Jo Sohet
| Jo Sohet | |
| Naissance | Médéa, Algérie française |
|---|---|
| Décès | (à 80 ans) Nouméa, Nouvelle-Calédonie |
| Origine | |
| Arme | Transmissions |
| Grade | Adjudant-chef |
| Conflits | Guerre d'Indochine Guerre d'Algérie |
| Distinctions | Médaille militaire Officier de la Légion d'honneur |
| Autres fonctions | Écrivain, président du Cercle algérianiste |
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Marie-Joseph Pierre Sohet, dit Jo Sohet, né le 26 janvier 1930 à Médéa, en Algérie française, et mort le 10 novembre 2010 à Nouméa, est un sous-officier français de l'arme des transmissions, ancien combattant des guerres d'Indochine et d'Algérie, écrivain et militant associatif pied-noir[1],[2],[3].
Adjudant-chef à l'issue de sa carrière, il est surtout connu, après sa vie militaire, pour son activité au Cercle algérianiste, qu'il préside à deux reprises, et pour ses écrits consacrés à l'Indochine, à la mémoire de l'Algérie française, aux harkis et à la présence algérienne en Nouvelle-Calédonie[4],[5]. Titulaire de la Médaille militaire, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1973 puis promu officier en 2002[1],[2].
Biographie
Origines et carrière militaire
Marie-Joseph Pierre Sohet naît en 1930 à Médéa. Une notice biographique conservée par le musée de Nouvelle-Calédonie indique que sa famille maternelle est alors établie depuis trois générations dans cette ville de l'Atlas tellien[1].
Le détail de sa carrière militaire est principalement connu par ses propres récits et par des notices associatives ou éditoriales. Un décret de 2002 le mentionne au grade d'adjudant-chef dans l'arme des transmissions[2]. Les sources consacrées à son parcours le donnent comme combattant en Indochine puis en Algérie[3].
Son témoignage sur la guerre d'Indochine, Guetteur, qu'en est-il de la nuit ?, est publié à Nîmes chez C. Lacour en 1992 sous le sous-titre Indochine[6]. Le résumé du catalogue patrimonial situe ce séjour sur deux années, au Laos et au Nord-Tonkin, et indique que Sohet rentre d'Indochine à la fin de 1953 avec le grade de sergent-chef[6]. L'ouvrage figure par ailleurs dans une bibliographie historiographique parmi les récits individuels de militaires consacrés aux guerres coloniales françaises ; celle-ci recense une édition publiée à Narbonne en 1993[7].
Une notice éditoriale de Guetteur, qu'en est-il de la nuit ? indique qu'il encadre en Indochine des supplétifs vietnamiens et sert au contact des groupements de commandos mixtes aéroportés (GCMA). Elle lui attribue ensuite, durant la guerre d'Algérie, la responsabilité d'une harka aéroportée auprès du 11e Choc[8]. Ces épisodes occupent une place importante dans ses écrits ultérieurs, mais leurs détails opérationnels reposent pour une large part sur son témoignage.
Engagement dans la mémoire de l'Algérie française
Après sa carrière militaire, Sohet s'investit dans les milieux associatifs de Français d'Algérie. Il rejoint le Cercle algérianiste, fondé en 1973, et s'intéresse particulièrement au sort des harkis. Une notice biographique publiée à l'occasion de Guetteur, qu'en est-il de la nuit ? indique qu'en 1975 l'association lui confie la liaison avec les « Français musulmans »[8]. En 1979, il publie dans L'Algérianiste l'article « Les Harkis, ces oubliés de l'histoire 1962-1978 »[5].
L'historienne Claire Eldridge replace ce texte dans le développement, à partir des années 1970, d'un engagement pied-noir en faveur de la reconnaissance des harkis. Elle montre que cette mobilisation contribue à faire de leur abandon par la France un thème central de la mémoire associative, tout en l'intégrant souvent à un récit plus large de la disparition de l'Algérie française. Elle souligne également que cette représentation tend alors à laisser moins de place à l'autonomie des mobilisations et des récits harkis eux-mêmes[5]. Chez Sohet, la défense des harkis s'inscrit ainsi dans une conception plus générale de la transmission de la mémoire française d'Algérie.
Sohet exerce deux mandats à la présidence nationale du Cercle algérianiste, de 1985 à 1988 puis de 1993 à 1996, selon la chronologie publiée par Maurice Calmein, lui-même ancien président de l'association[4]. Il contribue parallèlement à L'Algérianiste et intervient dans les milieux associatifs liés aux rapatriés et aux harkis[8].
En 1991, il publie L'Algérianisme, une courte présentation de l'histoire et de la filiation revendiquée par ce courant. Le spécialiste de la littérature maghrébine Jean Déjeux décrit l'ouvrage comme un rapide retour sur l'algérianisme littéraire apparu dans les années 1920 et note que Sohet cherche à établir une continuité entre ce mouvement d'avant-guerre et l'algérianisme associatif développé parmi les rapatriés après 1962[9]. Déjeux rappelle toutefois que l'algérianisme littéraire avait été supplanté, à partir du milieu des années 1930, par le méditerranéisme et l'École d'Alger ; le rapprochement avec le mouvement associatif de l'après-indépendance relève donc de la filiation revendiquée par Sohet[9].
Nouvelle-Calédonie et dernières années
Sohet s'intéresse également à l'histoire des Algériens déportés en Nouvelle-Calédonie après les insurrections du XIXe siècle. À la suite d'un voyage dans l'archipel, il publie « Histoire des Arabes en Nouvelle-Calédonie » dans L'Algérianiste ; le texte est repris en 1991 dans le Bulletin de la Société d'études historiques de la Nouvelle-Calédonie[1]. Il s'établit ensuite en Nouvelle-Calédonie, où il termine sa vie. Plusieurs de ses textes y sont repris à titre posthume dans l'ouvrage collectif Pieds-noirs en Nouvelle-Calédonie : témoignages et analyses, publié en 2012 sous la direction de Jean-Yves Faberon[10].
Atteint de la maladie de Parkinson, il travaille avec son orthophoniste Claude Frémont à un recueil de textes destinés à la rééducation de la voix. Frémont explique que Pot-pourri parkinsonien est né du souhait de proposer aux patients adultes des exercices de lecture plus adaptés que les textes pour enfants souvent employés en séance[11]. Jo Sohet meurt à Nouméa le 10 novembre 2010[3].
Œuvre
Les écrits de Jo Sohet relèvent de plusieurs registres : nouvelles consacrées à l'Algérie, témoignage de guerre, essai mémoriel et textes à visée pratique. Ils prolongent largement les thèmes de son engagement associatif, en particulier l'expérience de l'Indochine et la mémoire des Français d'Algérie.
Ouvrages
- Le Rossignol de Tib-Harine : portraits et nouvelles, Éditions de l'Atlanthrope, 1985, (ISBN 978-2-86442-012-5)[12].
- L'Algérianisme, 1991[9].
- Guetteur, qu'en est-il de la nuit ?, t. 1 : Indochine, Nîmes, C. Lacour, coll. « La Saint-soleil », 1992[6]. Une édition publiée à Narbonne par Jo Sohet est recensée en 1993[7].
- Pot-pourri parkinsonien, textes de Jo Sohet, commentaires de Claude Frémont, Nouméa, 2007[11].
Articles
- « Les Harkis, ces oubliés de l'histoire 1962-1978 », L'Algérianiste, no 5, 1979, p. 27-33[5].
- « Histoire des Arabes en Nouvelle-Calédonie », Bulletin de la Société d'études historiques de la Nouvelle-Calédonie, no 87, 2e trimestre 1991, p. 11-16[1].
Décorations
- Médaille militaire[1].
- Légion d'honneur : chevalier le 4 mars 1973, puis officier par décret du 23 avril 2002[2].
Notes et références
- ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 et 1,5 « Histoire des arabes en Nouvelle-Calédonie (1991) », sur Catalogue documentaire du musée de Nouvelle-Calédonie (consulté le )
- ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 « Décret du 23 avril 2002 portant promotion et nomination », sur Légifrance, (consulté le )
- ↑ 3,0 3,1 et 3,2 « Décès de Jo Sohet », sur Oran 1962, reproduction d'un communiqué du Cercle algérianiste national, (consulté le )
- ↑ 4,0 et 4,1 Maurice Calmein, « Le mouvement algérianiste (résumé) », sur Cercle algérianiste d'Aix-en-Provence, (consulté le )
- ↑ 5,0 5,1 5,2 et 5,3 (en) Claire Eldridge, « Blurring the boundaries between perpetrators and victims: Pied-noir memories and the harki community », Memory Studies, vol. 3, no 2, , p. 123-136 (DOI 10.1177/1750698009355675)
- ↑ 6,0 6,1 et 6,2 « Guetteur, qu'en est-il de la nuit ?, 1. Indochine / Jo Sohet », sur Ressources documentaires patrimoniales des Baronnies, (consulté le )
- ↑ 7,0 et 7,1 « L'historiographie française et les guerres coloniales », sur Società Italiana di Storia Militare (consulté le )
- ↑ 8,0 8,1 et 8,2 « Guetteur, qu'en est-il de la nuit ? — Jo Sohet », sur Librairie Chiré (consulté le )
- ↑ 9,0 9,1 et 9,2 Jean Déjeux, « Littérature maghrébine de langue française 1991 », Annuaire de l'Afrique du Nord, CNRS Éditions, vol. XXX, , p. 1197-1216 (lire en ligne)
- ↑ « Pieds-noirs en Nouvelle-Calédonie : témoignages et analyses », sur Librairie Mollat, (consulté le )
- ↑ 11,0 et 11,1 « Claude Frémont, orthophoniste : « Même en Métropole, il n'existe pas de tels ouvrages » », sur Les Nouvelles Calédoniennes (consulté le )
- ↑ « Le Rossignol de Tib-Harine », sur AbeBooks (consulté le )
Bibliographie
- (en) Claire Eldridge, From Empire to Exile: History and Memory within the Pied-Noir and Harki Communities, 1962–2012, Manchester University Press, (ISBN 978-0-7190-8723-3).
- (en) Claire Eldridge, « Blurring the boundaries between perpetrators and victims: Pied-noir memories and the harki community », Memory Studies, vol. 3, no 2, , p. 123-136 (DOI 10.1177/1750698009355675).
- Jean-Yves Faberon (dir.), Pieds-noirs en Nouvelle-Calédonie : témoignages et analyses, L'Harmattan, (ISBN 978-2-336-00356-6).
Article publié sur Wikimonde Plus
- Histoire militaire