerce international en validant des instruments de protection "conditionnelle" comme l'antidumping ou les clauses de sauvegarde.

En 2000 il se prononce contre l'adhésion de la Chine à l'OMC (finalement effective en 2001) qui, selon lui, risquerait d'affaiblir le multilatéralisme. Il met en doute ralliement de ce pays au marché et à la démocratie.

Pour lui, l'échec du cycle de Doha ouvert en 2002 est en grande partie due à l'incapacité des États-Unis d'imposer leur leadership pour soutenir une OMC qu'ils critiquent par ailleurs. Il déplore le manque d'alternative et s'inquiète des conséquences de la crise de l'OMC et tout particulièrement du blocage par les États-Unis de la procédure de règlement des différends.

Il constate que les traités bilatéraux dont le nombre a explosé depuis les années 1990, intègrent des thèmes qui ne sont pas inclus dans les textes de l'OMC ce qui confirme l'incapacité de l'organisation à réguler le commerce international. Il considère que les traités commerciaux présentent plus d'inconvénients que d'avantages notamment à cause de règles d'origine qui, outre le surcoût administratif qu'elles impliquent, s'analysent comme une forme de protection sur les inputs.

Il plaide alors en faveur d'accords plurilatéraux administrés par l'OMC et qui permettraient d'échapper à la règle du consensus, de limiter la tentation d'accords bilatéraux (le "bol de spaghetti" de l'économiste Jagdish Bhagwati) et de préserver l'esprit, sinon la lettre, du multilatéralisme.

Il conteste le caractère "keynésien" du ralentissement économique consécutif à la crise du Covid puisque contrairement à la crise de 2008 c'est la contraction de l'offre qui en est la cause et non celle d'une demande de facto rationnée du fait des mesures sanitaires adoptées. Il soutient les mesures visant à préserver les capacités de production tout en soulignant les risques inflationnistes des politiques de soutien à la demande qu'il juge prématurées [4]. Si la crise du Covid a révélé certaines failles de la mondialisation, elles ne devraient pas, selon lui, conduire à une remise en cause radicale et rapide de la mondialisation[5].

Principaux ouvrages

  • Mondialisation à la dérive. Europe sans boussole, 2019 (ISBN 9781795746052).
  • La régionalisation de l'Économie mondiale, La Découverte, Collection repères, 2004, 2° édition.
  • Relations économiques internationales, Bréal, 2002.
  • Maîtriser le libre-échange (avec Gérard Lafay), 1994, Economica.
  • L'Économie mondiale ; tome 2, Contraintes et perspectives, Armand Colin, collection Cursus, 1994.
  • L'Économie mondiale; tome 1, Anciennes hégémonies, nouvelles puissances, Armand Colin, collection Cursus, 1993.
  • Le désordre monétaire international, Hatier, 1991.
  • L'économie mondiale, Armand Colin, 1988.
  • Mr Keynes et les extravagants. t. 1. Les secrets de Bloomsbury, Librinova, 2021 (ISBN 9791026269670)
  • Mr Keynes et les extravagants. t. 2. Cambridge la rouge, Librinova, 2021 (ISBN 9791026280460)
  • Mr Keynes et les extravagants. t. 3. Le sommet du Monde, Librinova, 2021 (ISBN 9791026293507)

- Cairn * Persée * Orcid.

Distinctions

  • Prix Gaëtan Pirou (1980)
  • Prix Rossi de l'Académie des Sciences Morales et Politiques (1989)
  • Chevalier des Palmes académiques[2].

Références

  1. Thèses.fr.
  2. 2,0 et 2,1 Ministère de l'économie, des finances et de la relance, « Biographie : Jean-Marc Siroën », Titres, fonctions, distinctions [PDF], sur www.economie.gouv.fr (consulté le ).
  3. (en) Kelvin Lancaster, « Intra-Industry Trade under Perfect Monopolistic Competition », Journal of International Economics, vol. 10, no 2,‎ , p. 151-175.
  4. "Comment payer la guerre":la leçon d'économie oubliée de Keynes, The Conversation, .
  5. Mondialisation et libre échange, Atlantico, .

Liens externes

Article publié sur Wikimonde Plus

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