Yves Marion

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Yves Marion, nom d'artiste de Yves Le Moal, né le à Audierne dans le Finistère et mort le à Nantes, est un peintre et dessinateur français, également auteur de poèmes et de textes.

Formé à Paris et associé au groupe de l'« École de Rosny » à la fin des années 1950, il développe ensuite une œuvre fortement marquée par la mer, les ports et les paysages de Bretagne. Durant son séjour à l'île de Sein de 1961 à 1963, il rencontre l'écrivain Jean-Pierre Abraham, avec lequel il conçoit Journal d'hiver, ensemble de monotypes et de poèmes publié à titre posthume en 2012. Installé dans la région nantaise à partir de 1970, puis sur les bords de Loire à Rezé, il travaille également en Allemagne et séjourne en 1988 à la Villa Romana de Florence. À côté de la peinture de chevalet, il pratique le dessin et le monotype, réalise des décors et des œuvres sur des supports très divers, et écrit des poèmes.

Biographie

Formation et École de Rosny

Yves Le Moal grandit entre la Bretagne, Tunis et Casablanca au gré des affectations de son père, officier de la Marine nationale. Il s'oriente d'abord vers une formation technique, notamment le dessin industriel et les travaux publics, avec un passage par les Arts et Métiers, avant d'abandonner cette voie pour la peinture. À Paris, il fréquente l'École nationale supérieure des beaux-arts et notamment l'atelier de Raymond Legueult[1],[2].

À la fin des années 1950, il vit à Rosny-sous-Bois et participe à l'expérience collective connue sous le nom d'« École de Rosny », qui réunit plusieurs jeunes peintres. Les archives de la première Biennale de Paris montrent qu'en 1959 ce groupe, réuni par Jean-Pierre Risos et comprenant notamment Pierre Carron, Raymond Humbert, Jacques Barey, Guy Hazan et Monique Matet, est retenu dans la section consacrée aux travaux d'équipe[3]. La notice éditoriale de Journal d'hiver présente elle aussi Marion comme un peintre de l'École de Rosny[4].

Cette période correspond à ses premiers salons et à ses premières expositions. En 1958, l'État achète directement à l'artiste Paysage d'hiver, une huile sur toile signée « Marion » ; la notice patrimoniale de l'œuvre porte au revers la mention « Yves Le Moal dit Marion » et son adresse de Rosny-sous-Bois. Le tableau, propriété de l'État, est ensuite déposé à la mairie d'Almont-les-Junies[5]. Marion reçoit le prix de l'Éveil artistique en 1959 et est logiste du prix de Rome en 1960[6].

Île de Sein et Douarnenez

En septembre 1961, Yves Marion s'installe pour deux ans sur l'île de Sein avec son épouse Marie-Thérèse Le Moal, institutrice, qui vient d'y obtenir un poste[7]. Il y peint la mer, les bateaux et la vie insulaire et se lie avec Jean-Pierre Abraham, alors gardien du phare d'Ar-Men. Les deux hommes décident de travailler ensemble : Marion confie à Abraham une série d'une trentaine de monotypes, que celui-ci emporte au phare et accompagne de textes écrits pendant l'hiver. Marion rassemble ensuite les images et les poèmes calligraphiés dans un exemplaire unique, resté inédit pendant près d'un demi-siècle[4],[8].

Après Sein, Marion s'établit à Douarnenez. Il y noue une longue amitié avec Georges Perros, qui consacre plusieurs articles à son travail. Dans Le Télégramme en 1967, Perros souligne la présence humaine de sa peinture et écrit que « tous ses tableaux ont quelque chose dans la peau et quelqu'un »[9]. À partir de la fin des années 1960, Marion ouvre aussi l'été au public sa maison-atelier de Plouhinec, près d'Audierne, et y pratique la vente directe de dessins et de peintures pendant de nombreuses années[2].

Nantes, Allemagne et Florence

Marion s'installe dans la région nantaise en 1970. Son activité ne se limite toutefois pas à la France : à partir des années 1970, il entretient des liens réguliers avec l'Allemagne. Un portrait publié en 1991 indique qu'il y séjourne alors plusieurs mois par an et dispose, grâce à des amis, d'un atelier près de Coblence ; il expose également aux Pays-Bas et dans plusieurs villes allemandes[2]. En 1988, il est accueilli à la Villa Romana de Florence comme invité étranger[6].

En 1989, Yves et Marie-Thérèse Le Moal quittent Nantes pour une petite maison située à La Haute-Île, à Rezé, au bord de la Loire. Cette installation est parfois confondue avec celle de Trentemoult, quartier voisin : les sources municipales précisent que Marion ne trouve son atelier sur le quai de Trentemoult qu'en 1998, avant de s'installer également dans une maison à proximité[7]. Le fleuve et les anciens villages de marins deviennent alors des motifs récurrents de son travail. La revue ArMen lui consacre en 2002 un portrait intitulé « Marion de Trentemoult »[10].

Lors du tournage à Trentemoult de La Reine blanche de Jean-Loup Hubert en 1990, Marion remplit des carnets de dessins consacrés aux scènes et aux coulisses du film, puis en tire une série d'huiles sur papier[2]. Cette attention à son environnement immédiat accompagne une activité d'exposition qui se poursuit jusqu'aux années 2000.

Yves Marion meurt à Nantes le 13 janvier 2007, à l'âge de 70 ans[1].

Œuvre

Sujets et démarche

La mer constitue l'un des fils directeurs de l'œuvre de Marion. Il ne l'aborde toutefois pas comme un motif exclusivement pittoresque : dans un entretien de 1991, il insiste sur le travail et l'activité maritime plutôt que sur une imagerie de plaisance[2]. Il peint l'île de Sein, les côtes et les hameaux de Cornouaille, les ports, les bateaux et le travail maritime, puis, à partir de son installation dans l'agglomération nantaise, les paysages et les villages des bords de Loire. Ses tableaux comprennent également des scènes de campagne, des natures mortes, des bouquets, des compositions de villages et des scènes religieuses autour de la Pietà[4],[10],[6].

Le dessin demeure central dans son processus de création. En 1991, Rezé Magazine décrit une peinture fortement graphique, où le mouvement de la main reste perceptible sans que l'œuvre soit pour autant assimilée à la peinture gestuelle. Marion explique alors travailler d'abord à partir de nombreux dessins, puis d'esquisses à l'huile sur carton avant d'aboutir à la toile. Il refuse de faire de l'harmonie colorée une fin en soi et dit chercher, par le paysage comme par la figure, à traduire une expérience personnelle liée « à l'humain, à la vie »[2].

Cette dimension humaine prend parfois une forme explicitement liée à l'actualité. Son inventaire d'œuvres et de créations fait apparaître des travaux suscités par la contestation du projet de centrale nucléaire de Plogoff au début des années 1980, par les marées noires, notamment après le naufrage de l'Erika en 1999, ou encore par le séisme de 2003 en Algérie[6]. Ces séries prolongent les thèmes de la pollution, de la guerre, de l'injustice et de la violence que le peintre évoque lui-même dans l'entretien de 1991[2].

Techniques, supports et décors

Si la peinture et le dessin dominent son activité, Marion expérimente aussi le monotype, la tapisserie, la sculpture et la photographie. Il travaille sur toile, papier, carton ou bois, mais emploie également des supports moins conventionnels, notamment la porcelaine et des palettes industrielles. Cette diversité prolonge une pratique de la peinture hors du seul cadre du tableau[6].

Il réalise ainsi des décors, des interventions sur site et des commandes pour des équipements civils ou culturels. Parmi les réalisations répertoriées par les Archives municipales de Rezé figurent des décorations pour la Marine nationale à Hourtin en 1959 puis à Paris en 1961, des décors sur porcelaine à Limoges en 1973, une fresque à Plogoff en 1981, des décors pour le théâtre de la Chamaille et pour l'aéroport de Nantes en 1987, une intervention à l'hôpital Saint-Jacques de Nantes en 1988 et, en 1999, une installation de peintures-objets sur palettes industrielles place Carnot à Lyon. Il mène aussi des actions de peinture en public ou dans la rue à Nantes en 1987, à Clisson en 1998 et à Trentemoult en 2000[6].

Écriture et Journal d'hiver

Marion écrit parallèlement des poèmes et des textes brefs. En 1977, il publie à compte d'auteur Sourisol, présenté comme un conte philosophique[2]. En 2006 paraît Île de Sein, Enez Sun, ouvrage dans lequel il réunit textes, peintures et dessins autour de l'expérience sénane[11].

La collaboration avec Jean-Pierre Abraham aboutit à Journal d'hiver, conçu au début des années 1960. Conservé sous la forme d'un livre unique associant monotypes et poèmes, il est publié en 2012 par Le Temps qu'il fait et Le Tout sur le Tout[4]. La même année, dans le cadre de l'exposition Phares au Musée national de la Marine à Paris, Éric Ruf lit le texte d'Abraham tandis que sont projetées les illustrations de Marion ; le musée organise cette soirée avec la Ville de Douarnenez, l'Institut national de l'audiovisuel et les éditeurs du livre[12].

Expositions et salons

Les Archives municipales de Rezé conservent un relevé détaillé des expositions, salons et créations de Marion[6]. Il participe notamment au Salon d'automne de 1956 à 1959, au Salon de la jeune peinture en 1957, 1958, 1959 et 1963, au Salon des indépendants en 1958, au salon de la Société nationale des beaux-arts en 1958, au Salon des Tuileries en 1959 et au Salon de la Marine en 1959 et 1960. Il participe également au Salon international de Baden-Baden en 1958. En Bretagne, il expose régulièrement au Salon du Guilvinec de 1961 à 1976. À Nantes, ses œuvres figurent dans de nombreuses éditions du salon des Amis de l'Art à la Beaujoire de 1984 à 2007[6].

Parmi les expositions documentées figurent notamment :

  • 1956 : galerie des Arts et des Lettres, Paris ;
  • 1957 : galerie Bonaparte, Paris ; Parke-Bernet Galleries, New York ;
  • 1958 : galerie Montmorency, Paris, avec l'École de Rosny ; Seven Arts Center, New York ;
  • 1961-1963 : galerie Casanova, Paris ;
  • 1961-1966 : Duncan Gallery, New York ;
  • 1972 : galerie Michel Columb, Nantes ;
  • 1973 : galerie Knoll, Limoges ;
  • 1975 : musée d'Évreux ;
  • 1984 : église Saint-Raymond, Audierne ; exposition à Meerbusch, en Allemagne ;
  • 1987 : Atelier 15, Douarnenez ; La Blanchisserie, Nantes ;
  • 1998 : La Manufacture, Nantes ;
  • 2002 : galerie de la Découverte, Nantes[6].

Publications

  • Sourisol, conte philosophique, édition à compte d'auteur, 1977.
  • Île de Sein, Enez Sun, peintures, dessins et textes, Éditions du Petit Mousse, 2006, (ISBN 2-911330-41-2).
  • avec Jean-Pierre Abraham, Journal d'hiver : poèmes et monotypes, Armen-Sein, Le Temps qu'il fait / Le Tout sur le Tout, 2012, (ISBN 978-2-86853-583-2).

Notes et références

  1. ↑ 1,0 et 1,1 « Yves Marion », Archives municipales de Rezé (consulté le 28 août 2026).
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 et 2,7 « Un peintre en bords de Loire », Rezé Magazine, no 33, juillet-août 1991, Archives municipales de Rezé (consulté le 28 août 2026).
  3. ↑ « Jacques Barey, groupe École de Rosny », fonds de la Biennale de Paris 1959-1985, Archives de la critique d'art (consulté le 28 août 2026).
  4. ↑ 4,0 4,1 4,2 et 4,3 « Journal d'hiver, Jean-Pierre Abraham - Yves Marion », éditions Le Temps qu'il fait (consulté le 28 août 2026).
  5. ↑ « Tableau et son cadre : Paysage d'hiver », POP, Plateforme ouverte du patrimoine, ministère de la Culture, notice IM12000325 (consulté le 28 août 2026).
  6. ↑ 6,0 6,1 6,2 6,3 6,4 6,5 6,6 6,7 et 6,8 « Yves Marion : expositions, salons et créations », Archives municipales de Rezé (consulté le 28 août 2026).
  7. ↑ 7,0 et 7,1 « Dans le sillage de Marie-Thérèse », Rezé Mensuel, no 187, mars 2024, p. 16 (consulté le 28 août 2026).
  8. ↑ Jean-Pierre Abraham, Armen, Paris, Éditions du Seuil, 1967 ; rééd. Le Tout sur le Tout, 1988.
  9. ↑ Georges Perros, « Marion de Brémoder », Le Télégramme, août 1967.
  10. ↑ 10,0 et 10,1 Edmond Guibert, « Marion de Trentemoult », ArMen, no 130, septembre-octobre 2002, p. 24-27.
  11. ↑ « Bibliothèque insulaire : Sein, Ouessant, Molène », Vers les îles (consulté le 28 août 2026).
  12. ↑ Rapport d'activité 2012, Musée national de la Marine, p. 29.

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-Pierre Abraham, Armen, Paris, Éditions du Seuil, 1967 ; rééd. Le Tout sur le Tout, 1988.
  • Raymond Cogniat, « École de Rosny, galerie Montmorency », Le Figaro, avril 1958.
  • Georges Perros, « Marion de Brémoder », Le Télégramme, août 1967.
  • Georges Perros, « Une heure chez Marion », Le Télégramme, août 1968.
  • Jacques Tissier, « Yves Marion expose les ciels de mer », Presse-Océan, 1973.
  • Jérôme Dorville, « Le Monde de Marion », Ouest-France, août 1983.
  • « Un peintre en bords de Loire », Rezé Magazine, no 33, juillet-août 1991.
  • Edmond Guibert, « Marion de Trentemoult », ArMen, no 130, septembre-octobre 2002, p. 24-27.
  • Joël Bigorgne, « Yves Marion peint la vie sur l'île de Sein », Ouest-France, novembre 2006.

Liens externes

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