Marthe Piotet
Marthe Piotet, née Marthe Marie Charlotte Varnier le 11 février 1919 à Berrouaghia, en Algérie française, et morte le 8 avril 2000 à Limoges, est une artiste française, peintre figurative, portraitiste, dessinatrice, illustratrice et émailleuse sur cuivre. Formée aux Beaux-Arts d'Alger, elle interrompt sa formation artistique pendant la Seconde Guerre mondiale pour servir successivement dans des formations sanitaires féminines de la Croix-Rouge française, puis dans les Auxiliaires féminines de l'armée de terre (AFAT). Son parcours la conduit d'Afrique du Nord en Corse, puis en Inde et en Indochine. Après la guerre, elle reprend la peinture à Alger avant de s'installer à Limoges, où elle développe à partir des années 1960 une production d'émaux sur cuivre et, parallèlement, un ensemble d'illustrations botaniques[1],[2]
Biographie
Enfance et formation à Alger
Marthe Varnier naît à Berrouaghia, où son père exerce comme administrateur de communes mixtes, puis grandit à Alger[2]. Elle appartient à une famille liée à l'administration coloniale : son grand-père Maurice Varnier a notamment exercé des fonctions de direction au Gouvernement général de l'Algérie avant d'être chargé de responsabilités dans le Maroc oriental[3],[4].
Elle entre aux Beaux-Arts d'Alger en 1934. La documentation familiale lui attribue un premier prix en 1939 ; les sources consacrées à son parcours de guerre la présentent également comme diplômée de l'école[5],[2]. Cette formation nourrit durablement une pratique centrée sur le dessin, le portrait et la peinture figurative.
Seconde Guerre mondiale et séjour en Asie
En juin 1940, à vingt et un ans, Marthe Varnier rejoint à Alger une section sanitaire automobile féminine. Elle s'engage ensuite, en avril 1942, dans la Section automobile nord-africaine (SANA) de la Croix-Rouge française[2]. Ces unités féminines assurent alors des missions de transport sanitaire et d'évacuation ; la Croix-Rouge française développe notamment en Afrique du Nord des sections automobiles qui accompagnent ensuite les forces alliées[6].
Son comportement pendant les événements d'Alger de novembre 1942, au moment de l'opération Torch, lui vaut la croix de guerre avec citation à l'ordre de la brigade, remise le 1er janvier 1943[2]. Le mois suivant, elle s'engage comme conductrice dans les formations féminines de l'armée de terre, désignées dans les sources sous le sigle AFAT. Ses affectations la conduisent en Tunisie, de nouveau à Alger, puis en Corse. La documentation familiale précise qu'elle gagne la Corse à bord du croiseur-école Jeanne d'Arc en novembre 1943, comme ambulancière[5].
Ses carnets, lettres et dessins montrent que la pratique artistique se poursuit pendant ces années de service. Elle réalise des croquis sur le vif et tient une « petite chronique illustrée » de son groupe, selon le témoignage recueilli auprès de sa fille Annick de Fornel[7].
À partir de 1944, elle part pour l'Extrême-Orient, avec un passage par l'Égypte puis l'Inde. Elle est affectée à Calcutta dans le dispositif français rattaché à la Force 136, puis au service du chiffre[2]. Sa fille indique qu'elle est mutée à la Direction générale des études et recherches (DGER) le 1er août 1945 et qu'elle travaille alors dans le service dirigé par Robert Piotet, responsable du Groupement des radios électriques à Saïgon[8]. Marthe Varnier et Robert Piotet se marient à Saïgon en 1946[5]. Leur fille Annick naît à Alger en 1948, après leur retour en Afrique du Nord[7].
Les sources familiales mentionnent également qu'elle poursuit sa formation artistique pendant son séjour en Inde et lui attribuent en 1947 un premier prix des Beaux-Arts de Calcutta[5]. Faute d'archives institutionnelles publiées permettant de préciser l'établissement et les conditions d'attribution, cette distinction est surtout connue par cette documentation.
Retour à Alger puis installation à Limoges
De 1948 à 1962, Marthe Piotet vit de nouveau à Alger avec sa famille. Elle y reprend une pratique régulière de la peinture et du dessin : portraits, paysages, bouquets, fusains et études figuratives constituent l'essentiel de sa production connue pour cette période. Elle s'essaie également au modelage, notamment avec des figures et des bustes d'enfants. Cette activité reste largement privée et familiale, ses œuvres étant souvent offertes ou conservées dans son entourage.
En 1962, la famille s'installe à Limoges. Le changement de ville ouvre une nouvelle période de son travail : au contact de la tradition locale, elle se forme aux techniques de l'émail sur cuivre. La documentation familiale mentionne l'apprentissage du travail à la spatule, du paillon d'or, du champlevé et du cloisonné[5]. Elle pratique aussi la grisaille et le « blanc de Limoges », qu'elle emploie notamment pour des portraits. Un catalogue de la Société des amis des arts de Pau de 1974 signale également son intérêt pour les miniatures d'inspiration persane[9].
À partir des années 1970, son travail botanique prend une place importante. Elle produit à l'aquarelle des planches consacrées aux champignons, ainsi que des études de plantes médicinales. Après sa mort, sa fille retrouve ces ensembles classés avec ses autres archives — toiles, aquarelles, croquis et carnets — et entreprend de les inventorier[7]. Certaines études de plantes médicinales servent aussi de modèles à des décors de pots d'apothicaire peints sur porcelaine, activité liée aux ateliers de la famille Piotet à Limoges[10].
En 1983, un incendie détruit les locaux des Porcelaines Piotet et met fin à cette activité. Le couple se retire ensuite en Vendée, sur l'île de Noirmoutier. Les paysages littoraux deviennent alors un sujet régulier de Marthe Piotet, qui peint de nombreuses marines durant ses dernières années. Elle meurt à Limoges le 8 avril 2000, à l'âge de 81 ans[1].
Œuvre
La production connue de Marthe Piotet reste figurative et accorde une place centrale au dessin et à la figure. Le portrait est présent à l'huile, au fusain comme dans l'émail ; les paysages, bouquets et scènes observées lors de ses voyages complètent cet ensemble. Ses carnets de guerre donnent à cette pratique une dimension documentaire : plutôt que les opérations militaires elles-mêmes, ils retiennent les déplacements, les lieux traversés, la vie quotidienne et les personnes rencontrées[7].
Son activité d'émailleuse, développée après son arrivée à Limoges, transpose une partie de ces sujets sur cuivre. Elle réalise notamment des portraits en grisaille ou en blanc de Limoges, des scènes d'inspiration orientaliste, des bouquets, des oiseaux et des paysages. En 1973, un portrait travaillé à l'aiguille en blanc de Limoges lui vaut un premier prix assorti d'une médaille de vermeil à Pau[11].
Ses illustrations botaniques relèvent d'une démarche différente, plus descriptive. Les planches de champignons associent l'observation naturaliste à une exécution à l'aquarelle. Elles constituent, avec les études de plantes médicinales, un corpus suffisamment cohérent pour faire l'objet d'une présentation spécifique à Panazol en 2013[12].
Prix et distinctions
Décoration militaire
- 1943 : Croix de guerre 1939-1945, avec citation à l'ordre de la brigade, pour son comportement lors des événements de novembre 1942 à Alger[2].
Distinctions artistiques
Les prix artistiques sont principalement connus par les catalogues de salons, la presse régionale et les archives familiales :
- 1939 : premier prix des Beaux-Arts d'Alger[5];
- 1947 : premier prix des Beaux-Arts de Calcutta, selon la documentation familiale[5];
- 1964 : diplôme d'honneur de la ville de Pau[5];
- 1968 : deuxième prix et médaille d'argent à Pau[13];
- 1973 : premier prix et médaille de vermeil à Pau pour un portrait en émail[11];
- prix André-Ducretet de la Société des amis des arts de Pau[5].
Archives, publications et expositions posthumes
Marthe Piotet a laissé un ensemble d'archives personnelles comprenant lettres, carnets de route, photographies, croquis, caricatures et dessins réalisés pendant la guerre, ainsi que des dossiers consacrés à son travail botanique et artistique. Sa fille Annick de Fornel explique avoir découvert l'ampleur de cet ensemble après la mort de ses parents et avoir entrepris de le classer et de le publier[7].
Ses récits et dessins de guerre sont d'abord publiés sous le titre Femmes à la guerre, récits et dessins inédits 1940-1944. Une nouvelle version paraît en 2013 sous le titre Destin, sous la forme d'un récit épistolaire fondé sur les lettres et carnets de Marthe Varnier[7]. En mars 2026, Annick de Fornel présente un second volume, Destin 1944-1948, consacré au parcours en Égypte, en Inde et en Indochine ; l'ouvrage n'est pas encore commercialisé à cette date[8].
Les travaux botaniques et artistiques sont également remis en lumière à Panazol en 2013. Une exposition organisée entre septembre et octobre à la mairie présente ses planches de champignons[14]. Une seconde présentation, à la médiathèque de la commune, rassemble des émaux sur cuivre, huiles, dessins, pastels, études de plantes médicinales et pots d'apothicaire réalisés d'après ses modèles[15],[7].
Notes et références
- ↑ 1,0 et 1,1 Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), Fichiers décennaux des personnes décédées depuis 1970, fichier des années 2000 à 2009, enregistrement « VARNIER, Marthe Marie Charlotte », acte no 893, Limoges, 8 avril 2000, présentation et téléchargement du fichier.
- ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 et 2,6 Frédéric Pineau, « Livre : Annick de Fornel, Femmes à la guerre, 1940-1944 », Françaises sous l'uniforme, 1852-1993, 30 août 2013, en ligne.
- ↑ Pierre Giffard et Paul Gers, M. Loubet en Afrique, Paris, Imprimerie Chaix, avril 1903 disponible sur Gallica.
- ↑ Maurice Varnier, Exposé de la situation générale du Maroc oriental à la fin de l'année 1912, Oran, Imprimerie D. Heintz et fils, 1914.
- ↑ 5,0 5,1 5,2 5,3 5,4 5,5 5,6 5,7 et 5,8 « Biographie Marthe Piotet artiste peintre », publication familiale, en ligne.
- ↑ Croix-Rouge française, « Création et développement de la Croix-Rouge française », en ligne.
- ↑ 7,0 7,1 7,2 7,3 7,4 7,5 et 7,6 Frédéric Pineau, « Parole à : Annick de Fornel pour son livre Destin », Françaises sous l'uniforme, 1852-1993, 29 octobre 2013, en ligne.
- ↑ 8,0 et 8,1 Frédéric Pineau, « Six questions à : Annick de Fornel pour son livre Destin 1944-1948 », Françaises sous l'uniforme, 1852-1993, 9 mars 2026, en ligne.
- ↑ Catalogue de la Société des amis des arts de Pau, octobre 1974.
- ↑ « L'hommage rendu à Marthe Piotet », Le Populaire du Centre, 2 octobre 2013.
- ↑ 11,0 et 11,1 La République des Pyrénées, 14 octobre 1973, p. 7.
- ↑ « L'art et la nature, deux passions clés », Le Populaire du Centre, 26 septembre 2013.
- ↑ L'Éclair, 7 octobre 1968.
- ↑ « L'art et la nature, deux passions clés », Le Populaire du Centre, 26 septembre 2013.
- ↑ « L'hommage rendu à Marthe Piotet », Le Populaire du Centre, 2 octobre 2013.
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