Frédéric Giraut

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Frédéric Giraut
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Frédéric Giraut au Festival international de géographie en 1996.

Naissance
Nationalité française
Domaines Géographie politique, géographie humaine, aménagement du territoire, toponymie
Institutions Université de Genève
Université Joseph-Fourier - Grenoble 1
Institut de recherche pour le développement
Diplôme Doctorat en géographie (1994)
Habilitation à diriger des recherches (2005)
Formation Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Frédéric Giraut, né en 1962, est un géographe français, professeur ordinaire à l'Université de Genève depuis 2007. Ses recherches relèvent principalement de la géographie politique et du développement territorial. Elles portent sur la production et la recomposition des territoires, les frontières, les politiques d'aménagement du territoire et la toponymie politique, à partir de terrains situés notamment en Afrique de l'Ouest, en Afrique australe et en Europe[1]. Depuis 2021, il est titulaire de la Chaire UNESCO en toponymie inclusive « Dénommer le Monde »[2],[3].

Parcours

Frédéric Giraut étudie la géographie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Sous la direction de Roland Pourtier, il y soutient le 22 février 1994 une thèse consacrée aux petites villes d'Afrique de l'Ouest. Son enquête compare sept localités du Togo, du Ghana et du Niger et étudie à la fois leur place dans les réseaux urbains et leurs relations avec les espaces ruraux environnants[4]. La même année, il devient maître de conférences à l'Université Joseph-Fourier de Grenoble[5].

Au début des années 2000, il travaille pour l'Institut de recherche pour le développement (IRD) en Afrique du Sud et est basé à l'Université de Durban-Westville, qui fusionne en 2004 avec l'Université du Natal pour former l'Université du KwaZulu-Natal[6],[7]. Avec Benoît Antheaume et Brij Maharaj, il participe alors à un programme sur les transformations territoriales, les marges et les dynamiques urbaines dans l'Afrique du Sud post-apartheid[8]. En 2005, il obtient à Paris 1 une habilitation à diriger des recherches, intitulée Fabriquer des territoires : utopies, modèles et projets. Ce travail rassemble et met en perspective ses recherches sur les recompositions territoriales menées notamment en Afrique du Sud, au Maroc, au Niger et en France[9].

Il entre en fonction comme professeur ordinaire au Département de géographie de l'Université de Genève le 4 avril 2007[5]. Il dirige le Département de géographie et environnement de 2011 à 2015[10], puis de nouveau à partir du 15 juillet 2020. Ce second mandat est prolongé pour l'année académique 2021-2022 et s'achève le 14 août 2022[11],[12]. Ses activités d'enseignement et de recherche s'inscrivent notamment dans le Groupe d'études territoriales ; il dirige également le master en développement territorial à l'Université de Genève[13].

Travaux

Territoires, développement et terrains africains

Une part importante des travaux de Frédéric Giraut porte sur la notion de territoire et sur les formes contemporaines de territorialisation. Il s'intéresse aux territoires comme produits de rapports de pouvoir, de politiques publiques et d'assemblages institutionnels, plutôt que comme de simples cadres spatiaux fixes. Cette approche est notamment développée dans Le territoire est mort. Vive les territoires !, ouvrage collectif qu'il dirige avec Benoît Antheaume en 2005. Le livre étudie la multiplication de dispositifs territoriaux liés à la décentralisation, au développement et à la mondialisation, ainsi que leur articulation avec les territoires administratifs existants[14]. Dans une recension publiée en 2007, le géographe Guy Di Méo souligne la diversité des terrains et des disciplines réunis dans ce volume, tout en discutant la portée de la thèse d'une « fin » du territoire[15].

Frédéric Giraut prolonge cette réflexion en travaillant sur les territoires discontinus ou en réseau. Il propose notamment la notion de « territoire multisitué » pour décrire des ensembles constitués de lieux non contigus mais reliés par une même territorialité, et l'inscrit dans une réflexion plus large sur la « complexité territoriale » et les territorialités postmodernes[16]. Ses recherches sur l'aménagement et le développement comparent également les politiques territoriales des pays du Sud et leurs transformations sous l'effet de la décentralisation, de la métropolisation et de nouveaux dispositifs de développement[17].

Les terrains africains occupent une place importante dans cet ensemble de recherches. Après ses travaux sur les petites villes ouest-africaines et les découpages administratifs au Niger, il étudie en Afrique du Sud les recompositions municipales de l'après-apartheid, les marges socio-spatiales et les usages politiques de la nature et des espaces protégés. Avec Sylvain Guyot et Myriam Houssay-Holzschuch, il montre notamment que les aires protégées africaines sont prises dans des recompositions territoriales où se croisent conservation, développement, pouvoirs locaux et redéfinition des appartenances[18].

En 2009, il publie avec Céline Vacchiani-Marcuzzo Territories and Urbanisation in South Africa, issu du projet DYSTURB. Cet atlas et système d'information géohistorique rassemble des données administratives, démographiques et urbaines permettant de suivre l'évolution du peuplement et des découpages territoriaux sud-africains au cours du XXe siècle[19]. Une recension dans African Affairs relève l'intérêt de cette harmonisation de données pour les analyses diachroniques et comparatives portant sur la période 1911-2001[20].

Sa connaissance de la géographie politique sud-africaine l'amène aussi, en 2004, à examiner l'analogie alors fréquemment mobilisée entre l'apartheid et la situation israélo-palestinienne. Dans un article de Cybergeo, il estime qu'une assimilation systématique des deux situations conduit à un contresens historique et politique ; il juge toutefois qu'une comparaison circonscrite à certains dispositifs territoriaux dans les territoires palestiniens occupés peut avoir une valeur heuristique, à condition de distinguer les logiques coloniales et nationalistes qu'il attribue à la politique israélienne de la logique raciale et postcoloniale du « grand apartheid » sud-africain[21].

Frontières et « borderities »

À partir des années 2010, Frédéric Giraut développe avec la géographe Anne-Laure Amilhat Szary une réflexion sur la mobilité des frontières et la diversification de leurs fonctions. Leur approche ne réduit pas la frontière à une ligne fixe séparant deux souverainetés : elle prend aussi en compte les dispositifs de contrôle, les technologies, les politiques migratoires et les régimes différenciés d'accès ou de franchissement. Ils codirigent en 2015 Borderities and the Politics of Contemporary Mobile Borders, qui propose le terme de « borderities » pour analyser la frontière à la fois comme dispositif de pouvoir et comme lieu de contestation ou de contre-pouvoir[22]. Dans le Journal of Borderlands Studies, Jaume Castan Pinos présente l'ouvrage comme une contribution aux débats sur la transformation contemporaine des frontières et la diversification de leurs formes[23]. Cette problématique demeure l'un de ses axes de recherche à Genève, notamment autour de la personnalisation croissante des régimes de passage et d'accès aux espaces[1].

Toponymie politique et néotoponymie

Frédéric Giraut consacre un autre ensemble de travaux aux dimensions politiques de la dénomination des lieux. Avec Myriam Houssay-Holzschuch et Sylvain Guyot, il contribue en 2008 à renouveler l'approche géographique de la toponymie en étudiant les changements de noms comme des actes de territorialisation. Les auteurs relient les politiques toponymiques aux changements de régime, aux revendications identitaires, aux politiques mémorielles et aux recompositions administratives[24]. Avec Myriam Houssay-Holzschuch, il emploie aussi la notion de « néotoponymie » pour étudier la création de noms appliqués à des territoires émergents, tels que de nouvelles régions, municipalités ou territoires de projet[25].

Leur réflexion évolue ensuite vers une « toponymie critique » attentive moins au seul contenu des noms qu'aux processus, aux acteurs et aux rapports de pouvoir qui les produisent. Dans « Place Naming as Dispositif » (2016), Giraut et Houssay-Holzschuch proposent de considérer la dénomination comme un dispositif combinant contextes géopolitiques, techniques de nomination et catégories d'acteurs[26]. Giraut étudie également les situations où plusieurs noms coexistent ou se concurrencent pour un même lieu, au-delà des seuls conflits binaires de dénomination[27].

Cette orientation débouche en 2021 sur la création à l'Université de Genève de la Chaire UNESCO en toponymie inclusive « Dénommer le Monde », dont Frédéric Giraut est titulaire. La chaire étudie notamment la place du genre, des minorités, des héritages coloniaux et des savoirs autochtones dans les pratiques de nomination, avec l'objectif de mettre en relation recherche universitaire, institutions et société civile[2]. Avec Myriam Houssay-Holzschuch, il codirige ensuite The Politics of Place Naming: Naming the World (2022), dont une édition française paraît en 2023 sous le titre Politiques des noms de lieux. Dénommer le monde[28]. Une recension parue en 2025 dans Geographica Helvetica situe l'ouvrage dans la consolidation de la toponymie critique et souligne la cohérence de ses études de cas, tout en regrettant que le dialogue avec les sciences du langage y soit encore limité[29].

Publications

Ouvrages et directions d'ouvrages

  • Retour du refoulé et effet chef-lieu : analyse d'une refonte politico-administrative virtuelle au Niger, Paris, PRODIG, coll. « Grafigéo », n° 7, 1999, (ISBN 2-901560-38-5).
  • Benoît Antheaume et Frédéric Giraut (dir.), Le territoire est mort. Vive les territoires ! Une (re)fabrication au nom du développement, Paris, IRD Éditions, 2005, 384 p., (ISBN 2-7099-1574-X), DOI 10.4000/books.irdeditions.3369.
  • Frédéric Giraut (dir.), Étude comparée des politiques d'aménagement du territoire et de développement régional dans les pays du Sud, Paris, ministère des Affaires étrangères, 2006, (ISBN 978-2-11-096445-8).
  • Frédéric Giraut et Céline Vacchiani-Marcuzzo, Territories and Urbanisation in South Africa: Atlas and Geo-Historical Information System (DYSTURB), Paris, IRD Éditions, 2009, (ISBN 978-2-7099-1674-5).
  • Anne-Laure Amilhat Szary et Frédéric Giraut (dir.), Borderities and the Politics of Contemporary Mobile Borders, Londres, Palgrave Macmillan, 2015, 308 p., (ISBN 978-1-137-46884-0), DOI 10.1057/9781137468857.
  • Frédéric Giraut et Myriam Houssay-Holzschuch (dir.), The Politics of Place Naming: Naming the World, Londres et Hoboken, ISTE/Wiley, 2022, (ISBN 978-1-394-18829-1), DOI 10.1002/9781394188307 ; édition française : Politiques des noms de lieux. Dénommer le monde, Londres, ISTE, 2023, (ISBN 978-1-78948-115-0).

Articles et chapitres (sélection)

  • Avec Sylvain Guyot et Myriam Houssay-Holzschuch, « Les aires protégées dans les recompositions territoriales africaines », L'Information géographique, vol. 68, n° 4, 2004, p. 340-368, DOI 10.3406/ingeo.2004.2967.
  • « Apartheid et Israël/Palestine : enseignements et contresens d'une analogie », Cybergeo, 2004, DOI 10.4000/cybergeo.5454.
  • Avec Myriam Houssay-Holzschuch et Sylvain Guyot, « Au nom des territoires ! Enjeux géographiques de la toponymie », L'Espace géographique, vol. 37, n° 2, 2008, p. 97-105, DOI 10.3917/eg.372.0097.
  • « Territoire multisitué, complexité territoriale et postmodernité territoriale : des concepts opératoires pour rendre compte des territorialités contemporaines ? », L'Espace géographique, vol. 42, n° 4, 2013, p. 293-305, DOI 10.3917/eg.424.0293.
  • Avec Myriam Houssay-Holzschuch, « Place Naming as Dispositif: Toward a Theoretical Framework », Geopolitics, vol. 21, n° 1, 2016, p. 1-21, DOI 10.1080/14650045.2015.1134493.
  • « Dénominations plurielles : quand les noms de lieux se concurrencent ! », EchoGéo, n° 53, 2020, DOI 10.4000/echogeo.20167.

Références

  1. ↑ 1,0 et 1,1 « Frédéric Giraut », sur Département de géographie et environnement, Université de Genève (consulté le )
  2. ↑ 2,0 et 2,1 « Une nouvelle Chaire UNESCO en toponymie inclusive », sur Université de Genève, (consulté le )
  3. ↑ (en) « List of UNESCO Chairs and UNITWIN Networks » [PDF], sur UNESCO, (consulté le )
  4. ↑ « La petite ville, un milieu adapté aux paradoxes de l'Afrique de l'Ouest : études sur le semis, et comparaison du système spatial et social de sept localités », sur Horizon, Institut de recherche pour le développement, (consulté le )
  5. ↑ 5,0 et 5,1 « Frédéric Giraut », sur Nominations, Université de Genève (consulté le )
  6. ↑ Frédéric Giraut, « L'exception territoriale française sous influence européenne ? », L'Information géographique, vol. 66, no 2,‎ , p. 133-161 (DOI 10.3406/ingeo.2002.2802, lire en ligne)
  7. ↑ (en) « History », sur University of KwaZulu-Natal (consulté le )
  8. ↑ Benoît Antheaume, Frédéric Giraut et Brij Maharaj, Projet territoires, marges et dynamiques urbaines : les enseignements sud africains : rapport d'exécution, Institut de recherche pour le développement, 2003
  9. ↑ « Fabriquer des territoires : Utopies, modèles et projets », sur Archive ouverte UNIGE, (consulté le )
  10. ↑ « Frédéric Giraut », sur Groupe d'études territoriales, Université de Genève (consulté le )
  11. ↑ « Procès-verbal de la séance du Conseil participatif de la Faculté des sciences de la société du 20 février 2020 » [PDF], sur Université de Genève (consulté le )
  12. ↑ « Procès-verbal de la séance du Conseil participatif de la Faculté des sciences de la société du 29 avril 2021 » [PDF], sur Université de Genève (consulté le )
  13. ↑ « Membres du Département de géographie et environnement », sur Université de Genève (consulté le )
  14. ↑ Benoît Antheaume et Frédéric Giraut (dir.), Le territoire est mort. Vive les territoires ! Une (re)fabrication au nom du développement, Paris, IRD Éditions, , 384 p. (ISBN 2-7099-1574-X) [lire en ligne] 
  15. ↑ Guy Di Méo, « Benoît Antheaume et Frédéric Giraut (dir.), Le territoire est mort. Vive les territoires ! », Cahiers de géographie du Québec, vol. 51, no 142,‎ , p. 96-97 (DOI 10.7202/015912ar)
  16. ↑ Frédéric Giraut, « Territoire multisitué, complexité territoriale et postmodernité territoriale : des concepts opératoires pour rendre compte des territorialités contemporaines ? », L'Espace géographique, vol. 42, no 4,‎ , p. 293-305 (DOI 10.3917/eg.424.0293, lire en ligne)
  17. ↑ Frédéric Giraut et Martin Vanier, « Les politiques d'aménagement et de développement des territoires du Sud : une synthèse des pratiques et des tendances contemporaines », dans Frédéric Giraut (dir.), Étude comparée des politiques d'aménagement du territoire et de développement régional dans les pays du Sud, Paris, ministère des Affaires étrangères, 2006, p. 7-26, (ISBN 978-2-11-096445-8)
  18. ↑ Frédéric Giraut, Sylvain Guyot et Myriam Houssay-Holzschuch, « Les aires protégées dans les recompositions territoriales africaines », L'Information géographique, vol. 68, no 4,‎ , p. 340-368 (DOI 10.3406/ingeo.2004.2967, lire en ligne)
  19. ↑ (en) « Territories and Urbanisation in South Africa », sur IRD Éditions, (consulté le )
  20. ↑ (en) Astrid Wood, « Territories and Urbanisation in South Africa: Atlas and Geo-Historical Information System (DYSTURB) », African Affairs, vol. 111, no 444,‎ , p. 499-500 (DOI 10.1093/afraf/ads041)
  21. ↑ Frédéric Giraut, « Apartheid et Israël/Palestine : enseignements et contresens d'une analogie », Cybergeo,‎ (DOI 10.4000/cybergeo.5454, lire en ligne)
  22. ↑ (en) « Borderities and the Politics of Contemporary Mobile Borders », sur Springer Nature, (consulté le )
  23. ↑ (en) Jaume Castan Pinos, « Borderities and the politics of contemporary mobile borders », Journal of Borderlands Studies, vol. 33, no 4,‎ , p. 665-666 (DOI 10.1080/08865655.2016.1222882)
  24. ↑ Frédéric Giraut, Myriam Houssay-Holzschuch et Sylvain Guyot, « Au nom des territoires ! Enjeux géographiques de la toponymie », L'Espace géographique, vol. 37, no 2,‎ , p. 97-105 (DOI 10.3917/eg.372.0097)
  25. ↑ Frédéric Giraut et Myriam Houssay-Holzschuch, « Néotoponymie : formes et enjeux de la dénomination des territoires émergents », L'Espace Politique, no 5,‎ (DOI 10.4000/espacepolitique.161, lire en ligne)
  26. ↑ (en) Frédéric Giraut et Myriam Houssay-Holzschuch, « Place Naming as Dispositif: Toward a Theoretical Framework », Geopolitics, vol. 21, no 1,‎ , p. 1-21 (DOI 10.1080/14650045.2015.1134493, lire en ligne)
  27. ↑ Frédéric Giraut, « Dénominations plurielles : quand les noms de lieux se concurrencent ! », EchoGéo, no 53,‎ (DOI 10.4000/echogeo.20167, lire en ligne)
  28. ↑ « Politiques des noms de lieux. Dénommer le monde », sur ISTE Group, (consulté le )
  29. ↑ (en) Felix de Montety, « Book review: The Politics of Place Naming: Naming the World », Geographica Helvetica, vol. 80,‎ , p. 1-3 (DOI 10.5194/gh-80-1-2025, lire en ligne)

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