Guy Lebègue
| Naissance |
Maubeuge (France) |
|---|---|
| Nationalité | Française |
| Domaines | Industrie spatiale, contrôle d'attitude, imagerie satellitaire, communication scientifique et vulgarisation scientifique |
|---|---|
| Institutions | Centre spatial de Cannes - Mandelieu |
| Diplôme | École centrale Paris, promotion 1962 |
| Formation | École nationale de l'aviation civile, formation de contrôleur de la circulation aérienne militaire, 1963 |
| Renommé pour | Proposition du nom Spacebus en 1983 |
Guy Lebègue, né le 28 octobre 1938 à Maubeuge, est un ingénieur français de l'industrie spatiale, auteur de publications techniques et vulgarisateur scientifique. Il effectue l'essentiel de sa carrière, de 1964 à 1999, au Centre spatial de Cannes - Mandelieu, d'abord dans les activités de simulation et de contrôle d'attitude, puis dans l'imagerie satellitaire, le marketing et enfin la communication. Il travaille successivement pour Sud-Aviation, Aerospatiale et Alcatel Space[1],[2].
À partir de 1976, il est chargé de la qualité des images du programme européen Météosat. Avec l'astronome Jean Gay, il étudie en 1978 l'emploi de la Lune comme référence pour la calibration des instruments infrarouges embarqués, travail présenté dans le cadre de l'Agence spatiale européenne[3]. Passé au marketing des satellites en 1980, il est crédité par les archives du site cannois et par le groupe régional de la 3AF de la proposition, en 1983, du nom « Spacebus » pour la famille de plates-formes de télécommunications développée en coopération par Aerospatiale et l'allemand Messerschmitt-Bölkow-Blohm (MBB)[4],[5].
Après avoir dirigé les relations extérieures puis la communication du site, il poursuit à la retraite ses activités de médiation scientifique et de sauvegarde du patrimoine industriel. Il devient en 2011 président de Cannes Aéro Spatial Patrimoine (CASP), fonction qu'il exerce jusqu'en 2020, et contribue au développement de l'encyclopédie historique CASPWiki ainsi qu'aux visites et au classement des archives du centre spatial[6],[7].
Formation et débuts professionnels
Guy Lebègue suit ses études supérieures à l'École centrale de Paris, où il choisit l'option aéronautique et obtient son diplôme en 1962. Son stage de fin d'études se déroule à la SNECMA sur des travaux liés au moteur du futur Concorde[4].
De septembre à novembre 1962, avant son service militaire, il travaille à l'établissement de Courbevoie de Sud-Aviation, dans un service consacré au pilotage et au guidage des missiles. Officier de l'Armée de l'air, il suit en 1963 à l'École nationale de l'aviation civile une formation de contrôleur de la circulation aérienne militaire, puis est affecté à la base aérienne 120 de Cazaux, où il participe au fonctionnement de la tour de contrôle[1].
Carrière dans l'industrie spatiale
Simulation et contrôle d'attitude
À l'issue de son service militaire, Guy Lebègue entre le 4 avril 1964 à l'établissement de Cannes de Sud-Aviation. Il rejoint d'abord l'équipe de simulation des systèmes de pilotage et de guidage. À une époque où les méthodes numériques prennent progressivement le relais des calculateurs analogiques, il participe à partir de 1966 à l'introduction de simulations hybrides, associant les deux technologies[4].
En 1967, alors que le site cannois développe ses compétences dans les satellites, il rejoint le service chargé du contrôle d'attitude. Il travaille ainsi sur les moyens permettant d'orienter et de stabiliser les engins spatiaux, notamment les architectures stabilisées sur trois axes. Cette activité accompagne la montée en puissance du spatial au sein de l'établissement, devenu une entité d'Aerospatiale en 1970[4].
Météosat et imagerie satellitaire
En 1976, Guy Lebègue est affecté au programme Météosat comme responsable de la qualité des images. Le premier satellite de cette série européenne est lancé le 23 novembre 1977 et fournit, depuis l'orbite géostationnaire, des images régulières d'une grande partie de l'Europe, de l'Afrique et de l'Atlantique[8]. Après ce lancement, il crée en 1978 à Cannes un service consacré à l'imagerie spatiale, d'abord centré sur Météosat puis étendu aux premières études de satellites d'observation de la Terre[1],[4].
Un de ses travaux les mieux documentés concerne la calibration des instruments infrarouges. Avec Jean Gay, il présente en 1978 une étude proposant d'utiliser la Lune comme référence radiométrique pour des caméras embarquées sur des satellites d'observation. La bibliographie technique de la NASA décrit ce travail comme une méthode envisagée pour Météosat afin de pallier les limites du système interne de calibration et d'en étendre le principe à d'autres instruments infrarouges[3].
Ce travail illustre l'emploi de la Lune comme référence radiométrique pour l'imagerie satellitaire dès la fin des années 1970. La stabilité du satellite naturel en a fait, par la suite, une référence utilisée par différents opérateurs. EUMETSAT emploie les observations lunaires pour suivre la stabilité à long terme de certains instruments et indique que ses méthodes peuvent également être appliquées aux archives de la première génération de Météosat[9].
Marketing et famille Spacebus
En 1980, Guy Lebègue quitte les fonctions d'ingénierie pour le marketing des satellites, avant de rejoindre en 1983 le secteur commercial[1]. Ce changement intervient au moment où Aerospatiale et MBB cherchent à prolonger leur coopération dans les télécommunications spatiales par une gamme commune de plates-formes géostationnaires. L'accord franco-allemand conclu en 1983 débouche sur la famille Spacebus, dont plusieurs générations sont ensuite commercialisées ; une synthèse consacrée à la coopération spatiale entre la France et l'Allemagne relève que ces plates-formes génériques ont été vendues en nombre[10].
Les documents historiques de Cannes Aéro Spatial Patrimoine lui attribuent la proposition du nom « Spacebus », formulée le 23 août 1983 à la suite d'un appel à idées interne ; le groupe régional Côte d'Azur de la 3AF le présente lui aussi comme l'auteur de cette appellation[4],[5].
Au-delà de la question du nom, il participe pendant plusieurs années à la commercialisation de satellites de télécommunications. La famille Spacebus devient un axe durable de l'activité du constructeur cannois, évoluant des premières versions vers les générations Spacebus 2000, 3000 puis 4000[11]. Plusieurs articles qu'il publie dans les années 1990 portent sur ces plates-formes, leur industrialisation et leurs programmes clients.
Relations extérieures et communication
Guy Lebègue rejoint en 1985 le service des relations extérieures de l'établissement et en prend la responsabilité l'année suivante. Ses fonctions couvrent la présentation des programmes spatiaux auprès de visiteurs institutionnels et professionnels, la participation aux salons et expositions, ainsi que les opérations de communication liées aux lancements et à l'activité du site[4]. Elles l'amènent progressivement à consacrer une part croissante de son activité à l'explication des technologies spatiales auprès de publics non spécialistes.
Il est également rédacteur en chef de la publication interne aerospatiale 06 et correspondant de la Revue aerospatiale, à laquelle il fournit de nombreux articles sur les satellites d'application, les programmes menés à Cannes et la coopération spatiale européenne[4]. Lorsque l'établissement passe sous la responsabilité d'Alcatel Space en 1998, il poursuit ces fonctions à la tête du service communication. Il prend sa retraite professionnelle le 31 octobre 1999[1].
Vulgarisation scientifique et transmission
La communication institutionnelle constitue, dès les années 1980, l'un des prolongements de l'activité professionnelle de Guy Lebègue. Il donne des conférences sur les satellites de télécommunications, la météorologie spatiale, l'observation de la Terre et les programmes cannois, en s'adressant aussi bien à des associations scientifiques qu'à des étudiants ou au grand public[2].
Dans le cadre de ses fonctions chez Aerospatiale, il apporte notamment un soutien au volet spatial du Space Camp Patrick Baudry, créé à Cannes à la fin des années 1980 ; l'astronome Jean-Louis Heudier intervient parallèlement sur le volet astronomique[4]. Après la fermeture de ce centre, il s'implique dans les activités de PARSEC et dans les Classes Azur Astro-Espace, qui associent initiation à l'astronomie, découverte des techniques spatiales et visites du centre cannois. Une convention conclue en 2013 entre PARSEC et Cannes Aéro Spatial Patrimoine formalise la participation de bénévoles de CASP à ces visites[12]. En 2012, Nice-Matin le présente parmi les bénévoles qui accompagnent les visiteurs et expliquent l'histoire et les activités du site[13].
Il reste parallèlement actif au sein du groupe Côte d'Azur de l'Association aéronautique et astronautique de France (3AF), dont il assume notamment le secrétariat. Cette activité prolonge sa pratique des conférences et de la rédaction scientifique[1]. Encore dans les années 2010 et 2020, il intervient à l'Astrorama et dans des universités tous âges sur l'histoire du Centre spatial de Cannes, le fonctionnement des satellites de télécommunications ou la météorologie spatiale[14],[15].
Patrimoine aérospatial et activités associatives
Cannes Aéro Spatial Patrimoine
Avant même sa retraite, Guy Lebègue participe au travail collectif de mémoire consacré à l'établissement de Cannes. Il figure parmi les contributeurs de l'ouvrage 80 ans de passion, le site de Cannes de 1919 à 1999, publié en 1999 et consacré à l'évolution du site depuis ses origines aéronautiques jusqu'à l'industrie spatiale[16].
Créée en 2007, Cannes Aéro Spatial Patrimoine est une association chargée de reconstituer, conserver et mettre en valeur le patrimoine historique du centre spatial cannois[17]. Il la rejoint en 2008, devient trésorier en 2009 puis est élu président en juillet 2011[1],[6].
Il participe également à la mise en place de CASPWiki, encyclopédie collaborative consacrée aux sociétés successives du site, à leurs programmes, à leurs métiers et à leurs personnels. Lors de son élection à la présidence, WebTimeMedias indique que l'assemblée générale de CASP vient d'entériner CASPWiki comme l'application majeure de l'association sur Internet[6]. L'outil devient l'un des supports du travail de collecte : Nice-Matin décrit en 2012 une association qui recueille des témoignages oraux, inventorie photographies, films et documents et les articule avec une chronologie du site, tandis que l'encyclopédie compte alors plusieurs centaines d'articles[7].
Sous sa présidence, CASP poursuit ce travail d'archives, la numérisation de documents, les expositions et la transmission auprès du public. En 2013, la presse locale souligne le besoin de bénévoles capables de contribuer au classement documentaire et au wiki de l'association[18]. La même année, la convention avec PARSEC organise la participation des membres de CASP aux visites du centre spatial[12]. Il quitte la présidence en juin 2020 tout en restant impliqué dans les activités historiques de l'association ; quelques semaines plus tard, l'Astrorama le présente comme ancien président de CASP et secrétaire du groupe régional de la 3AF[14].
Diffusion numérique et autres engagements
L'intérêt de Guy Lebègue pour les outils collaboratifs précède CASPWiki. En 2007, la 3AF met en place un groupe de travail consacré à Wikipédia afin de suivre et d'améliorer les contenus relatifs à l'aéronautique et à l'espace. Dans un article publié en février 2008 par La Lettre 3AF, il présente ce projet, dont l'animation lui est confiée avec Khoa Dang Tran[19]. Deux ans plus tard, le même principe d'édition collaborative est employé pour CASPWiki.
En 2000, il fait par ailleurs partie, avec Thierry Deloye et Jean Zieger, des trois cadres d'Alcatel Space à l'initiative d'Andantino, association de mécénat d'entreprises créée autour de l'Orchestre régional de Cannes[20]. La notice biographique publiée par CASP lui attribue par ailleurs deux mandats de conseiller municipal du Cannet, de 1977 à 1989, le premier assorti d'une délégation à l'environnement[4].
Activité éditoriale et publications
Guy Lebègue publie principalement dans des revues professionnelles ou associatives liées à l'aéronautique et à l'espace. Ses textes portent d'abord sur des questions techniques, puis de plus en plus sur les programmes de satellites, leur usage, leur commercialisation et l'histoire du site cannois. Une grande partie de cette production est liée à son rôle de correspondant de la Revue aerospatiale et à ses activités au sein de la 3AF[4].
Parmi ses publications représentatives figurent :
- J. Gay et Guy Lebègue, « Calibration au moyen de la Lune des instruments de prise d'images infrarouges embarqués sur satellites d'observation terrestre », dans ESA Earth Observation from Space and Management of Planetary Resources, mai 1978, p. 533-540[3].
- « L'aventure des satellites : une panoplie de grands programmes », dans Revue aerospatiale, numéro spécial, janvier 1990.
- « Cannes : de Météosat à ISO », dans Revue aerospatiale, n° 69, juin 1990.
- « Satellites : 30 ans de coopération franco-allemande », dans Revue aerospatiale, n° 89, juin 1992.
- « Spacebus 3000 : la plate-forme de l'Alliance Satellites », dans Revue aerospatiale, n° 99, juin 1993.
- « Un satellite de télécom : à quoi ça sert ? Comment ça marche ? Combien ça coûte ? », dans Nouvelle Revue Aéronautique & Astronautique, n° 2, Dunod, juin 1994, (ISSN 1247-5793).
- « Les Spacebus 3000 se fabriquent en série à Cannes », dans Revue aerospatiale, n° 124, janvier 1996.
- « Spacebus : 1000 ans de répéteurs en orbite », dans Revue aerospatiale, n° 133, novembre 1996.
- ouvrage collectif, avec notamment Roger Béteille, Jean-Jacques Dechezelles, Philippe Jung et Guy Lebègue, 80 ans de passion, le site de Cannes de 1919 à 1999, Éditions Version Latine, [16].
- « Cassini-Huygens, le long voyage ; Huygens, l'arrivée sur Titan », dans La Lettre 3AF du Groupe Côte d'Azur, n° 137, numéro spécial Huygens, mai 2005.
- Guy Lebègue, avec Éric Lebègue et Laurent Lebègue, « Du spatial aux travaux publics : les maquettes virtuelles », dans La Lettre 3AF, n° 6, juin 2007, (ISSN 1767-0675).
- « 3AF-WIKI : un groupe de travail Wikipedia », dans La Lettre 3AF, n° 2, février 2008[19].
Notes et références
- ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 et 1,6 « 90 ans du Centre spatial de Cannes Mandelieu, ses satellites », Groupe régional 3AF Côte d'Azur, 14 février 2020, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ 2,0 et 2,1 « J5 - Samedi 10 novembre 2018 », Culture & Cinéma, 10 novembre 2018, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ 3,0 3,1 et 3,2 J. Gay et Guy Lebègue, « Calibration au moyen de la Lune des instruments de prise d'images infrarouges embarqués sur satellites d'observation terrestre », dans ESA Earth Observation from Space and Management of Planetary Resources, mai 1978, p. 533-540 ; notice N79-30675 dans Earth Resources: A Continuing Bibliography with Indexes, n° 24, NASA, janvier 1980, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ 4,00 4,01 4,02 4,03 4,04 4,05 4,06 4,07 4,08 4,09 et 4,10 « Guy Lebègue », CASPWiki, Cannes Aéro Spatial Patrimoine, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ 5,0 et 5,1 « Un satellite de télécom : à quoi ça sert, comment ça marche, combien ça coûte ? », Groupe régional 3AF Côte d'Azur, 17 mai 2011, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ 6,0 6,1 et 6,2 Jean-Pierre Largillet, « Guy Lebègue, président de Cannes Aéro Spatial Patrimoine », WebTimeMedias, 11 août 2011, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ 7,0 et 7,1 Chrystèle Burlot, « L'aérospatiale : toute une histoire à raconter », Nice-Matin, 11 août 2012, copie archivée par Cannes Aéro Spatial Patrimoine, consultée le 10 septembre 2026.
- ↑ « A brief history of Meteosat », Agence spatiale européenne, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ « Moon as reference for long term stability assessment of optical sensors », EUMETSAT, 7 juin 2018, mise à jour le 30 janvier 2023, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ European Space Policy Institute, Fondation pour la recherche stratégique, Institut français des relations internationales et Stiftung Wissenschaft und Politik, Towards a New Franco-German Partnership in Space, novembre 2008, p. 3, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ Jean-Jacques Dechezelles, « De Symphonie à Spacebus 4000 : 30 ans de succès des satellites de télécommunication », La Lettre du Groupe Côte d'Azur (AAAF), n° 148, mai 2006, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ 12,0 et 12,1 « Convention CASP – PARSEC », signée à Nice le 17 décembre 2013, consultée le 10 septembre 2026.
- ↑ Mathieu Garcia-Bullon et Jeanne Portal, « Dans les coulisses de Thales Alenia Space », Nice-Matin, 23 novembre 2012, copie archivée par Cannes Aéro Spatial Patrimoine, consultée le 10 septembre 2026.
- ↑ 14,0 et 14,1 « 90 ans du Centre spatial de Cannes Mandelieu, ses satellites », Astrorama, 3 juillet 2020, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ « Conférence du 16 juillet 2021 : La météorologie spatiale », Astrorama, 7 mai 2021, consulté le 3 octobre 2026.
- ↑ 16,0 et 16,1 « Le Centre Thales Alenia Space », Portail des savoirs des Alpes-Maritimes, Conseil départemental des Alpes-Maritimes, 20 novembre 2024, mise à jour le 25 novembre 2024, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ « Cannes Aéro Spatial Patrimoine - CASP », Ville de Cannes, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ Audrey Minelli, « Cannes Aéro Spatial Patrimoine lance un appel aux bénévoles », Nice-Matin, 12 juin 2013, copie archivée par Cannes Aéro Spatial Patrimoine, consultée le 10 septembre 2026.
- ↑ 19,0 et 19,1 Guy Lebègue, « 3AF-WIKI : un groupe de travail Wikipedia », La Lettre 3AF, n° 2, février 2008, consulté le 10 septembre 2026.
- ↑ « Anniversaire d'Andantino - 10 ans », Art Côte d'Azur, 23 novembre 2010, consulté le 10 septembre 2026.
Article publié sur Wikimonde Plus