Jean-François Chalon
Jean-François CHALON (1916-2010)
Jean-François Chalon est un aquafortiste belge né à Bruxelles en 1916. Il est l’auteur d’une œuvre où, souvenirs, mythologie et rêve, se mêlent, pour produire des gravures dont la poésie et la tendresse sont souvent tempérées par une pétillante espièglerie, comme si plus en verve en dessins qu’en paroles, il craignait de trop s’y dévoiler.
Chalon descend d’une famille de notables originaux dont il hérite l’indépendance d’esprit, la curiosité intellectuelle et la fantaisie.
Son grand-père Jean Chalon, président de la Société royale de botanique, professeur et célèbre humaniste et libre penseur du dix-neuvième siècle (défenseur avant la lettre des droits de la femme à l’éducation), le fait rêver avec ses fabuleux récits d’expéditions lointaines. Il lui lègue aussi un grand appétit scientifique et artistique.
Son père, conteur talentueux à l’imagination pétulante lui livre les secrets de ceux qu’il n’a pas connus et notamment Renier Chalon, cet érudit, membre éminent de sociétés bibliophiles, archéologiques, numismatiques prestigieuses qui était l’auteur du plus célèbre canular dans le domaine de la bibliophilie (Vente de la bibliothèque du comte de Fortsas), de plusieurs mystifications numismatiques et la cheville ouvrière de la Société des agathopèdes, société satyrique belge, moquant les rituels franc-maçon aussi bien que la bigoterie de la bourgeoisie catholique de l’époque. Il lui parle aussi de JOACHIM CHALON, architecte de grands travaux d’écluse au dix-huitième siècle, qui consacrait ses loisirs à guillocher de précieux objets en argent, en compagnie de Charles de Lorraine.
Les Chalon fréquentent Félicien Rops et James Ensor qui auront une influence déterminante sur la démarche artistique de Jean-François Chalon, fasciné par leur humour et leur maîtrise des techniques graphiques.
De santé délicate étant jeune, souvent éloigné de sa famille dans des lieux de cure, Chalon surmonte sa solitude en se forgeant un univers magique et fantastique dont il devient le héros et il cultive une faculté de rêve qui influencera toute sa vie et son œuvre. Le dessin devient très vite l’expression salvatrice de son indépendance et de la maîtrise qu’il veut garder sur sa vie. Au lieu de se révolter et de se lamenter, il pastiche sa propre situation, caricaturant avec un humour précoce aussi bien le patient, que ces gens bien intentionnés qui prétendent savoir ce qui est bon pour lui.
Orphelin de sa mère à l’âge de treize ans, il est pris sous l’aile protectrice de la sœur de celle-ci, Emma Bock. C’est l’époque où la Belgique et notamment la Sofina et ses sociétés satellites livrent des centrales électriques et des réseaux de tramways à travers le monde. Avec sa tante et son époux Maurice Bock (un des fondateurs de la Sofina), il résidera en Argentine et voyagera en Uruguay, au Brésil et au Chili.
Dès qu’il revient en Europe, il commence à s’intéresser à la gravure. Il a toujours été passionné par la complexité des techniques et il se lasse du dessin, trop instantané.
Fasciné par la façon dont la gravure permet à Ensor et Rops de représenter les thèmes satyriques, il pressent qu’elle convient particulièrement à l’expression de sa personnalité où dominent un fort imaginaire poétique et l’humour fantaisiste qui l’a toujours sauvé de la mélancolie.
Il se forme pendant plusieurs mois avec l’aquafortiste belge Jules De Bruycker.
Chalon vivra six ans au Portugal avec sa famille avant de rejoindre L’Institut Gramme à Liège où il obtiendra le diplôme d’Ingénieur Industriel.
En 1948 il épouse Marie-Marguerite Sauvage à Liège. Comme lui, elle a été orpheline très jeune et ils aspirent à fonder une famille. Leur première fille, Marie-Gabrielle nait en 1949, la seconde, Marie-Christine, en 1953. Son épouse le comprend bien, partage son humour, apprécie son originalité et le soutient dans toutes ses entreprises en respectant sa fantaisie et ses besoins de solitude créatrice. Grâce à elle Chalon a trouvé l’équilibre affectif auquel il aspirait tant et réussit à combiner une carrière industrielle et artistique.
Chalon rejoint l’atelier de gravure de L’Ecole des Arts d’Ixelles (dirigé par Cécile Massart), où il travaillera avec assiduité pendant huit ans. Il y obtiendra le diplôme de graveur. Il met au point et construit ses propres outils, comme une cuve de morsure verticale, une boite à grains et un ingénieux appareil destiné à estimer la force d’un acide aux conditions du moment. La plupart de ses œuvres utilisent seules ou combinées les techniques de l’Eau Forte, de la Pointe Sèche, de l’Aquatinte et du Vernis Sucre.
En 1982 il rejoint le groupe d’artistes belges GRYDAY, dont il deviendra Vice Président.
Ses œuvres ont été exposées dans une trentaine d’expositions en Belgique et à l’étranger et ont rejoint de nombreuses collections privées, notamment en Belgique, en France, en Angleterre, en Italie, en Russie, en Suisse, aux Etats-Unis, à Singapour, au Japon et en Chine.
En 1984, deux de ses œuvres, La Charmeuse de Hérissons et Trois Sorcières Envoûtant un Chat Blanc, sont sélectionnées pour la Summer Exhibition de la Royal Academy de Londres.
En 1988, il obtient le Prix Spécial du Jury dit « PRIX COROT », au quatrième Salon de l’Estampe de Paris-Ville d’Avray.
En 1997, n’ayant plus la force d’imprimer lui-même ses œuvres et ne voulant en confier le soin à d’autres, Chalon abandonne la gravure.
Pour exprimer tout ce foisonnement d’idées et d’images qui le submergent encore, il écrit plusieurs romans, dont l’un, « Parole de Mort » sera édité en 2006.
Le 9 juillet 2010, il nous quitte pour rejoindre son « Jardin Extraordinaire ».
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