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Médiactivistes

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Médiactivistes est un ouvrage de Dominique Cardon et Fabien Granjon, publié en 2010 et réédité en 2013. Il est édité dans la collection "Contester" par les presses de science po. Cet ouvrage est une approche historique abordant les médias alternatifs qui ont jalonné les grands conglomérats médiatiques du XXe siècle.

Médiactivistes
Auteur Dominique Cardon & Fabien Granjon
Pays Drapeau de la France France
Éditeur Presses de Sciences Po
Collection Contester
Date de parution 2010
Nombre de pages 150
ISBN 2724687558

Thème de l'ouvrage

Les auteurs tendent à définir la presse alternative qui s'est développée à contre courant des médias dominants. Les "médiactivistes" tel que définit par les auteurs sont "des mobilisations sociales progressistes qui orientent leurs actions collectives vers la critique des médias dominants et/ou la mise en œuvre de dispositif alternatif de production d'information"[1]. Ils mettent également en exergue le lien entre "médiactivisme" et internet, qui permit l'essor de ces mobilisations. Dans un premier temps leur approche historique se concentre sur la relation des "médiactivistes" avec la politique. Dans un second temps les auteurs s'intéressent aux rapports de forces entre les médias alternatifs et traditionnels. De plus ils démontrent l'impact qu'ont eu les technologies sur l'information, sa création, sa production et sa diffusion. Celle-ci ont facilité l'émergence des "médiactivistes" en leur donnant les moyens d'exister et d'être en contact avec un public large.

Résumé par chapitres

Chapitre 1 : De la critique des médias aux médias de la critique

Dans le premier chapitre les auteurs définissent ce qu'est un média alternatif, en identifiant deux formes de médiactivismes, qui ont des finalités diverses. La première forme constitue les médias dits "contre-hégémoniques", qui sont des médias qui "s'attachent à mettre en lumière les médias dominants comme des vecteurs de propagande des pouvoirs économiques et politiques et, d'autre part, font l'effort de créer des contre-pouvoirs critiques[2]". La seconde forme définit constitue des médias alternatifs dits "expressivistes", qui au lieu de critiquer, tendent à utiliser l'information comme un instrument pour s'émanciper. Ces médias proposent "de nouvelles visions du monde[3]" et défendent des idéologies différentes à celles des médias "mainstream". On peut par exemple citer en France le média en ligne Basta !, mais également le média papier Fakir.

Chapitre 2 : Mouvements révolutionnaires et médias populaires

Les auteurs reviennent sur les premiers mouvements sociaux du début du XXe siècle, "d'inspiration révolutionnaires", qui se sont émancipés par la création de leurs médias alternatifs. Dans un premier temps ils s'intéressent à l'émergence de la presse révolutionnaire, avec les mouvements communistes et le ""Que faire ?" de Lénine. Les auteurs expliquent comment Lénine a défini et exposé le rôle d'émancipation par la presse engagée. Ils évoquent notamment le rôle "d'éclairer les masses et leur faire bénéficier du savoir dont disposent les avant-gardes les plus éclairées[4]", ainsi que le moyen pour Lénine d'organiser un parti révolutionnaire et de former et alimenter une idéologie de parti. Puis ils montrent l'arrivée dans les années 1970 au Québec des médias marxistes-léninistes et expose leur rôle dans la lutte des classes, leur volonté de "dénoncer la fausse neutralité de la presse bourgeoise[5]". La troisième presse à laquelle ils portent attention est celle du mouvement féministe dans les années 1970 avec le mouvement de libération des femmes qui à produit des publications alternatives : Les pétroleuses, "La revue d'en face", le quotidien des femmes, femmes en mouvement, ou encore "Les nouvelles questions féminine" de Simone de Beauvoir.

Chapitre 3 : Luttes globales, médias locaux

À partir des années 1970, dans un contexte de décolonisation physique du Tiers-Monde, supplanté de la volonté de contrer la colonisation culturelle, des médias locaux émergent de communautés qui développent des contre pouvoirs médiatiques et idéologiques faces aux États occidentaux. Des pays du Tiers Monde s’impliquent aussi dans la lutte contre l’impérialisme culturel américain et l’organisation de la colonisation culturelle que tente d’imposer les États occidentaux sous la doctrine la “free flow of information”. Des organisations systémiques sont construites, par des pays du Sud, avec la création d’agences de presse telles que Inter Press Service en Amérique Latine, ou Tanjug en Yougoslavie, mais également la création de presse par des organisations internationales. Le rapport MacBride par exemple appelle à “un nouvel ordre mondial de l’information et de la communication[6]”, qui est adopté par l’Unesco en 1980 qui créait le “programme international pour le développement de la communication[7] (PIDC)”. Ces nouvelles forments d'organisations, analysées par les auteurs, forment des contres pouvoirs informationnels face aux médias dominants. Les auteurs qualifient ces alternatives médiatiques “contre-hégémonique”. Ils expliquent qu’il se développe également des médias expressivistes, plus communautaires, locaux, tels que les mouvements féministes, qui revendiquent des idéologies. Ils n'ont pas pour finalité le rejet des médias dominants, mais plutôt de “rendre du pouvoir aux individus et en faire des citoyens”. Fabien Granjon et Dominique Cardon développe également l’exemple historiquement marquant des radios libres, emprises d’un fort activisme informationnel.

Chapitre 4 : Le médiactivisme à l’ère d’internet

L'arrivée d'internet transforme la conception d'alternative médiatique « espoir d'élargir le cercle des producteurs d'information, tout en transformant le rapport passif à l'information en une production interactive[8]» Internet, supprime des frontières et devient un outil de coordination et de mobilisation. Des organisations radicales et des mouvements sociaux vont utiliser bien plus internet dans ses débuts que les organisations politiques et syndicales. « Les pionnier d'internet ont matérialisé un ensemble de valeurs qui exercent un effet persistant sur la forme (distribuée) du réseau, sur son organisation (libérale) et sur ses pratiques (solidaires)[9]». Dans ce même temps au début de l'ère internet, on voit apparaître une forme de mobilisation, celui de Watch dog (Chien de garde) mouvement de surveillance des médias dominants. En France Acrimed, Raison d'agir Attac etc. En 2003 les militants internationaux se réunissent et forment l'observatoire international des médias (Media Watch Global). On voit également apparaître le vidéo-activisme, continuité du cinéma militant des années 1960 qui propose une contre-information, une éducation politique, une représentation des luttes sociales. Ce chapitre aborde aussi les médias tactiques. Il s'agit d'occuper une position originale en utilisant l'art, les technologies, les médias et le politique. Ces médias ne se disent pas impartiaux, au contraire ils prennent part, ce qui les distingues des médias dominants. Une alliance entre développeurs et activistes. Enfin le chapitre aborde le réseau Indymedia qui n'est pas opposé frontalement aux médias mais qui cherche à les mettre au service de la mobilisation. Ce réseau soutien le principe de la publication ouverte et de la transparence.

Chapitre 5 : Des médias alternatifs aux médias participatifs

Les médias alternatifs apparaissent aujourd'hui comme moins nécessaires pour éviter les médias centraux, avec internet l'ère du participatif faisant son entrée, les citoyens peuvent tous être producteur d'information. « Un espace publique ouvert à tous, critique et transparent[10]». Un paradoxe : les nouvelles pratiques permettent d'élargir le cercle fermés des locuteurs, mais il reste tout de même dominé par certains acteurs au fort pouvoir capitalistique. De nombreux dispositifs permettent à l'internaute d’être producteur et consommateur de l'information. (Forums usenet, les chats, wikipédia ect.) La montée de ce que l'on appel la blogosphère a soutenu le développement de pratiques de types self media. L'espace journalistique se trouve ainsi soumis à une contre expertise externe. Ce nouvel usage de l'information vient modifier le rapport d'autorité installée entre producteur et récepteur d'informations. Il y a également une sorte de renouvellement dans la pratique des sources utilisées pour produire de l'information. Enfin, dans les pratiques de ces médias alternatifs on observe une plus grande part de subjectivité. Utilisation de la première personne, détournement ironique, revendication d'un ton libre etc. « Les formes d'activisme médiatique sur internet empruntent souvent leurs formats au genre populaire [11]». Cependant ces formes nouvelles rentrent elles aussi dans la logique d'une recherche d'un auditoire, comparable d'une certaine façon aux logiques des médias centraux.

Chapitre 6 : Individualisation et auto-organisation

Ce chapitre aborde les nouvelles mobilisations réactives que l’usage des technologies de communication individuelles permettent. Ils abordent les mobilisations spontanées, auto-organisées, qui sont plus souples que les mouvements structurés des médias alternatifs tel qu’un journal, ou bien un mouvement associatif. Les auteurs identifient également que ces nouvelles formes de mediactivisme sont “une nouvelle forme historique de communication, à la fois globale, personnelle et interactive[12].” Ces technologies et internet particulièrement stimulent l’émancipation des masses qui se détachent des “règles sociétales et institutionnelles”. Les exemples de mobilisations qui se sont développées sous cette forme de médiactivisme, et que les auteurs décrivent dans le chapitre sont : le mouvement des Indignés, qui a entraîné une mobilisation physique de place publique ; les Anonymous qui utilisent internet pour hacker des systèmes informatiques ; ou bien les printemps arabes nés d’une mobilisation spontanée sur les réseaux sociaux, particulièrement twitter et facebook, qui ont permis de renverser des pouvoirs politiques.

Notes et références

  1. Médiactivistes, Presses de Sciences PO, , 197 p. (ISBN 9782724614312), p. p.8 
  2. Médiactivistes, p. p.16 
  3. Médiactivistes, p. p.20 
  4. Médiactivistes, p. P.30 
  5. Médiactivistes, p. p.32 
  6. Médiactivistes, p. p.52 
  7. Mediactivistes, p. p.52 
  8. Médiactivistes, p. p.84 
  9. Médiactivistes, p. p.85 
  10. Médiactivistes, p. p.116 
  11. Médiactivistes, p. p.118 
  12. Médiactivistes, p. p.136 

Bibliographie

Ouvrages et articles

  • Dominique Cardon, Fabien Granjon, Médiactivistes, Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), « Contester », réédition 2013, 197 pages (ISBN 9782724614312)
  • Igor Martinache. Les médiactivistes. Alternatives Economiques (n° 297), décembre 2010
  • Jean-Stéphane Migot. Qui sont les médiactivistes ? Inaglobal 07.01.2014
  • Gilles Bastin. La Démocratie Internet. Promesses et limites, de Dominique Cardon et "Médiactivistes", de Dominique Cardon et Fabien Granjon : l'utopie Internet. Le Monde, 16.09.2010

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