Bernard Zeller
Bernard Zeller, né le [1] à Bourges, est un ingénieur de l'armement et essayiste français. Ancien élève de l'École polytechnique, il fait carrière dans les industries de défense et de l'espace, principalement au sein du groupe SNPE. À partir de 2010, il publie des ouvrages consacrés à l'histoire politique et militaire de la guerre d'Algérie.
Fils du général André Zeller, l'un des quatre chefs du putsch des généraux d'avril 1961, il préside de 2004 à 2015 l'Association des amis de Raoul Salan. Ses travaux portent notamment sur les trajectoires des officiers liés au putsch, ainsi que sur les débats mémoriels autour de la guerre d'Algérie. Il est également l'auteur de deux ouvrages critiques sur l'action publique d'Edmond Michelet.
Biographie
Famille et formation
Bernard Zeller est le fils du général d'armée André Zeller. Son grand-père paternel est le général de division Léon Zeller et son oncle le général d'armée Henri Zeller, ancien gouverneur militaire de Paris[2]. Il est le père de Guillaume Zeller, journaliste et historien[3].
Il entre à l'École polytechnique dans la promotion 1966[4]. En 1973, il obtient à l'université Paris-VI un doctorat d'ingénieur avec une thèse consacrée à la dégradation thermique de polymères linéaires et réticulés[1]. Il appartient ensuite au corps des ingénieurs de l'armement et atteint le grade d'ingénieur en chef de l'armement[5].
Carrière industrielle
Bernard Zeller effectue l'essentiel de sa carrière au sein du groupe SNPE. De septembre 1994 à décembre 2004, il dirige PyroAlliance. À partir de janvier 2000, il dirige également Structil, filiale du groupe spécialisée dans les matériaux composites, et exerce de 2001 à 2004 les fonctions de vice-président chargé du développement de SNPE Matériaux Énergétiques. En janvier 2005, il devient vice-président chargé de la stratégie et du développement du groupe SNPE[6].
À la même période, il siège au conseil d'administration de Dynamic Materials Corporation, entreprise américaine dont la SNPE est alors l'actionnaire majoritaire[6]. Il est nommé au grade de chevalier de l'Légion d'honneur par décret du 12 juillet 2013, en qualité de conseiller dans un groupe industriel de défense[7].
Travaux historiques et mémoriels
Bernard Zeller s'intéresse principalement à la guerre d'Algérie, au putsch d'avril 1961 et aux parcours de ses protagonistes. Cet intérêt est aussi lié à son histoire familiale et à son activité associative : il préside l'Association des amis de Raoul Salan de 2004 à 2015[8],[9]. Il travaille par ailleurs sur l'action politique d'Edmond Michelet, notamment pendant les premières années de la Ve République.
Travaux sur Edmond Michelet
Dans le contexte de la cause de béatification d'Edmond Michelet, Bernard Zeller entreprend une lecture critique de l'action publique de l'ancien résistant et ministre. Il publie en 2010 Edmond Michelet est-il un saint ? Biographie interrogative, puis, en 2012, L'Autre Visage d'Edmond Michelet, 1899-1970, préfacé par Michel Déon[10],[11]. Le second ouvrage reprend et développe le premier ; Zeller indique notamment avoir utilisé des archives du secrétariat de la présidence de la République devenues accessibles entre-temps[11].
Ces travaux suscitent des appréciations divergentes. En 2011, l'historienne Nicole Lemaître, membre de la commission historique chargée de la cause Michelet, estime que l'analyse du premier livre est « souvent tronquée et de mauvaise foi » et appelle à replacer les documents dans leur contexte en prenant davantage de distance avec les mémoires de la guerre d'Algérie[12]. À propos de L'Autre Visage d'Edmond Michelet, Le Figaro Histoire relève le risque de partialité tenant au lien familial entre l'auteur et André Zeller, mais considère que Bernard Zeller s'efforce de s'en tenir aux faits ; la recension présente néanmoins l'ouvrage comme un plaidoyer davantage que comme un livre d'histoire[13].
Putsch des généraux et guerre d'Algérie
En 2014, Bernard Zeller établit et annote pour les Éditions Tallandier le Journal d'un prisonnier de son père, rédigé pendant sa détention de 1961 à 1966 après l'échec du putsch. L'ouvrage, préfacé par l'historien Serge Berstein, reproduit le journal d'André Zeller et un choix de documents annexes[14]. Dans L'Express, Emmanuel Hecht et Grégoire Kauffmann estiment que sa publication renouvelle le regard porté sur les généraux du putsch et soulignent l'intérêt du journal pour comprendre la vie des officiers détenus à Tulle[15].
En 2016, il cosigne avec Jean-Paul Angelelli une courte biographie de Raoul Salan dans la collection « Qui suis-je ? » des Éditions Pardès[8]. Le Figaro Histoire estime que les auteurs évitent un récit hagiographique et cherchent à restituer la personnalité et les choix de l'officier, qui passe du sommet de la hiérarchie militaire à la clandestinité et à la direction de l'Organisation de l'armée secrète[16].
Bernard Zeller participe ensuite au projet documentaire Dans la tête des quatre généraux. Réalisé par Christophe Boutang et David Cangardel et diffusé en 2017 sur la chaîne Histoire, le film en deux parties revient sur les trajectoires de Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller avant le putsch[17],[9].
En 2019, il signe le texte de la bande dessinée biographique Raoul Salan, officier de la Coloniale, dessinée par Pierre Tillocher et préfacée par l'historien Jacques Valette[18].
En 2021, il publie Le Procès du commandant de Saint Marc, préfacé par l'historien Olivier Dard, qui reproduit les débats, le réquisitoire et la plaidoirie du procès d'Hélie Denoix de Saint Marc devant le Haut Tribunal militaire le 5 juin 1961, complétés par plusieurs documents[5]. Dans la Revue Défense Nationale, Claude Franc juge que l'ouvrage apporte peu d'éléments nouveaux sur la personnalité de Saint Marc, mais souligne l'intérêt des dépositions reproduites, qui donnent un témoignage contemporain sur son rôle et sur les dilemmes des officiers impliqués dans le putsch[5].
En 2025 paraît chez Perrin Un quarteron de généraux avant le putsch, consacré aux parcours de Challe, Jouhaud, Salan et André Zeller depuis le début de leurs carrières militaires jusqu'à avril 1961. L'auteur dit s'appuyer notamment sur des archives privées et sur des sources jusque-là peu exploitées[19]. Dans La Jaune et la Rouge, François Xavier Martin décrit le livre comme un historique détaillé des quatre trajectoires, « ni une défense ni une critique des putschistes », et souligne l'ampleur du travail documentaire[4].
Publications
Ouvrages
- Edmond Michelet est-il un saint ? : Biographie interrogative, La Doller, , 140 p. (ISBN 9782953475609)
- L'Autre Visage d'Edmond Michelet : 1899-1970, Versailles, Via Romana, (ISBN 9791090029255)
- Salan, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, coll. « Qui suis-je ? », , 128 p. (ISBN 9782867144981)
- Le Procès du commandant de Saint Marc, Paris, Nouvelles Éditions Latines, (ISBN 9782723381895)
- Un quarteron de généraux avant le putsch, Paris, Éditions Perrin, , 432 p. (ISBN 9782262081881)
Édition de source
- André Zeller (préf. Serge Berstein), Journal d'un prisonnier : Le témoignage d'un des quatre généraux du putsch d'Alger, 1961-1966, Paris, Éditions Tallandier, , 604 p. (ISBN 9791021004573).Avant-propos et notes de Bernard Zeller
Bande dessinée
- Bernard Zeller (préf. Jacques Valette, ill. Pierre Tillocher), Raoul Salan, officier de la Coloniale, Via Romana, , 68 p. (ISBN 9782372711234)
Notes et références
- ↑ 1,0 et 1,1 « Notice de personne « Zeller, Bernard (1946-....) » », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (consulté le ).
- ↑ « La carrière d'André Zeller », sur Le Monde, (consulté le ).
- ↑ François-Guillaume Lorrain et Adlène Meddi, « Algérie : « Mon grand-père était membre du FLN... » », sur Le Point, (consulté le ).
- ↑ 4,0 et 4,1 François Xavier Martin, « Un quarteron de généraux avant le putsch », sur La Jaune et la Rouge, (consulté le ), no 809.
- ↑ 5,0 5,1 et 5,2 Claude Franc, « Le Procès du commandant de Saint Marc », sur Revue Défense Nationale, (consulté le ), no 847, p. 126-129.
- ↑ 6,0 et 6,1 « Prospectus supplement », sur Dynamic Materials Corporation, (consulté le ), p. S-61.
- ↑ « Décret du 12 juillet 2013 portant promotion et nomination », sur Légifrance, (consulté le ).
- ↑ 8,0 et 8,1 « Salan - Qui suis-je ? », sur Librairie Chiré (consulté le ).
- ↑ 9,0 et 9,1 « Bulletin 42 – 2e semestre 2016 », sur Association des amis de Raoul Salan (consulté le ).
- ↑ « Edmond Michelet est-il un saint ? Biographie interrogative », sur Librairie Chiré (consulté le ).
- ↑ 11,0 et 11,1 Bernard Zeller, « L'autre visage d'Edmond Michelet », sur Edmond Michelet est-il un saint ?, (consulté le ).
- ↑ Nicole Lemaître, « Le rôle de l'historien », Bulletin de l'Association des archivistes de l'Église de France, no 76, 2e semestre 2011, p. 26-32, lire en ligne.
- ↑ « Michelet d'un procès à l'autre », Le Figaro Histoire, no 5, décembre 2012-janvier 2013.
- ↑ « Notice bibliographique « Journal d'un prisonnier » », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (consulté le ).
- ↑ Emmanuel Hecht et Grégoire Kauffmann, « Putsch d'Alger : dans la tête des généraux », sur L'Express, (consulté le ).
- ↑ Le Figaro Histoire, no 31, avril-mai 2017, p. 30.
- ↑ « Fonds du général d'armée Raoul Salan », sur Service historique de la Défense (consulté le ).
- ↑ « Raoul Salan - Officier de la Coloniale - BD », sur Librairie Chiré, (consulté le ).
- ↑ « Un quarteron de généraux avant le putsch », sur Lisez / Éditions Perrin, (consulté le ).
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